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  1. #1
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    La guerre d’indépendance en débat à Skikda


    Mardi 30 Octobre 2007 -- C’est cette matinée que s’ouvre le colloque international qu’organise l’université du «20 Août 1955» de Skikda consacré à l’histoire de la guerre d’indépendance algérienne et l’inédit dans l’événement tient bien en cela que, pour une fois, le devoir commémoratif n’oblitérera en rien la démarche critique qui est celle de spécialistes rassemblés dans l’enceinte de la belle bibliothèque du campus d’El Hadaïk.

    Il faut aussi donner acte aux organisateurs de la relative souplesse de l’intitulé de la rencontre qui autorise le croisement de différents thèmes et de différentes perspectives d’analyse comme l’y invite la problématique retenue. De fait et sans anticiper sur le déroulement des travaux – à l’heure où nous mettons sous presse, le programme définitif du colloque n’était pas encore définitivement arrêté -, c’est à tout le moins un bilan des savoirs et un état de la recherche sur la question qui peuvent être attendus eu égard à la qualité tout à fait exceptionnelle des intervenants réunis par l’université skikdie.

    A ce titre, la présence de l’historien Mohamed Harbi est déjà en soi un événement dans l’événement et pas seulement pour les raisons affectives que l’on peut imaginer puisqu’il est connu qu’il est natif d’El Arrouch, qu’il fut lycéen et un précoce militant dans les rangs du MTLD à Skikda, toutes choses qu’il avait d’ailleurs évoquées avec la sensibilité de l’homme et la rigueur de l’ethnologue dans Une vie debout, première partie de ses Mémoires politiques. L’argumentaire du colloque porte déjà l’empreinte des questionnements de l’auteur du fondateur Aux origines du FLN et ceux qui en débattront aujourd’hui et demain représentent une large part de ceux qui font aujourd’hui autorité sur l’histoire contemporaine de l’Algérie.

    S’il faut relever le souci d’ouverture des organisateurs du colloque à des regards autres qu’algériens ou français - comme l’atteste la participation de l’Allemand Frank Renken ou de l’Anglais James House - il faut sans doute noter que Skikda peut constituer une station de plus, algérienne cette fois-ci- dans les échanges entre spécialistes principalement français et algériens. Certains, comme Benjamin Stora notamment ou encore Jean-Pierre Peyroulou plus récemment, sont familiers de l’Algérie et ont eu l’occasion de s’y exprimer lors de colloques, ceux de Guelma ou de Sétif entre autres, ou à tout le moins au travers de la presse. D’autres comme Sylvie Thénault, figure reconnue de la nouvelle génération d’historiens français, auront l’occasion de découvrir une «Algérie de l’intérieur» au moins aussi attachante et complexe que la capitale.

    L’incertitude n’était pas toujours levée, quarante-huit heures avant l’ouverture du colloque, sur la participation du journaliste écrivain Jean-Luc Einaudi, auteur de l’ouvrage sur les massacres d’octobre 1961 à Paris. Côté algérien, il semble bien que le rendez-vous ne souffrira pas de contretemps et autant ceux qui sont professionnellement hors d’Algérie – El Kenz, Guenoun, Merdaci, Merrouche, Siari – que ceux qui travaillent au pays - Benkada, Djerbal, Remaoun Soufi - ont confirmé leur présence. Nul en tout cas ne s’y trompera et surtout pas ceux qui sont impliqués dans la recherche sur l’histoire politique algérienne.

    Le colloque de Skikda prend date, à côté des colloques de l’université sur mai 1954, comme l’une des plus importantes manifestations scientifiques depuis la rencontre de novembre 1984 initiée alors par la présidence de la République sur «le retentissement de la révolution algérienne». Alors que l’ancien président Ali Kafi, fatigué, s’est excusé auprès des organisateurs, plusieurs figures du nationalisme ancrées dans la région - Abdelhamid Mehri, Abderrazak Bouhara, Brahim Chibout, Lamine Khene en particulier - devraient assister aux travaux de ce colloque. La présence de Mohamed Keddid, proche compagnon de Didouche Mourad, n’est pas encore certaine dans une ville qui voit peu à peu s’effacer ceux qui, comme Ami Ali Tebbouche, avaient été les symboles de ses engagements patriotiques.

    Signalons enfin que cette rencontre à la suite de celles consacrées au 20 Août 55 et aux manifestations de décembre 1960, conforte l’émergence de la jeune université skikdie dans le champ intellectuel national et dans le débat historique plus particulièrement.


  2. #2
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  3. #3
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    Dimanche 4 Novembre 2007 -- L’université du 20 Août 1955 de Skikda a toutes les raisons de s’estimer satisfaite de la tenue générale du deuxième colloque international qu’elle consacrait à l’histoire de la guerre d’indépendance nationale, que ce soit en termes d’organisation ou encore de la teneur même des travaux. Même le regret partagé quant au temps réel imparti aux débats, au demeurant exprimé par les participants, n’aura pas affecté l’économie générale du colloque ouvert sous les auspices du wali de Skikda dont toutes les personnes présentes auront relevé, dans son allocution, l’encouragement affiché à la création d’un centre de recherche spécialisé dans le domaine de l’histoire.

    Il est revenu à Lemnouar Merrouche de porter très vite les débats au seul niveau qu’appelle la tradition académique, celui de la méthodologie propre à assurer la connaissance des faits et il en fournira une lumineuse illustration au travers de sa déconstruction des illusions idéologiques sur les questions de la nation, d’Etat, de territoire ou de frontières, tout en mettant en exergue l’intérêt de sources archivistiques – ottomanes, notamment - insuffisamment investies par la recherche algérienne. Il appellera particulièrement à ne pas plaquer des concepts d’aujourd’hui sur les situations antérieures. Merrouche aura ainsi balisé les communications de Ali Guenoun de Paris et de Omar Lardjane de l’université d’Alger qui ont pointé la question de la nation, le premier par un rappel détaillé des conditions de publication du texte signé Idir El Watani, embrayeur formel de la crise dite «berbériste» de 1949 au sein du MTLD, le second s’y référant aussi pour remettre en perspective les conceptions de la nation au sein de la société politique algérienne.

    Qu’est-ce que la nation algérienne et quelles réponses ont été données à cette question par les différents acteurs et comment a évolué la projection de l’Etat de la proclamation du 1er Novembre aux thèses du CNRA du Caire de 1957 ? Ces questions de méthode -qu’il faut bien entendre comme définition des outils conceptuels de la recherche historique- trouveront leur illustration dans l’exposé dense et par beaucoup d’aspects autocritique que fera le plus attendu des invités de Skikda, Mohamed Harbi, sur la scission du MTLD. Harbi revisitera ainsi les parcours des acteurs, le poids des déterminations sociales, des luttes de pouvoir aussi. «Les Algériens ne se sont pas battus uniquement pour des idées, ils se sont aussi battus pour le pouvoir», rappellera-t-il à l’occasion. Le portrait politique de Messali Hadj, outre la richesse d’informations qu’il comporte, validera aussi le fait qu’il n’existe plus d’ostracisme, en tous cas dans l’espace universitaire, visant le fondateur de l’Etoile nord-africaine.

    La complexité d’une guerre d’indépendance

    Ces éclairages donneront aussi plus de relief aux communications qui traiteront, comme les y invitait l’intitulé du colloque, d’un événement particulier. De Jean-Pierre Peyroulou, renouvelant la lecture des massacres de Mai 1945 à Guelma, en passant par Sylvie Thénault interrogeant ce qui s’était passé au camp de Bossuet en juin 1959 et ses représentations, jusqu’à Daho Djerbal ou Claire Maus–Copeaux relisant le 20 Août 1955, ses acteurs, ses enjeux et particulièrement ses déterminations économiques et sociales, le constat était bien qu’il était possible de rendre intelligible l’histoire algérienne, de la guerre d’indépendance, en dépit des obstacles qui, de la validité du témoignage à la disponibilité des archives, contraignent le récit historique.

    S’il est difficile de détailler toutes les communications, il convient au moins de relever à quel point chacune d’entre elles confirmait l’extrême complexité des processus politico-militaires ayant organisé la lutte du FLN/ALN. Hassen Remaoun aura, par exemple, replacé, avec une rigoureuse précision, le contexte et les enjeux de la grève des huit jours de janvier 1957, les ambiguïtés ayant aussi entouré son organisation ou encore les conséquences qui en ont découlé alors que Stora est revenu, pour sa part, avec autorité, sur Messali Hadj, sa place dans l’histoire du nationalisme, rappelant aussi à la mémoire le conflit fratricide qui avait durement opposé FLN et MNA.

    Il est à noter, et l’initiative tout à fait méritoire doit être enregistrée à l’actif de l’université de Skikda, que l’ensemble des communications a été rassemblé dans un ouvrage distribué aux participants à l’ouverture du colloque qui permettait de prendre connaissance du texte même des interventions. Et le lecteur ne pourra être que convaincu par la qualité des informations et des analyses développées par Ouarda Siari sur les événements de mai 1956 à Constantine ou Fouad Soufi et Saddek Benkada sur les journées troubles de février et juillet 1962 à Oran.

    Les contributions de Gilles Manceron, de James House – qui aura amplifié le témoignage de Jean-Luc Einaudi sur les massacres d’octobre 1961 à Paris - de Amar Mohand Amer, qui restituera les tensions et contradictions du conclave des colonels de l’été 1959, de Abdelmadjid Merdaci qui rappellera dans son analyse des mobilités et des filiations au sein de la zone 2, la part des violences internes en évoquant l’affaire Zighed, Zadi, Bekhouche.

    Les débats, eussent-ils nourri une certaine frustration, ont permis d’utiles mises au point, celle en particulier d’un Daho Djerbal sur la lancinante question des archives algériennes toujours soumises au contrôle des institutions de l’Etat et largement inaccessibles aux chercheurs. Il faut enfin relever, en contrepoint des diverses interventions, la qualité du témoignage de Abdelhamid Mehri et l’ampleur de la synthèse des travaux présentée par Ali El Kenz.

    A divers égards, la rencontre féconde d’historiens des deux rives, la pleine maturité de spécialistes algériens trop méconnus dans leur pays - il vaut et pas seulement pour l’anecdote de souligner la qualité de leur maîtrise de la langue arabe enfin réhabilitée dans sa fonction de précieux outil de communication - le colloque de Skikda aura été exemplaire et méritait assurément mieux que l’indifférence qui l’a accompagné dans les médias privés ou publics.


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