Jeudi 11 Octobre 2007 -- L'université Paris VIII accueillera lundi prochain, 15 octobre, la soutenance d'une thèse de doctorat en histoire qui ne peut laisser indifférents les Algériens tant par son objet que par la qualité tout à fait remarquable du travail accompli par l'auteur Tramor Quemeneur. Cette thèse, dirigée par le professeur Benjamin Stora, intitulée «Une guerre sans nom ? Insoumissions, refus d'obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d'Algérie,» s'attache ainsi à établir, analyser les données relatives à l'une des dimensions les plus significatives du conflit et sans doute l'une des moins connues des Algériens.
Les «amis de l'Algérie», selon une formulation consacrée de longue date, ont depuis quelques années une place de la capitale dédiée à leur engagement et leur solidarité et beaucoup avaient pu être honorés non seulement par des distinctions officielles mais surtout par la chaleur de l'accueil, quand ils avaient eu la possibilité de se rendre en Algérie, comme ce fut par exemple le cas lors des mémorables «Panoramas du cinéma» organisés par Constantine dans les années quatre-vingt. Parmi les acteurs que convoque la recherche de Tramor Quemeneur, Jean-Louis Hurst, dont l'ouvrage Maurienne a été distribué en Algérie, est l'une des figures les mieux connues des Algériens ; et précisément l'intérêt exceptionnel de la thèse réside dans l'examen, quasiment exhaustif, de toutes les formes de réfraction qu'aura suscitées la guerre d'indépendance algérienne.
Le texte extrêmement dense - l'ouvrage fait plus de mille quatre cents pages - offre d'abord un utile rappel des définitions de l'insoumission, du refus d'obéissance et de la désertion tant au plan juridique que du point de vue d'une chronologie historique avant de s'attacher d'une manière approfondie à ce que recouvrent les unes et les autres formes du refus. On le sait, la recherche historienne s'accorde généralement sur le caractère limité du nombre de déserteurs pendant guerre d'Algérie et l'un des apports du travail de Quememeur est d'indiquer que finalement, chiffres en main, le phénomène avait été plus important que convenu et qu'il était aussi révélateur des difficultés de l'institution militaire française durant le conflit. L'auteur détaille, en particulier, les données sur l'insoumission, le refus d'obéissance ou l'objection de conscience et les inscrit dans le cours du conflit avec ses pics et ses reflux.
Il faut à ce propos mettre en exergue la qualité de l'information et la concision de son exploitation par l'auteur qui reconstitue avec autorité les différentes séquences qui, des premières oppositions au rappel du contingent - après août 1955 - à l'émergence de cadres organisés de l'insoumission, comme «Jeune Résistance», les fameux porteurs de valise ou le manifeste des cent vingt et un, marquent le cours de la guerre. On s'arrêtera avec intérêt, par exemple, aux différentes manifestations d'appelés ou de rappelés des années 1955/56 et au rôle qu'avaient pu y jouer partis, le Parti communiste français notamment, Eglises et médias et le lecteur appréciera aussi l'intime connaissance de l'enchevêtrement de réseaux de résistance ou d'insoumission, de leurs stratégies ou de leurs différences.
Il faut ici donner acte à Tramor Quemeneur de la connaissance des documents et travaux sur la question mais aussi de la construction du récit historique et de l'écriture fluide qui rajoute à l'intérêt du texte. Outre la révélation du chiffre de douze mille réfractaires, l'économie interne du texte -en trois grandes parties : le temps des rappelés, le temps du témoignage, le temps du débat - contribue au maintien de l'intérêt du lecteur. Tramor Quemeneur n'exclut pas, et c'est à relever, de son champ d'examen les dissidences informées par la défense de l'Algérie française - barricades, OAS - et cela ne peut que légitimer le regret par rapport au peu de place réservé aux conduites des soldats et officiers algériens - même si des chiffres intéressants font état des désertions - au sein de l'institution militaire française.
Pour les spécialistes, il ne fait pas de doute que la thèse de Tramor Quemeneur prendra place, aux côtés des travaux de Raphaelle Branche, de Sylvie Thénault ou de Jean-Pierre Peyroulou, dans le renouvellement de la recherche historienne française sur l'Algérie. Notons enfin que le jury appelé à juger ce travail comprend d'éminents spécialistes comme MM. Stora, Jauffret ou Lefeubre et y participera aussi l'universitaire algérien Abdelmadjid Merdaci.
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11th October 2007 06:58 #1
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L'insoumission de soldats français pendant la guerre d'Algérie en débat à Paris
Last edited by Al-khiyal; 2nd January 2008 at 21:52.
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27th December 2008 21:32 #2
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Yasmine Djaber :
Samedi 27 Décembre 2008 -- Ils seraient plus de 12 000 réfractaires parmi les appelés français de la Guerre d'Algérie. C'est ce que révèle une thèse de doctorat d'un jeune historien, chercheur à l'Institut français d'histoire du temps présent. Ce chiffre, précise l'auteur de la thèse, Tramor Quemeneur, représente 1 % des appelés en Algérie, soit une estimation beaucoup plus supérieure de l'idée que les historiens et les témoins s'en faisaient jusque-là.
«L'étude des séries statistiques contenues dans les archives du service historique de la défense montrent que plus de 12 000 réfractaires ont été déclarés au cours de la guerre d'Algérie. Les plus nombreux sont les insoumis, les appelés qui ne se sont pas présentés lors de leur appel sous les drapeaux. On en compte 10 831 », note l'étude. A ce nombre, s'ajoutent les 886 déserteurs, ces soldats qui ont illégalement quitté leur unité en Algérie, relève l'historien qui n'omet pas aussi de citer « les objecteurs de conscience », au nombre de 420. Ces derniers ayant refusé de porter les armes ou l'uniforme. «La reconnaissance légale du statut d'objecteur date de 1963, juste après la guerre d'Algérie », rappelle l'auteur. Ce dernier considère « très minime », cela étant, prévient-il, il est « sans doute en deçà de la réalité » car « les archives militaires judiciaires ne sont pas encore ouvertes aux chercheurs ».
Au total, 2 millions de militaires français ont servi en Algérie (1954-62), dont 1,2 d'appelés du contingent, selon les historiens. La thèse de doctorat de Tramor Quemeneur sera publiée en 2009 sous le titre de Une guerre sans nom? aux éditions La Découverte. Le mensuel L'Histoire en a publié, pour sa part, ses principales conclusions dans sa dernière édition (décembre 2008).







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