"Ce livre-là, nous étions nombreux à rêver qu'on l'écrive, depuis bientôt un demi-siècle, sitôt qu'a pris fin le sanglant corps à corps franco-algérien, le 19 mars 1962. Et la voilà enfin, l'autobiographie d'une famille depuis l'époque antérieure à la conquête, à travers trois périodes : la turque, la française, l'algérienne proprement dite, manifestant la continuité profonde d'un peuple, assurée par l'islam au travers des immenses bouleversements provoqués par les guerres et cent trente ans de colonisation impérieuse. L'extraordinaire intérêt du livre de Bachir Hadjadj réside dans la sincérité du ton, dans l'intrépidité du témoignage (...) Ce qui donne tant de saveur à ce mémorial, c'est le portrait brossé par l'auteur d'une collectivité familiale du Nord-Constantinois, du berger des hauts plateaux au "mauvais garçon" de la rue de Sétif et du caïd enrubanné de Légion d'honneur à l'étudiant grenoblois passé au maquis de la frontière tunisienne - lui-même."

~ Jean Lacouture

C'est le livre d'un père, obstinément mutique, qui a su devenir plus grand que ses blessures. "Je voudrais savoir d'où je viens", lui a lancé un jour sa fille, une "beurette" qui, comme ses deux frères, a grandi et vécu en France. Car longtemps, Bachir Hadjadj a gardé le silence. Pendant plus de trente ans, ce vaincu de l'Histoire officielle - celle des manuels scolaires et des discours présidentiels -, a repoussé le moment "de parler de ces choses qui brûlent", que tant de pères algériens ont voulu, comme lui, maintenir enfouies. Son livre est celui d'une transmission, d'une délivrance, d'une mémoire personnelle qui s'ouvre enfin : l'album familial, terrible et splendide, d'un honnête homme qui se souvient...

Des janissaires turcs aux apparatchiks du FLN, des tortionnaires de l'armée coloniale française à ceux de l'actuelle Sécurité militaire algérienne, se déroule sous nos yeux la longue histoire d'un peuple à qui on a "volé ses rêves".


~ Catherine Simon - Le Monde du 13 avril 2007