L'idée de ce livre est née un matin de novembre 2004, quand Benjamin Stora, accompagné de son fils, s'est rendu pour la première fois à Khenchela, petite ville de l'Est algérien d'où vient sa famille paternelle. Voyageant entre mémoire et histoire, quête personnelle et enquête historique, il reconstitue les trois exils qui ont marqué le destin des juifs d'Algérie. En moins d'un siècle en effet, ils sont sortis par trois fois de ce qui était jusque-là leur univers familier. Ils se sont éloignés de leur vie en terre d'islam quand le décret Crémieux de 1870, faisant d'eux des citoyens français, les a mis sur la voie de l'assimilation. Ils ont été rejetés hors de la communauté française de 1940 à 1943 avec les lois de Vichy. Et ils ont quitté les rives algériennes avec l'exode de 1962. A travers cet essai historique sensible et rigoureux, enrichi de documents inédits, on découvre l'originalité de ce judaïsme algérien à la fois passionnément attaché à la République française et profondément pétri de traditions religieuses, mais aussi la complexité et les ambiguïtés des relations entre juifs et musulmans. Et l'on comprend mieux comment, dans les tensions d'aujourd'hui, quand crainte de l'islamisme et montée de l'antisémitisme se conjuguent, revient une " mémoire longue de l'inquiétude ".
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11th January 2008 10:00 #1
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Les trois exils, juifs d'Algérie, de Benjamin Stora
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11th January 2008 10:16 #2
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Dialogue : Les trois exils des Juifs d'Algérie
(74 mn)
Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb, INALCO
Musée d'art et d'histoire du Judaïsme - Paris, octobre 2006
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17th January 2008 22:49 #3
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Dans le pittoresque quartier de Bab-el-Oued vit une famille juive : trois générations se succèdent, chacune marquée par la guerre.
La douceur de l’air, les parfums d’épices et de fleurs, le soleil éblouissant qui déverse une lumière généreuse sur la ville d’Alger, tout contribue à créer un climat de passion qui se manifeste par des paroles et des comportements excessifs.
La foi et le courage, ainsi que l’affection qui les unit, permettront à ces gens de supporter les épreuves, de vaincre les difficultés dans la joie ou la peine jusqu’au déracinement final qui entraînera la dispersion de cette famille.
En la faisant revivre, c’est un hommage qu’on a voulu lui rendre.Last edited by Al-khiyal; 8th May 2008 at 13:58.
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8th May 2008 14:03 #4
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Meriem Nour :
Jeudi 8 mai 2008 -- Portrait de groupe sur une photo prise à la veille de la Première Guerre mondiale. Deux générations de français, «pas tout à fait comme les autres», disent par leur tenue vestimentaire le passage de l'Histoire. Les uns sont vêtus à l'indigène, comme on disait alors, les autres à l'européenne. Il s'agit de la famille maternelle de l'auteur et entre les deux générations le décret Crémieux du 24 octobre 1870 a accordé aux Juifs d'Algérie la nationalité française.
Autre photo de famille, vingt-cinq ans plus tard, à la veille cette fois de la Seconde Guerre mondiale, plus aucune trace de vêtement traditionnel. Ces photos et un voyage à Khenchela en 2004, le berceau de la famille Stora, sont prétextes à une quête identitaire collective structurée autour de trois temps forts de l'histoire de la communauté juive d'Algérie, Les trois exils. La démarche est originale. Elle pourrait donner lieu à une saga, l'histoire individuelle de la famille de l'auteur. Mais en qualité d'historien, Benjamin Stora élève l'histoire des siens au rang d'une épopée, sans pathos, ni lyrisme. Il s'agit de l'étude rigoureuse d'une assimilation et de ses conséquences, éclairant par là même des événements historiques qui font encore débat aujourd'hui.
Les sources mêlent aux récits de la mère de l'auteur, des documents d'archives privés et publics, peu ou pas exploités. Trois exils, trois déchirures. Si le dernier exil correspond en 1962 à ce que l'auteur nomme «la sortie d'Algérie», exil physique, géographique, les deux premiers sont intérieurs. Ils correspondent, l'un à la séparation de la communauté musulmane par la naturalisation octroyée aux seuls Juifs par le décret Crémieux, l'autre au rejet de la communauté française en 1940 et au retour à l'indigénat lors de l'abolition du même décret.
Loin des stéréotypes, l'auteur montre, à la veille de la conquête française en 1830, une communauté juive dans sa diversité dont l'immense majorité dépérit dans la misère. Si les Juifs d'Alger ou d'Oran accueillent l'armée française — qui n'aura pour eux que mépris et s'opposera plus tard à leur émancipation — comme des libérateurs, les Juifs de Constantine et de Laghouat s'opposent à l'agresseur aux côtés des musulmans. La colonisation française fracture les relations intercommunautaires déjà entamées par le déclin turc. Coupure accentuée par le décret Crémieux qui, quarante ans plus tard, sépare irrémédiablement les communautés juive et musulmane.
L'assimilation des Juifs symbolise non seulement pour les musulmans, une solidarité avec les envahisseurs, mais aussi pour les Juifs eux-mêmes une désertion du judaïsme. Les antisémites, à la veille de la Seconde Guerre mondiale prétexteront de cette fracture entre les communautés pour accentuer leur opposition au décret et demander son abolition, tandis que les élites musulmanes réclameront son maintien et leur volonté de le voir s'appliquer à leur propre communauté. Plus tard, ce seront les élites juives qui dénonceront les massacres de Sétif et de Guelma et qui réclameront la libération des musulmans internés.
Mais lorsqu'au Congrès de la Soummam les nationalistes algériens demandent à la communauté juive de se déterminer pour ou contre leur appartenance à la nation algérienne, la réponse est l'attentisme car pour la majorité d'entre eux, la séparation de la France n'est pas concevable. Hormis quelques rares individualités, notamment membres du PC, engagées aux côtés du FLN, la communauté dans son ensemble va verser dans des positions Algérie française : «Ils (les Juifs d'Algérie) vivent la citoyenneté française comme une émancipation. Les Algériens musulmans en guerre pour leur indépendance, en appelant ces autres indigènes à les rejoindre, ne l'ont pas compris.» Cette histoire singulière est aussi la nôtre. Accepter de la regarder sans préjugés, c'est comprendre les ressorts de notre présent et apprendre à les décrypter.







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