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  1. #225
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    Mercredi 30 Juillet 2008 -- Une montagne de terre par-ci, des excavations par-là. Le tracé de la 2e rocade sud reliant Boudouaou dans la wilaya de Boumerdès à Zéralda dans la capitale, prend forme et s’enfonce droit dans la ferme El Hedjim, plus connue sous le nom de « ferme de Khraïcia ». Initialement, la rocade sud devait prendre un autre itinéraire, à quelque 2,5 km de la ferme. Mais les responsables du projet ont décidé de dévier le tracé pour éviter des habitations. Le nouveau tracé devrait ainsi passer par la ferme El Hedjim. Une équipe d’ingénieurs a été dépêchée sur place, il y a plusieurs mois, pour procéder au relevé typographique du site. Mais les héritiers et propriétaires de la ferme étaient présents et ont dû renvoyer l’équipe. La raison ? Ils n’ont jamais été avisés. « Nous n’avons pas été informés de la décision de faire passer cette autoroute par notre propriété. Nous avons été surpris de voir cette équipe sur notre ferme, sans être munie d’une autorisation et sans que nous en soyons avisés à l’avance », s’indigne Ghalib El Hedjim, l’un des héritiers. La famille El Hedjim est « très attachée » à cette ferme, car elle représente à ses yeux une partie de leur histoire familiale. Mais aussi et surtout elle porte en elle un pan de l’histoire de la guerre de Libération nationale.

    Cette ferme, qui s’étend sur 5 hectares, partagée entre deux communes (Khraïcia et Baba Hassen), a abrité en juillet 1954 le séminaire de préparation du déclenchement de la Révolution. Parmi ceux qui ont participé à ce séminaire, on cite Mustapha Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Larbi Ben M’hidi, Rabah Bitat, Abdelhafid Boussouf et Boudjemaâ Souidani. La maison, qui existe toujours dans cette ferme, avait servi aux moudjahidine comme lieu d’apprentissage des techniques de fabrication d’explosifs tels que la cheddite et la poudre noire. « Ils ont appris (dans cette maison) à fabriquer des bombes défensives et offensives incendiaires, à poser les bombes munies de minuterie et les bombes antipersonnel », est-il écrit dans un document historique signé par de grandes figures de la Révolution à l’image de Rabah Bitat, Zoubir Bouadjadj et Othman Belouizdad.

    Au vu de l’importance des événements qu’elle a abrités, cette ferme a été reconnue et répertoriée site historique national. Le projet de l’autoroute qui risque de traverser de long en large ce site inquiète la famille El Hedjim, qui affirme avoir œuvré depuis l’Indépendance à le conserver, refusant d’en vendre la moindre parcelle. « Nous avons eu plusieurs propositions pour vendre et nous les avons toutes rejetées », assure Ghalib. Après avoir résisté à toutes les offres alléchantes, la famille El Hedjim risque ainsi de subir une expropriation. Ghalib dit avoir frappé à toutes les portes. En vain. « Nous avons vu avec les présidents d’APC des deux communes sur lesquelles se trouve notre propriété, à savoir Khraïcia et Baba Hassen, nous avons adressé un recours au wali d’Alger et nous avons écrit au ministre des Moudjahidine et même au président de la République », a-t-il indiqué, précisant avoir été reçu par le ministre des Travaux publics, Amar Ghoul.

    La famille El Hedjim dit avoir proposé au ministre une solution : céder la ferme contre un autre terrain dans les alentours. « Nous sommes conscients de l’importance du projet. Nous ne voulons pas l’entraver. Mais il est de notre droit de demander un transfert de propriété », a réclamé notre interlocuteur, indiquant que concrètement, rien ne leur a été proposé. Il faut dire que cette ferme a été convoitée par plusieurs parties dont l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), qui a voulu l’acheter pour y construire un musée et une maison de repos pour anciens maquisards. Face à l’incertitude sur le sort de sa propriété, la famille El Hedjim prend son mal en patience et continue d’espérer voir un jour le bout du tunnel.

  2. #226
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    Samedi 2 aout 2008 -- Des mains fortes soulèvent prudemment sur un nouveau socle, le corps en marbre de la déesse romaine Artemis. Allant comme un gant, le corps lourd en marbre s’assoie sur sa nouvelle posture, deux étudiants allemands et algériens d’archéologie se secouent les mains. “C’est fait ! La première statue retrouve sa nouvelle place”. “Nous avons fait venir exprès d’Oran et de Blida des blocs de marbre pour placer à l’abri des tremblements de terre, les sculptures de Cherchell”, explique Paul Hofman, le restaurateur-chef des archéologues allemands. Depuis presque trois semaines, il travaille chaque jour au musée de Cherchell, en collaboration avec des restaurateurs et étudiants algériens. “La richesse historique est impressionnante”, ajoute le Dr Christa Landwehr, chef du projet. “Tous les archéologues et restaurateurs sont très Impressionnés par la diversité et la beauté des pièces en exposition”. “Nous voulons placer les statues dans une position de telle manière qu’elles raconteront une histoire et rendront le musée plus animé et vivant”. “Cherchell est une ville d’une histoire incroyable”, ajoute Mme Benaklouche, chef du projet du côté algérien. “Depuis que nous avons nos partenaires allemands sur place, les Cherchellois témoignent un plus grand intérêt à leur musée”. Jusqu’à la fin d’août, les archéologues allemands et leurs partenaires algériens se mettent quotidiennement au travail au musée de Cherchell. Étant donné que le musée n’est pas fermé, presque toute la ville s’est assurée déjà de l’avancement du travail. Il se peut qu’il y ait en 2009 une suite du projet…

  3. #227
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    Dimanche 3 aout 2008 -- Un projet d’études archéologiques sur les sites de fouilles appartenant au parc de l’Atlas saharien à l’ouest de Naâma sera lancé prochainement, apprend-on auprès de la Direction de la culture. Il vise à classifier la plupart des sites archéologiques pour les intégrer dans le patrimoine national protégé en vue de les valoriser et préserver contre l’oubli, et d'en faire une référence pour les chercheurs qui contribuent à promouvoir le tourisme culturel et archéologique dans la région. Parmi ces sites, figurent les dunes qui attirent les adeptes du ski sur sable, les lacs, les marais semihumides attirant les espèces ornithologiques, ainsi que les ksour abritant des gravures rupestres, des restes de fossiles d’animaux et poissons préhistoriques. La première découverte des dessins rupestres qui constituent l’une des merveilles de l’art préhistorique universel, remonte au 25 avril 1847 dans la région de Tiout. D’autres dessins ont été découverts lors de la même année dans l’Atlas saharien, soit un total de 500 stations archéologiques qui nécessitent tout un intérêt de la part des services compétents. Les études envisagées mettront aussi en valeur les us et coutumes de la région, à l'instar des fêtes locales (waâda) et des traditions culinaires. Selon le service d’entretien du patrimoine culturel de la wilaya de Naâma, tous les sites archéologiques sont menacés de disparition et nécessitent une intervention rapide pour les préserver contre l’érosion et l’avancée du sable. La Direction de la culture mise aussi sur l’inscription d’un projet «urgent» pour protéger et restaurer les tours de la citadelle du cheikh Bouamama à Moghrar qui représentent des richesses d’une valeur historique et touristique inestimable pour le patrimoine national. 32 tours ont été édifiés durant la résistance populaire au sud-ouest algérien dont 22 sont menacées de dégradation et cinq ont gardé intactes leurs architectures d’origine. Les anciens ksour de Sfisifia, Moghrar Tahtani, Tiout, Assla et El Kalaâ sont aussi des symboles de la mémoire collective de la région qui nécessitent également des études et des recherches pour réhabiliter ces monuments et vestiges dont l’édification remonte à la fin du XVe siècle. Des fossiles de dinosaures ont été également découvertes en octobre 2001 à travers 20 sites à Rouis el Djir relevant de la commune de Sfisifia. Des chercheurs ont initié depuis une opération de classification et de recensement des découvertes avec la réalisation d’un musée géologique sur place qui met en relief les fouilles et fossiles d’animaux disparus depuis plus de 175 millions d’années. La région est aussi réputée par sa station thermale de Assla qui attire des milliers de curistes en dépit du fait qu’elle ne répond plus aux normes, selon la même source qui déplore l’absence de projets d’investissement privé et d'étude hydrogéologique sur cette station, fermée à plusieurs reprises.

  4. #228
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    Mardi 5 aout 2008 -- Monument Watch, dans son dernier rapport, le classe parmi les 100 sites en danger nécessitant la préservation. Lui, c’est le mausolée Medracen, au cœur du territoire de la tribu massyle, qui attend toujours le redémarrage de l’opération de sa réhabilitation dont les travaux sont à l’arrêt depuis trois ans. Effectivement, le tombeau de Medracen, mausolée d’un roi numidie, situé à 35 kilomètres au nord-est de Batna, datant d'avant la seconde moitié du IIIe siècle avant J-C, de forme pyramidale mesurant 59 mètres de diamètre et 18,50 mètres de hauteur et orné de 60 colonnes d'ordre dorique attend que l’on “panse” ses blessures causées par les affres des intempéries ou les mains des destructeurs. Les quelques pierres de taille n’ont pas encore été remises à leurs places au niveau des gradins. Les brèches sont béantes et les quelques feuilles de zinc, qui les couvrent, semblent insuffisantes, pour les protéger contre les ruissellements des eaux de pluie, qui risquent avec le temps de s’infiltrer entre les pierres de taille et pourrir les troncs d’arbre qui continuent solidement à prêter leur dos à la charge de ces montagnes de pierres de taille. “Combien de temps encore, ces troncs d’arbre résisteront-ils à l’écrasement ?” Telle est la question que l’on se pose. Medracen mérite un sort meilleur parce que les travaux d’urgence entrepris jusqu’à lors sont loin d’atténuer les dégradations, en attendant que les travaux de réhabilitation démarrent. Le mausolée numide a beaucoup perdu de ses éléments décoratifs et risque de perdre toute son architecture. Dans le dossier relatif au secteur de l’urbanisme et de la construction, présenté le 7 juillet 2008 à la deuxième session ordinaire de l’APW de Batna, les prospecteurs indiquent que “dans le cadre de la préservation des sites historiques et culturels de la wilaya de Batna, une opération d’études et de réhabilitation du mausolée de Medracen est inscrite pour le préserver et une enveloppe financière de 40 000 000 de DA lui a été attribuée”. Le même document ajoute que “les travaux d’urgence sont réalisés et l’envoi de la première partie de l’étude spécifique à la réhabilitation du tombeau au ministère de la Culture pour donner son approbation a été effectué”.

  5. #229
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    Samedi 16 Août 2008 -- Le sol et le sous-sol de la commune de M’cif, dans la wilaya de M’sila, recèlent une véritable richesse archéologique. Elus et habitants de cette commune espèrent la classification de cette multitude de ruines, qui ouvrira de nouvelles perspectives aux fouilles archéologiques et à l’exploitation touristique de la région. La classification permettra à tous ces vestiges d’être intégrés dans des zones non urbanisables qui seront délimitées et d’être ainsi protégés de toutes formes d’agression. L’importance des vestiges disséminés sur le territoire de la commune plaiderait également pour la création d’un musée local. Les élus locaux rejettent l’idée développée par les services locaux de la culture selon laquelle ces vestiges sont mieux là où ils sont, c’est-à-dire sous terre et donc à l’abri des pillages et de toute dégradation.

    La direction de wilaya de la culture, de son côté, se défend en avançant que les moyens humains et matériels existants ne permettent pas une bonne prise en charge des 150 sites historiques recensés dans la wilaya sans compter les nouvelles découvertes réalisées çà et là au hasard des travaux de terrassement des projets de construction. Lors des travaux de réalisation de la route reliant M’cif à Bordj Benasser, un vaste cimetière romain a été mis au jour, au sein duquel ont été trouvées des pièces de monnaie, des chaînes et de la poterie demeure l’une des plus importantes découvertes de ces trois dernières années.

    Selon les archéologues dépêchés sur le site par l’Institut d’archéologie d’Alger, il y a deux années, cette nécropole romaine occupe une vaste aire dont les limites n’ont pas été établies avec précision. Orientés est-ouest, les tombeaux dont la longueur atteint les deux mètres renferment des poteries de la fin du IVe siècle et du début du Ve siècle de notre ère. Les poteries de la période islamique trouvées sur le même site remonteraient, elles, aux XIIe et XIIIe siècles, selon ces spécialistes. La même zone archéologique sur laquelle ont été trouvées plus tard des monnaies et des poteries au cours d’un autre projet hydraulique s’étendrait sur pas moins de 12 hectares. Dans la région de Kherba de la même commune, les actions d’érosion naturelle ont déterré, il y a trois années, un autre site.

    Les responsables municipaux avaient, alors, demandé l’envoi de spécialistes. Des poteries, des meules et de grosses pierres taillées de la civilisation romaine avaient également été exhumées ainsi que des pièces de monnaie de périodes allant du IIIe au VIe siècle. Pour les spécialistes, la présence massive d’articles de poterie romains laisse penser que de grands ateliers existaient dans la région sous les Romains, notamment à Borjd M’cif. De grosses jarres ont été découvertes au lieu-dit Kelaliya près du chef-lieu de la commune sur l’une des rives de l’oued M’cif. Dans la localité de Aïn Ksob, de grandes pierres taillées avec des inscriptions latines sont éparpillées au milieu de débris d’engins de l’armée française détruits durant la guerre de libération dans cette commune.

  6. #230
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    Mardi 19 Août 2008 -- Le monde évolue sans cesse. De plus en plus rapidement. Mais nulle évolution ne doit se faire au détriment de l’Histoire. Un projet, quelle que soit son ampleur, n’a pas le droit de piétiner les symboles de la révolution nationale. Des lois existent pour protéger le patrimoine historique. Des peines de prison et des amendes sont prévues pour les personnes qui détériorent des objets datant de l’ère romaine ou phénicienne. Que dire des sites où le sort de l’Algérie libre et indépendante a été scellé ?

    La ferme El Hedjim est incontestablement un symbole de la guerre de libération. A cheval entre les deux communes de Khraïcia et de Baba H’cen, elle s’étend sur 5 hectares. Propriété de feu El Hadjim Bachir, la ferme a accueilli, le 20 juillet 1954, 14 responsables du FLN. Organisée par Didouche Mourad, la rencontre avait pour but de préparer l’événement majeur de la révolution algérienne, le premier Novembre 1954. «La réunion avait pour optique d’unifier l’action révolutionnaire. Uniformiser, synchroniser les attaques et cibler les endroits stratégiques et névralgiques pour occasionner le plus de dégâts possible au colonisateur», raconte M. Abdelkader El Hedjim, le dernier survivant d’une famille de révolutionnaires composée de 6 frères et de leur père. Etaient présents à la réunion, entre autres, Didouche Mourad, Bouadjadj Zoubir, Rabah Bitat, Boussouf, Athmane Belouizdad, Ben M’hidi, Ben Boulaïd, les frères Kaci Abdellah Abderrahmane et Mokhtar, Souidani Boudjemaa, Ben Alla, Kuini Nacer, Kaddour El Hedjim. «Ils sont restés 3 ou 4 jours. Le peu d’armes dont disposaient les révolutionnaires de la région était entreposé ici. En plus de la réparation de ces armes, des stages pour la fabrication de bombes servant aux attentats du 1er Novembre ont été dispensés sur les lieux», poursuit Abdelkader. «La première bombe ayant ciblé le jardin d’Essais a été fabriquée à la ferme El Hedjim», témoigne un autre moudjahid.

    Malheureusement, depuis le mois de décembre de l’année dernière (2007), la ferme est menacée par le passage du grand projet de l’autoroute Est-Ouest (le tracé de la rocade sud reliant Boudouaou à Zeralda). «Dès l’annonce [du passage de l’autoroute par la ferme], nous avons contacté et sensibilisé tous les secteurs concernés sur l’importance du site. La direction des travaux publics d’Alger, les communes de Khraïcia et de Baba H’cen. On a même été reçus par le ministre des Travaux publics, M. Amar Ghoul, mais pour l’instant nous considérons que, comme promis par ce dernier, le dossier est à l’étude», déclare M. Abdelkader. «Au départ, raconte un descendant de la famille El Hedjim, le tracé ne devait pas passer par la ferme. Mais, selon des sources, les techniciens ont fait confiance à Google Earth [un logiciel qui donne des images satellites] pour modifier le tracé. Cependant, Google Earth ne connaît pas l’histoire d’Algérie.» Plus sérieusement, aami Abdelkader explique que c’est pour éviter de détruire plusieurs habitations érigées sur l’ancien tracé.

    «Nous ne sommes pas contre l’autoroute, au contraire. Ce que nous demandons, après avoir tenu une réunion familiale, c’est d’être indemnisés en nature. On a sensibilisé les gens sur l’importance du site, nous avons toujours refusé de vendre la ferme même à des prix faramineux. Mais aujourd’hui, nous sommes prêts à céder le site. Qu’ils en fassent ce qu’ils veulent. On demande qu’ils nous donnent en contrepartie la même superficie de terre (5 hectares) ailleurs, et avant le début des travaux», poursuit aami Abdelkader échaudé par des expériences antérieures où la famille a dû céder plus de 3 000 m² pour la construction d’une route pour désenclaver des habitations. «Malgré les promesses de l’ancien maire de Baba H’cen aujourd’hui décédé, nous n’avons eu aucune indemnisation.» Hier, un nombre impressionnant de moudjahidine étaient présents à la ferme El Hedjim. Ils étaient plus de 300 à se rencontrer pour la commémoration de la Journée du moudjahid. Le secrétaire général des Moudjahidine, M. Saïd Abadou, a tenu à mettre en valeur l’importance du site. L’absence des autorités locales et des élus est toutefois à signaler.

  7. #231
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    Mercredi 20 Août 2008 -- À l’image de la maison des Frères Bahnous à Ifri Ouzellaguen qui accueillit le Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, et de la villa d’Elias Derriche à Clos Salembier qui hébergea le groupe des 22 en juin 1954, la ferme El Hedjim de Khraïcia est un haut lieu historique de la guerre d’indépendance nationale. L’histoire de la ferme renvoie à celle de la famille El Hedjim. Révolutionnaires engagés de la première heure, ils étaient six frères et leur père à avoir opté pour une Algérie libre et indépendante avec la lutte armée comme moyen d’y parvenir. Originaire de Bir Mourad Raïs, la famille a dû s’installer à la ferme de Khraïcia dès les années 1950. Le plus actif de la fratrie, Kaddour était un militant proche de Zoubir Bouadjadj, l’adjoint de Didouche Mourad. «Nous étions l’une des rares familles algériennes à posséder un camion et un autre véhicule. Donc, Kaddour et moi assurions le transport des révolutionnaires», raconte Abdelkader El Hedjim, le dernier survivant des frères révolutionnaires.

    «A l’époque, poursuit notre interlocuteur, la capitale était sous la surveillance du colonisateur. La ferme se trouvant dans un endroit un peu isolé, elle a accueilli, à plusieurs reprises, des réunion secrètes organisées par les révolutionnaires et constituait une cache idéale pour eux.» Revenant sur la date du 1er novembre, aami Abdelkader explique que les préparatifs se faisaient bien avant ce jour fatidique. Dès le début des années 1950, les têtes pensantes de la révolution activaient pour mobiliser les troupes, sensibiliser les gens et cherchaient à se procurer des armes. «Dès le départ, les conspirateurs contre la France coloniale cherchaient à confectionner des bombes. Je me rappelle que, bien avant la réunion tenue ici, mon frère Kaddour prospectait dans tout l’Algérois pour trouver un moyen d’allumage pour les bombes. Au niveau d’une usine à Bir Mourad Raïs, il trouve le matériel idéal. Le cordon Bigford, une mèche résistante à l’humidité, utilisée pour dynamiter la roche. Se présentant devant les gardiens de l’usine, Kaddour sympathise avec eux et leur raconte qu’il a besoin du cordon pour creuser des trous dans un sol rocailleux afin de planter des arbres. Il en revient avec une caisse entière de cordon Bigford qu’il cacha pour le moment voulu.»

    Par ailleurs, pour confectionner la poudre explosive, les frères El Hedjim et d’autres activistes sous l’ordre des responsables ont dû brûler de la vigne et tamiser la cendre des heures durant. «On nous avait demandé de produire plus de 100 kg de cendre de vigne. C’était pratiquement impossible.» Ces événements se sont déroulés bien avant la réunion du 20 juillet. La voie de la révolution armée était donc bien tracée. «Après la réunion des 22, la rencontre du 20 juillet 1954, ici dans cette ferme, a été d’une grande importance pour le déclenchement de la révolution», témoigne Kaci Abdellah Abderrahmane, une des mémoires vivantes de l’événement. Mustapha Zergaoui, un autre membre des quatorze, explique qu’avant la réunion les activistes cherchaient auprès des populations à réunir le maximum d’armes. «On avait deux cachettes (makhzènes), l’une dans ma maison à la Casbah et l’autre chez Ali Yahiaoui à Kouba. Avec Kaddour El Hedjim, nous avons transporté les armes ici [à la ferme de Khraïcia]», se souvient-il. «Ceux qui étaient présents à la réunion du 20 juillet étaient tous pour la lutte armée. Avec le peu d’armes dont on disposait, les autres qui voyaient dans notre entreprise une folie n’avaient pas tort. C’en était une», reconnaît Kaci Abdellah Abderrahmane avant de reprendre : «J’ai entendu Didouche Mourad dire : On allume la mèche. Si le peuple suit, l’indépendance est acquise. S’il ne suit pas, certains d’entre nous mourront, d’autres pourriront en prison. Mais nous serions au rendez-vous avec nos ancêtres.»

    Sur cet épisode historique, aami Abdelkader explique : «La présence de 14 responsables du FLN avait pour but d’unir les révolutions. Car des mouvements d’insurrection existaient déjà sur tout le territoire national. Sous la présidence de Ben Boulaïd, la réunion a regroupé des responsables des différentes régions du pays. Leur optique était d’unifier l’action et d’uniformiser et de synchroniser les attaques en ciblant des endroits névralgiques.» Durant 3 à 4 jours, Didouche Mourad, Ben M’Hidi, Ben Boulaïd, Bouadjadj Zoubir, Rabah Bitat, Boussouf, Athmane Belouizdad, les frères Kaci Abdellah Abderrahmane et Mokhtar, Souidani Boudjemaa, Ben Alla, Kuini Nacer, Mustapha Zergaoui et un inconnu représentant de la Kabylie se sont concertés, ont coordonné leurs actions et se sont partagé le peu d’armes disponibles. «Ils sont restés très longtemps sans dormir. Nous, les frères El Hedjim, en véritable cellule de protection, nous avons passé plus de quarante heures sans fermer l’œil. On prenait café sur café», témoigne AEK. «Le dernier jour, mon frère a raccompagné une partie du groupe à la gare de Birtouta pour prendre la direction de l’Ouest et moi, j’ai pris l’autre groupe direction El Biar, la Casbah et Belcourt», poursuit-il.

    En plus de la tenue de cette réunion importante, la ferme El Hedjim servait de point d’ancrage pour coordonner et mettre en relation les moudjahidine du grand Alger avec le Sahel et la Mitidja. D’un autre côté, elle a servi de camp d’entraînement, de réparation des armes et de fabrication de bombes qui ont été utilisées dans les attaques du 1er novembre dans la région. Sur le déroulement de la réunion, Abdelkader El Hedjim se souvient que la plus grande discrétion, et même le secret complet, devait entourer l’événement. «Pour être sûrs que cela ne s’ébruite pas, nous avons dû laisser les belles-sœurs chez leurs parents. La seule femme présente sur les lieux était ma mère. Elle se chargeait de préparer les repas et le café pour ceux qu’elle croyait des fellahs venus passer quelques jours dans la ferme. Après le déroulement de la réunion, c’était le calme plat. Rien, aucun bruit. Quelques semaines plus tard [les 29, 30 et 31 octobre], nous avons reçu un groupe de moudjahidine qui sont venus s’entraîner ici. Le commando a été divisé en deux groupes, l’un commandé par Ouamrane et l’autre par Rabah Bitat et Bouadjadj Zoubir, ils sont partis le 31 octobre.» Ces derniers ont exécuté les attentats du 1er novembre dans la région, dont la bombe d’El Hamma qui a été confectionnée dans la ferme.

    Aujourd’hui, la ferme d’El Hedjim se trouve à cheval entre les communes de Baba H’cen et de Khraïcia. Une superficie de 5 hectares qui rappelle aux hommes le passé glorieux de la famille révolutionnaire. Bachir le père, Abdelker, Mohamed (chahid), Mustapha Kamel, Kaddour, M’hamed et Yahia sont les noms des membres de la famille El Hedjim qui ont grandement contribué au déclanchement de la guerre de révolution. Ils ont tous subi les affres de l’armée coloniale, failli être exécutés, certains ont été emprisonnés. Aujourd’hui Abdelkader, l’unique survivant, déplore que la ferme, qui a été un refuge et un camp d’entraînement pour les moudjahidine de la première heure, soit menacée par le passage de l’autoroute.

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