Jeudi 20 septembre 2007 -- En préambule, l’auteur dresse un constat accablant de la politique coloniale de la France en Algérie à l’aube de la Révolution de 1954. La population algérienne vit une situation de précarité extrême, suite à la spoliation de ses meilleures terres, aggravée par un chômage sévère. Cet appauvrissement va immanquablement générer une malnutrition, une promiscuité et un déficit en hygiène propices à l’installation de maladies redoutables, à propagation rapide et facile, telles que la tuberculose, le choléra, la méningite cérébrospinale, la poliomyélite, le paludisme, sans compter le trachome au Sud.
Tous ces ingrédients vont alimenter l’embrasement qui va être déclenché le 1er novembre 1954. Dans un deuxième temps, le dossier “Situation sanitaire au maquis de 1954 à 1962” va être dévoilé. Nous pouvons retrouver une foule de détails, sur ce secteur, ô combien stratégique, en période de conflits armés. Dans le même ordre d’idées, nous constaterons que toutes les unités de soins clairsemées, improvisées dans l’urgence, avec les moyens locaux et rudimentaires, vont être, à partir de 1956, restructurées, réorganisées, en plus coordonnées entre elles et finalement chapeautées par des directions sanitaires d’appui basées en Tunisie pour les wilayas I, II, III et au Maroc pour les wilayas IV, V et VI. Ces bases centrales seront sous la responsabilité du Dr M. S. Nekkache.
Quatre dossiers vitaux devaient être biens gérés pour améliorer l’état sanitaire des troupes. La visite systématique était impérative pour le recrutement et le suivi médical des soldats. L’essentiel du travail incombait à la prise en charge des blessés de guerre et là, le facteur humain et matériel revêtait tout son sens, surtout, lorsque l’on sait que les cas graves devaient être acheminés jusqu’aux bases d’appui d’Oujda ou Gardimaou. La médecine conventionnelle avait aussi son mot à dire au regard des dures conditions de vie des combattants. La prévention par la vaccination permettait à cette frange de la population de bénéficier d’une relative immunité face aux maladies transmissibles qui foisonnaient à cette époque. Le maquis et surtout la situation de guerre ont fait que l’infirmerie constituait la structure de base.
En 1956, la situation sanitaire s’était retrouvée revigorée par l’arrivée de praticiens, d’étudiants en médecine et de nombreux paramédicaux. La grande nouveauté était la formation médicale, surtout celle des infirmières. L’approvisionnement de ces structures en consommables et petit matériel médical était effectué, autant que faire se peut, à partir des bases d’appui. En plus de toutes ces contingences, la sécurité de ces unités de soins n’était pas le moindre de leurs soucis pour les responsables de ce secteur. Le côté curatif s’accompagnait d’une action préventive et mettait en avant l’hygiène corporelle individuelle et collective. Les moudjahidine devaient toujours être bien rasés et bien coiffés, quand cela pouvait se faire. Des campagnes de sensibilisation, dans ce sens, étaient permanentes, comme la javellisation de l’eau de boisson pour éviter les problèmes digestifs.
Puis les grands noms des médecins de la Révolution vont apparaître, comme Nekkache, Haddam, Yagoubi, El Okbi, Abdelwahab, Maïza, Maâmeri ainsi que des Français qui ont fait sienne la cause algérienne comme Martini, Chaulet, Masbeuf, Laborde, Grongo, Colonna. Notons que la première femme médecin qui a pris le maquis est Mme Nefissa Laliam. Pour corroborer l’esprit de sacrifice et de dévouement des acteurs de ce secteur névralgique, Dr Benkhaled a choisi de décrire pour nous le parcours d’une héroïne de Chlef, en l’occurrence Bedj Messaouda. En effet, cette dernière, élève douée et studieuse, va poursuivre son instruction jusqu’en terminale.
A l’occasion d’une visite à une parente, hospitalisée dans une clinique d’Orléansville, elle découvre le métier d’infirmière qui la séduit. Constatant qu’elle possède tous les critères pour intégrer ce créneau, elle s’inscrit à l’école paramédicale de Verdun, à Alger. Les trois années nécessaires à l’obtention du fameux sésame seront une occasion pour elle de rejoindre une section des scouts musulmans et de s’imprégner ainsi des idéaux de Novembre. Entre-temps, elle mettra toute son énergie à participer aux efforts de secours pendant le tremblement de terre d’Orléansville de 1954. Son dévouement sera tel qu’elle recevra en signe de reconnaissance la médaille du mérite des mains mêmes du préfet de l’époque.
En juin 1957, elle répondra présente à l’appel de l’Ugema et rejoindra le maquis. L’organisation de ses infirmeries de guerre dans l’Ouarsenis seront un modèle du genre pour toutes les autres wilayas. Ces structures accueilleront des grands noms de la Révolution tel que Si M’hamed Bougara. Elle sera félicitée par le commandement de la Wilaya IV, représenté par Si Saddek. De son nom guerre Meriem, elle sillonna toute la Wilaya IV pour organiser le secteur sanitaire et participa à la formation accélérée de nombreuses infirmières. Elle fut de toutes les grandes batailles. Comme récompense à son mérite, elle fut destinataire d’une bourse à l’étranger pour parfaire sa formation. Malheureusement, lors de son voyage pour rejoindre la base d’Oujda, elle tomba lors d’un accrochage avec son escorte, les armes à la main.
La dernière partie du livre sera consacrée à la période sanitaire post-indépendance. Il est facile de deviner, qu’après juillet 1962, la situation, dans ce secteur, n’est guère reluisante. Cela s’explique tout naturellement par le départ massif de 2 200 médecins et 2 700 paramédicaux, sans compter le sabotage des structures de santé et du matériel médical imputé aux éléments de l’OAS. Le peuple, affaibli par sept années de guerre, devenait la proie facile à la maladie. Deux décisions furent prises dans l’urgence ; la mi-temps obligatoire pour les praticiens du privé et une coopération médicale des pays amis, comme la Bulgarie et la Pologne.
Ainsi épaulés, les décideurs vont s’atteler à éradiquer les maladies contagieuses. Dans la première décade, l’on notera avec satisfaction, le recul d’affections redoutables comme la tuberculose, la polio et d’autres maladies infantiles comme la diphtérie. A cette occasion, il faut noter l’action remarquable du Pr Chaulet qui a multiplié les DAT (dispensaire antituberculeux). Ce redressement opéré doit beaucoup à la compétence des enseignants en médecine. Citons le cas du Pr Tedjini Haddam, assistant du Pr C. Jackson à l’hôpital de Philadelphie de1954 à 1957, faisant partie de l’équipe qui a opéré le président Eisenhower Il est indispensable de lire cet ouvrage, écrit dans un style simple et très bien documenté qui le rend incontournable pour l’histoire de la médecine.
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20th September 2007 21:07 #1
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Les années de braise – chroniques médicales algériennes, de Dr Ahmed Benkhaled







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