Mardi 26 Mai 2009 -- Un colloque national sur l’habitat traditionnel se tient depuis dimanche dernier à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Diverses recommandations pour la sauvegarde du patrimoine de l’habitat traditionnel sont présentées. Placé sous le haut patronage de la ministre de la Culture et sous la tutelle du wali de Tizi Ouzou, le colloque regroupe d’éminents chercheurs et universitaires venus notamment d’Alger, de Blida, d’Illizi et de Ghardaïa. L’objectif de cette rencontre consacrée à l’habitat traditionnel en tant que patrimoine culturel national est d’asseoir une vision commune et une démarche concrète à même de permettre de sauvegarder notre patrimoine, que ce soit au sud ou au nord du pays. Telles sont, en substance, les explications données par M. Merrahi, secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité, à l’ouverture des travaux. Pour ce faire, a-t-il dit, chacun doit se sentir responsable de sa propre maison d’abord, de l’héritage de ses ancêtres ensuite. Et de citer l’exemple des villages kabyles qui disparaissent aujourd’hui à cause de l’inconscience humaine. La construction en Kabylie s’est dénaturée, les toitures rouges en tuiles romaines de ces maisons construites avec une grande perfection sur les crêtes des montagnes n’ont désormais plus de place chez les nouvelles générations qui ont préféré passer à un autre mode de construction. Tazqa, adaynin, takhana, taburt takharradjit, taghurfet et autres composantes de la maison kabyle ancienne réalisée à base de pierre et de terre tendent à disparaître. C’est pour cette raison, poursuit l’orateur, qu’il faudrait multiplier ce genre de séminaires, de rencontres entre chercheurs et spécialistes du domaine, en vue de déboucher sur une activité concrète qui assurera la sauvegarde de l’habitat traditionnel, habitat qui constitue une partie de notre identité. Intervenant peu après, M. Aït Aïssi El-Hachemi, qui a présidé la première séance des travaux, a précisé qu’il est temps de sauvegarder ce qu’il y a lieu de l’être, en faisant intervenir toutes les parties impliquées et en partageant les rôles des uns et des autres. Il a également recommandé de trouver un moyen d’intégrer les spécialistes dans un projet collectif de préservation, après avoir, par inconscience, détruit une bonne partie de notre patrimoine. La première conférence de la matinée a été animée par M. Ouagueni. Ce dernier a présenté la genèse de la dégradation des grands sites de l’habitat traditionnel en Algérie et leur abandon par les habitants.
Les sites désertés
M. Ouagueni a cité le cas de la Casbah d’Alger, les ksours du Sud et les villages kabyles. Après l’indépendance, a-t-il expliqué, le patrimoine était considéré comme un lourd fardeau dont il fallait se débarrasser pour relever le défi d’un développement rapide. «Il y avait le complexe d’un pays jeune qui voulait à tout prix rompre avec le passé et démontrer sa capacité à décider de son propre sort», a expliqué le conférencier, tout en estimant que ce genre de réflexion est la conséquence d’un colonialisme que l’on reproduit de manière inconsciente. Et de souligner qu’aujourd’hui, malgré la prise de conscience sur l’importance du patrimoine et les démarches entreprises pour sa sauvegarde, la dégradation se poursuit par manque de maturation. Selon M. Ouagueni, le rôle des uns et des autres doit être déterminé. L’orateur a estimé que s’engager dans la restauration du patrimoine pour des considérations uniquement liées au tourisme n’est pas la solution idéale, dans la mesure où la conviction personnelle peut faire défaut. «Nous devons réhabiliter d’abord pour nous-mêmes, pour que l’on puisse donner une véritable image de nous, car le tourisme n’a pas besoin de falsification», a-t-il soutenu. Les politiques de réhabilitation doivent également prendre en compte les matériaux à utiliser dans la restauration. Si au Sud le matériau existe et qu’il ne reste plus qu’à mobiliser les artisans, au Nord par contre, les choses sont un peu plus compliquées. La réhabilitation nécessite l’implication de plusieurs ministères et bureaux d’études et la réouverture de certaines carrières pour extraire la matière première nécessaire aux travaux de réhabilitation. En somme, conclut le conférencier, nous ne sommes qu’au début de la prise en charge de notre patrimoine. Il reste beaucoup à faire si nous voulons redonner vie à l’habitat traditionnel, que ce soit en Kabylie, dans le Sud ou dans d’autres régions de l’Algérie. Enfin, il convient de noter que les travaux de ce séminaire se poursuivront jusqu’à demain. Plusieurs communications sont attendues, portant sur la prise en charge de l’habitat traditionnel dans différentes régions de l’Algérie, notamment en Kabylie, dans les Aurès, dans la vallée du M’zab, à Boussaâda, à El Oued, à Djanet et à Adrar. La journée de demain sera également consacrée à la visite du village traditionnel Ath El-Kaïd de la commune d’Agouni Gueghrane, dans la daïra des Ouadhias. Des expositions portant sur l’habitat traditionnel du M’zab, sur la restauration des sites et monuments de la wilaya de Tizi Ouzou et du ksour El-Mihan de Djanet, ainsi que sur l’habitat moderne inspiré de l’art traditionnel à Illizi accompagneront les travaux de ce séminaire.
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26th May 2009 02:25 #330
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30th May 2009 01:22 #331
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Samedi 30 Mai 2009 -- L’une consiste en une analyse et en un état des lieux qui conduit vers la délimitation de la zone de protection et de servitude, déclare le Dr Chenaoui Youcef, maître de conférences et chercheur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture d’Alger (Ensa), tandis que la seconde étape concerne le diagnostic d’évaluation de l’état de vulnérabilité des vestiges archéologiques qui conduit vers la détermination des mesures d’urgences », indique-t-il. Durant le délai de 4 mois qui lui est imparti, la seconde phase mettra l’accent sur l’évaluation des règlements de servitude, c’est-à-dire le cahier de prescription réglementaire qui fait ressortir toutes les modalités de conservation ou d’aménagement (constructions nouvelles, ndlr) à l’extérieur des abords ; donc tout sera soumis à des prescriptions, qu’elles soient liées à l’urbanisme (permis de construire, permis de démolir, permis de lotir, etc.), d’une part ou à la construction ou l’aménagement (choix et texture des matériaux) d’autre part. Quant à la 3e phase, elle concernera la concertation avec tous les acteurs, les organismes publics et le mouvement associatif de Tipaza lors d’une enquête publique qui devra durer au total 2 mois. L’élaboration définitive du PPMVSA de Tipaza serait théoriquement adoptée, si les délais sont respectés, par l’APW de Tipaza à la fin de l’année 2009. Le plan de sauvegarde de Tipaza, qui est un patrimoine culturel mondial et national, sera concrétisé non seulement au niveau des parcs archéologiques mais également sur le littoral. Le PPMVSA de Tipaza tient compte du plan de parcours, de la muséographie des sites, de la préservation jusqu’à la consolidation des sites par la réalisation du plan d’aménagement au niveau des abords et la proposition des équipements qui vont essentiellement dans le sens de la jouissance des sites et monuments archéologiques dans les domaines culturel et touristique. C’est pour être en conformité avec la réglementation en vigueur que la direction de la culture de la wilaya de Tipaza, à la suite de l’appel d’offres national de concours d’étude, qu’elle avait retenu le groupe Cneru pour élaborer le PPMVSA de Tipaza et de sa zone de protection.
La wilaya de Tipaza s’est alignée au décret exécutif N° 03-323 du 5 octobre 2005, relatif aux modalités d’établissement du PPMVSA et de sa zone de protection. La ville de Cherchell a bénéficié aussi de cette étude de protection de ses sites classés sur la liste nationale. Quant à la zone de protection du site de Tipaza, elle a été divisée en 6 secteurs, dont un concerne la bande littorale de 25m de large allant de la limite du cimetière musulman de la ville jusqu’au complexe touristique de Matarès (les berges maritimes, les îlots, la flore maritime présente sur les berges, le phare). Matarès et le poste AU1 ; Hay El Gharbi ; le village colonial ; les équipements publics du POS-AU2 ; Hay El Hadid et la limite du cimetière ; tels sont les 5 secteurs intégrés dans la zone de protection. La loi 98-04 stipule 2 critères pour la délimitation des abords. Il s’agit du critère géométrique qui apporte des mesures supplémentaires à la protection de l’intégrité du vestige en plus de la détermination de la distance de 200 m, et enfin le critère visuel relatif aux échanges visuels et les perspectives vers et à partir du site à protéger. Le PPMVSA est un outil opposable au tiers ; révisable par voie de décret ministériel, si à l’avenir une nouvelle découverte de vestiges a lieu. Dans la conception du PPMVSA de Tipaza, le Dr Youcef Chenaoui aura été pragmatique, du moment qu’il avait eu le privilège de consulter les recherches dans ce domaine effectuées dans d’autres pays européens.
Il a tenu compte des caractéristiques culturelles, sociales et économiques de chaque quartier de la ville de Tipaza, puisqu’il s’est permis de compléter son étude sur les zones de protection dans le cadre de la loi 98-04, de 2 autres critères, en l’occurrence celui de la stratification historique, s’imprégnant ainsi de l’archéologie préventive et enfin du critère de la composition urbaine, pour ne pas freiner le développement de la ville de Tipaza, tout en préservant les sites classés. Plus tard, selon le Dr. Chenaoui Youcef, le PPMVSA remplacera le POS (Plan d’occupation du sol) au niveau des abords des zones de protection et complètera les instruments et règlements urbanistiques. « Il faut arriver à créer une articulation entre le POS et le PPMSVA », indique-t-il. C’est à la faveur des nouveaux décrets parus depuis 2003, que ce travail de recherche aura permis aux spécialistes algériens qui disposent des qualifications dans ce domaine, que ces études inhérentes au PPMVSA ont pu être menées. L’Algérie est un pays pourvu de plusieurs sites classés sur la liste du patrimoine culturel mondial de l’Unesco, en attendant le classement d’autres monuments et sites. Le gouvernement algérien est ainsi lié avec l’organisme mondiale pour assurer la protection et la préservation de ses sites historiques classés. La mise en place des PPMVSA s’avère impérative, pour éviter le déclassement de ces sites.
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31st May 2009 02:50 #332
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Dimanche 31 Mai 2009 -- Perché sur une crête dominant les plaines des Ouadhias et d’Agouni Gueghrane, au pied du prestigieux Djurdjura, Aït El-Kaïd continue à résister aux affres de la nature et de l’être humain, et ce après plusieurs siècles d’existence. C’est pratiquement le seul village de Kabylie qui continue à donner l’image d’un ordre social établi depuis des centaines d’années. Il reflète aussi les traditions d’une région qui sombre aujourd’hui dans l’oubli et se détache de tous ses repères sociaux et historiques. Situé à 50 km à l’extrême-sud de la wilaya de Tizi Ouzou, il est aujourd’hui classé comme patrimoine national aux côtés de la maison d’Abane Ramdane, de celle des Aït Kaci, Lalla Fatma N’soumer, et quelques autres sites romains existant au niveau de la wilaya. Des travaux de réfection ont été lancés en 2008 par la direction de la culture pour préserver les quelques maisons qui tiennent encore debout, rétablir et réaménager la totalité du site pour en faire un musée à ciel ouvert. C’est l’ambition du directeur de la tutelle, M. Ould Ali El-Hadi, qui compte mettre tous les moyens pour préserver le patrimoine local et en faire un atout touristique incontournable dans la région. Lors du dernier colloque national sur l’habitat traditionnel, une visite à ce village a été organisée mercredi dernier. Après près d’une heure et demie de route, le village commençait à paraître sur les hauteurs d’Agouni Gueghrane complètement métamorphosé. La progression, comme on peut le noter de nos jours, a gagné du terrain. Tout le monde est fier de vivre dans des villas de deux à trois étages. Le patelin du défunt Slimane Azem est aujourd’hui méconnaissable. S’il était encore en vie et que l’exil l’ait laissé traverser les cieux pour s’y rendre, il aurait certainement regretté sa terre natale et toute la naïveté de la vie paysanne d’autrefois. Aït El-Kaïd est aujourd’hui un endroit pour se reposer et oublier les angoisses quotidiennes de la vie. Pour y vivre ? Personne n’y pense. Déserté peu après l’indépendance, seule une dizaine de familles y demeurent encore. Sur les lieux, le paysage est désolant, les ruines sont beaucoup plus nombreuses que les maisons qui résistent encore. Celles-ci, si elles existent encore, c’est grâce à quelques personnes âgées résidant sur ce rocher qui ont refusé de céder à l’envie de leur progéniture d’aller vivre dans des habitations en béton. Des ruelles étroites séparent les deux parties du village, construit pendant l’époque ottomane.
Refus du régime fiscal
Aït El-Kaïd est le fruit d’une opposition de citoyens de la région au régime fiscal ottoman imposé à l’époque. Ils se sont réfugiés sur les hauteurs d’Agouni Gueghrane pour construire leur propre village. Son nom, Aït El-Kaïd, évoque un kaïd nommé à l’époque par les villageois pour diriger leurs affaires. Ce dernier n’a pas tardé à être tué suite à des dépassements répétés à l’égard de la population locale. Ces gens, résistants, se sont adaptés à la rudesse du climat sur les hauteurs du Djurdjura. Ils ont continué à résister au colonialisme français jusqu’au bout. Malheureusement, cet engagement et cet attachement à la terre ont été emportés par l’indépendance. Tout s’est effondré avec les neiges qui couvraient les belles crêtes de la Kabylie. Les habitants d’Aït El-Kaïd, animés par la chaleur de la liberté et l’envie d’une vie meilleure, ont laissé la paisible localité livrée à elle-même. Les familles, qui ont résisté à cette vague de «modernisation artificielle», se comptent sur le bout des doigts. On a abandonné les maisons en pierre, en argile et en bois pour rejoindre les grandes villes et les centres urbains. Un vieillard s’est joint à nous lors de notre visite. Il nous a montré un centre de torture colonial français, dont un seul mur est debout. Dans tous les coins et toutes les ruelles, les yeux des personnes âgées qui se tenaient devant les portes en disaient long. Le regret se lisait sur les visages, de même que les conséquences d’une vie qui n’a pas été tendre avec eux. Cela ne les empêche pourtant pas d’espérer et de croire que leur village reprendra un jour sa place. Preuve en est la réfection entamée sur le site il y a quelques mois, et le classement des Aït El- Kaïd comme patrimoine national. Désormais, ils croient en la volonté des pouvoirs publics, et ils sont heureux que des visiteurs viennent les réconforter de temps à autre. Ces villageois peuvent se réjouir. Leur terre reprend ses droits et deviendra dans quelques années un pôle touristique important dans la région. Le wali de Tizi Ouzou l’a bien dit à maintes reprises : «Il faut faire de nos particularités des atouts de développement et des sources de fierté pour notre population.» La Kabylie est une terre qui renferme autant de secrets et autant de beauté que de détermination. Il suffit de savoir agir dans ce sens et de sauvegarder une culture ancienne et un art de vivre ancestral.
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2nd June 2009 03:35 #333
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Mardi 2 Juin 2009 -- L’association de la protection et de la promotion des vestiges et sites historiques de Sédrata a organisé, les 31 mai et 1er juin, des journées d’étude sur le patrimoine historique de la région. Des chercheurs émérites ont été conviés à ce rendez-vous qui connaîtra, en marge des conférences, une exposition de photos mettant en relief la richesse et la diversité du patrimoine archéologique des régions de Souk Ahras, Taoura, Sédrata, Tiffech, M’daourouch, Khemissa, voire de tout l’Est algérien. Témoins d’une histoire millénaire, ces sites, qui ont su apporter (et qui apportent toujours) un démenti cinglant aux partisans de la thèse de la vacuité de cette terre avant l’arrivée des colons français, continuent de braver le temps, l’oubli et l’ingratitude des hommes. « La recherche archéologique en Algérie les deux dernières décennies » et « Hommes, femmes et divinités à Thagaste, terre de Saint Augustin » sont les titres de deux conférences animées, hier, par deux universitaires, en l’occurrence Naïma Abdelwahab et Nacira Benseddik. Une conférence sur l’histoire de la sculpture et autres formes d’expression, transmises depuis l’antiquité à travers la pierre taillée et autres vestiges du Constantinois, sera également animée par la chercheuse Nadjet Aïn Sebaâ. Encore une manifestation qui vient confirmer le rôle pionnier de Sédrata dans la relance des activités culturelles à travers la wilaya. L’implication positive de l’APC et de la maison de jeunes Laouar Laïd et leur intérêt porté à la chose culturelle n’auront pas démérité les signes de reconnaissance exprimés par les participants à cette manifestation que ses organisateurs comptent perpétuer.
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6th June 2009 16:38 #334
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Samedi 6 Juin 2009 -- L’association Khroub Ville-Santé a organisé au centre culturel M’Hamed Lyazid une rencontre culturelle sur le patrimoine au cours de laquelle ses animateurs ont invité le Pr. A. Khelifa, éminent chercheur en archéologie. Voir une association plutôt spécialisée dans la santé dans un créneau qui pourrait être aux antipodes de ses activités ? A. Aberkane donnera en préambule la réponse : «Il vous semblera sans doute étonnant qu’une association comme la nôtre fasse de la culture un appendice à ses activités. C’est simple, il existe aussi une santé spirituelle et cela est quelque part son objectif.» Cette clarification faite, l’invité tiendra suspendue à ses lèvres une assistance littéralement harponnée par la qualité narrative de l’histoire de l’Algérie à travers les siècles accompagnée de diapositives. Une histoire du pays qu’il fera remonter à deux millions d’années, une telle certitude ayant été établie par la présence de vestiges (matériaux travaillés) par ce que l’historien qualifie «d’homo faber». M. Khelifa fera parler tous les monuments œuvres de l’homme et ceux relevant de la nature même de la création du monde et dont l’Algérie peut s’enorgueillir, notamment dans le Grand Sud, faisant défiler les sites naturels connus et dont une bonne partie est classée parmi le patrimoine de l’humanité.
Il est vrai que regardés de plus près et avec une forme de recul, les graffitis immortalisés sur les parois de murs, au flanc des montagnes et sur divers rochers, ont un trait tellement parfait parce qu’obéissant à une extraordinaire régularité pour ne pas dire une méticulosité dans l’exercice de leur façonnage qu’ils sont dignes des plus grands artistes de notre époque. Bien entendu, si nos lointains ancêtres s’exerçaient à projeter leurs sentiments du moment ou à vouloir laisser une trace de leur présence, il n’en est pas de même de nos contemporains dont les actes de déprédation ont souvent défiguré de tels messages au moment où les organismes pouvant ou devant agir ès qualités pour la protection de ce patrimoine ne se font, certes, pas remarquer par une débauche d’énergie intellectuelle ou par la mise en place d’une batterie de mesures pour la protection de tels lieux et des vestiges incommensurables qu’ils recèlent. L’historien répétera sans désemparer que l’Algérie a une histoire et une histoire qui remonte à loin. Il dira que «l’Afrique du Nord était bel et bien habitée il y a des millions d’années et c’est à nous Algériens, Tunisiens, Libyens de l’écrire et non pas aux autres».
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11th June 2009 01:20 #335
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Tarek Billal :
Vendredi 12 Juin 2009 -- Aux confins ouest du Sahara algérien, la poésie hassani brave le temps avec des règles de style d’une incroyable originalité. S’il y a un genre poétique propre aux régions sahariennes, notamment celles du sud-ouest où sont localisées les tribus des R’guibet et des Djakanas, c’est bien le Hassani, considéré à juste titre comme la poésie du désert. Très en vogue parmi les populations de Tindouf, elle fait partie intégrante des traditions culturelles et artistiques des habitants de cette région au passé intellectuel très riche comme on trouve la trace et les preuves dans les 800 manuscrits et autres écrits historiques contenus dans la bibliothèque des Ahl Sidi Belaâmech, saint patron de la ville, et celle des Ahl Abd.Dans ces manuscrits, on trouve de nombreuses études et écrits sur ce fabuleux patrimoine poétique, jusque-là très peu connu et qui n’a jamais attiré l’intérêt des chercheurs pour sa valorisation et promotion en tant que patrimoine culturel national, malgré quelques rencontres initiées localement par les responsables du secteur de la culture et les amoureux de ce genre poétique à Tindouf. Il s’agit pourtant d’une belle pièce du patrimoine immatériel algérien. Selon Mohamed Rahal, universitaire et animateur d’émissions sur les cultures populaires à la radio de Tindouf, la poésie hassani est totalement différente des autres genres poétiques du pays.
Sa différence spécifique réside dans le fait qu’elle contient des métriques poétiques mesurées par l’articulation des voyelles qui diffèrent les unes des autres dans la manière de faire les constituants syntactiques Nasbb (placement du nom à l’accusatif ou d’un verbe au subjonctif Ghafd (placement du mot au génitif, par exemple Raf’a (la prononciation d’un mot final par "u") et soukoun (une consonne médiane sans voyelle). Certaines de ces métriques sont devenues obsolètes, souligne-t-il. Selon lui, la poésie hassani se définit comme suit : « Elle constitue un type de conversation pris sur la langue commune et dans le langage local. Elle est régie par certaines règles qui sont similaires aux cinq règles de la charia (loi islamique) notamment l’obligatoire, le recommandé, le permissible, le répréhensible et le prohibé. » Par moments, la poésie est pour le poète hassani une forme de prose qui lui sert de sujet. Il la façonne puis tisse sa toile de mots pour la perfectionner.
Dans un autre endroit, il en ferait un corps complet, n’admettant aucune addition ni diminution et qui occupe sa place parmi toutes les autres créations avec sa beauté et sa laideur, ses courts et longs textes, etc. Comme toute forme de poésie, la poésie hassani a son importance spécifique, qu’elle soit créée en dialecte hassani ou en arabe classique. Malgré le fait que les poètes soient fiers de dépasser les confins de la poésie standard, la poésie hassani est remplie de termes communément utilisés en arabe standard, ou avec des phrases significatives, en plus d’emprunts lexicologiques d’autres langues, des sourates coraniques, des dits prophétiques (hadiths), ainsi que de la poésie arabe de toutes les époques, explique t-il.
Plusieurs poètes et artistes locaux, notamment Mohamed Salah, Khadija Bousbii, Mohamed Lamine et Lebouz Abdallah et les troupes Nahda, El Badr et Naïlia ont excellé dans la rédaction de la poésie hassani. Il existe par ailleurs des chanteurs apprentis poètes qui ne font qu’apprendre les poèmes d’autrui. Les spécificités de la poésie populaire hassani sont parfaitement codifiées et obéissent à des règles établies. Ainsi, on relève comme admissible un genre de poésie complétée en rimes et qui n’admet aucune addition ou diminution, ni d’implication ou de caractère intransitif, ni d’assonance ou extraction, nunnation ou circonlocution propre ou inverse. Parmi les éléments cités comme répréhensibles, on retient : le Zai (l’emphase étant mise sur "z"), en plus de l’utilisation de mots étrangers au dialecte hassani, surtout ceux venant de l’arabe standard car les poètes considèrent cela comme signe de faiblesse de la part de l’auteur. Un tel mélange entre le dialecte hassani et l’arabe standard n’est pas forcément apprécié.
Il y a aussi ce qui est tabou, c’est-à-dire interdit dans la poésie hassani Adla’a, ce qui veut dire qu’il y a des parties du poème qui sont incompatibles en termes lexicologiques appelés Taflouit. Cela signifie qu’elles sont, soit superflues, soit inexistantes et que l’utilisation excessive ou la pénurie de mots peut amener à la confusion et la perte de signification. On appelle cela La’war ou Al’ur. Ce qui relève de l’ordre du Devoir concerne ce qui est communément connu dans la poésie hassani comme respect du rythme et le Kalf (ou ligne poétique), Attal’a (le poème lui-même) ou Assabba (un poème précis) devant respecter les règles du système de rimes. Aucun Watr (existence de vers irréguliers) n’est acceptable. On recommande que le Attal’a (poème) doit avoir un Kaaf (une ligne de poésie) étroitement liée en termes de signification et de structure que ce soit au début du poème où il doit servir d’explicatif ou à la fin du poème où il sert à souligner la signification.
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11th June 2009 01:21 #336
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continued.....
De plus, il est à noter qu’il est préférable que la composition de la poésie hassani soit en dialecte locale et non pas en arabe standard, le dialecte local étant la mesure véritablement esthétique de ce genre de poésie. La métrique et le rythme de la poésie hassani ont connu deux phases importantes. En premier lieu, une phase antérieure à l’usage de la musique. À ce stade, la poésie était considérée comme type de prose distinguée. Les lignes poétiques n’étaient pas mesurées l’une contre l’autre et il n’y avait pas de place pour Attal’a (le poème lui-même) et si elle existait elle ne devait avoir qu’une, deux, trois voire quatre formes de rime. En plus, la métrique régissant une ligne spécifique concernait surtout les voyelles, c’est-à-dire, si celle-ci était courte ou longue sans tenir en compte les lettres de l’alphabet. La poésie hassani est restée fixée sur cet aspect pendant longtemps. Par la suite, une nouvelle phase a commencée durant laquelle la poésie a atteint un plus haut niveau de maturité. Les poètes ont commencé à limiter le rythme aux consonnes correspondantes à l’harmonie de l’ensemble.
Une autre caractéristique a vu le jour. Elle a consisté en une plus grande importance de l’équivalence des lignes et la mesure de celles-ci avec la plus grande égalité possible, toute addition ou diminution étant totalement exclue. De cette manière, le système de rimes s’est stabilisé et puis est apparu ce qui est connu sous le nom de Alhumr et de Al’qrab, qui sont restés le fondement de la métrique poétique ou le système de rimes dans la poésie hassani. En deuxième lieu, l’émergence de la musique a représenté une nouvelle avancée pour le développement de la poésie hassani vers une phase plus sophistiquée puisque les poètes étaient obligés d’accompagner leurs paroles par un rythme musical. Cela signifiait que tout poème n’étant pas accompagné d’un rythme musical devenait tout simplement inacceptable. Par conséquent, la musique commençait à forger la métrique poétique dans la poésie hassani selon la métrique de la poésie arabe.
Plus particulièrement, l’idée a émergé que chaque phrase avait son rythme et sa musicalité spécifique et même sa propre poésie qui ne pouvaient pas être utilisées dans d’autres circonstances. Attal’a était rajouté à la structure globale d’un poème sans mentionner le fait que les consonnes pouvaient augmenter jusqu’à huit unités. Il faut noter ici que la poésie existante dans les phrases précédentes restait reconnaissable. Ses différentes métriques étaient organisées en une seule métrique connue sous le nom de métrique gobelet. Il y avait également un certain nombre de schèmes métriques (Arrasm, Almassaar’i, Al’asir, Ashtan, Azmoul, Atrous et Alwakidi). Cependant, le développement de la poésie populaire tendait a réduire le nombre de schémas métriques et à préserver uniquement ceux qui nous sont plus familiers aujourd’hui.
Parmi ces schémas, six peuvent être évoqués ici. Ba’amrane : le son ’k’ dans la poésie Ba’amrane est structuré autour de sept sons de consonne évoluant d’un état dynamique à un état statique. Merimida : il s’agit d’une métrique liée étroitement à la manière dont la versification Ba’amrane est construite et sa structuration se fait autour de sept sons de consonnes. Néanmoins, elle diffère dans la manière dont les consonnes sont rassemblées car elle commence par deux groupes de consonnes suivis d’une consonne et parfois seulement par une seule et même consonne. Assaghir (le petit) : sa caractéristique principale est qu’elle n’est pas mesurée par la première partie seulement mais a besoin d’être considérée à partir des deux premiers points puisqu’elle est construite autour de sept sons de consonnes dans la première partie, cinq dans la deuxième, et ne se termine jamais par une consonne modale. Elle est caractérisée également par le fait que pour chaque ensemble de consonnes, une consonne médiane paraît être nécessaire, en plus du fait que le troisième son doit être médiane également.
Lbir : elle se fait en gros selon les mêmes prémisses que l’albtit malgré le fait qu’elle démontre un son de consonne de moindre effet. La poésie qui suit le motif métrique de l’lbtit inclut sept consonnes et est caractérisée au moins dans sa première partie par ce qui est connu en poésie hassani comme Lehrache. La deuxième partie, cependant, est amoindrie par opposition à la première, ce qui constitue une autre caractéristique qui la distingue de l’lbtit. Dans certaines circonstances spécifiques, elle peut se transformer en ce qui est communément connue comme Btatrateq ou Mimaiat Lbir. Enfin, Lbtit, qui est de deux sortes différentes, ce qui est connu sous le nom de Lbtit incomplet et s’écrit avec sept consommes et le Lbtit complet qui a huit sons de consonne. En général, l’lbtit complet est considéré comme étant plus sûr comparé aux motifs métriques de la poésie hassani, en raison de l’inclusion d’un grand nombre de consonnes. La raison de la division en deux parties, une complète et l’autre incomplète, est justifiée par la musicalité poétique la traite comme étant essentiellement musicale. Il y a deux appellations pour la même métrique A’adal et Biqi. L’extraordinaire complexité et originalité de la poésie hassani montre que le patrimoine de la littérature orale, loin d’être superficiel et inconstant, est doté de règles aussi, sinon plus sophistiquées que la littérature écrite. Ce pan encore méconnu de notre patrimoine culturel immatériel mérite un travail de collecte, de recherche, de conservation et de promotion.







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