Samedi 3 Mars 2007 - - «Je me suis ordonné de ne rien vous dire». C’est sans doute la dernière phrase qu’a eu à prononcer Larbi Ben M’hidi à ses tortionnaires, avant de rendre l’âme dans la villa Susini à Clos Salembier (El Madania).
Il venait alors d’y être séquestré, et subira les pires sévices durant dix longs jours. Son assassinat sera maquillé en suicide, et Ben M’hidi, déjà au firmament de la gloire, entrera de plain-pied dans l’histoire.
Proie inestimable pour les Français, son arrestation survenue par pur hasard le 23 février 1957 sera considérée comme l’un des succès les plus retentissants des parachutistes de Marcel Bigeard.
Mais devant son silence et son refus d’avouer la moindre information, les autorités françaises décident de l’achever. Pour cela, il leur faudra l’assentiment d’une très haute personnalité politique. François Mitterrand sera donc le bourreau indirect de Ben M’hidi. Ministre de la Justice de l’époque, il ne donne aucune limite à sa cruauté et acquiesce à l’idée proposée par les militaires. Soixante-douze heures plus tard, Michel Gorbin, porte-parole du gouverneur général annonce que Ben M’hidi s’est «suicidé dans sa cellule en se pendant à l’aide de lambeaux de sa chemise». Ceux qui ont connu le chahid, sa piété et sa religiosité débordante, auront tout de suite compris. La France, empêtrée dans la bataille d’Alger, venait de passer à la vitesse supérieure en tuant un des ténors de la révolution algérienne.
Sa famille fera de son éducation une priorité
Mais la vie de Mohamed Larbi Ben M’hidi est ainsi faite de péripéties politiques, et de dévouement à la cause nationale avant même que n’éclatent les premières revendications indépendantistes. Né en 1923 à Aïn Mlila, il est issu d’une famille aisée et très attachée aux valeurs religieuses. Ce sont ces mêmes valeurs qui ne le quitteront pas jusqu’à sa mort. Le père de Larbi, commerçant de son état, a veillé à ce que son fils bénéficie d’une éducation complète et parfaite, et cela en dépit de toutes les restrictions que les autorités coloniales avaient imposées aux indigènes. Incapable d’inscrire son fils près de leur lieu de résidence à Aïn Mlila, il le mettra sous l’autorité de son oncle maternel à Batna. C’est là qu’il fera son entrée au collège colonial de la ville. Il y obtiendra le CEP avec mention très bien.
Une vie faite de scoutisme de politique et de théâtre
Mais c’est à Biskra où il s’installera plus tard avec sa famille que le futur militant se forgera une véritable instruction à la fois religieuse et politique. Cette dernière commencera par son ralliement en 1936 aux Scouts musulmans algériens. Ses anciens camarades garderont de lui le souvenir d’un vrai scout dévoué et omniprésent auprès des enfants qu’il avait à encadrer. Selon nombre de ses proches, le scoutisme aura contribué en grande partie au renforcement de ses ambitions politiques. Sa rencontre avec le cheikh Ali Marhoum et Mohamed Abed Jilali ne fera que confirmer la vocation politique de Larbi Ben M’hidi.Intellectuel jusqu’au bout des ongles, il prenait même le temps de faire du théâtre entre 1944 et 1945. Il avait à cette occasion présenté nombre de pièces au théâtre casino de Biskra. A travers ses personnages tous fictifs, il pourfendait déjà la puissance coloniale, et dénonçait l’injustice que subissait ses compatriotes.
Son premier fait d’armes politique sera sans doute son arrestation après les massacres du 8 mai 1945. Avant cette date, il avait déjà plongé dans les eaux troubles du combat politique anté-indépendance. Fervent militant du PPA (Parti du peuple algérien), il avait aidé à ce que nombre de scouts rejoignent les Amis du manifeste et de la liberté, créé en 1944. Grâce au docteur Saadane, il sera même nommé secrétaire auprès des AML.
Son baptême du feu : le 8 mai 1945
Mais l’effervescence politique algérienne gagne du terrain, et mai 1945 sera l’occasion rêvée pour faire exploser ces revendications d’émancipation.Entre le 1er et le 8 mai 1945, les grandes villes algériennes célèbrent à la fois la fête du Travail et la victoire contre l’Allemagne nazie. Après les débordements que l’on connaît, et les massacres qui ont été commis, il fait les frais de la vague d’arrestations des 10 et 11 mai 1945. Ce sera le grand tournant de son parcours politique. Aguerri par dix mois d’emprisonnement, il adhère au MTLD dès sa libération survenue le 9 mars 1946. Tout au long de son incarcération, il aura à méditer sur la véritable nature de la France coloniale. Pour Larbi Ben M’hidi, convaincu de l’inutilité d’une coexistence entre Européens et Algériens, le concept d’indépendance ne fait plus aucun doute à présent. En le libérant lui et nombre de personnalités politiques algériennes telles que Messali Hadj ou Ferhat Abbas, la France pensait apaiser les tensions et gagner la confiance des militants politiques. C’est tout à fait le contraire qui se produira. En plus d’avoir été forgés par le bagne, tous ces hommes seront convaincus de l’absolue nécessité de conquérir l’indépendance, mais la méthode sera différente selon ses concepteurs.
Devenu la bête noire des colons, Larbi Ben M’hidi sera contraint de vivre jusqu’à sa mort dans la clandestinité.
Ses innombrables identités lui vaudront le surnom de «l’homme au vingt visages». Son heure de gloire viendra avec sa participation à la création de l’Organisation spéciale (OS) en 1947. Dès lors, c’est l’ascension dans le mouvement nationaliste. Partisan incontestable d’un soulèvement armé, il était la tête pensante de ce qui sera plus tard le 1er Novembre 1954. Avant cette date fatidique, il fait évidemment partie des vingt-deux historiques qui peaufinent dans le secret le plus total le déclenchement du mouvement armé. A ce titre, il sera présent à la cérémonie de création du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action) organisée le 25 juillet 1954 dans la maison de Lyes Derriche à El Madania. A partir de ce moment, il fera partie de tous les grands rendez-vous liés à l’organisation logistique, politique et militaire de la révolution. Avec Rabah Bitat, Mustapha Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Didouche Mourad, il fera partie de la cellule spéciale chargée de coordonner le travail du CRUA. Une fois la révolution entamée, il prend part au Congrès de la Soummam.
En ce 20 août 1956, il est président de séance, et un des grands stratèges de la fameuse réunion aux côtés de Krim Belkacem, de Zighout Youcef, de Ouamrane, et de Abane Ramdane, duquel il était un proche parmi les proches.
Proche parmi les proches de Abane Ramdane
Il l’avait à cette occasion ouvertement soutenu dans ses innombrables conflits avec ses adversaires politiques.
Envoyé spécial de Abane Ramdane dans une capitale arabe pour y discuter avec d’autres militants algériens installés sur place, il aurait été carrément giflé par l’un d’entre eux.
Une confidence amère que Ben M’hidi avait faite à Abane. «Nous ne pouvons pas discuter avec ces gens-là», avait alors dit Larbi à son ami. L’homme qui a giflé Ben M’hidi, et qui par ailleurs est toujours en vie aujourd’hui, deviendra après l’indépendance un des dirigeants de la République algérienne alors naissante. Mais heureusement pour lui, le grand militant Ben M’hidi n’apprendra pas la mort tragique de Abane Ramdane. Il mourra dix mois avant lui. Inlassablement recherché par les militaires français, Ben M’hidi sera arrêté par pur hasard. Alors qu’il se trouvait dans un appartement situé à la rue Debussy, il ne savait pas que l’immeuble dans lequel il se trouvait appartenait à une famille qui venait de faire l’objet d’une perquisition.
Une fois sur place, la police l’arrête, mais ne découvre sa véritable identité que vingt-quatre heures plus tard.
Sa capture est alors applaudie par tout l’establishment français.
Mais qu’en est-il de l’avis de ses opposants au sein du mouvement nationaliste ?
Il est incontestable que l’arrestation de Larbi Ben M’hidi a suscité la joie de tous ceux qui l’avaient déjà dans leur ligne de mire. Instruit, intelligent, compétent, religieux et profondément démocrate, il constituait sans nul doute un danger pour les dictateurs de la révolution. Sa mort dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, et l’assassinat de son ami Abane, le 26 décembre de la même année, auront été un soulagement pour toux ceux qui s’apprêtaient à prendre le pouvoir dès l’été 1962.
Cinquante ans après sa mort, Larbi Ben M’hidi, au même titre que tous ceux qui ont donné leur vie pour l’Algérie, continue d’alimenter la mémoire collective par son courage inouï, à l’inverse de ceux qui, par leurs appétits grandissants et leur amour du pouvoir n’ont à aucun moment gagné le confiance populaire. S’il n’avait pas été tué par les Français, il aurait sans doute été attiré dans un guet-apens et étranglé, quelque part dans le nord du Maroc, peut-être même à Tétouan !
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3rd March 2007 06:27 #1
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Il y a 53 ans mourait sous la torture Mohamed Larbi Ben M’hidi
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5th March 2007 15:30 #2
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05.03.07 - - Cinquante ans après, les circonstances exactes de la mort de Larbi Ben M'Hidi, chef politico-militaire du FLN pour la région d'Alger en 1957, restent controversées. La thèse officielle présentée à l'époque par l'armée française - le suicide - n'a jamais été démentie par la France. En Algérie, beaucoup préfèrent croire que Larbi Ben M'Hidi a été fusillé, au terme de quinze jours d'interrogatoires et de tortures.
Le général Paul Aussaresses revient aujourd'hui, dans un entretien au Monde, sur cette mise à mort déjà évoquée dans son livre (Services spéciaux, Algérie 1955-1957), et révèle les derniers instants du chef FLN.
Arrêté par les parachutistes à la mi-février 1957, Larbi Ben M'Hidi a été exécuté, mais n'a pas été torturé. Cet homme originaire du Constantinois, alors âgé de 34 ans, a même été traité avec égards par le général Bigeard (colonel à l'époque), qui ne désespérait pas de le rallier à la France. Peine perdue. Le 3 mars, Bigeard se résout à abandonner son prisonnier au "commandant O", alias Paul Aussaresses.
Officiellement chargé de coordonner le travail des officiers de renseignements, de la police et de la justice pendant la bataille d'Alger, le "commandant O" effectue sans états d'âme la sale besogne que le pouvoir politique, en métropole, laisse faire, voire ordonne, aux chefs militaires français à Alger.
Dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, Larbi Ben M'Hidi est donc emmené, en jeep, à vive allure, vers la Mitidja, plaine agricole proche d'Alger. Il sait ce qui l'attend. Un peu plus tôt, un groupe de parachutistes lui a rendu les honneurs, sur ordre du colonel Bigeard.
Le chef FLN est conduit dans la ferme désaffectée d'un colon extrémiste. On le fait attendre à l'écart. Pendant ce temps, Aussaresses et ses hommes, six au total, préparent l'exécution. Ils glissent une corde autour du tuyau de chauffage accroché au plafond, font un noeud coulant et installent un tabouret en dessous.
"L'un d'eux a joué le rôle du supplicié pour vérifier que tout était au point. Il est monté sur un tabouret, a passé sa tête dans le noeud et nous a regardés, se souvient le général Aussaresses. Ce n'est pas bien ce que je vais vous dire, mais ça a provoqué un fou rire général."
Il est un peu plus de minuit quand on introduit le chef FLN dans la pièce. Un parachutiste s'approche pour lui mettre un bandeau sur les yeux. Larbi Ben M'Hidi refuse. "C'est un ordre !", réplique le préposé à la tâche. Larbi Ben M'Hidi rétorque alors : "Je suis moi-même colonel de l'ALN (Armée de libération nationale), je sais ce que sont les ordres !" Ce seront ses dernières paroles. Le "commandant O" refuse d'accéder à sa requête. Larbi Ben M'Hidi, les yeux bandés, ne dira plus rien jusqu'à la fin.
Pour le pendre, les bourreaux vont s'y prendre à deux fois. La première fois, la corde se casse. Dans cette précision révélée par Aussaresses, Drifa Ben M'Hidi, la soeur du supplicié, dit aujourd'hui trouver du réconfort. C'est à ses yeux "le signe d'une intervention divine".
Un ancien combattant algérien, Mohamed Cherif Moulay, confirme la thèse de l'exécution de Larbi Ben M'Hidi par pendaison et non par balles. Le lundi après-midi 4 mars 1957, celui qui est alors un adolescent se rend à la morgue de Saint-Eugène pour récupérer le corps de son père, tué la nuit précédente par les parachutistes dans la casbah d'Alger. "Un cadavre se trouvait sur une table métallique. Il portait un pantalon gris, une chemise blanche et une veste. Sur l'un de ses gros orteils, il y avait une étiquette accrochée avec un nom : "Ben M'Hidi". J'ai tout de suite reconnu son visage. Le matin même, j'avais vu sa photo dans le journal, annonçant sa mort", raconte Mohamed Cherif Moulay. L'ancien combattant se souvient que le corps du chef FLN "ne saignait pas, ne portait aucun impact de balles, ni traces de sang". En revanche, Larbi Ben M'Hidi avait à la hauteur du cou "une sorte de bleu rougeâtre, comme un oedème".
Aujourd'hui, Larbi Ben M'Hidi, le "Jean Moulin algérien" comme le surnomment souvent les Algériens, repose dans le "carré des martyrs", au cimetière El-Alia d'Alger.
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6th March 2007 04:28 #3
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Mardi 6 Mars 2007 - - Dans un entretien accordé au quotidien français Le Monde d’hier, le général Paul Aussaresses confirme, s’il en était besoin, que Ben M’hidi, responsable du FLN pour la région d’Alger en 1957, a été lâchement assassiné, pendu pour être plus précis. Aussaresses, chargé de coordonner le travail des officiers de renseignement de la police et de la justice pendant la bataille d’Alger, balaye ainsi définitivement les thèses des autorités coloniales de l’époque et de celles qui ont suivi et qui ont toujours tenté de faire valoir la thèse du suicide.
Le général Aussaresses, qui avait seulement suggéré dans son livre (Services spéciaux, Algérie 1955- 1957) l’assassinat de Ben M’hidi par lui et ses pairs, raconte aujourd’hui par le menu détail les derniers supplices infligés au héros de la guerre de Libération. Avec le cynisme qu’on lui connaît, maintenant Aussaresses rappelle que Ben M’hidi, arrêté en février 1957, «a été exécuté, mais n’a pas été torturé ». Bigeard, dit Aussaresses, «l’a traité avec égards» et alors qu’il pensait pouvoir voir Ben M’hidi trahir sa cause, il a dû se rendre à l’évidence, le chef du FLN n’ayant pas cédé. C’est dans la nuit du 3 au 4 mars qu’il est amené en jeep, dans une ferme de la Mitidja appartenant «à un colon extrémiste», non sans qu’il ait reçu auparavant d’un groupe de parachutistes, précise Aussaresses, les honneurs, sur ordre de Bigeard (ça ne s’invente pas : on rend les honneurs et on pend !). Ben M’hidi sait ce qui l’attend, dit encore le bourreau qui raconte comment, avec six hommes, ils préparent l’exécution et «glissent une corde autour du tuyau de chauffage accroché au plafond, font un nœud coulant et installent un tabouret en dessous. L’horreur et le macabre étant sûrement profondément ancrés dans le sieur Aussaresses, il dit l’innommable, en évoquant l’essai par l’un de ses hommes de la fiabilité du matériel : «L'un d'eux a joué le rôle du supplicié pour vérifier que tout était au point. Il est monté sur un tabouret, a passé sa tête dans le nœud et nous a regardés» et comme si cela ne suffisait pas, le bourreau poursuit : «Ce n'est pas bien ce que je vais vous dire, mais ça a provoqué un fou rire général.» Ce n’est pas tout : le criminel Aussaresses poursuit encore son récit et ce récit vient à point nommé, pour faire entendre à tous les partisans des bienfaits de la colonisation française en Algérie, leur faire entendre de la bouche de leurs propres officiers, comment s’est magnifiquement exercé ce rôle de propagation de la civilisation face aux barbares algériens.
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25th November 2007 21:03 #4
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L'exécution de Larbi Ben M'hidi
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24th January 2008 23:48 #5
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Jeudi 24 Janvier 2008 -- Mme Nafissa, moudjahida et sœur du héros de la guerre de Libération nationale, Larbi Ben M’hidi, s’est éteinte hier à Biskra à l’âge de 86 ans, suite à une longue maladie, a-t-on appris de ses proches. Née le 22 février 1922, Nafissa était l’aînée de cinq frères et sœurs dont Larbi Ben M’hidi pour qui elle fut une mère, puis un compagnon d’armes pendant la Révolution de Novembre, a indiqué son fils Hachemi Azouz. Cette moudjahida avait côtoyé les plus illustres chefs de la guerre de Libération dont Mostefa Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf et Rabah Bitat. Veuve depuis 1974, elle avait eu six enfants. La défunte sera inhumée cet après-midi au cimetière Boukhari de la ville de Biskra.
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17th May 2008 16:57 #6
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Samedi 17 Mai 2008 -- L’ancien barbouze a fait cette révélation en publiant son second livre sur la guerre d’Algérie Je n’ai pas tout dit. A une question posée par l’animateur de l’émission pour savoir s’il était vraiment derrière l’assassinat du chef historique, il répondit clairement et sans faux-fuyants : «Je suis obligé de vous répondre. Et bien, ce sont les circonstances qui m’ont amené à ça !» S’il reconnaît officiellement avoir reçu les ordres de sa hiérarchie, en l’occurrence François Mitterrand, le ministre de la Justice de l’époque et par la suite président de la République française le général français a ajouté que ce dernier lui avait dit de «maquiller le meurtre en suicide».
A titre de rappel, la France officielle a toujours refusé de reconnaître le meurtre de Larbi Ben M’hidi. Déjà, dans un ouvrage publié au début de mai 2001 et intitulé Services spéciaux, Algérie 1955-1957 (Editions Perrin), le général Paul Aussaresses, 83 ans, coordinateur des services du renseignement de l’armée à Alger en 1957 auprès du général Massu, revendique, sans remords, les tortures, les exécutions sommaires de «suspects», parfois maquillées en suicides, et le massacre de civils auxquels il a participé ou qu’il a ordonnés : «Tout ce que j’ai fait était conforme à la déontologie de tout militaire dans les conditions de guerre.» Selon lui, l’utilisation de la torture «était tolérée, sinon recommandée» par le pouvoir politique.
Il affirme avoir agi avec l’aval des politiques, notamment le juge Jean Bérard qu’il qualifie d’»émissaire» du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand. Il a indiqué que la torture, «pratiquée couramment par la police à Philippeville», au moment de son arrivée sur le territoire algérien, était systématique pendant la bataille d’Alger en 1957. Son commando torturait et tuait à Alger durant la nuit : «C’est efficace la torture, la majorité des gens craquent et parlent. Ensuite, la plupart du temps, on les achevait (…) Est-ce que ça m’a posé des problèmes de conscience ? Je dois dire que non.»
Le martyr Larbi Ben M’hidi naquit en 1923 dans le douar El-Kouahi, aux environs d’Aïn M’lila. Cadet d’une famille composée de trois filles et deux garçons, il débuta ses études à l’école primaire française de son village natal. Larbi Ben M’hidi joua un rôle très important dans les préparatifs de la révolution armée et œuvra à convaincre tout le monde d’y participer. Il prononça une célèbre phrase : «Jetez la révolution dans la rue et elle sera prise en charge par le peuple.» Il était le premier chef de la zone V (Oran).
Le martyr figure parmi ceux qui œuvrèrent avec sérieux à la tenue du congrès de la Soummam aux côtés d’Abane Ramdane, le 20 août 1956. Il a été ensuite désigné membre du Comité de coordination et d’exécution de la révolution algérienne (haut commandement de la révolution). Il dirigea la fameuse bataille d’Alger au début de l’année 1956 et à la fin de l’année 1957 jusqu’à son arrestation à la fin du mois de février 1957. Il mourut sous la torture au cours de la nuit du 3 au 4 mars 1957 dans les locaux de la police française, après avoir donné une leçon d’héroïsme et d’endurance à ses bourreaux.
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17th May 2008 17:04 #7
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Nordine Mzalla :
Samedi 17 Mai 2008 -- J’ai vu cet homme avec son œil couvert d’un bandeau à la manière des corsaires des siècles passés, pour effrayer, quand il aurait pu porter une prothèse oculaire discrète. Aussaresses se complaît donc dans ce personnage de monstre permanent. Invité moitié sourd moitié maniaque, face à un animateur de télévision peut-être plus soucieux de l’audimat que de la répulsion que peut produire ce genre de grand criminel en liberté chez le spectateur. Caricature du monstre.
Puis le débat a écrasé l’image du tortionnaire, faisant de lui un témoin courageux et gênant pour la République française, malgré les tentatives de l’historien trop modéré, Roger Faligot, de relativiser l’intérêt des révélations du chargé diligent des sales besognes de l’armée française. Mais grâce à Me Vergès, l’ami éternel de l’Algérie et des opprimés, la question de la responsabilité de l’assassinat du prisonnier politique, feu Larbi Ben Mhidi, imputée à François Mitterrand, ex-président français alors ministre de la Justice, a été posée clairement au tortionnaire. Aussaresses le confirme.
Pourtant le général avait reçu la Légion d’honneur que l’Etat français lui a finalement retirée, parce que l’homme des services spéciaux, incarnant cette France qui veut écraser les indépendantistes algériens, s’est fait balance, délateur. Il n’a pas su mourir sans finir par parler, contrairement à tous ces braves moudjahidine qui ont péri sous ses sévices dans un silence héroïque, ne dénonçant jamais leurs frères de lutte. C’est la différence entre ceux qui se battent par goût pour le sang et ceux contraints de résister pour la liberté, la justice. Ben Mhidi a été assassiné sous l’ordre de Mitterrand condamné post mortem surtout pour son amitié avec un ex-notable de la France vichyste, un certain Bousquet impliqué dans la déportation d’enfants juifs vers des camps de la mort. Mitterrand n’est pas assez décrit comme ce garde des Sceaux qui a commandé l’exécution extrajudiciaire d’un résistant algérien, en exigeant qu’elle soit maquillée en suicide.
Les révélations d’Aussaresses mettent à mal une République française officielle qui essayait récemment de faire croire à des bienfaits de la colonisation, une république qui se refuse à demander des excuses pour les atrocités qu’elle a commises en Algérie. Voilà pourquoi, pour emprunter l’expression de Boris Vian, parmi ces Français qui se démarquent de la méchanceté de leur époque, il faudra peut-être qu’on aille cracher sur les tombes de ces Aussaresses, de leurs supérieurs… pour qu’enfin Larbi Ben Mhidi et tous les autres martyrs de la Révolution reposent en paix.







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