Mercredi 7 Mai 2008 -- La wilaya de Tipasa est riche en monuments historiques. Un atout qui lui permet de devenir un pôle touristique sans égal dans le pays. C’est un carrefour des civilisations à travers l’histoire, avec un placement géographique épique où la mer tend la main à la montagne, et celui qui se rend dans cette ville comprend, à force d’apprécier la nature, que Tipasa est conçue pour le tourisme. En plus de la nature qui ne laisse personne indifférent, l’histoire n’a pas manqué de hisser Tipasa au statut de ville à vocation touristique. Des lieux à fortes dimensions patrimoniales constellent, en effet, le territoire de cette wilaya qui, depuis les périodes les plus lointaines, ouvre ses portes à toutes les races, toutes les mentalités et tous les usages. La question que beaucoup se posent aujourd’hui est de savoir si Tipasa et sa périphérie attirent toujours des visiteurs. Les étrangers se rendent-ils encore dans cette wilaya ? Pour répondre à ces interrogations, une tournée dans et autour des musées et sites archéologiques existants est plus que nécessaire. Notre première halte est l’ancien musée de Cherchell. Le soleil qui illumine la paisible Cherchell en cette matinée du mois de mai n’encourage certainement pas une visite à l’intérieur d’un musée si riche en vestiges et stèles. Donc, la population locale préfère s’asseoir sur les bancs de la placette d’à-côté pour admirer la mer. Devant la porte d’accès à l’ancien musée de Cherchell, c’est le calme religieux ; une atmosphère identique domine l’intérieur de la bâtisse. Pourtant, une équipe de jeunes s’empresse de recevoir les gens et répondre à leur interrogation. C’est le cas de Mohamed, le gardien guide du Musée, qui ne lésine sur aucun moyen pour présenter dans le détail cette coquette ville, Cherchell. Mohamed, même s’il possède de précieuses connaissances en histoire, ne s’aventure pas dans la généalogie des mots. Notre interlocuteur privilégie le doute. Néanmoins, il est à l’aise pour nous faire une évaluation objective du rythme des visites. Le gardien-guide nous dira à ce sujet que «les gens sont de plus en plus nombreux à venir visiter l’endroit. Ils viennent de tous les coins du pays et de toutes les couches sociales». Notre interlocuteur précise : «Durant le week-end, le nombre de visiteurs devient impressionnant. Idem pour la saison estivale, une période que nous voulions réussir pour l’année 2008.»
Les interdits de trop
A la question de savoir si des personnes, ou des groupes, de nationalités étrangères, s’y rendent, Mohamed répond : «On voit souvent des touristes étrangers ici, mais le nombre reste insuffisant. Car on estime pouvoir accueillir davantage de touristes étrangers.» L’hospitalité du guide a été, hélas, entachée de quelques interdits. Le visiteur ne pourra pas prendre de photos à l’intérieur du musée. Un fait qui ne manque visiblement pas d’irriter les gens, à l’image de Riadh, prié de ranger son appareil. Il se demanda, d’ailleurs, comment on peut interdire aux gens de prendre des photos dans un lieu où ils se rendent, et généralement pour s’en souvenir. Au parc, situé en pleine nature, à Tipasa, le lieu est magnifique. Il vous suffira d’ailleurs de constater la grande affluence pour saisir l’importance de site fortement prisé. Les vendeurs d’objets symboliques et précieux accentuent le charme dudit lieu. Des restaurants étoilés constituent des lieux de rencontres entre copains et amis. Le site offre la discrétion sans s’isoler du centre-ville. On y croise des couples à la recherche d’un coin de détente et de loisirs. On y entend des passagers chercher le restaurant ou le bar où ils peuvent apprécier les services offerts. Nous nous sommes dirigés vers les responsables des sites pour en savoir un peu plus sur la santé du tourisme dans ces lieux. Même si elle tenait à passer par les procédures consacrées pour la circonstance, la responsable des lieux, Mme Benaouda, ne se privera pas de nous livrer quelques détails, lesquels ne manquent pas d’importance. Elle nous a confirmé les mesures qui sont en vigueur pour l’entretien des lieux. Il est ainsi interdit aux gens d’emporter tout objet qu’ils pourront jeter au cours de leur passage. L’objectif : éviter que les visiteurs salissent le parc. «La loi interdit aux visiteurs de prendre quoi que ce soit. Car, par expérience, ils jettent tous le reste de la nourriture qu’ils consomment. Si nous laissions les choses ainsi, le parc perdrait sa propreté et sa vocation», nous a-t-elle déclaré. Notre interlocutrice ajoute, non sans une mine de satisfaction, au sujet de la fréquentabilité des lieux, que la tendance est à la hausse. Ce qui augure, prévoit-elle, une saison estivale réussie.
Site à l’abandon
Le Tombeau de la chrétienne fut l’autre étape de notre passage à Tipasa. Deux remarques s’imposent pour tout visiteur. L’une à gauche et l’autre à droite. En accédant au périmètre qui abrite le Tombeau de la chrétienne, un panneau indique que «le site est protégé par l’Unesco». Nul ne peut ignorer le message. C’est une sorte d’orientation. Mais, en avançant, c’est l’amère réalité. Le site est à l’abandon. Un employé des lieux nous en parle avec amertume : «Cela fait 21 ans que je suis ici, croyez-moi que je désespère de jour en jour. ça n’augure rien de bon. Les choses se dégradent quotidiennement. Je vous invite à faire un tour entre ces arbres d’en bas. Vous serez choqués par les objets que vous allez trouver. Les gens jettent tout. Des bouteilles, du pain… Vraiment, c’est insupportable.» Alors qu’il commençait à nous décrire comment les visiteurs passent leur séjour ici, un minibus vient de déposer les élèves d’une école d’Aïn Bénian dans le cadre d’une excursion. «Vous pouvez vérifier maintenant ce que je vous disais il y a quelques minutes», nous dira-t-il. Avant d’ajouter : «Les bouteilles que prennent ces gosses, personne ne les récupérera à la fin. C’est pour cette raison qu’il est interdit de prendre tout ce qui peut devenir source de pollution.» Quant à la sécurité des lieux, celle-ci ne rassure pas. «Même avec l’implantation d’une brigade de garde communale mitoyenne au site, l’inquiétude est toujours là», nous déclare un autre agent. Ce dernier révèle que doter le lieu en équipements nécessaires à même d’attirer plus de visiteurs n’est plus le souci des responsables. En définitive, la région, à l’image d’ailleurs de tout le pays, recèle des atouts incommensurables en matière d’attractivité. Le potentiel touristique, aussi bien algérien qu’étranger, demeure manifestement présent. Ce qui fait défaut, néanmoins, c’est la ligne de conduite, laquelle mettrait à l’aise tout individu, à commencer par une communication correcte. Car le mouvement touristique est subordonné à une communication correcte et juste. Même quand il s’agit d’interdit.
+ Reply to Thread
Results 169 to 175 of 459
-
7th May 2008 18:15 #169
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Amirouche Yazid :
-
7th May 2008 19:00 #170
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Nacer Haniche :
Mercredi 7 Mai 2008 -- En attendant leur inscription sur la liste du patrimoine national des sites archéologiques, les quatre portes et la muraille de Sour El Ghozlane, l’aqueduc romain, et le mausolée de Takfarinas à El Hakimia ainsi que le fort turc situé à Bouira sont ignorés par la population. Ces sites devraient, en principe, constituer des ressources financières supplémentaires aux collectivités locales. Ils devraient être des pôles touristiques n’ayant rien à envier à ceux qui existent dans les autres régions du pays. Malheureusement, ils ne suscitent pas encore l’intérêt des citoyens. Nombreux parmi ces derniers, interrogés sur les lieux où sont implantés ces sites, l’ignorent alors que d’autres ont tenté de donner des réponses évasives sur Tipasa, Djemila et Tébessa qu’ils connaissaient ou qu’ils ont visités. Rares sont ceux qui étaient au courant de la présence sur le sol de la wilaya de ruines qui témoignent du passé millénaire de la région. Au sujet des lieux, nous avons, à chaque fois, eu à cette parade : «Ce n’est pas un site très connu, il n’est pas médiatisé», ou encore qu’il «s’agissait de simples ruines». D’autres ont déclaré tout simplement ne pas être intéressés par les visites des sites archéologiques et préférer d’autres loisirs. Dans les autres localités, les visites sur les sites archéologiques sont inexistantes. Les autorités locales se limitent à garder ces sites et à les protéger de l’invasion du béton ou d’autres aléas, en attendant leur classement.
Les sites archéologiques entre restauration et manque de promotion
Au niveau de la ville de Bouira, après des années d’abandon, le fort turc, l’un des vestiges historiques de la wilaya, n’attire presque pas de visiteurs. Situé près du cimetière de Draa El Bordj et non loin de la cité administrative, le fort dénommé aussi Bordj Hamza, est à l’état de chantier. Le site a été clôturé dernièrement et des travaux d’urgence ont été entrepris par la commune pour le nettoyage du site et le triage des pierres éparpillées dans différents endroits et usées par le temps. Cela en attendant le lancement des travaux de restauration, dont les études ont été confiées, au mois de juillet 2007, à Atrium, un bureau spécialisé dans l’étude des ruines historiques. L’enveloppe financière allouée à ce projet qui comprend les travaux de réfection du fort et sa transformation en musée, est estimée à plus de 33,9 millions de dinars, indiquent des sources proches de la direction de la culture. D’autre part, les animateurs de l’association Histoire et archéologie de Bouira ont indiqué que le fort turc a fait dernièrement l’objet d’une attention particulière en vue d’être restauré après sa récupération. La même association organise aussi, au niveau de la bibliothèque communale, des rencontres avec les citoyens au sujet des sites archéologiques de la wilaya. Cette action constitue un moyen de sensibilisation du public afin de renouer avec la pratique de visiter ou de faire visiter ces lieux à d’autres personnes. En somme, il s’agit d’inculquer aux citoyens la culture du tourisme archéologique. Ces derniers ont ajouté que «la wilaya de Bouira dispose de plusieurs vestiges historiques, mais hélas, longtemps abandonnés sans protection. Il ne subsiste alors que quelques morceaux qui témoignent du passé historique de la région». Par ailleurs, des membres de ladite association indiquent que cet abandon explique quelque peu le désintérêt que porte le citoyen aux sites historiques. Ajoutons à cela l’absence, au niveau local, d’agences touristiques spécialisées dans les visites sur les lieux archéologiques ou tout autre organisme qui se chargerait de la promotion de ce créneau très porteur sous d’autres cieux.
Le fort turc de Bouira : un vestige au passé tumultueux
D’après des documents qui nous ont été remis, le fort turc de Bouira, qui a résisté aux attaques des éléments et de l’homme, est le témoin d’une étape importante de l’histoire de la région. Construit au début du XVIIIe siècle par les Turcs durant leur présence dans la région, le fort a servi de campement aux soldats de Mohamed Ben Caïd, puis du bey du Titteri. Il sera détruit, en 1756, lors d’une révolte de la population autochtone contre la présence turque et reconstruit quelque temps après par le pacha Agha Ben Salem qui s’était établi avec son armée sur le site qu’il transforma en caserne pour contrôler le versant sud du Djurdjura, un territoire habité par des tribus berbères en révolte permanente contre la présence turque. A côté du site, il existe un cimetière datant de l’époque coloniale. Des sources indiquent que l’armée française y avait installé durant l’occupation, dans une partie, la caserne et un dépôt de munitions pour ses troupes. Avec l’extension urbanistique qu’a connue la ville de Bouira, ce fort a été en quelque sorte protégé par l’existence du cimetière et d’un réservoir d’eau. Ces «protections» ont bloqué l’avancée du béton et sauvé le patrimoine foncier dans ce quartier. Toutefois, le fort n’a bénéficié d’aucune opération de restauration. Le laisser-aller flagrant affiché par les autorités locales s’est vérifié, en 2002, lors de l’expulsion de plusieurs dizaines de familles qui avaient squatté, juste après les événements du printemps noir de 2001, des logements sociaux et promotionnels inhabités. Ces familles ont été transférées vers le parc communal avant d’être logées dans des baraquements construits près du fort turc. Il aura fallu à l’époque plusieurs tentatives de la part des autorités locales pour récupérer le site, par le relogement des familles qui avaient squatté les lieux. Puis vint l’opération de sa restauration dans le but de l’inscrire sur la liste du patrimoine historique et archéologique national. Chose qui a pris plusieurs années de retard. Un responsable avait ajouté que la conjoncture sécuritaire des années 1990 et le manque de budget nécessaire pour ces opérations ainsi que l’absence de cadres et d’une politique claire en matière de protection des sites archéologiques étaient les principaux facteurs qui ont laissé la direction inactive dans ce domaine.
-
7th May 2008 19:07 #171
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Nasser Hannachi :
Mercredi 7 Mai 2008 -- Constantine, ville antique, ne livrera jamais ses secrets millénaires. Haute par ses ponts et profonde par son Rummel, Cirta incarne l’éternelle ville de fouilles en quête d’exploration permanente pour monter une partie de son puzzle patrimonial de 2 500 ans. En fait, Constantine n’offre pas que des lieux de pèlerinage comme le monument aux morts ou bien le pont Sidi M’cid qui donne le vertige si on tente de zoomer ses haubans… loin s’en faut. Riche par son histoire, elle «pond des cités entières». Castellum Tidditanorum, Tiddis est la preuve du mystère. Situé à 28 km au nord-ouest de Cirta et à quelques dizaines de kilomètres de la commune de Beni Hmidane dont il dépend, du moins administrativement, ce site archéologique exhumé en 1941 par le Français François Berthier recèle un trésor préhistorique important s’étalant sur 40 ha et renfermant des traces des différentes civilisations ayant foulé le sol nord-africain. A prédominance romaine, Ksentina El Kdima, «le vieux Constantine» autrement appelé, ce site attire aujourd’hui tous les adeptes des vestiges. Après avoir été livré à lui-même durant la décennie noire mais aussi victime d’un oubli des acteurs culturels, ce lieu chargé d’histoire recouvre peu à peu sa santé, faut-il le souligner, grâce à la contribution d’une association qui porte son nom, activant depuis l’année 2004 au niveau de la commune susmentionnée, et présidée par M Mechatti. Elle regroupe plus de 70 adhérents. Son but principal est la promotion du tourisme local et la préservation du patrimoine. Par ailleurs, elle joue le rôle d’intermédiaire de l’Office de gestion et d’exploitation de biens culturels en incitant les citoyens du pays à se rendre à Tiddis.
Récemment, des universitaires de Ouargla, des lycéens de Annaba y sont venus enrichir leur page d’histoire. Le Fonds de la wilaya de Constantine, laquelle a conscience de l’importance des lieux, a débloqué en 2007 une enveloppe initiale estimée à 2 milliards et demi pour la réhabilitation du site. Cependant, les vrais travaux tardent à voir le jour, à l’image de l’implantation d’un «mini- musée» ou encore de la délimitation exacte du site comme évoqué dans le programme. Les travaux d’étude sont à l’état embryonnaire. On remarque une clôture approximative et le gardiennage des lieux est assuré par 8 agents dépendant de l’Office, ce qui n’est déjà pas mal pour que le site ne soit pas exposé à un éventuel pillage ! Malgré ce retard, Tiddis attire tous les visiteurs, à l’instar des cités de Djamila ou de Timgad. Le site ne désemplit presque pas. Il devient un lieu de prédilection de toute personne transitant par Jijel, Constantine en plus des excursions scolaires et de la halte presque «obligée» des étrangers venant notamment d’Europe. Beni Hmidane s’enorgueillit de ce «don» ! A commencer par le nombre important allant crescendo des visiteurs puisqu’il est passé de 8 000 fin 2005 à presque 8 500 fin 2007, selon des sources proches de la commune.
«En plus de sa richesse archéologique, Tiddis nous offre un moment de répit. Il nous permet de nous ressourcer après une semaine de travail bien remplie. Heureusement que notre pays dispose de ces lieux historiques pour combler au moins le vide qui règne dans le domaine du tourisme…» devait nous dire Salah, un habitué des lieux, qui accompagnait ses trois enfants. Un autre visiteur, relevant cette fois d’une société étrangère implantée dans l’Est, a voulu «casser la monotonie» de la ville «moderne» en se rendant au vieux Constantine dans lequel il estime trouver son nirvana et lire une partie de l’histoire de Cirta à travers les ruines. Tout ébahi, il nous dira : «L’éternité ne nous suffirait pas pour explorer tous les vestiges de ce site…» Pour esquisser les contours de ce site, il importe d’évoquer un passage descriptif de Tiddis par le géographe Marc Côte dans Guide d’Algérie : paysages et patrimoines (éditions Média plus) : «Le site escarpé donne à la ville une configuration très particulière : artères sinueuses, escaliers, habitations dans la roche […]. Si l’on continue 600 m à la surface du plateau en direction de l’ouest en contrebas, on découvre les belles gorges du Kheneg par lesquelles l’oued Rummel s’incise dans la masse calcaire.» C’est pour dire qu’en fait la réhabilitation de Tiddis n’est pas une mince affaire. Elle n’est pas uniquement liée au volet financier mais requiert une intervention somme toute scientifique et collégiale comme nous le mentionne si bien l’architecte du musée Cirta. «La réhabilitation, au sens propre du mot, des sites archéologiques interpelle la présence d’historiens, d’architectes et d’archéologues. Côte à côte, ils pourront réhabiliter sans dommage les lieux.»
Par ailleurs, selon une source proche de Beni Hmidane, la tutelle temporise pour débloquer un fonds destiné à l’opération prévue. Est-ce pour éviter le massacre qui s’est passé au Khroub, précisément au mausolée appelé Soumaa… ? Du moins, le «pionnier» des gardiens du temple Tiddis, dit ammi Boubertekh, qui a pris sa retraite cette semaine, reprendrait… du service en cas de passage de bulldozer…
-
7th May 2008 19:13 #172
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Kamel Amghar :
Mercredi 7 Mai 2008 -- Les Algériens ont toujours tendance à «sacraliser» les vieilles pierres. Ils sont, en effet, souvent enclins à donner une dimension fétichiste aux anciennes mosquées, aux koubbas, et aux tombeaux des saints. Ils ne s’y rendent pas pour interroger l’histoire ou percer les techniques employées autrefois dans la construction ou l’hydraulique. Fréquemment, on fait une virée sur un site historique pour invoquer la «baraka» des élus ou simplement se recueillir. Alors, le visiteur va généralement droit vers les mausolées, les zaouïas ou les cimetières. Il en est ainsi de la ville de Béjaïa qui renferme un important patrimoine culturel et archéologique. La sépulture de Yemma Gouraya, par exemple, est ainsi beaucoup plus célèbre que l’aqueduc romain de Toudja, les ruines antiques de Tubusuctu (Tiklat) ou l’Afalou préhistorique de Melbou. Et pourtant, personne n’est aujourd’hui en mesure de nous offrir la moindre biographie sur cette sainte dont le nom a traversé les océans. Le subconscient populaire garde, indélébile, une image hautement mystique de la capitale des Hammadites en souvenir de son rayonnement médiéval où de nombreux savants musulmans et érudits religieux, d’Orient et d’Andalousie, avaient choisi de s’y établir, dont le célèbre auteur de la Mouqadima. voilà encore un exemple : même à l’intérieur de la Casbah, c’est la mosquée Ibn Khaldoun qui a les faveurs du public.
Autrefois, Béjaïa faisait office de destination initiatique pour de nombreux «pèlerins» qui venaient des quatre coins du pays. Le motif purement religieux a, certes, enregistré un net recul, mais les hôtes de la cité, fatalement «superstitieux», observent toujours le rituel obligé de la virée sur les lieux où reposent les saints titulaires. Et comme de coutume, on y fait ses vœux de santé et de prospérité. La mosquée de Sidi Soufi auprès de laquelle se trouve aussi le tombeau vénéré de Sidi Boumedienne, les koubbas de Sidi Touati, de Sidi Aderrahmane, de Sidi Betroumi, de l’Amimoun, de Sidi M’Hand Amokrane, de Sidi Abdelkader (gardiens des mers), de Sidi Yahia, de Sidi Aïssa (gardien des forêts) ou les restes de Sidi Abdelhak sont autant de modestes toits «mauresques» qui recueillent les serments des couples malheureux en quête de progéniture, des vieilles personnes malades ou même des jeunes amoureux. Bien entendu, on le fait sans grande conviction. Mais, on le fait quand même.
La même tradition est omniprésente dans les villes et villages de la wilaya. A Seddouk, la bénédiction de la zaouïa de cheikh Aheddad est très courue. Dans la ville d’Akbou et ses environs, la «ziara» se fait vers timaammert de Chellata ou hammam Sidi Yahia El Idli à Tamokra. A Sidi Aïch, on jure par Sidi Abderrahmane El Waghlissi. Les gens de Chemini évoquent solennellement le nom de Sidi El Hadj Hassaine. Et ainsi de suite. A chaque ville sa demeure sacrée. Par contre, on ne s’attarde pas longtemps pour contempler la porte Sarrazine, houmat Bab Louz ou le monument funéraire de Piton. On ne se déplace pas non plus pour aller voir la Qalaa de Beni Abbas, les villages traditionnels typiques d’Aït Amar Ouzeguène (Ighrem) et de Djebla (Beni Ksila) ou encore le musée d’Ifri. Si les populations locales préfèrent leurs symboles propres, qui offrent souvent des vues panoramiques, les excursionnistes et les étrangers de passage ne disposent pas souvent des services d’un guide averti pour planifier leurs escales et s’informer sur les monuments visités. On est encore loin de valoriser tout ce patrimoine historique et archéologique pour en faire une motivation touristique. De nombreux sites sont en état de dégradation avancée, d’autres restent toujours difficiles d’accès. Il y a encore beaucoup de travail à faire, avant de dessiner les parcours et les circuits.
-
7th May 2008 19:18 #173
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Mohamed Medjahdi :
Mercredi 7 Mai 2008 -- La mise en valeur des monuments historiques engendre un élargissement et un enrichissement des motivations touristiques. Selon les hommes de culture, cette action entraînera un accroissement des courants touristiques existants et une plus large ventilation de la clientèle, tout en donnant naissance à des centres touristiques nouveaux. Interrogé, le directeur de la culture de la wilaya, conscient du problème qui «mine» certains célèbres sites de la région, à l’image d’El Mechouar et de Mansourah, a affirmé qu’une série d’opérations a été lancée par les communes pour «nettoyer» les lieux, salis et éclaboussés par les détritus et autres, bouteilles de vin, cannettes de bière, etc. Saisissant cette occasion, il révèle en exclusivité à notre journal qu’un plan de sauvegarde des sites de Mansourah et de la médina a été lancé, lequel est dirigé par un bureau d’études. Cependant, la région est considérée comme étant un musée à ciel ouvert composé de plus de 50 sites dont certains sont classés.
Une virée à travers les sites les plus appréciés et visités, à savoir El Mechouar Sidi Boumediene et Mansourah, nous permet de constater l’absence totale de civisme. Les citoyens semblent ne donner aucune importance à ce legs, à voir les ordures et les actes de vandalisme, etc., qui sapent ces lieux où demeurent encore les traces des différentes dynasties qui se sont succédé à Tlemcen. Pourtant, selon certains touristes, les monuments et sites historiques influent sur l’évolution du tourisme à laquelle on assiste actuellement, et sont un excellent agent de propagation de la culture. D’autres soulignent que le soin apporté par l’urbanisme et l’architecture contemporaine à la préservation de ces lieux historiques renforce le développement touristique. D’autres citoyens précisent que les planificateurs et les urbanistes, soucieux du développement économique de la cité et de sa région par le tourisme, doivent veiller dans leurs plans d’aménagement non seulement à respecter l’environnement, mais aussi à mettre en valeur ce trésor caché.
Ces lieux, témoin de passage des civilisations, encouragent le tourisme culturel. Des hommes de culture expliquent que le patrimoine et le développement durable sont aujourd’hui deux notions consensuelles, unanimement utilisées par les décideurs et responsables locaux. La nécessité de protéger et de transmettre le patrimoine, héritage culturel appelé «bien commun», est aujourd’hui une idée largement répandue ; et toute autorité doit savoir qu’une région qui valorise ses héritages architecturaux et urbanistiques se donne les moyens de mieux préparer son avenir. Le patrimoine peut être considéré comme une ressource non renouvelable qu’il faut donc sauvegarder, économiser et valoriser. Il est une ressource symbolique, étroitement liée à la question de la mémoire et de l’identité, volontiers utilisée par les élus locaux ; mais également une ressource économique, notamment sur le plan touristique, la patrimonialisation représentant un mode de valorisation d’un espace «désaffecté».
En effet, le patrimoine est constitué d’éléments qu’un groupe humain cherche à transmettre aux générations futures, en s’efforçant de le faire d’une manière fidèle. Pour rendre à César ce qui appartient à César, le directeur de la culture nous informe qu’un investissement de 17 milliards de centimes a été engagé. La première tranche touche la restauration de la médina de Tlemcen, dont les travaux ont été récemment lancés. Cependant, et compte tenu des dangers croissants auxquels les monuments historiques sont exposés dans plusieurs régions de la wilaya, il apparaît indispensable d’entreprendre une action de grande envergure pour que l’humanité ne soit pas dépossédée de ce bijou. Une telle action, rappellent les hommes de culture, les citoyens et les élus, nécessite l’intervention des pouvoirs publics pour solutionner définitivement ce problème qui affecte le musée à ciel ouvert.
L’ensemble des acteurs interrogés est unanime à dire que cela exige des efforts financiers considérables pour une meilleure préservation et une protection efficace. Ce qui explique que les monuments, dont nul ne peut nier la valeur culturelle, constituent un luxe ; ils témoignent encore du passé prospère de la région et de ses civilisations. Pour cela, les citoyens et les touristes doivent prendre soin d’eux, étant la valeur touristique à Tlemcen est très importante, puisqu’elle représente le patrimoine naturel, historique et culturel du pays. C’est pourquoi des mesures adéquates pour assurer la conservation et la protection de ce patrimoine s’avèrent indispensables, du fait que ces sites enrichissent la gamme des motivations touristiques, et jouent un rôle déterminant dans le développement ou la création de courants touristiques.
-
7th May 2008 19:23 #174
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Madani Azzeddine :
Mercredi 7 Mai 2008 -- La préservation de notre histoire dépend de plusieurs actions importantes ayant trait à l’écriture des différents événements qui se sont succédé à travers le temps, et à la sauvegarde de ces lieux témoignant encore du mode de vie des générations passées. Ces sites, malgré l’influence des changements climatiques, du temps et de l’intervention de l’être humain, continuent d’exister pour montrer aux générations actuelles et futures les exploits réalisés par nos ancêtres. Les sites archéologiques, qui font l’objet de nombreuses opérations de restauration depuis plusieurs années, suite aux orientations du gouvernement, semblent bien pris en charge par les services concernés dans la wilaya d’Aïn Defla.
Une importance particulière a été réservée à la manufacture d’armes de l’Emir Abdelkader, située à Miliana, d’autant qu’une opération de restauration du site a été lancée depuis un certain temps, lequel représente un point fort dans l’histoire de notre pays. Cependant, ce site a besoin encore de quelques retouches pour lui permettre de représenter réellement la vraie période historique. Le musée de l’émir restauré représente aujourd’hui le lieu le plus visité dans cette grande ville du Zaccar. De nombreux visiteurs viennent découvrir une partie importante et marquante de notre histoire ; ce lieu était jadis utilisé par l’émir Abdelkader comme habitation.
Selon le directeur du musée, de nombreux visiteurs, y compris les étrangers, s’intéressent à cette structure, même les Chinois travaillant dans les projets de l’autoroute Est-ouest et celui de la réhabilitation du chemin de fer d’Aïn Defla ont visité cet endroit historique. Situé au centre-ville de Miliana, ce musée, à première vue, semble bien entretenu, et ce, grâce à une opération de restauration lancée depuis plusieurs années. D’après Kamel, un visiteur rencontré à Miliana, ce musée reflète bien une époque de notre histoire, il permet de voyager dans le temps où l’émir avait une grande réputation à l’échelle nationale et internationale. Selon notre interlocuteur, il est très important de s’occuper de ces lieux et des sites archéologiques qui représentent la mémoire de l’humanité.
Dans cette même ville, un autre lieu, très important historiquement, draine aussi de nombreux visiteurs, il s’agit du complexe historique de Sidi Ahmed Benyoucef, une grande mosquée réalisée en 1774 par Mohamed El Kebir, bey d’Oran. Cette structure, à l’architecture unique, continue de drainer une foule de visiteurs des différentes wilayas. Actuellement, ce complexe observe des travaux de restauration évalués à 94 030 352,52 DA, dont le taux d’avancement a atteint plus de 95%. Il a connu dernièrement la visite des ministres de la Culture et des Affaires religieuses, en raison de sa place importante dans le patrimoine archéologique de cette région.
Cette wilaya compte aussi d’autres lieux archéologiques tels que les remparts de Miliana, datant des périodes romaine et turque, et du minaret de l’ancienne mosquée d’El Batha de la période ottomane. Les sites archéologiques, «Gargara Romania» à El Amra, «Tivaga Castra» à El Abadia, le pont romain «El Kantra el kahla» à Arib datant de la période romaine, le reste d’un camp militaire «Tivaga Municipum» à El Attaf datant également de l’époque romaine ainsi que la canalisation d’eau romaine dans la commune de Rouina sont à protéger, et ce, à travers des opérations de restauration pour transmettre intégralement la valeur historique aux générations actuelles et futures. En somme, dans cette wilaya, des dispositions ont été prises depuis bien longtemps pour la préservation des sites archéologiques, lesquels représentent un miroir permettant de voyager dans le temps.
-
8th May 2008 20:13 #175
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Jeudi 8 Mai 2008 -- Une stèle libyque a été découverte au village de Tagounits, dans la commune d’Aït Yahia par hasard, lorsqu’un agriculteur s’adonnait à une tâche quotidienne en 2001 dans sa propriété. Une autre stèle de même type qui se présentait en deux fragments a été trouvé accidentellement. Des morceaux de céramiques qui se rapporteraient à la même période ont été retrouvés sur les lieux. Cependant, trois ans après cette découverte fortuite, seul un journaliste lui aura réservé une brève dans la presse écrite, sans toutefois susciter une quelconque curiosité des chercheurs et des autorités. La stèle demeure encore in situ devant le domicile de l’agriculteur. Or, pour un profane en la matière, une stèle de type libyque (ou berbère) qui apparaît dans un endroit aussi rocailleux — zone de montagne — inspire plus d’une hypothèse quant à la datation, aux origines, aux influences et autres caractéristiques. Il est à rappeler que ce genre de découvertes (une dizaine de stèles) est lié au type dit « stèle d’Abizar », mais en analysant la spécificité des deux stèles d’Aït Yahia, on en déduit que les caractères iconiques et épigraphiques se démarquent nettement du style d’Abizar. Encore une variété typiquement berbère, dira un archéologue natif de la région. Cette stèle à caractère libyque comporte des gravures sur le relief aux traits visibles. Elle représente essentiellement un cavalier armé d’un bouclier circulaire avec deux javelots, tenant un objet rond dans sa main gauche. Le cheval est dessiné de profil regardant à droite. Le cavalier est de face et porte une barbe pointue, une des caractéristiques retrouvées sur la stèle de Bordj Menaïel restituée par J. P. Laporte, spécialiste des antiquités.
Par ailleurs, une autre stèle du même type (Abizar) a été découverte fortuitement à Abi Youcef, 5 km de Aïn El Hammam, en 2003. Celle-ci a été déterrée lors du creusement d’une tombe dans le cimetière du village de Takhlidjt. « La stèle se trouve actuellement chez un enseignant, à l’école primaire du même village », nous apprend-on. Elle a, cependant, été répertoriée par un jeune archéologue, sortant de l’université d’Alger. La description nous donne un fragment de stèle libyque d’une forme irrégulière et comportant des caractères libyques dont deux en forme de dents de peigne à cinq éléments. Décidément, après des années de silence ou d’indifférence où les autorités scientifiques n’arrivent pas à venir récupérer les vestiges et lancer des travaux d’étude et de recherches, compte tenu de la dimension historique et archéologique de la haute kabylie. De l’avis du jeune archéologue, les stèles d’Abi Youcef et d’Aït Yahia pourraient apporter de nouvelles réflexions corrélativement aux découvertes antérieures. Elles révéleront des dates importantes qui arriveraient peut-être à remettre sur maille un chaînon manquant parmi tant d’autres. L’analyse et l’investigation pourront sans doute être porteuses de nouvelles données à mettre en valeur. L’épigraphie libyque serait de mise pour affirmer l’existence d’une civilisation dans cette région, dont on pense que l’origine n’est souvent pas aussi lointaine dans le temps. Ces stèles seraient mieux « protégées » étant sous terre. Depuis qu’elles ont vu le jour, les deux pans de l’histoire sont livrés à la dégradation. Pourtant, l’Algérie fête le mois du patrimoine…







LinkBack URL
About LinkBacks
Reply With Quote
Bangladesh
Ecuador
Morocco
Nepal
Nicaragua
Puerto Rico
Russia
Scotland
South Africa
Ukraine
Virtual Countries