Dimanche 18 Mars 2007 -- Krim Belkacem avait la stature d’un homme d’Etat et a su l’affirmer en toutes occasions, menant à bien sa mission. C’est en ces termes que l’ancien chef de gouvernement et membre du Haut Comité d’Etat, Rédha Malek, a présenté, hier au Centre de presse d’El Moudjahid, sous l’égide de l’association Mechaâl Ec-Chahid, la personnalité éminemment “complexe” de ce Lion des montagnes qu’était Krim Belkacem.
Ce dernier, héros de la Révolution nationale et qui a dirigé l’équipe de négociateurs des Accords d’Evian du 19 mars 1962 dont notre pays commémore le 45e anniversaire. Ces accords signés par ce ministre des Affaires étrangères du Gouvernement provisoire de la Révolution algérienne (GPRA), en charge de la conduite de la guerre, au nom du FLN et du gouvernement provisoire. Revenu longuement sur leur historique, des accords qui ont, selon Rédha Malek, permis de réaliser l’indépendance totale du pays sur la base de l’intégrité de son territoire et l’unité de son peuple, assurant la réalisation entière des engagements pris dans la Déclaration du 1er Novembre 1954. Des accords âprement négociés entre les représentants du Gouvernement provisoire, sous le férule de ce symbole de la Révolution, et le gouvernement du général de Gaulle dont le négociateur en chef a su contrer toutes les manœuvres dilatoires. Des négociations durant lesquelles Krim Belkacem a démontré, avec le sourire, tant son pragmatisme et sa souplesse que sa rigueur, ses positions fermes et sa détermination à préserver la souveraineté de l’Algérie sur l’ensemble de son territoire dont le Sahara notamment. Un “rôle majeur”, une “ouverture d’esprit”, un génie diplomatique, “des nerfs solides” et autres qualités immenses dont Krim Belkacem avait fait preuve, même en dépit des “hauts et bas”, des “problèmes internes” au mouvement de Libération et des “difficultés de faire de la politique alors”. En ce sens, Rédha Malek a évoqué les divergences d’appréciations au sein du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) sur l’opportunité des négociations engagées avec la France. Des désaccords survenus entre le GPRA et l’état-major des frontières dont le défunt Houari Boumediene. L’état-major reprochant au GPRA d’ “être trop flexible”, “une crise qui aurait pu mal tourner” selon Rédha Malek, mettant en avant un “problème de pouvoir” et rendant un hommage appuyé au trio Krim Belkacem, Abdelhafidh Boussouf et Lakhdar Bentobbal. En effet, a contrario du GPRA, un état-major hostile à engager de telles négociations avant le règlement des différends internes et plutôt favorable à la réorganisation du gouvernement et à donner un plus grand rôle à l’intérieur. Cela même si l’ancien président Houari Boumediene a, selon l’hôte d’El Moudjahid, pris acte de l’importance de ces négociations. Cela étant, les participants à cette rencontre dont l’ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, ont reconnu le grand mérite de Krim Belkacem, appelant à lui consacrer ainsi qu’à d’autres personnalités du mouvement national des journées d’études, en développant la recherche historique. Krim Belkacem ou une grande personnalité de l’Histoire de l’Algérie, une histoire à revisiter, des participants d’en appeler à clarifier pour la postérité le rôle de Krim Belkacem dans la crise de 1947 et par rapport aux divergences d’avant 1954 entre les Centralistes et les Messalistes. Cela, même si rien n’a filtré de cette rencontre historique sur le décès en 1970 à Frankfurt en Allemagne de Krim Belkacem, un décès survenu dans des conditions encore entourées de mystère.
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18th March 2007 12:18 #1
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45e anniversaire des Accords d’Evian : Retour sur le mérite du Lion Krim Belkacem
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18th March 2007 15:02 #2
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Dimanche 18 mars 2007 -- Convié hier par l’association Mechaâl echahid (le flambeau du martyr) pour apporter son témoignage sur le parcours du premier chef de la wilaya III historique, Réda Malek ne tarissait pas d’éloges envers Krim Belkacem. Devant les compagnons d’armes de Krim, les journalistes et les anonymes venus nombreux au centre de presse d’El Moudjahid qui abritait cette commémoration, le conférencier a mis l’accent sur le brio avec lequel Krim Belkacem avait conduit les négociations, ô combien ardues, du fait des manœuvres françaises, et qui ont abouti, plus d’une année après leur début, à la signature des accords d’Evian.
«Les délégués du FLN changeaient à chaque round des négociations, mais Krim était resté le chef de la délégation du début jusqu’à la fin de celles-ci», a précisé Réda Malek qui a énuméré toutes les manœuvres françaises qui visaient à affaiblir le FLN et à le discréditer aux yeux de l’opinion internationale.
De la volonté de la France d’associer le MNA de Messali Hadj et le groupe des élus aux négociations, au problème du Sahara et des Européens d’Algérie, en passant par le cessez-le-feu décrété unilatéralement par la France, lors des premières négociations d’Evian, Krim Belkacem et les leaders du FLN ont su, en effet, déjouer toutes les ruses et les manœuvres du président De Gaulle et de ses collaborateurs.
«Aux tergiversations des négociateurs français qui essayaient d’éluder les questions de fond, Krim Belkacem exprimait les positions sans concession du FLN, avec un sang-froid, une diplomatie et un sourire qui déstabilisaient les Français, y compris le général De Gaulle qui suivait de près ces négociations», a dit en substance M. Malek en expliquant que «Krim défendait la cause du peuple algérien avec fermeté et beaucoup de conviction».
Ce qui ajoutait au mérite du fils de Draâ El-Mizan, selon M. Malek, c’est que celui-ci ne laissait rien apparaître des dissensions profondes qui déchiraient les dirigeants de la Révolution, notamment le différend qui opposait le GPRA à l’état-major de l’ALN.
M. Malek a indiqué en marge de cette conférence que l’état-major, avec Houari Boumediene à sa tête, «estimait que le FLN n’était pas mûr pour les négociations et qu’il était préférable de régler au préalable les différends qui opposaient les dirigeants du FLN avant d’entamer les négociations».
Or, poursuit M. Malek, «ces différends existaient avant, pendant et après la Révolution, alors que les négociations étaient une chance et une occasion qu’il ne fallait absolument pas rater, au risque de remettre l’indépendance du pays aux calendes grecques».
Krim et une grande majorité des dirigeants révolutionnaires avaient soutenu cette option, a précisé Réda Malek qui reconnaît que ces derniers avaient raison car ces dissensions, ayant pour origine le leadership, sont restées longtemps après l’indépendance.
Dans une courte intervention, M. Mehri a, de son côté, affirmé que la révolution algérienne a enfanté des héros comme Krim Belkacem, qui ont défendu la dignité du peuple algérien et lutté pour l’indépendance nationale. Le seul point noir qui, à notre avis, a entaché cette manifestation est qu’aucun des intervenants n’a évoqué la fin tragique qu’a connue Krim Belkacem, malgré la question posée à ce sujet par le journaliste du Jeune Indépendant.
Celui qui fut l’un des membres du «groupe des six historiques» qui déclenchèrent la glorieuse révolution de Novembre avait été en effet retrouvé assassiné en 1970 dans une chambre d’hôtel à Francfort, en Allemagne. Les circonstances et les raisons de cet assassinat restent, jusqu’à nos jours, un mystère et un tabou que personne ne veut évoquer.
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3rd August 2007 15:52 #3
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From TIME Magazine, Monday, July 7, 1958:
Early in September 1954 nine young Algerian exiles met in a rented house outside Bern, Switzerland to plan the scattered hit-and-run raids which ultimately ballooned into the Algerian revolt. Of the nine original moujahids (freedom fighters), three are now dead and five are in French prisons. The only one still at large is Belkacem Krim, 35, now the senior military man in Algeria's Front de Libération Nationale. Like most Algerian rebel leaders, moody Belkacem Krim, who has five death sentences hanging over his balding head, rarely discusses his personal activities. But from Paris last week TIME Correspondent Stanley Karnow reported:
Climbing aboard an Egyptian Misrair Viking at Tunis airport early this week, I found, by luck, a vacant seat next to Krim. He was returning to Cairo from the Conference of North African Arabs and, after an initial coolness ("I took you for a Frenchman"), he dropped his natural wariness of strangers and began to talk. Once started, he talked so steadily and passionately that he left his breakfast of omelet and chicken untouched. Time and again, as he tried to explain and justify the terrible momentum of the nationalist rebellion in which he was caught up, the same word came out: injustice.
Krim's first rebellion was against his father, a garde chamèptre (rural warden) in the mountainous, impoverished Kabylia region of eastern Algeria. His father, an old-fashioned Berber patriarch whose first loyalty was to his clan, wanted Krim to stay at home and follow the traditional Berber way of life. But Krim, determined to share in the new European existence introduced by the French, ran off to Algiers, where he lived with a cousin who was a minor civil servant, learned to read and speak French. Like the great majority of top rebel leaders, he is practically illiterate in Arabic, feels more at home culturally in a French atmosphere than in an Islamic one.
In 1942, still yearning for the kind of life he saw Europeans leading in Algeria, Krim joined the Chantiers de Jeunesse, Marshal Henri Philippe Pétain's equivalent of the old U.S. Civilian Conservation Corps; from there he went into an infantry regiment, where he became a chairborne corporal. It was in the melting pot of the French army that he began to acquire a basic sense of frustration. "Wherever I turned," he recalls bitterly, "there was injustice. There were always differences between us, the Muslim inferiors, and the superior Europeans. I was a clerk and I had to fill out forms for new recruits. For Muslims the forms were filled out in red ink, for the French in blue ink. That doesn't seem important, does it? It was important to me."
For nothing, nothing
Discharged from the army late in 1945, Krim went home to the Kabylia and plunged into the nationalist movement. The French claim he became a bandit after killing a man who won the garde champètre job that he coveted. Krim denies the story, says he was wanted by the police for nationalist agitation, and fled to the hills to escape a two-year jail sentence for "an attack on French sovereignty." From then on Krim and his colleagues started preparing military rebellion. At first they tried to organize a full-scale army, but the whole organization fell apart in 1949 when one naive conspirator was arrested carrying a full membership list. Thereafter, Krim & Co. restricted themselves to a small "secret organization," theorizing that the rebellion could rally mass support once it got started. It was on this risky theory that they launched their revolt in 1954. "The French could have stopped us easily in the beginning," says Krim. "Now we can go on fighting for a hundred years."
Assigned to command of Wilaya (Zone) Three, his home region of Kabylia, Krim set about establishing politico-military structures in some 2,000 villages. Each village organization was based on a three-man cell — tax collector, recruiter and judge — and when terror proved necessary to rally the Muslims, the F.L.N. did not hesitate. "I tried to avoid it at first because it isn't efficient," said Krim coldly. "You cannot hold a population by terror, and we need the population on our side. But we have traitors among us. And we had to answer French repression, too — massacres, tortures, bombardments. This is a hard war, but perhaps that is a good thing. We are building a nation, and we want no gifts. For nothing you get nothing."
The supreme sacrifice
Krim takes obvious pleasure in recalling his own exploits — how he evaded French police who had him trapped aboard a train, how he eluded the phony appointments set up to trap him. With a certain masculine embarrassment, he reluctantly confirms French reports that he has on occasion disguised himself as a veiled Muslim woman, explains defensively: "I would do anything for the revolution." His proudest boast is of the manner in which he foiled a daring scheme originated by Jacques Soustelle, then Governor General of Algeria. In November 1955, Krim claims, one of Soustelle's Muslim agents got in touch with an F.L.N. officer and proposed to establish a decoy unit within the F.L.N. itself. The French were prepared to provide guns and money for the unit, which would appear to be loyal to the F.L.N. by day, but would actually fight the F.L.N. by night. For nearly a year Krim and some of his subordinates strung the French along, fought ferocious mock battles amongst themselves at night, and to provide casualties, left the imaginary battlefields strewn with what Krim describes as executed "traitors" dressed in F.L.N. uniforms. Finally, in October 1956, Krim put an end to the comedy, turned 450 "pro-French" troops against the very French army posts that had supplied them with weapons.
The purifying life
Though he is slated to become Minister of War in the government in exile that the Algerians may soon be forming, Krim is obviously pained by the idea of playing a political role. Divorced, separated from his two children, and uncertain whether his father is alive or dead, he declares that "the only love I can have is for my country." A good part of that love seems really to be a longing for adventure, which the Muslim moujahid shares with the swaggering paratroopers of France. As we flew over the sandy wastes of Libya, Krim gestured at the comfortable interior of the plane, pointed deprecatingly to his grey European suit and shrugged: "I don't like this luxury. What I really like is being out in the mountains. You know, I can march all night, sleep in rain or snow, then fight and march and fight again. That's really my life. It's purifying." Then, with a faint smile on his lips, he leaned toward me and asked: "Tell me, have you ever killed a man?"
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18th March 2008 04:20 #4
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Mardi 18 Mars 2008 -- Un colloque national sur la mémoire d’un des chefs historiques du Front de libération nationale, et néanmoins négociateur en chef des accords d’Évian, Krim Belkacem, sera organisé les 18 et 19 mars prochains, par l’association culturelle Les Amis de Krim Belkacem, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Au programme de ces deux journées commémoratives, l’association Les Amis de Krim Belkacem, d’Aït Yahia Moussa, prévoit une exposition permanente sur la vie et le combat de ce révolutionnaire qui n’est à vrai dire plus à présenter, de ses compagnons et aussi sur les accords d’Évian à travers lesquels l’indépendance de l’Algérie a été consacrée, ainsi qu’une projection vidéo qui sera suivie d’une conférence-débat. Pour la deuxième journée, c’est un recueillement et une prise de paroles au musée Krim-Belkacem dans son village natal Tizra Aïssa, qui seront organisés. Une seconde conférence-débat est prévue dans l’après-midi de la journée du 19 mars qui coïncide avec le jour du cessez-le-feu, le 19 Mars 1962.
Il est à rappeler que cet homme, à la mémoire duquel ce colloque est organisé, est né le 14 septembre 1922 à Drâa El-Mizan, dans la wilaya de Tizi Ouzou et assassiné à Francfort, en Allemagne, le 18 octobre 1970 dans des conditions obscures. Krim Belkacem était un des six membres de la direction intérieure du FLN, et précisément responsable de la zone de Kabylie au moment du déclenchement de la Révolution le 1er Novembre 1954. Il est devenu membre du CEE au lendemain du Congrès de la Soummam en 1956 et vice-président du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) en 1958. Il occupera le poste de ministre des Forces armées du GPRA, puis des Affaires étrangères et par la suite de l’Intérieur jusqu’à l’entame des négociations avec la France dans le cadre des accords d’Évian. Après l’indépendance, il optera pour un exil volontaire avant de créer le MDRA en 1965 à travers lequel il comptait mener un autre combat, cette fois contre les tenants du régime en Algérie, et ce, jusqu’à son assassinat.
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19th March 2008 01:20 #5
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Mercredi 19 Mars 2008 -- Le colloque portant sur la vie et le parcours révolutionnaire de Krim Belkacem, qui devait se tenir hier et aujourd’hui à Tizi Ouzou, est reporté à une date ultérieure. Les activités prévues à la maison de la culture Mouloud Mammeri et à Aït Yahia Moussa, région natale du négociateur des accords d’Evian, ont été annulées à la dernière minute. Pourtant, tout était prêt pour la tenue de cette rencontre qui coïncide avec la date historique du 19 mars 1962. La salle a été réservée. L’hébergement et la restauration des invités également prévus. Cette annulation a été expliquée par les initiateurs du colloque par leur crainte de voir le rendez-vous récupéré politiquement.
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21st March 2008 19:49 #6
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Jeudi 20 mars 2008 -- 20 mai 1961, il est près de 11h du matin. Le soleil s’est déjà levé sur la ville d’Evian, en Suisse. L’hôtel du Parc reçoit les deux délégations algérienne et française. Il s’agit de mettre fin à une colonisation féroce qui a duré plus de 130 ans. Les négociations peuvent commencer, mais sans témoin. Que veut-on cacher au monde? Cette plaie béante qui s’appelle Algérie, solidement accrochée et tatouée au fronton de la patrie des droits de l’homme? Ou bien, tout simplement, la détermination farouche d’indépendance d’une poignée de jeunes Algériens emmenés par celui que l’on surnomma «le Lion des djebels»? A ce moment-là, personne ne savait que le sort du mythe de l’Algérie française était désormais définitivement scellé.
L’homme qui préside la délégation algérienne, est entouré de compagnons de lutte, jeunes et brillants. Krim Belkacem et son équipe, composée de Mohamed Seddik Benyahia, Réda Malek, Tayeb Boulahrouf, Ahmed Boumendjel, Saâd Dahlab et Ahmed Francis, ne cèderont pas d’un pouce. Krim Belkacem annonce la couleur, il sera sans concession. Il va en découdre avec l’ennemi, mais en terrain neutre.
«Le problème pour lequel on est ici réunis est celui de la décolonisation totale de l’Algérie, de la disparition d’un système périmé et de l’accession de notre peuple à l’indépendance.» Le message est clair. Le coup de grâce est annoncé. Krim Belkacem et ses compagnons porteront l’estocade. Le coup de grâce sera donné le 18 mars 1962. L’arrêt des combats est ordonné le 19 mars 1962. L’empire colonial français a mis un genou à terre. Il sera définitivement terrassé le 5 juillet 1962.
Après la proclamation de l’indépendance en Algérie, Krim Belkacem a mené les négociations qui ont abouti aux Accords d’Evian du début jusqu’à la fin. Elles auront duré dix mois presque, jour pour jour, marquant la patience d’un homme qui aura tenu le maquis près de dix ans avant le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le 1er Novembre 1954.
Il aura incarné à lui seul toutes les fièvres et les soubresauts qui auront jalonné le Mouvement de libération nationale, et particulièrement de l’une de ses étapes, la fin du PPA-MTLD et la chute de son chef historique, Messali Hadj. Héros de la guerre de Libération nationale, Krim Belkacem, «Si Rabah», n’en constitue pas moins un des «mythes» de l’un des plus fabuleux combats menés pour la liberté et contre le colonialisme français.
Il s’est dressé en rempart contre l’humiliation, la spoliation et les crimes commis par l’armée coloniale française. Dans cette fierté et cette dignité qui caractérisent ces hommes des montagnes, ces Amazighs, ces hommes libres. Guerrier infatigable, il était toujours prêt à livrer bataille jusqu’à la dernière goutte de son sang.
Il était à l’image de ce peuple fier: un descendant direct de Jugurtha. Né à Draâ El Mizan un 14 décembre 1922, il fréquenta l’école Sarrouy à Alger où il décrocha son certificat d’études primaires. Une performance pour un musulman, à l’époque. Krim Belkacem serait cependant cet homme qui a trempé dans la Révolution dans le ventre de sa mère. Il est animé très tôt d’idées révolutionnaires.
Dès 1945, il adhère au Parti du peuple algérien, le PPA. En 1947, il est convaincu que seule la révolution, la lutte armée peut mener à la liberté. Dès lors, il prendra le maquis où il organise et forme des groupes militaires. Il sera en avance de sept années sur le 1er Novembre 1954. Un chiffre prémonitoire, puisque la guerre de Libération durera sept ans. Il dominera le FLN-ALN en 1958-1959 en tant que ministre des Forces armées.
Il sera à la tête du ministère des Affaires étrangères et de celui de l’Intérieur au sein du Gpra, le Gouvernement provisoire de la République algérienne, entre 1960 et 1961. Paradoxalement, le rôle prépondérant qu’il joue à l’époque déclinera au moment même où il entamera les négociations d’Evian. Il sera retrouvé assassiné au mois d’octobre 1970 dans une chambre d’hôtel à Francfort.
Sa vie, à elle seule, est un foisonnement d’espoirs et de désillusions qui ont mené l’Algérie à la liberté. Il aura donné au centuple, à une patrie martyrisée, pour qu’elle retrouve sa dignité. Elle ne le lui a rendu que mesquinement.
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18th March 2010 01:15 #7
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Farid Abdeladim :
Jeudi 18 Mars 2010 -- Né le 14 septembre 1922 à Draâ El-Mizan en Kabylie, Krim Belkacem a sacrifié toute sa vie pour l’Algérie avant d’être assassiné à Francfort (Allemagne) le 18 octobre 1970. Il a été négociateur et signataire des accords d’Evian avec la France coloniale, qui ont abouti au cessez-le-feu le 19 mars 1962 avant l’indépendance effective de l’Algérie le 5 juillet 1962. Quarante-huit ans après, le vrai contenu des accords d’Evian reste toujours inconnu pour le commun des Algériens. Mais le nom de Krim Belkacem et ses mérites pour avoir été l’un des piliers de la révolution algérienne marqueront les générations. D’où, d’ailleurs, la rencontre organisée sur initiative de l’association Machaâl echahid hier au forum d’El-Moudjahid sous le thème «Lecture des accords d’Evian en hommage à Krim Belkacem».
«Comment, comment peut-on oublier le chef maquisard au palmarès de cinq condamnations à mort et 17 années de travaux forcés par contumace par la force coloniale ? Ces positions avec l’histoire récente ne sont-elles pas les meilleures démonstrations de la justesse de son analyse sur les questions fondamentales sur le destin de la nation algérienne ?» s’est interrogée Kaouther Krim, la fille du signataire des accords d’Evian, avant de laisser la noble tâche d’évoquer le parcours de son père à ses compagnons de lutte et aux historiens. Kaouther a toujours en tête le malheureux souvenir de l’exil de son père. «En 1967, mon père a été forcé de s’exiler, un événement qui a marqué notre enfance. Au lendemain de son départ, notre inquiétude était visible sur nos visages. Nous étions alarmés. Notre défunt père, en effet, ne reverra plus son Algérie indépendante qu’il chérissait tant et pour laquelle il avait consenti tant de sacrifices», se rappelle-t-elle avec amertume. Et d’ajouter : «Il n’était pas question pour lui de construire une vie confortable ailleurs, malgré les multiples propositions qui lui ont été faites.» Sauf que, juge-t-elle, Krim Belkacem «n’étant pas l’homme des compromis, il continuera un mouvement de combat pour concrétiser son idéal de démocratie».
C’est ainsi qu’il créera le Mouvement démocratique du renouveau algérien (MDRA) en 1967. En 1969, il est condamné à mort par contumace par le tribunal militaire algérien et sera assassiné le 18 octobre 1970 à Frankfort. Pour elle, aujourd’hui, «nos responsables politiques ont un devoir, celui d’écrire l’histoire de notre pays parce qu’ils en sont les acteurs». De son côté, le fils de Krim, le portrait craché de son père, a mis à profit l’occasion pour lancer un appel au peuple algérien : «Si notre peuple a pu réaliser autrefois le miracle de faire sortir la France, il est appelé aujourd’hui à réaliser un autre miracle, celui d’édifier l’Algérie». À signaler que la rencontre d’hier a été marquée par des témoignages sur le parcours de Krim Belkacem d’anciens moudjahidine et de Mohamed Abbès, historien, et Abdelmadjid Chikhi, responsable des archives nationales.







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