Algeria.com Discussion Forum - Powered by vBulletin


+ Reply to Thread
Page 1 of 6 1 2 3 ... LastLast
Results 1 to 7 of 40
  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623

    Commémoration du 5 Octobre 1988

    Jeudi 4 octobre 2007 -- Demain sera «commémoré» le 19e anniversaire des évènements du 5 Octobre 1988. Date funeste des émeutes sanglantes qui ont fait plus de 500 morts. Des centaines de jeunes ont sacrifié leur vie en voulant tout simplement crier leur malvie. Cette «révolution» était le premier pas vers la démocratie qu’on continue à vouloir étouffer.

    Dix-neuf ans après ces événements tragiques, seules les familles des victimes, quelques associations et des fervents démocrates évoquent cet événement «historique». Pourtant, la mémoire sélective du pouvoir algérien «oubliera», encore une fois, cette date mémorable. «Le 5 octobre 1988 est considéré par le pouvoir comme une tache noire dans l’histoire du pays», nous dira amèrement, H.E.H Zouaou, victime des dramatiques manifestations. Au nom de toutes les victimes et les «martyrs», ce dernier déplore l’ignorance de l’Etat qui «ne consacre ne serait ce qu’un hommage ou une commémoration en leur honneur».

    «Si l’Etat le pouvait, il «sauterait cette date, ou l’effacerait carrément», s’indigne-t-il. Membre de l’association AVO 88, cet homme de 40 ans, garde des séquelles de ce tragique événement. Il n’avait que 21 ans, quand il a perdu son bras, et comme toutes les victimes «du système», il revendique un statut. Jeune commerçant à l’époque de la tragédie, son «handicap» est considéré comme un accident de travail. Malheureusement, «la majorité des victimes fauchées par des balles et torturées par les services de sécurité de l’époque, avaient 14, 18, ou 20 ans», nous explique notre interlocuteur. Et d’ajouter en s’interrogeant «comment pourrait- on définir leur statut ? Puisqu’il ne s’agissait certainement pas d’accidents de travail».

    Des requêtes adressées aux institutions de l’Etat pour réclamer leur statut, demeurent sans écho. Au-delà de toute revendication matérielle, la doléance première des victimes et de leurs familles, dont les blessures saignent encore, est de perpétuer la mémoire de tous ces jeunes qui ont «arraché» la démocratie au prix de leurs vies. Et malgré toutes les définitions que l’on attribue à cet épisode de la vie de l’Algérie, nul ne contestera son rôle dans l’éclosion du pluralisme politique, médiatique et démocratique.


  2. #2
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623

  3. #3
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623
    Jeudi 4 octobre 2007 -- Près de vingt ans après les événements d’octobre, le pays offre l’image d’une Algérie encore plus malade. Les médications qu’on a soi-disant tenté de prodiguer à la situation explosive des Algériens au lendemain d’un certain 5 octobre 1988 n’ont pas apporté les remèdes escomptés. C’est le désenchantement général. Le pays est, en effet, aujourd’hui encore, sous l’emprise des problèmes objectifs et subjectifs qui le tiennent en tenailles depuis des décennies. Le pari démocratique s’est transformé dramatiquement en une grande supercherie où il n’y a de place qu’à la figuration, à la forfanterie politique, à la gabegie et à la prédation économique. En politique comme en économie ou le social, l’Algérie découvre à ses dépens qu’elle s’est fourvoyée dans des élans liberticides dans sa quête d’ouverture. Un véritable capharnaüm a supplanté le dirigisme et le rigorisme du parti unique : constellation d’associations politiques sans ancrage populaire et satellitaires, apparition soudaine de nouveaux riches, paupérisation de la société, déception de rêves inaccomplis, tout cela sur fond de terrorisme et d’incertitudes multiples.

    Les événements sanglants d’octobre ont-ils servi à ce que l’Algérie justifie son passage à un autre mode de gestion d’un pays qui s’est trouvé au bord du gouffre en raison de l’effondrement des cours de pétrole ? Auquel cas, il faudrait alors conclure à la « révolution du palais ». Ou Octobre n’est-il pas plutôt le cri de révolte d’une jeunesse en mal de vivre qui compte bien prendre son destin en main ? Les manifestations de 1988 qui ont été réprimées, on le sait, dans le sang n’ont en tout cas pas charrié, vingt ans après, les avancées démocratiques souhaitées, et le rêve d’un plus de liberté devient de plus en plus contrarié presque au quotidien. Entre-temps, la société observe, impuissante, des compromissions avec les plans du pouvoir qui n’a d’yeux que pour la chose économique, l’économisme étant, pour lui, la solution idoine aux problèmes de l’heure. Le rêve d’octobre, pour autant qu’il soit interprété comme une quête de liberté, d’un idéal démocratique, ou comme un vœu de rupture avec l’imposture institutionnelle dans toute sa manifestation démocratique, ce rêve, si l’on en juge par le présent, a encore besoin d’un long sommeil pour qu’il soit accompli. Pendant ce temps, les jeunes ont bien choisi l’exil au péril de leur vie.


  4. #4
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623

    Azzedine Chabane :

    Samedi 6 Octobre 2007 -- Au plus fort des émeutes d’octobre 1988, chacun y allait de son interprétation quant à un affrontement clanique pour l’exercice du pouvoir, mettant aux prises des factions du FLN opposées les unes aux autres ou des groupes de pression inscrits dans un bras de fer, qui pour la modernité et la démocratisation du pays, qui pour la pérennité du socialisme spécifique.

    Les jeunes qui ont investi la rue et dont beaucoup ont, hélas, payé de leur vie le cri de révolte contre la misère et la «hogra» étaient-ils manipulés par d’obscures officines ; ont-ils réellement manifesté l’expression émouvante d’un rêve de liberté et de démocratie ? 19 ans plus tard, les questions sont toujours pendantes et le travail des historiens aussi chétif. Là, les jeunes aujourd’hui n’ont plus la tête à la révolte mais leur détresse épouse la forme d’un exil périlleux au nom duquel on les baptise les «harraga», eux qui préfèrent un sort cruel ailleurs plutôt que le non-être dans le pays de Novembre.

    Les manifestations de leurs aînés ont été réprimées dans le sang et, presque vingt ans après, ils en sont convaincus, le pays est au même point ou presque, sauf que des Algériens se sont superbement enrichis alors que la majorité de la population continue à s’appauvrir.

    Le séisme d’octobre a eu diverses répliques, plus ou moins sanglantes, plus ou moins barbares, et l’Algérie demeure encore et toujours malade de l’absence d’un réel projet de société qui cristallise le rêve démocratique en un mode effectif de bonne gouvernance, profitable à tout un chacun et fondé sur les paramètres objectifs de la compétition saine et productive plutôt que de la prébende, de la rapine et de la corruption généralisée.

    Les mêmes ingrédients qui ont généré Octobre 88 sont hélas toujours de mise, même si quelques améliorations ont été apportées, par-ci par-là, au cours des dernières années. L’intégrisme a subi une mue, conférant à de nombreux cadres du parti dissous la dimension de vénérables hommes d’affaires brassant des fortunes impressionnantes, dans l’attente de jours meilleurs. La paupérisation accélérée de larges pans de la société a balayé les dernières valeurs et effacé les derniers repères, jusqu’à conduire une part non négligeable de la jeunesse à renier son passé et à dénigrer les héros de l’histoire récente du pays.

    Qui plus est, transcendant les clivages idéologiques, la crise d’octobre a conduit à l’explosion des pratiques sociales antérieures, remplacées par de nouvelles, inhérentes à l’interaction pernicieuse des hommes et des institutions. Ainsi a-t-elle disloqué les élites, réduisant des corporations essentielles comme les enseignants universitaires, les chercheurs, les intellectuels, les journalistes à un statut de trompe- misère sclérosant qui leur enlève toute aptitude à conceptualiser les nouvelles théories dont la société a besoin pour se restructurer et s’émanciper, génératrice d’une société civile apte à débattre le processus de la démocratisation et de la bonne gouvernance.

    Les historiens finiront-ils par s’y consacrer, il reste une page essentielle que les émeutes ont mise en question et que les récentes polémiques entre anciens dirigeants des pouvoirs formel et réel contribuent à éclairer un peu plus. La lente mais inéluctable libéralisation de la société algérienne dépend du degré de critique exercé par ses institutions nourricières et, là, il est vrai, malgré tout, qu’un petit bout de chemin a été parcouru sur la longue et sinueuse route de la démocratie.


  5. #5
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623

  6. #6
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623

  7. #7
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,623
    Samedi 6 octobre 2007 -- 5 octobre 1988. Dix-neuf ans après, que reste-t-il de cette révolte ? Rien, c’est le black-out qui entoure encore ce terrible événement, mais les blessures restent indélébiles.

    Elles le resteront d’ailleurs tant la vérité demeure cachée. Pour les familles des 400 victimes fauchées par les balles pendant les émeutes, la plaie reste ouverte. Hier encore, c’est dans l’oubli qu’a été célébré cet événement tragique. Au lieu d’intégrer cette date charnière dans le panthéon de l’histoire, les officiels préfèrent encore tourner le dos à la révolte d’octobre : ni commémoration ni déclaration, encore moins un hommage.

    « Si les autorités pouvaient sauter le mois d’octobre, elles l’auraient fait », ironisait hier Azouaou Hamou l’Hadj qui déplore le silence de l’Etat. Pourtant, cette date évoque beaucoup de choses que cette victime, qui garde encore des séquelles de cet événement – amputée de son bras gauche – n’est pas près d’oublier. Une répression sanglante à laquelle s’ajoute la torture s’était abattue sur des manifestants dont la majorité était très jeune. Des enfants à la fleur de l’âge qui manifestèrent dans les rues d’Alger furent fauchés par des balles assassines ou torturés sauvagement par les services de sécurité de l’époque.

    Chacun allait de sa propre interprétation des événements du 5 octobre 1988 : soulèvement populaire, mouvement spontané d’essence démocratique, « chahut de gamins », complot dressé par le pouvoir en place pour renverser un autre. Mais aux yeux d’Azouaou, bien qu’aucune enquête n’ait été à ce jour diligentée à cet effet, « c’est aux historiens de faire des recherches sur les causes de cette révolte ». Celui-ci témoigne que « les événements n’ont pas été canalisés, la révolte était spontanée ». « Octobre, c’était le rejet de la hogra », selon cette victime. Azouaou n’a qu’une revendication : le statut de victime d’octobre. « On est victime de qui ? », s’interroge notre interlocuteur.

    Même combat pour l’actuel président de l’Association des victimes d’octobre (AVO), Ouchelouche Djaâffar. Celui-ci regrette que certaines victimes couraient dès le début pour avoir des compensations matérielles. Une démarche à laquelle lui qui a perdu son fils qui n’avait que 13 ans – tué à bout portant – n’a pas adhéré. « Ce n’est pas le matériel qui peut compenser la détresse », estimera-t-il. Avant d’ajouter : « Comme moi, j’ai perdu mon fils, rien ne peut me compenser sauf sa vie. »

    Ouchelouche regrette le fait que les victimes d’octobre 1988 n’aient pas été concernées par l’augmentation des pensions fixées à 10 000 DA. Il touche aujourd’hui 2200 DA/mois. Pour lui, la raison qui a fait que les victimes d’octobre sont ignorées, c’est l’absence d’un statut pour cette catégorie. « Les victimes d’octobre 1988 ont été oubliées, y compris par la classe politique d’‘‘opposition’’ », regrette-t-il.

    Ce père d’une victime explique les émeutes d’octobre par « une réaction spontanée à un événement préparé par des forces occultes ». Malheureusement, poursuit-il, « les services de sécurité de l’époque n’ont pas su gérer ce genre d’événement et l’hécatombe s’en était suivie ». Le nombre de victimes de cette « bavure » du pouvoir est à ce jour sujet à polémique. Si, officiellement, le nombre était de 157 victimes, l’AVO a dénombré 314, d’autres sources donnaient 1200 morts et plus de 15 000 handicapés à vie.

    M. Ouchelouche refuse de croire que c’est octobre 1988 qui a généré le terrorisme et les autres crises. « Octobre a permis de revoir les tares qui ont été cachées », estimant que « le mouvement criminel intégriste n’aurait pu être mis au jour s’il n’y avait eu l’événement de 1988 ». Cela dit, au-delà des causes et des hommes qui ont mis le feu aux poudres – une tâche qui relève beaucoup plus du domaine de l’historien –, le 5 octobre a marqué la naissance du multipartisme, de la presse indépendante et des libertés individuelles. Que reste-t-il de ce cher acquis ? Rien ou que des illusions.


+ Reply to Thread
Page 1 of 6 1 2 3 ... LastLast

Posting Permissions

  • You may not post new threads
  • You may not post replies
  • You may not post attachments
  • You may not edit your posts