+ Reply to Thread
Page 2 of 4
FirstFirst 1 2 3 4 LastLast
Results 8 to 14 of 24
  1. #8
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777
    Lundi 30 juillet 2007 -- Belaïd Abdesselam est connu pour avoir le souffle long. Le général Touati, qui a justifié la révocation de son gouvernement en août 1993 par « l’échec de sa politique économique », en prend pour son grade. C’est dans un livre publié sur internet. La question est donc reposée : le recours au FMI et au rééchelonnement était-il une fatalité ?

    Il faut le dire d’emblée. Si le but du livre de Belaïd Abdesselam est de montrer que l’Algérie avait en 1993 les moyens de passer le pire de la crise de la dette sans accepter les conditions du FMI pour obtenir un accord de rééchelonnement, alors il est totalement convaincant. Les initiés le savaient déjà. Belaïd Abdesselam le rappelle dans un ratissage rigoureux de toutes les possibilités que son gouvernement avait commencé à réunir pour mobiliser deux ou trois milliards de dollars de plus par an durant cinq ans. « Des mesures relais » qui devaient conduire la balance des paiements de l’Algérie – au seuil de la rupture des remboursements – sur la berge ferme d’une nouvelle conjoncture pétrolière qui a fini d’ailleurs par s’esquisser dès 1996-1997. C’est une étude de Goldman et Sachs qui déroule une grande partie des mesures qui doivent assurer du cash à Alger, et très vite. 500 à 700 millions de dollars supplémentaires par an pouvaient être récupérés en gérant activement le délai de paiement d’un mois octroyé par Sonatrach à ses clients ; un crédit gratuit que Sonatrach pouvait, au prix d’un montage certes un peu compliqué, valoriser en utilisant les factures détenues sur les clients sur les marchés financiers.

    Un complot en faveur de la solution FMI

    D’autres mesures sont ainsi égrenées : accès aux gisements existants (Rourdh El Baguel 300 millions de dollars et surtout Hassi Messaoud 4 à 5 milliards de dollars) ; cession par Sonatrach du paquet d’actions obtenus dans une société américaine sur décision de justice après l’annulation d’un contrat de vente de gaz liquéfié au début des années 80 (400 millions de dollars) ; prise de participation de sociétés étrangères jusqu’à 20% dans les usines de liquéfaction ; mise en hypothèque des méthaniers pour lever de nouveaux crédits pour le développement du secteur ; dépôt d’une partie des recettes énergétiques dans des banques étrangères en nantissement garantissant les nouveaux emprunts financiers (formule éprouvée déjà avec l’Italie) ; et d’autres raclages de fond de tiroir. « Telle était la panoplie des possibilités de solution que Goldman Sachs me proposait de prospecter afin de permettre à l’Algérie de rassembler, sur les places financières internationales et avec son assistance technique, des fonds pouvant atteindre un nombre substantiel de milliards de dollars, à affecter au désendettement extérieur de notre pays, en agissant uniquement dans un cadre régi par les règles s’appliquant aux transactions de caractère privé et sans passer par les fourches caudines du FMI », épilogue Belaïd Abdesselam.

    Mais pourquoi donc cela n’a-t-il pas marché ? Parce qu’on ne m’a pas laissé le temps de tout mettre en œuvre. Pire, le général Touati a conduit pour le compte de l’ANP une contre-offensive pour saboter ce plan de « passage à gué ». Le livre de Belaïd Abdesselam est intarissable pour démontrer le complot contre sa politique économique. Là aussi, il fait souvent mouche. Le voyage à Paris du général Touati en juillet 93 pour consulter Jean Claude Trichet, l’actuel président de la Banque centrale européenne, à l’époque directeur général du Trésor français, est étayé comme une pièce à conviction. Les adversaires de Abdesselam dans le HCE étaient à la recherche des contre-arguments pour montrer que le recours au FMI et au rééchelonnement n’était pas si pénalisant. Le général Touati apportait ainsi des assurances « solides » de Paris que les crédits à court terme – dont l’économie algérienne allait continuer à avoir besoin même après un rééchelonnement – n’allait pas baisser au-delà des 20 à 30 % en cas de passage par les Club de Paris et de Londres. Le gouvernement aurait laissé entendre que ces crédits allaient disparaître. « Nous l’avons jamais dit nulle part », assure le livre. Une manœuvre déloyale qui déclenche des pages piquantes au sujet du « patriotisme » d’une partie du pouvoir algérien.

    Les représentants de l’ANP voulait donc une autre politique que celle de Belaïd Abdesselam et n’avaient surtout pas envie de lui laisser la moindre chance de réussir sans le FMI. Autre exemple, l’affaire du contrat Sonatrach-Arco sur l’entrée de ce dernier dans le gisement de Rourdh El Baguel. Abdesselam évoque des blocages du côté algérien. « On ne va pas lui faire ce cadeau », disaient ses adversaires, manifestement très puissants. Là aussi, le livre de 322 pages est une machine à broyer les contre-arguments. Il apporte même avec force détail des manifestations de soutien de l’étranger à la politique suivie par le gouvernement Abdesselam. C’est le cas du gouvernement japonais, par exemple, mais aussi, et cela est moins connu du grand public, le cas du dernier gouvernement socialiste du règne de François Mitterrand, dirigé par son ami Pierre Bérégovoy (voir encadré). Les choses changeront à Paris avec l’arrivée de la droite aux affaires au printemps 93.....

  2. #9
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777

    continued.....

    L’essentiel est pourtant ailleurs

    L’Algérie avait donc encore le choix, l’été 93, entre rééchelonner sa dette extérieure - service de l’encours à près de 80 % cette année-là – et suivre une autre voie. Celle proposée par le gouvernement de Belaïd Abdesselam. La lecture du livre de l’ancien chef du gouvernement réussit à force de détail et d’insistance à en insinuer l’évidence. Mais là s’arrête le magistère du livre. En effet, le non-recours au rééchelonnement était une option jouable jusqu’aux pires moments. Les « mesures relais » paraissaient réalistes et pouvaient pour la plupart d’entre elles assurer « l’honorabilité » de la signature Algérie, jusqu’à 1996-1997 lorsque le baril allait remonter au-dessus des 20 dollars et les quantités extraites repartir enfin vers le million de barils/jour. Mais Belaïd Abdesselam à force de focaliser sur l’hostilité du général Toufik et d’une aile de l’ANP – au sujet de laquelle il surfe avec brio pour ne pas nommer le général Nezzar comme son vrai leader - perd de vue quelques traits essentiels de la conjoncture de 1993. Les forces sociales qui pouvaient défendre son projet économique battaient en retraite politiquement. Elles étaient populaires. Donc soit islamistes traquées, soit nationalistes démoralisées par la tournure des évènements. Elles n’étaient d’aucun secours pour un gouvernement venu dans les valises de l’ANP comme aime à le citer Belaïd Abdesselam lui-même. En face, la pression était immense. L’enjeu n’a jamais été vraiment de rétablir la solvabilité de l’Algérie – la suite des évènements a bien montré cela avec le redressement des réserves de change que l’on connaît – mais de profiter de la crise de paiement algérienne pour modifier son type d’insertion dans le marché mondial. Belaïd Abdesselam raconte à nouveau sa négociation avec Michel Camdessus, DG du FMI. Ce dernier admet bien que le but qu’il poursuit par-dessus tout est la libéralisation du commerce extérieur algérien. C’est le point sur lequel toutes les capitales du G8 vont finir par devenir inflexible. Le marché algérien doit s’ouvrir totalement aux produits du monde. La mondialisation marchande dictait sa loi aux portes d’Alger. Elle avait de puissants alliés dans le pays. Ils avaient amené Abdesselam. Ils pouvaient le démettre.

    Beregovoy partageait la vision de Belaid Abdesselam sur le FMI

    « Voici en quels termes tels que notés dans le compte rendu de notre entretien le 18 février 1993, M. Pierre Bérégovoy donnait son appréciation de la position de mon gouvernement sur cette question de la dévaluation : On ne peut passer d’un système fortement étatisé, sans transition, au système du marché libre. L’exemple de la Russie est édifiant… Je voudrais aussi vous dire un mot sur les problèmes monétaires. Un pays dont les biens de consommation importés représentent 25 % des recettes en devises ne peut accepter une dévaluation. Ce serait négatif à tous points les de vue. Pour ce qui nous concerne, nous participons à l’Europe monétaire. Nous essayons de faire en sorte que cette union monétaire ne se fasse sous la houlette d’un seul Etat. Vous-mêmes êtes trop tributaires des importations pour vous engager dans une dévaluation qui, je le répète, serait négative. Il faut donc vous en tenir à votre politique. Cela est ma première observation. Ma deuxième observation concerne la dette. Je comprends que pour des raisons de politique intérieure, vous ne suiviez pas les conditions du FMI. Vous y laisseriez une partie de votre pouvoir. C’est politiquement très dangereux même si financièrement c’est facile. Je comprends votre raison… »


  3. #10
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777
    C’est avec une remarquable célérité que Belaïd Abdesselam réagit à ce qui était déjà une réponse du général Mohamed Touati, à son pamphlet édité sur son site électronique :

    Mercredi 1 Aout 2007 -- L’ancien chef du gouvernement revient donc à la charge. Dans les colonnes de notre confrère Djazaïr News, il précise ses tirs contre sa cible privilégiée, le général Touati, mais pas seulement. Et comme s’il en était besoin, identifie davantage ses ennemis et revendique son camp. Apprécions ce passage : “Touati pensait au départ que je faisais partie du camp auquel il appartient, à savoir l’élite moderniste parce que je m’exprime en français.”

    Tout simplement ! Voilà donc une grande personnalité nationale qui a eu à diriger le gouvernement algérien se dévoilant superbement ! Pour lui, donc, être moderniste en Algérie est une... honte. Un délit, presque. A telle enseigne, pour prouver tous les maux dont il charge le général Touati, il s’est cru obligé de crier au flagrant délit lorsqu’il fera cette ingénieuse conclusion “(...) ce qui prouve l’existence d’une relation entre le général, Rebrab et Saïd Sadi !”

    Ces “mauvaises fréquentations” sont d’autant plus irréfutables comme arguments à charge contre le général aux yeux de notre ex-chef du gouvernement qu’il découvre un autre “complice” : le général de corps d’armée, Mohamed Lamari. Cet autre symbole de la lutte antiterroriste et anti-intégriste est également pris à partie par Belaïd Abdesselam. “A la même période, le général Lamari a été désigné au niveau du ministère de la Défense. Et il essaya d’imposer sa logique dans la gestion et de créer la zizanie entre les différents services de sécurité (...) les militaires sont ainsi, tout se fait par la force chez eux. Au point où cela créera un véritable cafouillage dans les rangs de la police et de la Gendarmerie nationale.”

    On croirait s’exprimer, là, l’un de ses porte-voix de la propagande intégriste tels Souaïdia, Nasrallah Yous, le Maol, etc., n’était ce détail que, d’abord au moment où Belaïd Abdesselam occupait le poste de chef du gouvernement, le pays était déjà sous état d’urgence. Le décret présidentiel du 9 février 1992 portant état d’urgence met en fait tous les services de sécurité sous le commandement de l’armée. Lequel décret sera d’ailleurs prorogé le 6 février 1993 — sous Ali Kafi et Belaïd Abdesselam du reste — par décret législatif n°93- 02.

    Mais l’essentiel n’est pas là pour l’ex-chef du gouvernement. Pour régler ses comptes avec l’Algérie de la résistance contre l’islamisme politique dont il se réclame et qu’il désigna par son célèbre sobriquet de “laïcoassimilationniste”, l’inventeur de “l’industrie industrialisante”, dont on connaît le résultat aujourd’hui, se veut très “précis”.

    Pas une seule méchanceté “à l’endroit de ses alliés idéologiques qui avaient mis l’Algérie à feu et à sang. Ne souffle mot par exemple sur la gigantesque œuvre patriotique d’un homme comme Abdelhak Benhamouda. Il préfère plutôt investir dans l’avenir immédiat ! Voilà, en effet, comment il tente de démentir le général Touati qui révélait avoir reçu une proposition de prendre le portefeuille de l’intérieur. “Moi j’avais proposé Noureddine-Yazid Zerhouni !” Voilà, en effet, le genre de révélations tardives mais qui peuvent rapporter gros.


  4. #11
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777

    Jeudi 2 aout 2007 -- L’ancien ministre de la Défense, le Général Khaled Nezzar, a reconnu qu’il a été à l’origine du départ de Belaid Abdesselam de la tête du Gouvernement, lorsqu’il était membre du Haut Conseil d’Etat en 1993.

    Dans un article qu’il a rédigé, il revient sur le contenu des mémoires de Belaid Abdesselam dans lesquels l’ancien chef du Gouvernement parle « d’obstacles » qui l’ont empêché de mener à bien sa mission et dont a été à l’origine l’équipe qui dirigeait à l’époque le Haut Conseil d’Etat.

    A travers cet article M. Nezzar prend le parti de son ancien compagnon d’armes, le Général Touati qui a répondu aux accusations de Abdesselem dans ses mémoires, l’accusant de « médiocrité » comme explication de son éjection de la présidence du Gouvernement. Nezzar, absent de la scène politique depuis des années, a déclaré que « J’ai avancé l’idée du départ de Abdesselam. Elle fût soumise au Haut Conseil de l’Etat, dirigé par Ali Kafi, qui l’entérina à l’unanimité. Ce n’était ni par calculs politiques ni par intrigues, ni par des manœuvres que nous nous sommes séparés du Chef du Gouvernement ».

    Il a défendu Mohamed Touati s’interrogeant sur sa responsabilité dans les obstacles dont a parlé l’ancien chef du Gouvernement et c’est précisément cela qui l’a poussé à répondre.

    Il a conclu son article par « que Dieu apporte la sérénité aux cœurs tourmentés et inspire plus de sagesse à Monsieur Abdesselam qui préserverait sa pudeur, en s’abstenant de lancer dans les médias internationaux des affirmations nuisibles à l’image du pays ».


  5. #12
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777
    Jeudi 2 aout 2007 -- La polémique enfle entre l’ancien chef du gouvernement Belaïd Abdeslam et le général-major à la retraite Mohamed Touati. Cette polémique par colonnes interposées entre les deux hommes a au moins cela de positif : elle permet aux citoyens de s’informer sur ce que sont «les jeux du pouvoir» dans notre pays, à travers ce qui s’apparente à une nouvelle méthode de «communication institutionnelle à l’algérienne».

    Dans l’interview accordée à notre confrère El Watan et publiée dans son édition d’hier, Belaïd Abdeslam ne s’est pas contenté de re-répondre au général Touati, mais il a levé le voile sur une période sombre de l’histoire récente de l’Algérie et donné son avis sur quelques sujets relatifs à la gouvernance du pays.

    Maintien de l’état d’urgence : un aveu d’une situation anormale Défendant sa thèse de période de transition de 5 ans assortie de la proclamation de l’état d’exception qu’il avait préconisé lorsqu’il avait été appelé à prendre la tête du gouvernement en 1992, Belaïd Abdeslam justifie cette position par la situation «très problématique» engendrée, selon lui, par «ce qui s’est passé le 11 janvier 1992 (départ de Chadli, ndlr)».

    Pour lui, il fallait s’arroger les pleins pouvoirs mais seulement pour une période bien déterminée, car explique-t-il, «l’état d’exception comme l’état d’urgence sont des mesures censées faire face à une crise». Une longue crise qui dure signifie, estime-t-il, «qu’il y a quelque chose d’anormal».

    Ce qui l’a amené à évoquer l’état d’urgence proclamé en 1992 encore en vigueur. «On ne peut pas continuer à faire de mesures à caractère exceptionnel quelque chose de permanent», a-t-il affirmé, relevant que «c’est implicitement un aveu que l’on n’a pas attaqué les vraies causes de la crise».

    Belaïd Abdeslam, un homme considéré comme proche du président de la République, appelle indirectement à la levée de l’état d’urgence. Qu’est-ce qui empêche donc Abdelaziz Bouteflika de proclamer la levée de l’état d’urgence ? Ce n’est certainement pas l’armée puisque le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, avait déclaré, en 2003 et alors qu’il était chef de l’état-major de l’ANP, que cette dernière ne voyait pas d’inconvénient à la levée de l’état d’urgence.

    Cela relevait, avait-il dit, des prérogatives des autorités politiques, en d’autres termes, de celles du président de la République. Qui est donc favorable au maintien de cette mesure tant décriée par une grande partie de la classe politique tant à l’intérieur du pouvoir (MSP) comme à l’extérieur de celui-ci (FFS) ? À moins que cela ne soit la volonté des services de sécurité dont le rôle joué par ces derniers dans la vie nationale est jugé exagéré par Belaïd Abdeslam.

    «Les services de sécurité sont allés très loin» Interrogé en effet sur le rôle joué par l’armée dans la conduite des affaires de l’Etat et sur le comment du transfert du pouvoir de celle-ci vers des instances civiles élues, l’ancien ministre de l’Industrie de feu Président Boumediene reconnaît que le pouvoir échoit réellement à l’ANP mais avoue qu’il n’a pas de réponse pour la seconde partie de la question.

    L’armée est selon lui, «la seule structure qui tient et qui fait face aux tempêtes» quand on sait que la société civile, la société politique sont «déliquescentes». «Cela dit, il faut qu’un jour ou l’autre l’armée passe la main», a-t-il dit s’interrogeant sur «entre les mains de qui cela va-t-il tomber ?» À ce niveau, Belaïd Abdeslam tire la sonnette d’alarme sur le rôle joué par ce qu’il a désigné par «les services de sécurité».

    «Il faudrait faire la différence entre l’armée et les services de sécurité, car on a parfois tendance à les confondre», a-t-il précisé indiquant que «les services de sécurité sont immergés dans la société civile». «Je pense qu’ils sont allés très loin», a-t-il encore martelé, avouant : «Je pense que le moment est venu d’assainir un peu les choses.» «Certes, le pouvoir doit avoir des mécanismes pour être informé, mais il ne faut pas accepter que ces services deviennent les maîtres de la décision», a-t-il encore dit avertissant qu’«à défaut, on risque de dégénérer vers une société policière d’autant plus dangereuse que ces pratiques sont occultes».

    Comment faire ? C’est en faisant comme Boumediene qui avait une autorité totale sur ces services, préconise M. Abdeslam. «Il faut qu’il y ait une autorité qui dise : j’estime que ce monsieur mérite qu’on lui fasse confiance. C’est moi l’autorité, ce n’est pas vous ! Vous m’informez d’accord, mais vous n’êtes pas l’autorité», a expliqué Abdeslam qui ajoute que cet état de fait «pèse» y compris sur l’armée.

    «Je sais qu’au niveau de l’armée, ça leur pèse. Il y avait de hauts cadres de l’ANP qui disaient : «Tout va nous retomber sur la tête, nous les militaires», a-t-il avoué précisant que les militaires aussi «veulent donc se délester de cette charge».

    L’ancien chef du gouvernement subordonne cela à l’émergence d’une classe politique capable de relever le défi. «Encore faut-il qu’il y ait un bon relais au niveau politique, pas des affairistes ou des gens qui trafiquent les élections», a-t-il conclu.

    Par ailleurs, M. Abdeslam a été, à l’occasion de cet entretien, la première personnalité du sérail à reconnaître que l’arrêt du processus électoral et la «démission» de Chadli ont été un «coup d’Etat», et avoue même l’avoir cautionné.

    «Non seulement je l’ai cautionné, mais j’étais pour le coup d’Etat», a-t-il avoué indiquant toutefois avoir dit à l’époque «qu’il aurait fallu le faire au moment opportun (avant la victoire du FIS aux législatives) et le faire dans une logique salvatrice pour le pays».


  6. #13
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777
    Dans sa récente diffusion sur internet, où il prétend « rétablir certaines vérités sur treize mois à la tête du gouvernement », Monsieur Abdesselam fait très souvent référence au HCE, à moi-même et surtout au général Touati.

    Loin de moi l’idée de me lancer dans une controverse stérile, je me dois d’y apporter quelques mises au point et souligner quelques contrevérités. A cette époque, le général Touati était conseiller du ministre de la Défense nationale pour les questions politiques et sécuritaires. Il était à ce titre membre d’un groupe de réflexion et de proposition chargé de préparer pour le chef du gouvernement les évaluations au plan de la sécurité. Il siégeait au Palais du gouvernement lorsqu’il s’agissait de traiter de ces questions. Dans son ouvrage, Monsieur Abdesselam adresse la presque totalité de ses griefs au général Touati. J’ai réfléchi avant de rédiger cette mise au point, sachant celui-ci est capable de répliquer personnellement. Mais je ne pouvais me résoudre à supporter que certains faits – entre autres la fin de mission du chef du gouvernement – soient imputés à autrui, alors que je connais les tenants et aboutissants de cette affaire somme toute fort simple et qui ne méritait pas une telle ampleur.D’autre part, je me sens personnellement interpellé par les graves critiques adressées au HCE dont je faisais partie. La décision du Haut Comité d’Etat, qui s’est finalement résigné à choisir la voie du rééchelonnement, m’incombe autant qu’à mes collègues, nos décisions collégiales étant toujours prises par consensus après avis de chacun d’entre nous. J’avais auparavant écrit qu’en 1991, nous « débarquions en politique ».

    Le bateau « Algérie » partait à la dérive. Nous avions le devoir, nous tous qui étions aux commandes – chefs du gouvernement, ministres, cadres de l’Etat, ainsi que les patriotes de toute tendance –, de nous mobiliser avec la détermination de le mener à bon port. Cet intérêt supérieur de la nation, qui a fait qu’à cette étape déterminante nos parcours militaires et civils se sont croisés pour mener une action, en fin de compte salvatrice, même si des insuffisances en ont marqué le cours.Au même moment, ma position de ministre de la Défense nationale devait m’imposer d’énormes responsabilités. Les événements successifs allaient faire de l’ANP l’arbitre de la situation.

    L’APPEL DU DEVOIR

    J’eus conscience qu’en qualité de chef de cette armée, le pouvoir qui allait m’échoir et que je n’avais ni prévu ni souhaité, je me devais de l’assumer pour éviter au pays de connaître les affres assaillant certains pays et qui indubitablement auraient entraîné la dislocation de la nation. L’économie était moribonde, minée par les germes destructeurs des options des décennies 1960 et 1970. Elle était ravagée par une gestion incompétente, aggravée par la baisse simultanée du dollar et du prix du pétrole. Le service de la dette extérieure absorbait 70% des recettes du pays et avait contraint l’Algérie à réduire de façon drastique ses importations. Cet état de délabrement de notre économie eut pour effet de ralentir davantage l’appareil économique, d’augmenter le nombre de chômeurs et de porter le désarroi à son comble, surtout celui de la jeunesse.

    Pendant les treize mois de son gouvernement, j’eus rarement à rencontrer Monsieur Abdesselam, considérant que chacun de son côté avait fort à faire. Du mien, les tâches du Haut Comité d’Etat, celles du ministère de la Défense et la sécurité du pays remplissaient pleinement mes journées et une bonne partie de mes nuits. En tête à tête, nous nous sommes rencontrés seulement à trois reprises, la première se déroula effectivement à « Dar El Afia », mais sans le président du Haut Comité, comme l’avance si Abdesselam. J’étais chargé par ce même comité de lui proposer le poste de chef du gouvernement. Ce que je fis. Il avait en effet émis le souhait de voir les membres du Haut Comité se maintenir à ce poste au-delà de ce qui restait du mandant du président Chadli Bendjedid et exprimé aussi l’éventualité d’un état d’exception de cinq années. A un moment précis de la discussion, alors que je lui faisais remarquer que le monde avait changé, je compris qu’il avait accepté notre proposition lorsqu’il s’engagea par ces mots : « Dans tous les cas de figure, je m’adapterai. » Après quoi, le HCE informé par mes soins, la décision de lui confier les fonctions de chef du gouvernement fut prise. Tout au long de cette discussion, je n’ai à aucun moment parlé au nom de l’armée, je l’avais fait au nom du HCE qui m’avait investi de la mission.

    La seconde entrevue en tête à tête le fut sous forme de visite qu’il me rendit à mon bureau au ministère de la Défense nationale. La troisième et dernière rencontre en tête à tête toujours, c’est lorsque j’ai eu à intercéder en faveur d’un directeur de journal incarcéré pour un motif discutable. Les autres rencontres le furent en présence des membres du Haut Comité d’Etat et où il était souvent question de problèmes économiques et financiers. Nous étions tous très inquiets de la situation que traversait notre économie. Je me souviens que nous empruntions pour rembourser les services de la dette que nous devions honorer chaque trimestre.....

  7. #14
    Al-khiyal is offline Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    124,777

    continued.....

    L’ARGENT DES ÉPARGNANTS

    Les emprunts à court terme étaient monnaie courante car il fallait faire face aux besoins quotidiens de la population en produits de première nécessité. Nos réserves financières oscillaient entre six cents millions et neuf cents millions de dollars. Selon Abdelmajid Bouzidi (notre conseiller économique), les sommes en question provenaient des épargnants algériens. Le milliard de dollars de plus que le chef du gouvernement dit avoir laissé dans les caisses, représentait en réalité des dettes non honorées à échéance selon des procédés techniques que seuls les financiers connaissent. Ils évitaient ainsi la déclaration d’insolvabilité. Alors que nous nous trouvions donc en cessation de paiements imminente, le HCE désigna son président et moi-même pour rencontrer le chef du gouvernement aux fins de dégager, avec lui, d’éventuelles solutions susceptibles d’atténuer les contraintes de tous les jours et convenions d’un déjeuner débat au domicile de Monsieur Ali Kafi.

    Avant cette réunion, nous n’avions à aucun moment envisagé son départ du gouvernement. Les questions que nous allions lui poser étaient celles que nous nous posions tous les jours. Elles étaient très simples : « Quand et comment allez-vous procéder pour sortir le pays de cette tourmente ? De combien pouvez-vous disposer d’argent pour cela ? » Questions qui résumaient à elles seules le désarroi qui était le nôtre. A ces questions, il répondait invariablement : « Je ne suis pas un économiste, j’ai demandé un état d’exception de cinq années pour mener à bien mon programme, je dispose de quelques pistes (françaises, voire italiennes ou autres), mais je ne sais pas quand celles-ci pourraient aboutir ! »

    La première journée se termina ainsi sans parvenir à un quelconque résultat. J’ai pris alors la parole en fin de séance et à titre de conclusion, je lui demande de désigner en premier lieu un ministre de l’Economie puisqu’il répétait sans cesse qu’il n’en était pas un, et en second lieu, d’organiser un séminaire réunissant les meilleurs de nos économistes. Il acquiesça à ces deux propositions et nous nous donnons rendez-vous le lendemain matin au même endroit. La deuxième journée de travail, non seulement elle n’apporta rien de nouveau, mais nous sommes sidérés de l’entendre dire qu’il se ravisait pour la désignation d’un ministre de l’Economie au motif que ceci aurait une signification politique. Par contre, il était d’accord pour tenir le séminaire ! Sur ce, nous levons la séance pour nous en remettre au Haut Comité d’Etat. Seul avec Monsieur Ali Kafi, j’eus nettement l’impression qu’il n’y avait pas de progrès à espérer de la démarche de M. Abdesselam. J’ai avancé l’idée de son départ. Elle fut soumise au HCE qui l’entérina à l’unanimité. Ce n’était ni par calculs politiques ni par des intrigues ni par des manœuvres que nous nous sommes séparés du chef du gouvernement. Nous nous revoyons au même endroit. Le président du Haut Comité d’Etat, Monsieur Ali Kafi, trouva les mots pour lui notifier notre décision. Cela se fit dans une ambiance empreinte de respect mutuel et de dignité.

    Quant à la question du rééchelonnement, je me souviens de l’audience accordée par le président du HCE au gouverneur de la Banque d’Algérie à laquelle j’ai été conviée par Monsieur Ali Kafi. Sa démarche avait pour objet de nous dissuader d’aller au rééchelonnement de la dette. Nous lui répondîmes que le séminaire prévu à cet effet avait toute compétence pour se prononcer. Je me demande encore s’il s’était présenté pour ses idées ou celles des autres. Le séminaire tenu, la décision d’aller au rééchelonnement fut prise conformément à ses recommandations. J’ai écrit un jour que les militaires que nous étions furent alléchés par une formule spectaculaire : « l’économie de guerre ». Nous fîmes appel à l’auteur du concept, en espérant qu’il saurait en faire une application efficace, au moins pour réduire la dette qui accablait le pays. Cet ex-grand commis de l’Etat, brave homme au demeurant et patriote sans doute, montra à l’usage que sa formule recouvrait beaucoup de bonne volonté et de sincérité, mais rien de plus.

    Le nouveau gouvernement présidé par Monsieur Réda Malek, pour éviter un effondrement total du pays, se tourna vers les organismes financiers étrangers (FMI et Banque mondiale)… C’est ainsi que peut se résumer la situation du pays en cette fin d’année 1993. Grâce à cette mesure et surtout à la reprise du prix du baril que notre pays serait à l’abri – espérons-le pour longtemps.Le HCE, dont j’étais membre, avait fait le serment de gérer le pays uniquement pendant la période qui correspondait à ce qui restait du mandat du président démissionnaire. Il n’était nullement question de prolonger les pouvoirs de cette instance. Encore moins de donner carte blanche à qui que ce soit d’autant que nous n’avions les uns et les autres aucun mandat électif pour cela. Beaucoup de déçus de l’ère actuelle auraient préféré le contraire. C’eut été un parjure impardonnable devant Dieu et devant les hommes, nous qui avions fait le sermon sur le Saint Coran de ne servir que pendant la période qui restait du mandat du président démissionnaire.

    LE DÉPART DU GOUVERNEMENT BÉLAÏD ABDESSELAM

    En formulant ses innombrables critiques de l’action du HCE, dont le général Touati aurait été on ne sait pourquoi le responsable, Monsieur Abdesselam attribue satisfecit d’un côté et blâme de l’autre. Selon son « rapport d’accusation », le HCE serait allé d’échec en échec, alors que moi-même et dans une moindre mesure Ali Kafi, nous trouvons grâce à ses yeux. Je n’ai pas l’habitude de fuir mes responsabilités. J’étais membre de ce HCE où, après la mort du regretté Boudiaf, je fus amené – il faut le reconnaître – à jouer un rôle important. Comme je l’ai dit, même si, par les graves menaces de déstabilisation qui pesaient sur nous et la nécessité de privilégier la lutte contre le terrorisme, le représentant de l’armée jouissait d’une audience certaine, les décisions étaient néanmoins prises en commun après libre discussion.

    Pourquoi dès lors ces condamnations sélectives ? L’ex-chef du gouvernement écrit (je cite p. 114) : « J’étais conscient que les choix que j’avais inscrits dans le programme de mon gouvernement n’avaient été acceptés que du bout des lèvres par beaucoup de ceux qui avaient à les approuver. » Il ajoute : « Ce programme traduisait les prouesses de la Révolution du 1er Novembre 54 et de tout le mouvement nationaliste et populaire qui avait inspiré, préparé et déclenché cette révolution. » Comme ces choix s’inscrivaient, affirme-t-il, en droite ligne des options du mouvement nationaliste du PPA-MTLD, de celles du FLN, de la charte de Tripoli et de la charte d’Alger de 1976, ceux qui ne les approuvaient pas étaient les laïco-assimilationnistes, sous-entendu des antinationalistes, pour ne pas dire des traîtres aux idéaux de la Révolution. Comme, après une expérience malheureuse de treize mois, nous n’avions pas approuvé ses choix, on voit bien dans quelle catégorie Monsieur Abdesselam situe les membres du HCE.

    Cet amalgame hâtif absolument diffamatoire pour tous les patriotes qui ne suivent pas de telles allégations, ne convainc personne. Il a certes le droit de se croire le nationaliste authentique, pur et dur. Il n’a pas le droit de préjuger et encore moins de mépriser les combattants de la cause nationale qui osent le contredire. D’ailleurs, dit-il, les attaques contre la politique de son gouvernement ne sont menées que par la cohorte formée « des communistes repentis depuis le renversement de situation intervenu à Moscou et des berbéro-séparatistes » (p. 164). Je ne me permettrai d’apprécier le passé d’aucun militant qui a participé à la lutte, militaire ou politique, pour l’indépendance du pays. Mais interrogeons l’histoire récente. Sans avoir moi-même vécu les événements préparatoires de la Révolution, il me paraît présomptueux pour Monsieur Abdesselam de prétendre que le MTLD, dont il était l’un des dirigeants, avait « inspiré, préparé et déclenché cette Révolution », comme il l’affirme, alors qu’il est désormais établi que ni la fraction « messaliste » du MTLD ni celle du « comité central » cantonné dans sa réserve, n’avaient à l’époque, préparé ou déclenché la Révolution.....

Posting Permissions

  • You may not post new threads
  • You may not post replies
  • You may not post attachments
  • You may not edit your posts