Mercredi 2 Janvier 2008 -- Un autre militant français de l'indépendance algérienne s'en va. L'Abbé Robert Davezies vient de s'éteindre à l'âge de 84 ans. Né en 1923 en Haute-Garonne, il restera, pour l'histoire, comme l'un des noms les plus emblématiques de l'engagement français contre la guerre d'Algérie et pour la liberté des Algériens.
Prêtre de la Mission de France, «porteur de valise», selon la formule imagée de Jean-Paul Sartre, il s'est investi au péril de sa vie. Il a été aux côtés de Francis Jeanson, l'une des figures de proue du «réseau Jeanson». De l'exfiltration des militants de la Fédération de France vers l'Espagne, l'Allemagne, la Suisse et la Belgique à la collecte de fonds, en passant par la confection et la diffusion de la littérature anticoloniale, il n'a pas lésiné sur les moyens.
Arrêté par la DST, c'est en détention qu'il apprend la signature des Accords d'Evian. De la date du cessez-le-feu, il dira: «Ce jour-là, j'ai compris que les hommes avaient le pouvoir de faire leur histoire». En marge du procès de l'abbé, Aragon s'est porté à sa défense au moyen de sa parole engagée. Dans une lettre médiatisée par la presse anticolonialiste, il s'était adressé aux avocats du prêtre ouvrier avec des mots lourds de sens. «Veuillez, je vous prie, transmettre à M. l'Abbé Davezies, que je n'ai pas l'honneur de connaître, l'expression de ma reconnaissance pour ce qu'il a fait, pour ce qu'il est, et qui s'inscrit à l'actif de notre patrie, et risque un jour de faire oublier qu'il y eut des tortionnaires qui se dirent français.»
Récemment, a indiqué une source algérienne au Quotidien d'Oran, l'Abbé Robert Davezies aurait reçu sur son lit d'hôpital Omar Boudaouad. Le chef de la Fédération de France avait rendu hommage au militantisme du prêtre ouvrier dans ses mémoires parus récemment chez Casbah. Plusieurs «porteurs de valise» encore en vie et l'historien Mohammed Harbi s'étaient inclinés sur sa mémoire lors d'une émouvante cérémonie de levée du corps.
Le Quotidien d'Oran: Dans quelles circonstances, Robert Davezies s'engage contre la guerre d'Algérie?
Tramor Quemeneur: Robert Davezies est un prêtre ouvrier de la Mission de France, dont de nombreux membres ont été très tôt engagés contre la guerre d'Algérie. Il prend conscience de la situation coloniale en Algérie et des tortures qui y sont pratiquées par l'intermédiaire de deux autres prêtres ouvriers: Jean Urvoas, impliqué dans l'aide aux Algériens, dès le début de l'année 1955, et Bernard Boudouresques.
Courant 1956, Robert Davezies s'oppose à la guerre d'Algérie dans un cadre légal, avant d'accepter d'aider les Algériens à la demande de Bernard Boudouresques, en juin 1957.
Q.O. : Quelles formes a pris son engagement anticolonial?
T. Q. : Robert Davezies fait partie des membres fondateurs du «réseau Jeanson», le principal réseau d'aide aux militants en France, créé en 1957 par le philosophe Francis Jeanson. Dans ce cadre, Davezies participe au passage illégal des militants algériens entre l'Espagne, puis l'Allemagne et la Suisse, et la France. C'est d'ailleurs lui qui a infiltré, en France, les membres du commando qui a vainement cherché à exécuter le ministre Jacques Soustelle. A partir de 1958, il participe aussi à la collecte des fonds de la Fédération de France du FLN. Même si le «réseau Jeanson» est ébranlé par plusieurs arrestations, en 1960, Robert Davezies continue son aide au FLN, dans le cadre du réseau du militant communiste juif égyptien Henri Curiel. Robert Davezies contribue, enfin, à la création de «Jeune Résistance», structure de déserteurs et d'insoumis français réfugiés en Suisse. Mais il est arrêté en janvier 1961 et condamné à trois ans de prison, peu avant le cessez-le-feu. Il est incarcéré à Fresnes avec les autres militants algériens et français. C'est là qu'il apprend la signature des Accords d'Evian.
Q. O. : Ce parcours «algérien» fait-il de lui une figure marquante de l'opposition des Français à la guerre d'Algérie?
T. Q. : Assurément. Il a lutté infatigablement tout au long de la guerre. De plus, il a écrit plusieurs livres sur cette page. En 1959, il a publié «Le Front», un recueil de témoignages d'Algériens, avant d'écrire «Le temps de la justice» et «Les abeilles»: deux récits sur la lutte contre la guerre d'Algérie et la vie des militants incarcérés. Le conflit terminé, Robert Davezies a milité en faveur des opposants français à la guerre d'Algérie dont certains sont restés emprisonnés jusqu'à la fin de l'année 1963. Ils étaient alors un peu oubliés de tous.
Il a aussi oeuvré en faveur de leur amnistie qui n'est intervenue qu'en 1966. Enfin, Robert Davezies a continué à soutenir les mouvements de libération nationale, notamment angolais. On peut dire que toute sa vie a été marquée par l'expérience fondatrice de la guerre d'Algérie contre laquelle il s'est totalement investi.
Mercredi 9 Janvier 2008 -- Robert Davezies, prêtre ouvrier, ardent militant de la cause algérienne, est mort fin décembre à Paris, à l'âge de 84 ans, a-t-on appris mercredi auprès de la Mission de France.
Le père Davezies, chercheur en mathématiques, souvent en difficulté avec la hiérarchie, était engagé depuis le début des années 50, dans les causes tiers-mondistes, en Algérie, en Afrique et en Amérique latine. Il avait été emprisonné pour ses activités en faveur du FLN pendant quinze mois, en 1961 et 1962. Il avait créé et animé longtemps la revue Echanges et dialogue, qui appartenait au groupe Témoignage chrétien, alors dirigé par Georges Montaron. Il s'est éteint le 23 décembre.
Lundi 12 Mai 2008 -- Le Centre culturel algérien de Paris rendra jeudi un hommage au militant de la cause nationale, le prêtre Robert Davezies, décédé le 23 décembre dernier. Plusieurs personnalités, comme la sociologue et spécialiste de l'histoire du Maghreb, Fanny Collona, la militante et membre du célèbre "Réseau Jeanson", Hélène Cuenat, les historiens Mohamed Harbi et Fawzy Didar ainsi que le politologue Jean Leca, seront conviés pour évoquer les multiples facettes de ce militant de la cause nationale également prêtre, poète, physicien et essayiste. L'artiste Sid Ahmed Agoumi fera à l'occasion de cet hommage lecture d'extraits de textes écrits par Robert Davezies. L'assistance sera également conviée à suivre des extraits d'un film "Les frères des frères" consacré à l'itinéraire de cette personnalité et dans lequel des proches et des camarades de lutte de cet homme apportent leur témoignage sur ce "porteur de valises".
De l'exfiltration des militants de la Fédération de France vers l'Espagne, l'Allemagne, la Suisse et la Belgique à la collecte de fonds, en passant par la confection et la diffusion de la littérature anticoloniale, ou l'appui à des opérations militaires comme celle qui visait le ministre Soustelle, l'Abbé Robert Davezies s'est pleinement engagé dans le soutien à la révolution algérienne qu'il considérait comme une cause juste. Quand le "réseau Jeanson" est ébranlé par plusieurs arrestations, en 1960, Robert Davezies continue son aide au FLN, dans le cadre du réseau mis en place par Henri Curiel. Robert Davezies a également contribué à la création de "Jeune Résistance", une structure de déserteurs et d'insoumis français qui refusaient d'aller faire "la sale guerre" en Algérie et qui se sont réfugiés en Suisse. Ce "prêtre-ouvrier" sera arrêté en janvier 1961 par la DST. Condamné à trois ans de prison, il est incarcéré à la prison de Fresnes avec d'autres militants algériens et français. Il sera libéré quinze mois plus tard, après une grève de la faim.
"En prison, j'ai enseigné à mes frères algériens détenus, les mathématiques. Certains sont passés en six mois du niveau du certificat d'études à celui de la classe de seconde de lycée", se félicitait-il, une fois libre. En prison, lorsqu'il apprend, le 19 mars 1962, la signature des accords d'Evian, il écrira dans une de ses contributions: "Ce jour-là, j'ai compris que les hommes avaient le pouvoir de faire leur histoire". Louis Aragon a salué, dans une lettre publiée par la presse anticolonialiste, l'action de l'Abbé Davezies, qui "s'inscrit à l'actif de (notre) patrie, qui risque un jour de faire oublier qu'il y eut des tortionnaires qui se dirent Français". Ensuite, Robert Davezies s'est consacré à obtenir l'amnistie des militants français anticolonialistes, qui n'est intervenue qu'en 1966. Il a poursuivi son engagement au côté des mouvements de libération nationale, notamment en Angola et en Amérique Latine.
Le "prêtre ouvrier" est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "Le Front" (1959), un recueil de témoignages d'Algériens "le Temps de la justice" et "les Abeilles", récits sur la guerre de libération nationale et la vie des militants incarcérés dans les prisons françaises. Lors de la révolte estudiantine de mai 1968, son petit logement parisien, en plein quartier latin, est devenu un lieu de discussions et de rencontres "non stop" entre étudiants, mais aussi ouvriers et scientifiques. Ses proches et ses compagnons de lutte le décrivent comme un homme discret, militant acharné pour les causes des "sans-voix" et dont la vie a été complètement marquée par l'expérience de la guerre de libération nationale pour laquelle il s'est totalement engagé.
Samedi 17 Mai 2008 -- Un vibrant hommage a été rendu, dans la soirée du jeudi au Centre culturel algérien à Paris, au militant de la cause nationale, le prêtre Robert Davezies, décédé le 23 décembre dernier. Des amis et proches, des camarades de lutte du défunt, d’anciens membres des réseaux de soutien au FLN durant la guerre de Libération nationale, des figures historiques comme Henri Alleg et Pierre Chaulet ont tenu à prendre part à cet hommage.
Fanny Colonna, universitaire et ancienne membre du réseau des porteurs de valises, a indiqué, qu’en dépit de son appartenance idéologique et politique, elle partageait avec l’abbé Davezies deux convictions, celles de la croyance en l’homme, en l’homme qui peut changer le monde car, selon elle, “la conviction devient projet lorsqu’on milite pour concrétiser ce dernier”, et du sens de la communauté et de la croyance concrète en un même idéal.
L’historien Mohamed Harbi a évoqué ses rencontres avec le défunt, alors qu’il assumait le poste de conseiller au ministère des Forces armées. Il a longuement insisté sur la place de la résistance anticoloniale en France et du dilemme qui se posait à l’époque aux Français qui avaient décidé de soutenir et d’aider les Algériens dans leur lutte pour l’indépendance nationale. “Ils étaient considérés comme des traîtres à la nation et il a fallu un long combat, plusieurs années plus tard, pour arracher leur amnistie”, a-t-il souligné.