On a torturé en Algérie de Jean-Pierre Vittori

Ce livre est un témoignage brut. Brut parce que le journaliste, Jean-Pierre Vittori, a choisi de retranscrire sans commentaires les propos d'un homme, ancien militaire de l'armée française, qui a torturé pendant la guerre d'Algérie, sans jamais désobéir ni même questionner ces méthodes. Brut surtout parce que brutal, tant la lecture de ces compte-rendus de tortures est difficile, insoutenable.

Rien pourtant ne semblait destiner cet homme, dont l'identité n'est pas révélée, à une telle "carrière de tortionnaire". Une enfance tranquille dans le sud de la France, dans un foyer modeste, l'Occupation qui passe plus ou moins inaperçue. Puis le mariage et la naissance d'une fille, qui le poussent à s'engager dans l'armée, non par patriotisme mais pour en finir avec les soucis d'argent. La guerre d'Algérie fera le reste. Pendant cinq ans, il travaille au sein des DOP, Dispositifs opérationnels de protection, qui sont au sens propre des centres de torture systématique.

Comment prendre ce livre ? Comme une "condamnation imparable de la torture institutionnalisée", certes. Mais surtout avec un grand pessimisme sur l'homme en général, capable de tels actes simplement pour "obéir aux ordres".


~ Maya Kandel

« Cent fois, j'ai eu la tentation de me dédouaner totalement en prenant mes distances avec cet ancien tortionnaire, de clamer ma haine de la torture, de multiplier les précautions de langage (...). Mais je préfère finalement laisser brut ce document qui dénonce moins les hommes de main que ceux qui les utilisèrent pour parvenir à leurs fins. »

Jean-Pierre Vittori, journaliste, écrivain, s'était fait connaître par un premier ouvrage, 'Nous, les appelés d'Algérie', dont un chapitre était consacré à la torture. Après sa parution, il reçoit une lettre dont l'auteur lui confie : « C'est vrai, j'ai moi-même torturé.» Le journaliste rencontre l'homme, un ancien militaire. Celui-ci, pendant cinq ans, a servi dans un des centres d'interrogatoire qui quadrillaient le territoire algérien. Dix cassettes seront enregistrées.

Jean-Pierrre Vittori a choisi de n'ajouter aucun commentaire personnel ou historique sur ce récit à la première personne. Ce document n'est-il pas en soi la plus imparable des condamnations de la torture institutionnalisée ?