Mercredi 30 mai 2007 -- Alors que ses travaux sont devenus un laboratoire de toutes les politiques de l’immigration en Europe, comme l’a affirmé hier lors d’une conférence de presse organisée au siège du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) le chercheur Kamal Chachoua, le sociologue algérien Abdelmalek Sayad demeure peu connu dans son pays d’origine.
Pour lui rendre hommage, un colloque international sous le thème «L’émigration/immigration : anthropologie de l’absence» sera organisé par le CNRPAH du 2 au 4 juin prochain. La rencontre a été l’une des recommandations d’un colloque similaire organisé par le même centre l’année dernière en hommage à Pierre Bourdieu.
Elle traitera des motivations objectives et subjectives qui aiguillonnent les projets d’émigration et les nouvelles conséquences que ceux-ci induisent sur les sociétés d’émigration et sur les rapports entre pays et Etats d’émigration et d’immigration.
Plusieurs chercheurs et sociologues de plusieurs pays seront présents pour la circonstance avec des communications concernant la personne et les travaux d’Abdelmalek Sayad. Etant le premier à travailler sur le phénomène de l’émigration/immigration, notamment sur la communauté algérienne en France, et «bien que ses travaux soient d’une grande importance, le sociologue n’a rien fait pour qu’il soit connu», a indiqué Kamel Chachoua.
Si pour M. Slimane Hachi, directeur du CNRPAH, l’émigration est un phénomène spécifiquement algérien et un produit de la colonisation, pour M. Chachoua, elle reste un phénomène d’actualité : «Le mouvement national algérien est né dans l’émigration et la dernière campagne pour les présidentielles en France a été menée sur la base de ce phénomène.» Abdelmalek Sayad évoque ce phénomène qu’il a vécu en tant que malédiction.
De par son expérience personnelle où son père s’était opposé à son départ que par l’influence de l’émigration/immigration sur tous. Constituant un tabou, ce phénomène est complexe, l’individu vivant une double absence, physique dans son pays d’origine et sociale dans le pays d’accueil.
Pour corriger son absence, affirment les conférenciers, il tente de plusieurs façons de maintenir son lien avec le pays d’origine. Quant au pays d’accueil, il ne fait rien pour y être présent ; ainsi, il mène une vie provisoire dans les deux pays.
Même les générations nées dans le pays d’accueil n’échappent pas à cette règle puisque les termes utilisés pour les désigner servent plus leur exclusion et leur marginalisation. «Ce n’est qu’actuellement qu’elles commencent à être reconnues mais sur les bouts des lèvres.
Cela demandera encore beaucoup de temps», a souligné M. Chachoua.Evoquant sa relation avec le sociologue, Pierre Bourdieu, qui a beaucoup travaillé sur l’Algérie, a indiqué que «leurs travaux se complètent, et comme l’un tient l’autre une peur s’est installée également entre eux».
Il convient de souligner que le CNRPAH organise dans le cadre de la manifestation «Algérie, capitale de la culture arabe» deux colloques internationaux. Le premier, du 26 au 28 juin à Tipasa sur les centres historiques en devenir et le second du 15 au 16 juillet à Alger sur l’anthropologie et les musiques en Algérie et au Maghreb.
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30th May 2007 14:44 #1
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Alors qu’Abdelmalek Sayad demeure peu connu dans son pays d’origine :
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30th May 2007 18:04 #2
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30th May 2007 18:08 #3
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"... on peut dire que l'Algérie ne guérira jamais de sa situation actuelle, si elle ne fait pas un travail de réévaluation intégrale de son nationalisme : son nationalisme est né dans le contexte colonial, il est né de la colonisation, il est né anticolonial et il l'est resté, il le reste aujourd'hui encore, anachroniquement ; et ce nationalisme survit tel quel aux conditions politiques et historiques de sa constitution. Ce nationalisme n'a jamais su se constituer en lui-même. Même aujourd'hui que la colonisation a disparu, il est resté tel qu'il a commencé à se fabriquer en 1920. Il s'est donné une mythologie, prise à la France et apprise de la France - le mythe de la Nation - qui continue à fonctionner. De ce point de vue, le nationalisme algérien est le bon élève, mais bien tardivement, du nationalisme français, à l'école duquel il s'est constitué, même en le combattant et en cherchant à s'en émanciper... Le nationalisme algérien s'est créé uniquement par référence à la colonisation ; il est aujourd'hui malade, incertain, totalement dérouté, désorienté, sans objectif, sans perspective directrice : c'est parce qu'il a perdu le partenaire qui le constituait. Les intellectuels algériens eux-mêmes partagent la vision officielle, même les esprits les plus critiques se refusent à ce travail de réflexion et de relativisation..."
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30th May 2007 18:16 #4
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L'immigration ou Les paradoxes de l'alterité : Tome 1, L'illusion du provisoire de Abdelmalek Sayad
"Trente années d'enquêtes réalisées par le sociologue Abdelmalek Sayad (1933-1998) ont renouvelé l'étude du phénomène migratoire : à l'immigration dans une société correspond toujours une émigration hors d'une autre société. L'une ne peut s'expliquer sans l'autre. Ce premier volume de l'immigration ou les paradoxes de l'altérité montre que la présence d'étrangers dans un espace national est toujours pensée comme provisoire, alors même que la réalité dément cette représentation. La dimension économique de la condition de l'immigré détermine tous les autres aspects de son statut : le travail fait " naître " l'immigré mais rend sa présence illégitime quand l'emploi vient à manquer. L'illusion du provisoire se prolonge dans le logement, avec ces foyers qui assignent durablement leurs résidants à un habitat temporaire, Elle se perpétue en fin dans l'idée du retour, qui entretient l'espoir que l'exil n'a qu'un temps."
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30th May 2007 18:20 #5
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Dans les textes rassemblés ici, Abdelmalek Sayad expose les contradictions vécues par les enfants d'immigrés algériens en France. Tenaillés entre une société d'accueil qui voudrait les rendre invisibles et des familles désorientées par la violence de l'émigration, ils sont "étrangers" à leur pays autant qu'à leurs parents. Pour ces "enfants illégitimes", Sayad dévoile la nécessité et les difficultés d'exister politiquement. "La défense des immigrés, l'amélioration de leur condition, leur promotion sur tous les plans ne peuvent plus être assurées aujourd'hui que si les intéressés eux-mêmes et, surtout, leurs enfants engagent leur action dans la sphère politique. Cette conviction, il fallait la retraduire en termes de lutte, en faire une arme de combat."







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