Jeudi 22 novembre 2007 -- La chaîne de télévision publique française, France 2, diffuse, ce soir à 23 heures, un documentaire sur le passé de tortionnaire du leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, réalisé par le journaliste et cinéaste José Bourgarel.
«La Question : Le Pen et la torture» donne la parole, plus de cinquante ans après ces atteintes gravissimes contre les droits de l’Homme commis au nom de «la pacification» de l’Algérie, aux historiens, aux avocats, aux journalistes, aux politiques, mais aussi et surtout aux suppliciés qui désignent unanimement, et avec force détails, Le Pen comme leur principal tortionnaire. L’actuel patron du parti français d’extrême-droite nie tout en bloc et oppose son dédain à la face des Algériens qu’il soumit, sans états d’âme, à la Question durant la Bataille d’Alger.
De retour d’Indochine, où il vécut amèrement la défaite du corps expéditionnaire français au Vietnam, le jeune lieutenant Jean-Marie Le Pen passa six mois de service au sein du 1er REP (Régiment étranger de parachutistes) ; période au cours de laquelle il ne chôma point puisqu’il eût à diriger, et à participer directement, le supplice des militants du FLN pris dans les rafles monstrueuses menées par les troupes du sinistre Bigeard. «Le lieutenant Marco» ou «M. le député», comme le surnommaient ses compagnons de sale besogne, veillait au grain pour arracher des aveux à nos combattants pour la liberté.
A ce jour, Le Pen n’a fait qu’une seule confession à Combat, un journal de sa famille politique, en septembre 1962 : «Je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire !». Depuis cet aveu terrible, il traîne en justice tous les journaux qui publient des témoignages des suppliciés qui ont subi dans leur chair les «subtilités» de la torture administrée par le lieutenant Le Pen.
Ce soir, tous ceux qui, parmi nos jeunes compatriotes, ne connaissaient pas le passé hideux de celui qui faillit devenir président des Français comprendront mieux la haine de l’Arabe et du musulman du chef du FN. Ça lui vient de son passé, de ses «exploits» guerriers dans d’atroces salles de torture d'Alger…
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22nd November 2007 11:56 #1
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La Question : Le Pen et la torture
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23rd November 2007 22:12 #2
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La Question : Le Pen et la torture
par José Bourgarel
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24th November 2007 13:16 #3
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50 ans après, Jean-Marie Le Pen nie toujours les accusations de torture en Algérie :
Samedi 24 Novembre 2007 -- «On a un petit peu mal au début, mais après ça passe». C’est en ces termes, summum du cynisme, que Jean-Marie Le Pen a justifié les actes de torture pratiqués durant la Bataille d’Alger en 1957.
Lors d’un document inédit diffusé jeudi soir sur la deuxième chaîne française, le passé tortionnaire du chef du Front national est remonté à la surface, éliminant de facto la présomption d’innocence dont jouissait encore l’intéressé. Intitulé La question, Le Pen et la torture, le film documentaire de José Bourgarel est un véritable travail de recherche, fruit d’un profond voyage dans l’Algérie qui n’oublie pas les souffrances endurées durant la guerre de libération, pour les confronter ensuite à la mémoire flanchante de Le Pen.
A Alger, José Bourgarel recueille les témoignages accablants de quatre militants nationalistes. Leurs souvenirs sont aussi vivaces que leur engagement révolutionnaire. Mohamed Abdellaoui ouvre le bal. Il avait 27 ans en 1957, et Alger vivait les premiers jours de sa bataille. Militant du FLN (Front de libération nationale), il distribuait ces tracts qui mobilisaient la population et faisaient trembler la puissance coloniale. Ses confidences sont poignantes et déroutantes par leur précision.
La scène de l’abjection se situe à Fort l’Empereur sur les hauteurs de la capitale. Ligoté, jeté par terre, Mohamed Abdellaoui raconte le supplice que lui aurait fait endurer Jean-Marie Le Pen en personne. «Il m’a mis un sac mouillé sur le visage, un fil électrique sur le sexe et l’autre sur mon orteil, et après il activait lui-même l’interrupteur», affirme endolorie la victime âgée aujourd’hui de 77 ans. Une douleur ineffaçable qui n’empêchera pas Mohamed Abdellaoui de revenir à Fort l’Empereur un demi-siècle après cette forfaiture. Il reconnaît l’emplacement, la salle et le lieu exact où, selon lui, Jean-Marie Le Pen a commis l’innommable à son encontre.
De retour en France, José Bourgarel confronte ce témoignage à celui du chef du Front national. «Je ne sais même pas où se trouve ce Fort l’Empereur», déclare celui que l’on surnommait alors le lieutenant député. Une dénomination qui a collé à Jean-Marie Le Pen durant les six mois qu’il a passés en Algérie. Elu en 1956 à l’Assemblée nationale française sous l’étiquette du parti extrémiste de Pierre Poujade, il tient à effectuer son service militaire dans Alger la rebelle.
Et face à son interlocuteur qui, début 2007, le confronte aux témoignages des militants FLN torturés, il se défend avec férocité. «Je n’ai jamais participé aux interrogatoires spécialisés, ni aux interrogatoires violents», dit-il comme pour justifier sa participation à d’autres moins virulents sans doute. Mais en fin politicien, Jean-Marie Le Pen joue avec les mots comme il sait si bien le faire. Le terme torture est encore vague à ses yeux, et cinquante ans après les faits qui lui sont reprochés, il nie tout en bloc.
Même les propos troublants de Abdelkader Amour sont battus en brèche. Ce militant avait 19 ans en 1957, sa mission : secrétaire d’une cellule du FLN. Lui aussi reconnaît avoir été torturé par Le Pen. Mais comment a-t-il su exactement le nom de son tortionnaire ? A la fin de la Bataille d’Alger, le général Massu décore le lieutenant député de la croix de la valeur militaire. La photo est publiée en bonne et due forme dans le journal. Les victimes mettront enfin un nom sur le visage inoubliable de leur tortionnaire.
Mais ce dernier persiste et signe. «Je ne suis pas reconnaissable sur la photo», dit-il avec certitude face à José Bourgarel qui semblait dépité par une si grande arrogance. Quand son interlocuteur lui demande si il aurait quand même pratiqué la torture si ses supérieurs le lui avaient ordonné, sa réponse est sans appel. «Je l’aurais fais sans scrupules», lui répond-il.
Mais le témoignage le plus troublant et surtout le plus accablant est bien celui de Mohamed Moulay. Ce jeune Algérois avait 12 ans en 1957, et il a assisté à la mise à mort de son père. Artisan électricien, Moulay père était aussi un militant du FLN. Un engagement qui lui vaudra d’être torturé dans son propre magasin situé à la Casbah.
Il est tard la nuit, quand ses cris déchirent le silence de la vieille ville d’Alger.
«Il avait le ventre rempli d’eau, il prenait coup sur coup, ils ont commencé à le torturer à l’eau, puis ils sont passés à l’électricité. C’était atroce», raconte son fils triste et fier à la fois.
La preuve par le poignard
Son témoignage est d’autant plus poignant qu’il s’est illustré par un acte de bravoure inouï. Une fois les parachutistes partis, Mohamed Moulay ose du haut de ses douze ans s’introduire dans le magasin et subtilise une inestimable pièce à conviction. Un poignard de soldat, avec l’inscription suivante : JMLP 1er REP. «Jean-Marie Le Pen, Premier régiment étranger de parachutistes.»
L’explication du propriétaire de ce couteau est confuse. «Un poignard est accroché à un ceinturon, dans lequel se trouve aussi mon arme», dit-il. Il utilisera à satiété le jargon militaire comme pour discréditer Mohamed Moulay, et de faire de cette pièce à conviction un non-événement.
Même son semestre militaire terminé en Algérie, le député Le Pen sera rattrapé par son passé sombre. Un rapport devenu célèbre le tourmentera longtemps, et Pierre Vidal-Naquet l’utilisera bien des années plus tard contre lui. Du nom du commissaire Gilles, cette déposition est celle d’un jeune militant algérien dénommé Abdennour Yahiaoui qui aurait été torturé par le futur chef du Front national.
«Deux fils électriques dans les lobes des oreilles, et une manivelle activée par Jean-Marie Le Pen en personne». L’intéressé dément sans vergogne.
Les méfaits de l’amnistie Cinquante ans après les faits, les souvenirs refont surface avec toute la douleur que cela peut faire renaître chez les victimes. Une douleur encore plus présente quand on sait que l’amnistie décidée en vertu de accords d’Evian interdit toute poursuite judiciaire.
Ce sont ceux là les méfaits de l’amnistie outre Méditerranée. A défaut de réconciliation et de vérité, c’est l’impunité qu’elle engendre dangereusement.
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26th November 2007 19:50 #4
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