Mercredi 14 Mai 2008 -- Étrange paradoxe d’une cité prétendue être ville d’art et d’histoire ! En dépit des ambitions et des prétentions des uns et des autres, sur la trentaine de sites et monuments historiques inventoriés à travers la wilaya de Mostaganem, il n’y a, à ce jour, que deux monuments classés. Un classement qui sous-entend la protection, et partant de là, échappant à tout éventuel caprice de détournement ou de squat. De longues années durant, un riche patrimoine historique et culturel est resté en déshérence ! Ce n’est que ce mois-ci que dix dossiers seront soumis à l’approbation du comité national compétent. Des dossiers qui ont eu l’aval de la commission de wilaya des biens culturels, remise sur selle depuis le mois de janvier passé, et qui concernent Dar El Kaïd, l’église St-Eugène Baptiste, Dar Choâra (palais des Poètes) et Dar El Mufti, les tombeaux de bey Bouchlaghem, du bey Mustapha El Ahmar et Sidi Abdallah Boukabrine, le port fluvial de Quiza, Dar Hamid El Abd et l’ancienne caserne du Génie à El Arsa. Alors que le premier monument fait office de musée des Arts populaires, l’église est devenue la mosquée El-Badr du centre-ville. La quasi-totalité des sites est localisée au chef-lieu de la wilaya, dans les plus vieux quartiers pour la plupart. À l’instar de la grande mosquée et du fort de l’est, classés et restaurés, certes pas comme il se doit, mais depuis quelques années déjà, les monuments proposés au classement jouiront d’une protection juridique et physique, à même de dissuader les velléités de l’opportunisme.
Jeudi 15 Mai 2008 -- «Le patrimoine?! C’est ce qu’on a hérité de tous ceux qui sont passés dans le pays […] Ça intéresse les historiens. Il est vrai que, quand on regarde des ruines, on ne peut qu’admirer les gens qui ont construit des villes entières à une époque où il n’y avait ni ciment ni grue. On peut y faire un tour, à l’occasion. Mais ça s’arrête là […] Je n’irai pas jusqu’à programmer une visite dans des ruines, encore moins dans un musée.» C’est là la vision d’un jeune. A quelques nuances près, c’est aussi celle de nombreux citoyens. Certains n’ont aucune idée de ce qu’est le patrimoine, sa valeur, et n’ont donc pas conscience de la nécessité de le préserver.
Ce désintérêt du patrimoine et cette méconnaissance de sa valeur culturelle et économique sont une réalité qui peut se vérifier avec un petit tour dans les musées, sur des sites archéologiques ou dans des monuments historiques. Dans le meilleur des cas, ils sont vides de visiteurs, ou presque. Quelques couples déambulant à travers les vestiges millénaires plus intéressés par la quiétude des lieux que par leur charge historique et peut-être deux ou trois familles en quête d’un coin tranquille pour pique-niquer et respirer un bol d’air frais constituent généralement le lot de «visiteurs» qu’on rencontre sur les sites. Les musées sont, eux, boudés.
Quant au pire, on le verra après le départ des pique-niqueurs et de ces visiteurs d’un autre genre, dont le site se serait bien passé, il s’en porterait mieux. Ils laissent les traces de leurs passages : des mégots, des ordures et des restes, avec lesquels on pourrait reconstituer le menu du pique-nique. Des bouteilles en plastique, des emballages huileux, des gobelets et des cannettes jonchent les ruines. Certains grossiers personnages indélicats et incivils n’hésiteront pas à se soulager à même le site. D’autres utiliseront les ruines comme un support pour de stupides massages. Sur des moellons et des colonnes qui ont vu passer des civilisations entières, des mains ont gravé ou peint sur la pierre des déclarations d’amour pour une fille ou un club de foot.
Le drame est de voir que cette situation est généralisée. Aucun site, aucun monument n’a échappé aux effets dévastateurs de l’ignorance, qui est la mère de tous les maux sociaux. Dès lors, une question s’impose : faut-il continuer de débourser des sommes faramineuses pour restaurer et réhabiliter des richesses patrimoniales et les voir ensuite livrées à la dévastation ? Evidemment, la réponse ne peut qu’être positive, car on ne peut laisser ces richesses dépérir. Mais alors que faire ? Le gardiennage n’est pas une solution. La vigilance d’un gardien est faite pour être trompée. La seule solution est donc la sensibilisation et l’éducation. Et qui dit éducation évoque forcément le secteur qui en a la charge. L’école a un rôle de premier ordre à jouer, mais pas seulement elle. D’autres secteurs doivent s’impliquer. Le ministère de la Culture ne peut et ne doit assumer à lui seul une telle charge qui nécessite des moyens matériels, humains et financiers qu’il n’a pas. L’intersectorialité est la solution si on veut que l’Algérie ait un patrimoine dont elle pourrait être fière et qu’elle pourrait rentabiliser.
Jeudi 15 Mai 2008 -- Evoquer le patrimoine avec les citoyens, c’est établir involontairement une espèce de confusion dans les esprits chez les personnes approchées. Autant chez eux que chez nous, en l’absence de précision sur la dilution de la notion même de patrimoine qui, dans ce cas, n’est perçue que dans le sens qu’il lui est connu en matière de biens immobiliers, lesquels relèvent de la gestion des pouvoirs publics. Autrement dit, le patrimoine au jour d’aujourd’hui est ramené à la seule dimension matérielle d’un bien, dont la jouissance ne devient forcément qu’individuelle, parce qu’elle se résume, paradoxalement, mais aussi superbe raccourci égoïste, à tout ce qui s’apparenterait de près ou de loin à un logement, un local commercial. Et donc, par voie de conséquence, évacuer tout autre sens sémantique, quel que soit son pesant culturel. C’est dire aussi le décalage énorme entre la réalité immédiate et une démarche que nous considérions comme didactique, parce que l’idée était d’évaluer l’état de connaissance de nos concitoyens en matière de culture, d’histoire et d’art. Le constat auquel nous avons abouti n’en devient, malheureusement, que consternant, voire grave, dans une ville, comme Cirta/Constantine, qui se targue du haut de ces 25 siècles d’existence d’être la plus ancienne et la plus illustre cité du Maghreb. L’élève de l’école primaire ne sait absolument rien de ce patrimoine, même si certains d’entre eux ont ressenti le souvenir d’«une visite à Tiddis», qui s’est strictement limitée à une journée récréative sans plus. Leurs accompagnateurs étant peu enclins à s’égosiller en explications vaseuses à ces enfants venus plus profiter du soleil, de la cueillette des primevères et de la chasse aux papillons, que d’apprendre que, des siècles auparavant, Tiddis avait été fondée pour servir de réplique à Cirta, et la protéger en en constituant un bastion militaire avancé.
Il en va de même pour les lycéens et les étudiants, lesquels, même si les connaissances ne sont pas aussi étendues qu’elles devraient l’être, n’en sont pas moins plus tangibles. Les seuls capables d’avoir une réponse à la question sont les personnes plutôt versées dans le domaine du patrimoine. D’emblée, H. Z., ancien conseiller culturel, a estimé que «la question du patrimoine est vaste et mériterait donc d’être creusée, voire précisée. Il y a les musées, le théâtre, les salles de cinéma et tout ce qui est contemporain, comme il y a les traces indélébiles laissées par des civilisations lesquelles, en des périodes de l’histoire, ont habité et façonné la cité, comme en témoignent les nombreux et merveilleux vestiges que recèlent Constantine et les autres villes périphériques jusqu’à ses frontières». Passionné par le sujet - signe des temps: la situation était au désintérêt général, à l’acculturation, la démission des pouvoirs publics en matière de préservation, de transmission des richesses locales - notre interlocuteur tiendra à souligner : «C’est simple, considérons qu’il n’y a nul besoin de demander aux représentants des organes agissant ès qualités de remonter aussi loin dans l’histoire et de ne s’astreindre dans l’immédiat qu’à ne sauvegarder ce qui se réalise aujourd’hui, si tant est qu’il y ait une réalisation dans ce domaine précis, en se disant qu’en 2090… 2008 ce sera déjà le passé. Or, quel patrimoine laisser aux générations à venir. Rien !» H. Z., plus précis, évoquera cheikh Abdelhamid Benbadis : «Prenons l’exemple d’Ibn Badis, dont on se souvient à chaque fois le 16 avril. Mais que sait-on en réalité de l’homme, quelle a été son enfance, où a-t-il étudié, habité, quelles sont ses passions ? Son histoire est circonscrite à un mausolée, un hymne patriotique, un institut et c’est tout.» En conclusion, il estime qu’«il faut une volonté politique réelle pour espérer corriger la trajectoire. Il est évident que cela reste peu probable… le point de non-retour étant atteint».
Jeudi 15 Mai 2008 -- C’est avant-hier qu’ont démarré officiellement à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou les festivités relatives à la célébration du mois du patrimoine qui s’étalera du 18 avril au 18 mai. Après une tournée culturelle qui a sillonné six localités de la wilaya de Tizi Ouzou, à savoir Beni Zmenzer, Souamaâ, Ouaguenoun, Boudjima, Makouda et Maâtkas, la caravane de la direction de la culture de la wilaya clôture les activités par cette dernière semaine culturelle qui a débuté hier et se poursuivra jusqu’au 15 de ce mois. En plus des richesses culturelles et historiques de la Kabylie, le grand public profitera tout au long de la semaine des trésors du parc national du Tassili N’Ajjer, du musée le Bardo d’Alger, de l’Office de gestion et de l’exploitation des biens culturels et du Musée national des arts traditionnels populaires d’Alger. Il manquera cependant le musée du site de Tipasa qui devait animer une exposition sur les tombeaux royaux de l’Algérie et qui a été retenu par des empêchements de dernière minute, selon le directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, M. Ould Ali El-Hadi, qui a déclaré officiellement l’ouverture de la manifestation.
Le programme de ces journées comporte également des démonstrations sur l’état d’avancement des travaux de réhabilitation et de restauration des sites archéologiques à travers la wilaya. Sont concernés par ces opérations le site historique de Tigzirt, la maison d’Abane Ramdane, la maison des Aït Kaci, l’ancien hôtel de Tizi Ouzou et la zaouïa de Sidi Ali Moussa. Pour le premier site, à savoir les ruines romaines de Tigzirt dont les travaux de réhabilitation sont menés par la direction de la culture de la wilaya, les travaux ont atteint un taux d’avancement de 80%. Même constat pour la maison d’Abane Ramdane qui sera convertie en musée après sa restauration définitive par l’APC de Larbaâ Nath Iraten, en charge du projet. La réhabilitation a cependant pris fin au niveau de la maison de Lalla Fatma N’soumer d’Iferhounène qui a été réceptionnée en avril 2008 et de l’ex-hôtel de ville de Tizi Ouzou, achevé à la fin de 2007. Les deux projets qui bloquent à présent sont la maison des Aït Kaci qui est toujours en attente et la Zaouïa de Sidi Ali Moussa dont les travaux de rénovation, initiés par la direction de la culture et le ministère de tutelle, sont à 5% d’avancement.
La réhabilitation des différents sites recensés est évaluée à près de 63 millions de dinars. Outre cet état des lieux, les organisateurs de ces journées ont programmé des conférences qu’animeront les différents participants et qui toucheront au patrimoine historique et culturel de l’Algérie dans toutes ses dimensions. Le public profitera également de l’animation folklorique qu’assurera la troupe «El-Kaouakib Errifia» de Souk Ahras. En marge de ces festivités, des sorties sur les sites archéologiques de la région de Tizi Ouzou sont prévues par la direction de la culture.
Dimanche 18 Mai 2008 -- Prenant acte des proportions alarmantes prises par le trafic et vols d’objets d’art historiques et archéologiques, les services de la douane ont récupéré 350 pièces de monnaie romaine, en mars dernier, à l’aéroport Mohamed-Boudiaf de Constantine. Selon les informations recueillies auprès de la cellule de communication de ces services, un professeur de l’université Mentouri s’apprêtait à quitter le territoire national avec les pièces romaines.
Dimanche 18 Mai 2008 -- La vieille Médina de Tlemcen a bénéficié d’un accord de principe pour sa classification et sa promotion en un secteur protégé qui sera pris en charge par les services urbanistiques, culturels et archéologiques de la wilaya. Cet accord est “le fruit d’intenses efforts fournis” par les services compétents qui ont introduit “un dossier important” auprès du ministère de la Culture, a indiqué le conservateur du patrimoine culturel et archéologique de la direction de la culture de la wilaya de Tlemcen, Brahim Chenoufi, en marge des travaux d’une conférence internationale sur "le tissu urbain de la vieille Médina" organisée les 14 et 15 mai à la faculté de génie civil de l’université de Tlemcen. Le ministère de la culture “n’a émis que de simples réserves” devant être solutionnées avant l’accord final de la classification “tant attendue” de la Médina ancienne de Tlemcen, a-t-il ajouté. Pour la mise en application des décisions de classification, le département de génie civil de l’université de Tlemcen a organisé des journées d’études et de consultation à l’échelle internationale à la cherche de moyens et méthodes requis afin de protéger et restaurer la vieille Médina “en tentant de bénéficier de l’expérience” des pays comme l’Espagne et la France dans ce domaine, a précisé M. Chenoufi.
Pour sa part, Fouad Ghomari, professeur de génie civil à l’université de Tlemcen et président de la conférence, a indiqué que des ateliers internationaux sur le patrimoine de la ville de Tlemcen ont été ouverts par l’université de Tlemcen en collaboration avec des enseignants et étudiants français, espagnols et algériens. Ces ateliers ont permis d’approfondir la réflexion et l’étude déjà effectuée par l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT) sur la ville ancienne située au sein du tissu urbain de la capitale des Zianides. Cette même étude met en exergue la place stratégique qu’occupe la Médina à l’intérieur du tissu urbain de par sa superficie et la nature de ses bâtisses d’où l’intérêt pour un projet de révision du plan directeur d’aménagement urbain du grand Tlemcen à l’horizon 2020, a ajouté la même source. La Médina de Tlemcen s’étend sur une superficie globale de 40 ha et est composée, selon l’étude de l’ANAT, de1 449 bâtisses limitrophes mais qui se distinguent par leur style architectural et la dégradation de leurs murs et toitures. Les dates d’édification de ces maisons enchevêtrées remontent à l’ère ottomane dont certains vestiges sont toujours visibles, et à l’ère coloniale. Des associations et représentants de la société civile ont à maintes reprises appelée à la protection du patrimoine bâti. L’importance de la sauvegarde des ruelles et anciennes maisons situées au centre-ville a été à maintes fois soulignée et des experts en urbanisme ont établi un diagnostic sur la réalité des quartiers anciens de la ville de Tlemcen.
Dimanche 18 Mai 2008 -- Le patrimoine se définit comme étant un héritage aussi bien collectif qu’individuel, naturel que culturel, matériel qu’immatériel transmissible aux générations futures. C’est un bien commun collectif hérité de l’histoire. De ces définitions, il apparaît que le patrimoine culturel est une richesse qui renvoie à l’identité d’un peuple et d’une nation. Une carte d’identité génétique déterminant l’évolution et le vécu d’une population. Mais comme toute richesse, les pièces archéologiques et culturelles attisent l’envie, la convoitise et la rapacité de gens malintentionnés.
Car, au-delà de la valeur culturelle et identitaire intrinsèque de ces objets, la valeur pécuniaire est plus qu’attrayante. D’où l’apparition de véritables organisations et autres réseaux internationaux spécialisés dans le vol, le recel et le trafic de toutes sortes de pièces archéologiques et d’objets d’art. La passion des collectionneurs aisés, combinée avec le manque d’intérêt accordé au patrimoine par certains pays, particulièrement en Afrique, qui semblent ne pas avoir mesuré toute l’importance de leurs trésors culturels et historiques, renforce la voracité des trafiquants. Chaque année, le vol d’œuvres d’art représente entre 6 et 8 milliards d’euros dans le monde. Plus de 5 600 pièces archéologiques ont été saisies par les douanes françaises entre 2004 et 2005. Presque toutes en provenance du Niger. Plus de 1 500 affaires de trafic sont signalées chaque année en Egypte.
L’Algérie n’est pas épargnée par ce fléau universel. Les affaires révélées par les services de sécurité sont sans équivoque. Depuis 1996 jusqu’au premier trimestre 2007, pas moins de 47 affaires et non des moindres ont été traitées par la brigade centrale de lutte contre le trafic illicite de biens culturels et vols d’objets d’art, affiliée à la police nationale. Les plus impressionnantes restent le vol de 52 900 pièces de monnaie en argent, bronze et or datant de l’ère punique ; la tentative d’exportation de 1 116 pièces archéologiques des ères romaines et byzantines au niveau du port d’Oran ou encore la subtilisation de 8 pièces très importantes du musée de Khenchela, et la liste reste longue. Aucun site ou musée n’est épargné par des pilleurs inconscients qui ne mesurent certainement pas tout l’impact de leurs délits. Un viol culturel, identitaire et historique. L’affaire des cinq touristes allemands arrêtés en 2004 en possession de 133 pièces archéologiques d’une valeur de 5,2 millions DA et de pierres météorites (dont le prix varie de 10 000 à 20 000 dollars le gramme) est plus que révélatrice de l’existence de ces réseaux mafieux, la plupart du temps épaulés et soutenus par des citoyens algériens.
L’avidité et la cupidité de certains les poussent jusqu’à vendre peu cher (car toujours en deçà de la valeur réelle) des pans entiers de leur culture, au grand bonheur des amateurs du monde entier. Alors comment activent ces réseaux en Algérie ? Selon un conservateur de musée algérois, des étrangers malintentionnés visitent les sites et musées algériens à la recherche de l’objet rare. Une fois découvert, l’objet est photographié et répertorié. La commande est ensuite faite à un Algérien qui se chargera de le dérober. Ensuite, un autre réseau spécialisé dans la contrebande se chargera de faire sortir clandestinement le butin vers le destinataire étranger. A charge pour celui-ci d’établir des documents officiels permettant la commercialisation de l’objet. Une véritable mafia internationale. Et les plaques tournantes de ce trafic sont connues par les polices du monde. Selon un expert, la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas et Israël sont de véritables bases arrière pour le recel des objets culturels et historiques volés. Même des «certificats d’authenticité et de conformité y sont délivrés pour ces pièces volées», atteste-t-il.
Une autre richesse est particulièrement visée par des trafiquants des pays du Golfe. Il s’agit des anciens manuscrits de savants et théologiens. Ainsi, 4 manuscrits ont été dérobés chez un particulier à Khenchela en 2005, deux autres (un d’El Mouatassim et un autre de l’imam Ali datant respectivement du VIIe et XIIe siècle) ont été volés chez un collectionneur algérois. Ces manuscrits, selon l’expert, sont acheminés via Adrar et le Maroc vers le Moyen-Orient. Les circuits sont donc connus, les conventions internationales pour la protection du patrimoine culturel mondial ont été ratifiées, mais beaucoup reste à faire pour la lutte contre le vol, l’exportation et le recel des pièces archéologiques et culturelles.
Sinon, comment expliquer que le buste de Marcus Aurélius, dérobé du musée de Skikda en 1996 et retrouvé en 2004 aux Etats-Unis (dans une grande galerie «Christies») ne soit restitué à l’Algérie qu’en avril dernier. Pourtant, les deux pays (Algérie et Etat-Unis) sont signataires de la convention. De l’aveu même de la ministre de la Culture, Khalida Toumi, ce fut une véritable «bataille diplomatique et juridique». Pourquoi autant de difficultés ? «Nous n’avion pas les spécifications précises du buste et celles qui étaient fournies à Interpol ne correspondaient pas à l’objet trouvé», reconnaît encore la ministre. Que penser de cette affirmation ? L’Algérie dispose-t-elle d’une liste répertoriant ces richesses archéologiques et culturelles ? Rappelons que le buste de Marcus Aurélius a été dérobé dans un musée. Est-il normal qu’il ne soit pas mesuré, pesé, photographié et enregistré. «Nous n’avions pas de preuve tangible répertoriant la pièce», poursuit la ministre. Combien de chef-d’œuvres restent-ils ainsi non catalogués ? D’autres pièces sont encore recherchées par les Algériens, à l’image de la tête d’Adrian (empereur romain) volée au musée de Timgad ou de l’assiette de Juba II (un multicrome datant de l’époque antique) subtilisée en 2002. Sait-on, au moins, à quoi ils ressemblent ?