Dimanche 8 juillet 2007 -- 45 ans après l’indépendance, objectif pour lequel il a tout sacrifié, vie personnelle et familiale, Si Djillani est honoré par son village natal et sa commune loin des cérémonies officielles, toujours pompeuses et parfois plus artificielles que sincères.
A Agouni-Bouragh, son village d’origine, devenu cheflieu de commune, qu’il quitta pour la France avant la Première Guerre mondiale pour se consacrer à la lutte de classe et de Libération nationale, la commémoration du 51e anniversaire de la mort de Si Djillani n’avait rien d’une corvée, elle n’était pas une simple formalité qu’on exécute pour se conformer au rituel d’usage; il s’agissait, au contraire, d’une opération où tout le monde ; comité de village, APC, ONM et simples citoyens, s’est impliqué avec sérieux et conviction. Il s’agissait de sortir de l’oubli un pionnier du mouvement national et, à travers un hommage ô combien mérité, d’affirmer et de souligner, ce que l’idéologie dominante s’emploie à occulter, l’apport particulièrement important et déterminant de la Kabylie dans la construction du mouvement national et dans la guerre pour l’indépendance, rôle qui ne cesse d’être soit totalement ignoré soit sousestimé par la propagande officielle.
Agouni-Bouragh et l’APC présidée par le RCD rappellent, par la même occasion, leur contribution spécifique à la renaissance de la nation algérienne. Si Djillani est, en effet, le premier des 6 pionniers du mouvement national originaire du village ou de la commune oubliés par l’histoire officielle. Heureusement qu’il y a des auteurs et historiens tels que Mohamed Harbi, Mustapha Lacheraf, Mahfoud Keddache pour consigner dans leurs ouvrages le rôle joué par les hommes comme Si Djillani, Abdelkader Hadj- Ali, premier président de l’Etoile nord-africaine, Amar Imache, Belkacem Radjef et une légion d’autres pionniers du mouvement national et de la lutte armée à l’image de Krim Belkacem…
Qui est Si Djillani ? Doté d’une double instruction coranique sous l’égide de son père, vénérable cheikh du village, qui marqua son époque selon les témoignages des citoyens du village, et de l’école publique française de l’époque, empreinte d’esprit colonialiste raciste vis-a-vis des autochtones, Si Djillani s’éveille très tôt au nationalisme et au combat contre l’oppression et l’injustice. Emigré en France, il fit partie des premiers contingents d’Algériens qui traversent la Méditerranée, bien avant la Première Guerre mondiale, en quête d’un emploi pour survivre. Dans la banlieue parisienne, il découvre, au contact des travailleurs français, une autre forme d’exploitation et d’oppression et un autre type de résistance.
C’était le début d’une double prise de conscience sociale et nationale, un entraînement aux méthodes de lutte organisée au sein de la CGTU avant l’éclatement de la 2e internationale. A la belle époque de l’internationalisme prolétarien et du droit des peuples coloniaux de disposer de leur sort proclamé Lénine, Si Djilani se retrouva naturellement au Parti communiste français qui venait d’être créé par les camarades de Marcel Cachin, il sera rejoint par d’autres émigrés tels Abdelkader Hadj Ali et Messali pour lancer, sous l’égide du PCF, l’Etoile nordafricaine.
Si Djillani et ses camarades lançaient, ainsi, symboliquement, l’idée de l’union des Nord-Africains sous domination française croyant pouvoir réaliser ainsi la symbiose entre la libération sociale et la libération nationale. La très haute conscience nationale des militants kabyles de l’Etoile nord-africaine à installer Messali, qui n’était encore ni Hadj ni subjugué par Chakib Arslan, à la tête de l’Etoile nord-africaine en remplacement de Hadj Ali. Sous l’influence de Chakib Arslan et sans doute aussi à cause des erreurs politiques stratégiques du PCF, Messali donnera peu à peu une nouvelle orientation à l’Etoile nord-africaine en rupture avec les communistes. On retrouve, à l’interdiction de l’Etoile nord-africaine en 1937, Si Djillani parmi les fondateurs du PPA et un des responsable de la Fédération de France aux cotés de Belkacem Redjaf et de Amar Khider, il sera arrêté le 16 juin 1939 et condamné à 1 mois de prison.
Au cours des soubresauts qui ont suivi l’éclatement du Front populaire en France et qui précédaient de peu la Seconde Guerre mondiale, Si Djillani, et d’autres nationalistes accorderont du crédit aux thèses de Marcel Dorio, dissident du Parti communiste français et futur collaborateur de l’Allemagne nazie suivant en cela l’adage qui veut que «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». La suite des événements a démontré que le nazisme poursuivait des objectifs de domination et d’oppression de même nature que ceux du colonialisme de par le monde.
Si Djillani, appelé Si Mohand Saïd N’cheikh, par les citoyens de son village a traversé les périodes cruciales et décisives de l’histoire de son pays en homme d’action toujours prêt à exploiter les possibilités de libération qu’offrent les évènements, toujours prêt à explorer les voies et moyens d’y parvenir d’après ce que l’on peut retirer des témoignages vivants ou écrits entendus ou passés en revue lors de la commémoration du 51e anniversaire de sa mort survenu au printemps de l’année 1956 en France au terme d’une longue maladie. La commémoration fut une véritable fête au village et chef-lieu de la commune d’Aït-Oumalou, une belle occasion de se réapproprier l’histoire sans censure ni falsification, la meilleure façon de marquer le 45e anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale.
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8th July 2007 07:31 #1
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Commémoration du 51e anniversaire de la mort de Si Djillani à Tizi Ouzou







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