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Thread: Novembre 1954 - Novembre 2007
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31st October 2007 19:40 #1
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Novembre 1954 - Novembre 2007
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31st October 2007 19:52 #2
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Mercredi 31 Octobre 2007 -- La révolution, comme tout grand bouleversement dans l'échelle des valeurs politiques et socio-économiques, a besoin fondamentalement d'un imaginaire suffisamment puissant pour entretenir sa flamme dans l'espace et le temps.
Son triomphe même est intimement dépendant de l'image qu'elle dégage d'elle-même, de son esthétique et de son contenu intellectuel. C'est ce qui fait le «mythe» fondateur de tous les changements et assure en même temps leur pérennité. Bien avant l'avènement -proprement dit- d'une mutation importante, il y a toujours des éléments précurseurs qui nourrissent et définissent les contours des évolutions futures. L'idéologie, la littérature, l'art, la spiritualité et les préoccupations communes des gens mûrissent, pour ainsi dire, les idées nouvelles avant de les populariser. Ces œuvres annonciatrices agissent comme un catalyseur dans le processus de transformation en question et tracent en pointillé de nouveaux équilibres. Aussitôt institués, ces équilibres auront aussi indéfiniment besoin d'imagination et de création pour survivre dans le temps et suivre le mouvement de l'histoire. Inspirés des valeurs universelles, la révolution algérienne a aussi ses propres référents identitaires et culturels.
Bien avant Novembre, il y eut déjà des idées «résistantes» dans la littérature orale et au sein des «cercles savants». D'illustres poètes, de grands maîtres de confréries et des troubadours infatigables ont, depuis les premiers temps de la colonisation -de toutes les colonisations, d'ailleurs- revendiqué la liberté et le droit exclusif des leurs sur cette terre. Malgré les nombreux obstacles dressés, la censure, la misère et la marginalisation systématique, il s'est toujours trouvé des hommes profondément affranchis et suffisamment inspirés pour dépeindre leur juste cause. De l'avis de nombreux historiens occidentaux, le débarquement français en Algérie en 1830 a été immédiatement suivi d'une vague de déculturation massive et d'une politique d'aliénation des langues locales. Mais cela n'a pas empêché de grands bardes comme Si Mohand, Sidi Lakhdar Benkhelouf ou Si Lbachir Amellah - pour ne citer que ceux-là - de se faire une aura certaine et de susciter l'éveil de conscience de leurs auditoires.
Cet électrochoc s'est révélé d'une grande importance dans l'éclatement des révoltes locales contre l'occupation. L'Emir Abdelkader, Bouaamama, Ouled Sidi Cheikh, Mokrani, Aheddad et Fadhma N'Soumeur ont trouvé auprès de ces littérateurs, profanes et insoumis, de solides alliés dans l'œuvre de ralliement des couches populaires à leurs appels insurrectionnels. Malgré l'échec de ces révoltes successives, le mythe innovant de l'identité et de la nation algérienne s'est trouvé, en revanche, profondément enraciné dans les esprits. C'est cette flamme, constamment préservée, qui allait ensuite offrir ses premiers matériaux au mouvement national moderne avec l'émergence de l'Etoile nord-africaine au début des années trente du siècle dernier. Œuvre d'une émigration ayant fait ses premières armes dans les organisations syndicales d'outre-mer, ce premier parti nationaliste ne tardera pas à se forger une réelle assise populaire dans le pays. L'apport de Abdelhamid Ben Badis et de ses pairs de l'association des intellectuels musulmans, s'inspirant de l'idéal réformiste de Djamel Eddine El Afghani, a été déterminant au début de cette nouvelle orientation...
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31st October 2007 19:52 #3
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continued.....
Une génération d'écrivains francophones prendra ensuite le relais pour traduire éloquemment la réalité sociale de l'époque, «en donnant naissance à une littérature algérienne où passe le souffle national», lit-on dans un supplément des Cahiers du communisme, édité à Paris en août 1958. Comptant parmi les pionniers de cette nouvelle vague d'écrivains, Mouloud Feraoun (le Fils du pauvre, la terre et le sang, Jours de Kabylie) conçut son œuvre, qualifiée d'ethnographique par la critique, comme une mise au point finement élaborée aux allégations des sociologues et artistes coloniaux réduisant l'«indigène» au rôle de sombre figurant. «Par conviction, tempérament ou tactique, le nouvel auteur n'essaie pas de contrer de front les discours existants, [il s'est] inscrit dans une relation de dialogue et de contestation par rapport à ces textes», note Christiane Achour, une spécialiste de l'écriture feraounienne.
«Bien qu'on sache que nous sommes des hommes comme les autres, je crois, voyez-vous, que je suis bien placé pour le dire !» ne cesse-t-elle de marteler. Mouloud Mammeri (la Colline oubliée, l'Opium et le bâton, le Sommeil du juste), Mohamed Dib (la Grande maison, l'Incendie, le Métier à tisser), Kateb Yacine (Soliloques, Nedjma, le Cercle des représailles), Malek Haddad (l'Elève et la leçon, la Dernière impression), pour ne citer que ceux-là, se veulent un peu plus «offensifs» dans leur rejet de l'ordre impérial, raciste et inhumain. Ces géants sacrés de la littérature moderne accompagneront la lutte de libération nationale et bénéficieront, en retour, de son aura sur le plan international. «Notre position n'est pas si paradoxale qu'on le pense.
En réalité, nous ne nous trouvons pas entre deux chaises mais bel et bien sur la nôtre», écrit Feraoun dans la Revue française (n°91/1957). Ce mouvement littéraire qui a énormément contribué à l'éveil de la conscience nationale en instituant une littérature francophone, authentiquement algérienne, fera «école» au lendemain de l'indépendance, en 1962. En parallèle, la chanson engagée et le théâtre y feront leurs premières apparitions. Mahieddine Bachtarzi, Ksantini, Touré, El Anka, Azem ou Hasnaoui émergèrent, parmi tant d'autres artistes talentueux, pour dénoncer l'injustice du système colonial et prôner un ordre nouveau. Un riche héritage qui profitera à l'action du PPA et celle du FLN ensuite. Ces années de lutte resteront les plus créatives dans l'histoire de l'Algérie. Une lignée d'écrivains francophones talentueux a émergé avec la liberté retrouvée pour se pencher sur les complexes et les tabous de la société, mais aussi les nouveaux défis qui se posent au pays. Cependant, l'«hégémonie» du parti unique et l'absence de démocratie dans le champ politique et social réduisirent considérablement la liberté indispensable à toute œuvre innovante.
En s'appropriant cette histoire commune du mouvement pour légitimer le système «clos» instauré après l'indépendance, les responsables algériens d'alors ont considérablement amorti la dynamique intellectuelle qui avait accompagné la révolution. Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni, Assia Djebar, Tahar Djaout, Ahmed Azzegagh, entre autres, se sont mis en devant pour plaider en faveur de l'émancipation de la société en la débarrassant des carcans passéistes de la tradition et des pratiques ancestrales désuètes. La condition féminine, la place de la jeunesse dans l'œuvre d'édification nationale, les libertés collectives et individuelles, la citoyenneté et la démocratie, les contradictions et les paradoxes de la société post-indépendance sont autant de thèmes abordés avec cette volonté infinie de s'inscrire dans la modernité. Toutes leurs œuvres sont inspirées des textes avant-gardistes du mouvement national durant les années quarante et cinquante. La littérature d'expression arabe, notamment dans le théâtre, a également connu un développement considérable avec des hommes doués comme Ouled Abderrahmane Kaki, Benhadouga, Alloula, Bouguermouh et Ouattar.
Des cinéastes comme Zinet, Allouache, Hamina, Laskri, Meddour ou Bouamari apportent leur concours à l'entretien du feu sacré. Tous ces auteurs, par-dessus leurs contradictions individuelles, se positionnèrent pour le pluralisme et la liberté de création. Les échecs et les frustrations des deux premières décennies post-indépendance se répercutent négativement sur l'idéal révolutionnaire. La manipulation de l'identité nationale et l'instrumentalisation de l'histoire dans une optique de conquête du pouvoir auront des conséquences fâcheuses. De grands intellectuels feront, à tour de rôle, les frais de la censure et de l'exclusion. Lachref, Bennabi, Harbi, Boudia, Bourboune, Zehouane, Benzine, Khalfa, Keddache et Bennoune, entre autres, connaîtront l'exil et le silence au même titre que d'illustres opposants politiques comme Aït Ahmed, Boudiaf, Krim, Khider ou Ben Khedda… C'est cette «omnipotence» sclérosante des tenants du parti unique qui favorisera l'essaimage de l'islamisme radical et des forces régressives qui seront ensuite à l'origine de ce qu'on appelle «la tragédie nationale».
En ce début du nouveau millénaire, une autre cuvée (qui semble dépasser la dispute stérile entre arabophones et francophones) voit le jour et se penche déjà sur les problèmes de l'heure. Yasmina Khadra, Boualem Sensal, Maïssa Bey, Ahlem Mestaghanem, Larej Wassini, Aïcha Kassoul ou encore Merzac Bagtache et Salima Ghezali font partie de cette jeunesse qui n'a pas froid aux yeux. Après des décennies d'ostracisme, la littérature d'expression amazighe fait également ses premiers pas à la faveur de la reconnaissance officielle de cette langue maternelle désormais intégrée dans le système éducatif. On ne parle plus -du moins pas directement même si elle en constitue le substrat- de la révolution du 1er Novembre, mais cela préfigure immanquablement une autre mutation qualitative dans la marche de l'Algérie vers la modernité. Car, ce sont toujours les textes d'aujourd'hui qui préparent les révolutions de demain.
Tout comme la quintessence républicaine de la révolution française qui a été une plate-forme fertile à l'instauration de la démocratie et des droits de la personne humaine, les textes fondateurs du mouvement national constituent au fond une référence de qualité et une source d'inspiration prolifique pour l'ensemble des créateurs algériens. Le «mythe» est, en soi, sain et sauf !
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31st October 2007 19:55 #4
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Mercredi 31 Octobre 2007 -- La rigidité du débat historique dans notre société ou plutôt son précoce assèchement est l'une des conséquences directes et des plus durables d'une histoire quasi officielle construite, quelles aient pu être ses justifications, sur le mensonge d'Etat, l'occultation et l'instrumentation des faits et des hommes. Le fond politique du problème demeure, aujourd'hui encore, celui des libertés, celle de penser, de communiquer en particulier, dont le titre de l'ouvrage publié en temps et hors d'Algérie par Ferhat Abbas, ancien président du GPRA, l'Indépendance confisquée, est tout à fait emblématique.
Certes, il est tentant d'opposer à ce constat la recension récemment opérée par Ouarda Siari et Fouad Soufi des ouvrages, entre témoignages et récits de vie d'anciens militants ou officiers de l'ALN, publiés depuis quelques années par différents éditeurs en Algérie même, ou encore la tenue relativement régulière de colloques ou séminaires à l'image de ceux que les universités de Guelma ou de Sétif consacrent aux massacres de Mai 1945 et concéder la nécessaire place aux nuances. Cela ne suffira sans doute pas à sortir la société algérienne de l'autisme dans lequel elle a pu être enfermée et se complaît aussi, qui organise sa commode cécité sur le fait que l'histoire de l'Algérie colonisée -qui reste largement à faire en Algérie même- comme celle de sa guerre d'indépendance supportent un pendant français car, c'est aussi et en même temps une histoire française, une histoire de la France coloniale et d'une Algérie européenne. Sur ce registre, on doit relever l'approfondissement des décalages existant tant dans le domaine éditorial que dans celui des recherches académiques entre l'Algérie et la France.
L'arrivée à maturité d'une nouvelle génération de chercheurs - Branche, Thénault, Peyroulou, Quememeur pour ne citer que ceux-là - la prise en charge de nouveaux objets - la torture, la justice, les insoumissions - confirment au moins le renouveau d'intérêt pour le terrain algérien, particulièrement pour la séquence de la guerre d'indépendance et marque objectivement l'immobilisme algérien en la matière. Entre ceux qui ont tenté de s'arrimer à la recherche académique ayant le plus souvent souffert du poids des censures et des stigmatisations et les historiens quasi officiels, profondément ancrés dans les privilèges du système, voués à en reproduire les mensonges, c'est bien le rapport des Algériens à leur passé qui se trouve durablement affecté.
Le désenchantement national, celui des plus jeunes en particulier, désormais publiquement reconnu, est un signe probant de cette anomie algérienne que traduit la progressive et notable aphasie des institutions de l'Etat et singulièrement de ceux qui, longtemps et abusivement, avaient eu le monopole de la gestion de la mémoire de la guerre d'indépendance.
Les cercles algérianistes
Cette situation -porteuse sans doute d'un affaiblissement du consensus national- s'exprime en particulier par l'absence d'attention et surtout de réaction envers les évolutions enregistrées en France depuis quelques années sur la question algérienne et dont la loi de février 2005 -faut-il le rappeler, seul l'article 4 a été abrogé- constitue la part la plus visible de l'iceberg. Les aveux d'Aussaresses, protégé par les lois d'amnistie françaises, sur la torture ou ceux, plus discrets, de Massu signalent jusqu'où il était désormais possible d'aller, apparaissant publiquement et cyniquement comme une résonance médiatique d'un lent et profond mouvement intellectuel, porté aussi par des cercles de la recherche qui croisent des universitaires établis avec des porte-parole militants de l'Algérie française comme l'ancien général Faivre ou encore le sympathisant de l'OAS Monneret.
Ce courant de remise en cause de l'anticolonialisme, de défense et d'illustration de la colonisation française de l'Algérie dispose aujourd'hui du cadre largement visible et actif des «cercles algérianistes» qui, particulièrement dans le sud de la France, fédère et appuie les initiatives visant, d'une manière ou d'une autre, à travers des tentatives de réhabilitation de l'OAS ou d'érection d'un «mur des disparus» à Perpignan au cours de ce mois de novembre, à disqualifier la légitimité de lutte des Algériens pour leur indépendance par la mise en cause du FLN identifié de nouveau -ce n'est pas nouveau- comme une organisation terroriste.
En fait, ce type d'énoncé qui interpelle, faut-il le dire nettement, la légitimité du recours à la violence par les Algériens tend surtout à établir une forme d'équivalence et à absoudre quant au fond la politique de terreur de la puissance coloniale, de ses relais politiques et de ses armées en Algérie. Le plus remarquable, cette évolution peut difficilement échapper aux responsables de l'Etat algérien, et qui s'inscrit de plus en plus dans l'actualité française comme l'indiquent les débats - hélas franco-français - sur le mémorial de la colonisation projeté dans la ville de Perpignan et surtout l'initiative du mur des disparus qui soulève les protestations des mouvements de droits de l'Homme et des militants anticolonialistes.
Le silence persistant de ceux qui, en Algérie, ont substitué un imaginaire guerrier à la complexité des processus de la guerre d'indépendance ne peut pas ne pas faire problème qui rajoute à la vacuité des rites commémoratifs encore en vigueur. En dépit de la bonne volonté de ceux qui l'animent, il est notoire que la seule voix de la fondation du 8 Mai 1945 est insuffisante pour porter les positions algériennes sur des questions qui mettent en cause le fondement même de l'Etat national.
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31st October 2007 19:58 #5
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Mercredi 31 Octobre 2007 -- Les faits sont têtus, disait le camarade Lénine, devant les faits justement. Bien entendu, la référence à ce dernier, à l'Emir, à Ben Boulaïd, à Abane ou à Ben M'hidi peut apparaître comme une clause de style, un alibi «patriotique» ou tout bêtement un vernis pour des appareils, perclus d'arthrose, anesthésiés par les privilèges ou vitaminés par le budget alloué chaque année à un ministère gardien de la rente «historique» qui hérisse une jeunesse perdue sans espoir aucun.
Souvenirs nostalgiques
A l'évidence, les fastes de Novembre, ceux des premières années de l'indépendance, ne sont plus que de lointaines nostalgies pour les vrais géniteurs de l'indépendance, handicapés, pauvres, oubliés du thé du palais du Peuple qui ne sert plus que pour des dépenses, avec en prime une circulation paralysée dans toute la capitale. Dans ses commémorations publiques, festives et surtout populaires, estompées irrémédiablement, le Premier Novembre n'est plus qu'un vestige dont on ne sait plus comment l'effacer définitivement pour n'en garder que des cris de vierge effarouchée dès qu'un responsable français évoque «les bienfaits du colonialisme».
Sans la nostalgie haineuse de l'extrême droite française, des fous furieux protecteurs de généraux français génocidaires, Novembre serait aux oubliettes, surtout pour les jeunes qui refusent, justement avec rage et colère, la manipulation rentière sur les tombeaux de centaines de milliers de héros célèbres et anonymes qui ont donné leur vie pour que ces lignes soient écrites, pour que des Algériens soient aux commandes pour se servir et servir les proches et leurs protégés. Ce qui n'était pas imaginé par les pères fondateurs, dont quelques-uns sont vivants, et soigneusement stigmatisés comme l'est un géant comme Hocine Aït Ahmed. Mais il a le défaut impardonnable d'être en accord avec un principe constitutionnel, celui d'être légalement dans l'opposition. Novembre a opposé, mis face à face deux armées, deux principes antagonistes et pour lesquels il a fallu, par nécessité vitale, du côté algérien, faire trancher un conflit, une revendication légitimes, des appétits marchands, une volonté d'asservir et une autre de libération par la violence armée.
Les armes, les sacrifices, le sang et les larmes, l'histoire, le génie du peuple algérien ont finalement tranché pour asseoir une indépendance chèrement payée, avalisée et confortée par des instances internationales inégalement réparties sur la planète. Tout d'abord, il faut commencer par balayer devant sa porte avant de s'en prendre aux autres.
Ces denriers ont un parcours qui leur est propre, des intérêts qui sont les leurs, des luttes internes qu'il leur appartient de gérer en fonction de leurs institutions, du jeu démocratique, éditorial et médiatique qui relève de leur seule souveraineté et des rapports des forces internes.
Et, dans ce cas de figure, il s'agit de la France républicaine, laïque où les historiens, les médias, la recherche et les partis sont libres de dire ce qu'ils pensent, ce qu'il veulent. Et c'est hautement appréciable pour les Algériens. La jeunesse de ce pays, puisqu'elle est à l'ordre du jour d'un calendrier qui, espérons-le, ne sera pas seulement inscrit dans le cadre d'un show télévisuel ampoulé et rébarbatif, est concernée par cette date. Celle-ci est un fondement essentiel de la mémoire collective, transmissible, en théorie, d'une génération à une autre par une série sans fin d'actes et d'initiatives qui s'enrichissent et enrichissent, dans la liberté, la recherche et la création sur tous les supports. Force est de constater qu'il y a un délitement destructeur autour d'une date, sûrement la plus emblématique et la plus porteuse de l'histoire moderne de ce pays, de l'Afrique, du Monde arabe et de l'humanité. Le sursaut salvateur n'a ni porté ses fruits et encore moins engendré des retrouvailles dans la fête entre tous les Algériens.
Regards sur l'histoire
D'un autre côté, parce que la guerre d'indépendance a eu deux protagonistes, deux adversaires, deux ennemis dans un conflit qui a un début et une fin, dûment entérinés par l'Algérie en armes et la France officielle, il faut trancher. De chaque côté, des esprits plus ou moins engagés, plus ou moins marqués, plus ou moins directement impliqués ont donné de la voix de 1962 à aujourd'hui. A la vérité, les nostalgiques, souvent criminels et justiciables si l'Algérie était sérieusement organisée, tonnent et dénotent sans cesse, en essayant de rallumer des brasiers que les peuples, les élites, les vrais soldats, sans se renier, ont essayé et tentent encore d'éteindre pour passer à autre chose de plus constructif et bénéfique pour tous. Les enragés de la colonisation cultivent, à contre-courant de l'histoire et de l'évolution du monde, des pulsions retardataires et démentes. Ils ne peuvent plus (re)coloniser l'Algérie, libre et indépendante qui pèse ce qu'elle pèse.
Ni plus ni moins. Et elle n'a officiellement et au plan populaire ni un esprit de vengeance ni une aigreur particulière.
Les Algériens savent et respectent dans l'humilité des braves le prix qu'ils ont payé pour parler haut, clair, d'égal à égal avec n'importe quelle nation au monde. En France, les nostalgiques de l'Algérie française, condamnés par leur âge, la mondialisation des économies et des intérêts entre les Etats et les entreprises, ne sont plus que des diversions idéologiques, racistes tournées vers un eldorado perdu pour toujours, celui des maîtres et des esclaves, celui de la prétendue supériorité d'une «race» sur une autre alors que les «signes distinctifs» sont digérés par les métissages. Ne demeurent que des poncifs infâmes : «d'origine maghrébine», «Français de souche», «Français d'outre-mer» dans un pays où le Président revendique des origines qui ne sont pas «de souche».
Une bouteille à la mer...
Les deux pays, à travers leurs dirigeants, leurs penseurs, leurs économies, leurs affinités subjectives (et elles existent), disent leur désir de faire ensemble une coopération des investissements, des mouvements humains et d'affaires, une Méditerranée commune à définir, à expliciter, à construire pierre par pierre.
Et voilà une idée consensuelle, réalisable, chiffrable et rapidement mise en orbite.
Construisons un musée, en Algérie, de la colonisation.
Ce pays a toute la légitimité pour abriter un temple dédié à la recherche historique, au film, à l'audiovisuel, à la photographie, à une bibliothèque unique au monde sur le thème, à la chanson engagée contre le colonialisme, aux sites Internet dans toutes les langues qui disent le colonisateur, les passerelles, les résistances populaires, les destins individuels, etc. Bénévole et strictement désintéressée, une idée, il est vrai un peu folle, qui a peu de chances de trouver une écoute auprès d'«élites» titulaires de décrets, de financiers publics et privés, de sponsors amoureux de l'histoire sans haine ni bricolages… En fait, c'est une bouteille dans une mer d'appareils.
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31st October 2007 20:35 #6
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Mercredi 31 Octobre 2007 -- Au lendemain même de l’indépendance, tandis que les luttes des factions prenaient une tournure dramatique au sein du parti unique et d’une Assemblée nationale constituante déchirée par les antagonismes de masse et de classe, une lourde chape de plomb est jetée sur l’histoire de la guerre de libration et le parcours militant des formations et des hommes qui ont permis son déclenchement. L’objectif était de confisquer la révolution au profit d’une force qui avait balisé la voie à la prise du pouvoir et, partant de là, il fallait donc nier et interdire toute référence aux artisans véritables du 1er Novembre encore en vie et mobilisés pour la défense de leurs idées autant que de leurs intérêts. Ce faisant, on jetait un voile définitif sur leur légitimité historique sans se douter un instant que c’était par là même l’occasion offerte à tous les prétendants et autres usurpateurs pour s’attribuer, en toute impunité, des rôles et des actions fictifs qui auraient été menés tout au long du combat du peuple algérien.
Cette falsification qui se justifiait par la nécessité d’«effacer» des tablettes de l’histoire officielle les noms des promoteurs et des artisans de l’indépendance est à l’origine de certains discours qu’on entend aujourd’hui, du côté des partis, de hauts responsables, des opposants dont le dénominateur commun est qu’ils ont presque tous renoué avec la puissance coloniale, rejointe avec armes et bagages. Ils se disputent les honneurs de la République et s’affichent, sans vergogne aucune, comme les héros de la révolution, sinon du 1er Novembre lui-même.
Les émeutes d’octobre 1988 ont été mises à profit par beaucoup, les uns se précipitant sur les reliques et les pensions de moudjahid, quitte à bafouer le principe de reconnaissance (éternelle ?) de la patrie, les autres s’inventant une aura de «novembriste» de façon à apparaître plus FLN que le FLN de ce temps-là.
Heureusement que les faits sont têtus. On sait combien le mouvement national, symbolisé par le PPA-MTLD, était divisé et combien les partisans de la lutte armée étaient minoritaires, confrontés à la vindicte des messalistes qui leur contestaient le droit de passer outre le message du zaïm et à la froideur des centralistes qui militaient pour un report sans cesse réitéré du recours aux armes contre l’oppresseur colonialiste.
Le manque de démocratie au sein du PPA, sanglé dans le costume des cooptations par Messali El Hadj, avait aigri bon nombre de militants, dont Mohamed Boudiaf, Larbi Ben M’Hidi et quelques autres. Ce sont ceux-là qui ont imposé la marche forcé du 1er Novembre, d’abord en créant l’OS en 1947 puis les 22 du CRUA né de la scission entre Messali et le Comité central, puis les 6 chefs historiques de la proclamation du 1er Novembre 1954, partant de la certitude que, mis devant le fait accompli, le peuple tout entier et les politiciens patentés seraient obligés de suivre. L’année 1954, il y avait une poignée d’hommes qui menait les opérations, se chargeait de la logistique, acheminait les armes. Tandis qu’à Niort, Messali El Hadj fulminait et donnait l’ordre à ses troupes de combattre les insurgés, le comité central tentait la récupération aux fins de cesser l’«aventurisme». Mais, ni le congrès du Hamma, ni celui de Hornu n’ont eu raison de la flamme de Novembre et de la détermination du FLN de Boudiaf, de Ben M’Hidi, de Didouche Mourad, de Krim Belkacem, de Abane Ramdane, de Zighout Youcef et de tant d’autres, connus et anonymes. Jusqu’au Congrès de la Soummam, durant lequel Ben M’hidi a permis, par son soutien déterminant, le triomphe des thèses de Abane Ramdane (inconnu dans le Nord constantinois où prévalaient Didouche et Zighout) qui prônait la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur dans la conduite de la révolution, thèses qui lui ont été fatales dans la suite des événements, le FLN a agi seul, envers et contre tous.
Ni le Parti communiste, ni les messalistes qui ne se résoudront à cesser le combat fratricide que deux ans plus tard, contraints et forcés, ni les centralistes confrontés à la dissolution des forces dès lors que leurs principales figures rejoignaient peu à peu le FLN, pour diverses raisons, n’ont adhéré spontanément au combat libérateur, tentant même de l’empêcher, sinon de l’anéantir puisqu’on sait que certains n’ont pas reculé devant la trahison et ont consciemment pactisé avec l’ennemi. Il est regrettable, voire tragique, quarante-cinq ans après l’indépendance du pays, que les acteurs survivants de Novembre assistent encore et toujours, dans un silence sidéral, à la danse des usurpateurs et des dévoyés qui falsifient allégrement l’histoire et s’attribuent des mérites bien plus qu’indus. C’est ce qui rend encore plus nécessaire et urgent l’ultime combat pour la récupération des archives nationales que l’ancienne puissance coloniale se garde de livrer, sachant combien la vérité apparaîtrait alors toute nue, et dans toute son horreur.
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31st October 2007 20:38 #7
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Mercredi 31 Octobre 2007 -- Tout le monde à Constantine connaît la passion clubiste de Ahmed Boudjeriou qu'il a tôt servi, d'abord comme joueur puis comme président et, récemment encore, il répondait à l'appel des siens alors que le CSC était englué dans la crise. Mais seuls les plus proches savent celle, dévorante aussi, qu'il voue à l'histoire, celle de la lutte de la libération nationale, particulièrement à Constantine et plus largement dans la wilaya II. Il est vrai qu'on n'est pas impunément le cadet du légendaire Si Messaoud El Ksentini, nom de guerre de l'aîné, coordinateur de la première cellule FLN de Constantine aux côtés de Smaïn Zighed, Ali Zaamaouche, Brahim Aouati, Amor Tala'a. Haut commis de l'Etat dans le secteur économique - il a présidé une importante entreprise publique spécialisée dans la céramique - il aime à raconter l'épisode qui fut pour lui un véritable déclencheur de cette inédite quête historienne.
«De passage à Paris et en route vers la Chine où je devais suivre des stages de formation, j'avais acquis l'ouvrage de Courrière et j'avais été choqué d'y lire que les Constantinois s'étaient dégonflés», expliquera Ahmed Boudjeriou. Il s'agissait, en fait, de l'absence de Constantine ville dans le lancement des premières opérations de novembre 1954 en raison de la crise qui avait surgi en septembre 54. «De là était parti ce désir de rétablir les faits», ajoutera Ahmed Boudjeriou. De là, mais tout aussi certainement, de la volonté de porter témoignage de l'action des premiers militants du Front et particulièrement du rôle qu'y avait joué un frère, à l'aura exceptionnelle. Ahmed Boudjeriou aime alors à rappeler la présence de «Si Messaoud» -comme il continue de le désigner - auprès de lui, l'attention portée à sa scolarité et puis aussi - photos à l'appui - l'accueil qu'il lui réservait quand, jeune adolescent, il s'aventurait à le rejoindre dans les profondeurs du maquis.
Si le cheminement politique de Messaoud Boudjeriou constitue bien la ligne forte des recherches qu'allait entreprendre Ahmed, c'est, quant au fond, des segments essentiels de l'histoire de la Wilaya II et de Constantine qu'il aura peu à peu reconstruits. Il prendra ainsi attache avec l'administration française, le service des archives, pour retrouver et récupérer des documents portant, entre autres, sur les fiches de police et de condamnation à mort de Si Messaoud et de ses compagnons. Il fouillera de même les collections de la Dépêche de Constantine et de l'Est algérien qui s'était notamment manifesté en annonçant, à tort, la mort du «chef terroriste Boudjeriou». De toute l'imposante documentation qu'il a rassemblée et qui lui sert à la préparation d'un ouvrage, la partie sans doute la plus précieuse reste, sans conteste, celle des archives, récupérées en partie, de Si Messaoud, correspondances, évaluation de la situation politico-militaire, documents budgétaires. Et puis, il y a l'iconographie, le poids incroyable des images, de leur valeur historique et de leur charge émotionnelle. Celles, par exemple, du passage de Krim Belkacem et de Benyoussef Ben Khedda en Wilaya II, lors de la sortie hors du territoire national du CCE.
La quête d'Ahmed Boudjeriou l'aura, sans cesse, ramené auprès des anciens compagnons de lutte de Si Messaoud dont il recueilli les précieux souvenirs. Pour les historiens comme pour les documentaristes, Ahmed Boudjeriou est une source réelle et il s'était d'ailleurs exprimé lors de la table ronde diffusée le 1er novembre 2005 par Canal Algérie et qui prenait appui sur une réalisation de Ali Fatah Ayadi.
Ceux qui attendent l'écrit de Ahmed Boudjeriou pourront toujours l'entendre lors des rencontres publiques initiées par les anciens moudjahidine auxquelles il demeure, et ce n'est pas une surprise, très fidèle.







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