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  1. #1
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    Décès du général Rahal


    Dimanche 2 Mars 2008 -- Le général Yahia Rahal a été enterré, hier, au cimetière d’El-Alia en présence d’une foule nombreuse venue lui rendre un dernier hommage. De hauts cadres de l’armée en fonction et à la retraite étaient présents à ces funérailles et à leur tête le général Guenaïzia. Le général Yahia Rahal a fait partie de ces cadres qui ont permis à la Marine algérienne de se mettre au diapason des impératifs de sa modernisation et de son professionnalisme. Après avoir pris sa retraite, le général Rahal s’est mis à l’écriture avec un premier livre intitulé Histoire de pouvoir, un général témoigne, paru aux éditions Casbah en 1997. Au moment de sa sortie, ce livre a eu un retentissement médiatique qui a sorti son auteur de l’anonymat imposé par sa fonction d’officier supérieur de l’armée.

  2. #2
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    Dimanche 2 Mars 2008 -- Le général à la retraite Yahia Rahal, décédé vendredi soir chez lui d’un arrêt cardiaque, a été inhumé hier au carré des martyrs du cimetière d’El Alia, à Alger. Des officiers supérieurs en activité et à la retraite, des anciens ministres et des membres de l’actuel gouvernement ont accompagné le défunt hier à sa dernière demeure.

    Agé de 72 ans, feu Yahia Rahal, qui a consacré toute sa vie à l’aviation dans l’armée nationale, a rejoint l’ALN dès 1956 suite à la grève des étudiants. Remarqué pour ses aptitudes, le jeune pilote fut dirigé vers les académies et les centres d’instruction militaire du Moyen-Orient. Ce fut en Syrie, exactement à l’école d’Alep, qu’il décrocha son diplôme de major de la première promotion d’élèves pilotes algériens en juillet 1957.

    Il sera de fait le premier pilote de l’Armée nationale populaire. Et c’est naturellement qu’il fut appelé après l’indépendance au ministère de la Défense nationale pour occuper des postes aussi sensibles qu’importants. Ainsi il a présidé aux destinées de la direction de l’école de l’air de Tafraoui (Oran) et celle de la célèbre école des cadets (ex-Enita), puis nommé directeur de l’instruction et du commissariat politique de l’armée.

    A 60 ans, il a cessé son envol dans l’armée et dans les airs en accédant à une retraite bien méritée avec un grade de général en 1996, alors qu’il était inspecteur général des forces aériennes et de la défense aérienne du territoire.

    Le défunt Yahia Rahal est connu également pour avoir été l’un des rares officiers supérieurs de l’armée à avoir écrit un livre. Histoires de pouvoir, un général témoigne, ce livre publié en 1997 chez Casbah Editions aura fait date, en ce sens que ce fut le premier militaire à avoir tenté de sortir de sa réserve propre à la grande muette. Un témoignage qui avait suscité alors une controverse à propos de la responsabilité réelle ou supposée de l’armée dans la confiscation du pouvoir en Algérie depuis l’indépendance. « Je me demande si la responsabilité (de l’armée) est évidente dans l’instauration et le maintien d’un régime et si on peut pour autant la rendre coupable et complice du même pouvoir », avait-il écrit dans son livre témoignage.

    Pour ses collègues officiers supérieurs en poste à cette période marquée par un tir croisé contre les généraux algériens, il ne fait pas l’ombre d’un doute : Yahia Rahal était un très bon soldat qui a défendu, intellectuellement, les troupes prises dans une embuscade meurtrière.

  3. #3
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    Ghania Oukazi :


    Mercredi 12 mars 2008 -- Le général Yahia Rahal a été mis à la retraite lorsque l'armée a décidé de placer Liamine Zeroual à la tête du ministère de la Défense et quittera ce monde au moment où les appels à un troisième mandat présidentiel pour Bouteflika se font pressants. Deux périodes de tumulte exigeant des recompositions des pouvoirs. «Le général à la retraite Yahia Rahal est décédé des suites d'une longue maladie. (...). Il part à un moment où le pays a grandement besoin de lui». Ces deux phrases prises de l'oraison funèbre que lui a lue, le jour de ses funérailles, le général Metidji du Commissariat politique, si elles retiennent l'attention, c'est parce qu'elles sont en contradiction avec une réalité simple et à la fois compliquée.

    C'est en des minutes très courtes que Yahia Rahal a rendu l'âme, le vendredi 29 février, un soir pluvieux et froid. Il pleuvait et ventait en ce jour presque exceptionnel puisque c'était un 29 février, une date qui ne revient que tous les quatre ans. «C'est comme si papa ne voulait pas qu'on commémore tous les ans le jour de son décès», a relevé Nada Halouma, sa dernière fille. Durant les brefs instants de son agonie, sa fille Rayane, elle, voulait qu'il emporte avec lui un dernier «papa, je t'aime». Réunie autour d'un couscous, la famille Rahal ne savait pas, ce soir là, que l'un des leurs allait les quitter brusquement.

    Certes, le général à la retraite était malade depuis longtemps mais ce n'est pas sa maladie qui l'avait emporté. Il était sous traitement mais restait indépendant de ses mouvements et allers et venues tout au long de ses journées. Mélomane qu'il était, le mercredi soir, il avait assisté au concert de chants andalous de Bhidja Rahal. Le vendredi soir, à table, c'est comme s'il avait avalé de travers alors qu'il était à peine à la deuxième cuillerée de couscous. Entouré de sa famille, il rendra l'âme en quelques minutes suite à un infarctus «d'origine digestive», a dit un médecin. «Yahia est resté militaire jusqu'à sa mort, il a tiré sa révérence d'une manière brève et sèche, comme s'il avait fait le salut militaire», avait dit son épouse.

    Ces quelques lignes ne sont pas pour raconter la mort ou la vie du défunt. Ce sont juste des petites haltes qui ne sont pas pour résumer l'Homme, loin de là, mais qui témoigneraient de la difficulté à vouloir comprendre un système qui fonctionne souvent à coups d'aberrations et de contradictions, même dans les pires circonstances.

    La nouvelle étape de pouvoir

    Premier pilote algérien, Rahal avait occupé d'importants postes de responsabilités dans la hiérarchie militaire. Ce n'est pas son parcours professionnel que l'on voudrait rappeler mais les derniers moments qu'il a vécus en tant que directeur central au ministère de la Défense (MDN).

    C'était en 1993, l'Algérie était présidée par le Haut Comité d'Etat (HCE). L'armée voulait, en ces années de folie meurtrière, passait à une nouvelle étape de pouvoir. Elle avait décidé de nommer Liamine Zeroual, ministre de la Défense. «Nouvelle étape de pouvoir» parce que ne portant plus la tenue militaire, Zeroual a été présenté, à l'époque, comme étant le premier civil à la tête du MDN. Pour le rappeler à son service, l'armée avait convoqué ses usages pour les transformer en une règle tranchante. Il fallait que le général Zeroual n'ait pas de concurrent en grade au niveau de l'institution. Et la règle militaire pour cette fois, voulait que le plus vieux responsable du plus haut grade cède la place. C'était Yahia Rahal qui était, à l'époque, le général le plus vieux et du même grade que le nouveau locataire des Taggarins. Khaled Nezzar lui avait demandé de se retirer soit en démissionnant soit en faisant valoir son droit à la retraite. Le choix est vite fait. Rahal part à la retraite. Il saura que la décision était hâtée et irréversible lorsqu'il prendra le parapheur du courrier qu'il devait signer en fin de journée. Il remarquera qu'elle a été signée et glissée à l'intérieur. Le général Rahal n'est ni le premier, ni le dernier responsable militaire à avoir été remercié d'une manière aussi inélégante.

    Pourtant, il en sera marqué et en souffrira tout le restant de sa vie. Son départ à la retraite a été décidé alors qu'il avait toute sa santé et ses forces, c'est-à-dire encore capable de donner et de servir le pays. Il sera fait retraité à un moment où la République a failli être mise à genou par les faits d'une violence ébranlant jusqu'à ses fondements. Il n'aura droit à aucune considération. Le chauffeur lui sera retiré de suite. Il lui a même été demandé, entre autres, de restituer la voiture de service ou de l'acheter à... 70.000 dinars. C'était peut-être une manière à ceux qui commandaient le pays à l'époque, de lui faire rendre des comptes. Rahal ne s'en était jamais remis.

    Le manuscrit confisqué

    Depuis 1993, le général à la retraite n'avait plus été compté parmi ceux des pouvoirs passés et présents au moment de la célébration des grands événements. Ce n'est qu'après quelques années de l'arrivée de Bouteflika à la tête de la présidence de la République qu'il sera convié, à l'instar de toutes les autorités civiles et militaires, aux cérémonies du 1er Novembre et du 5 Juillet.

    Le livre qu'il a publié à la fin des années 90, lui permettra un tant soit peu, d'extérioriser sa peine et son amertume. Pour cela, il adoptera un style frôlant de très près la dérision. Rahal a toujours voulu écrire, encore et toujours. Le manuscrit d'un deuxième livre qu'il avait écrit, il y a quelque temps, lui sera, à ce jour, «confisqué» par un éditeur. Il s'en ira sans en comprendre les raisons.

    Le général Yahia Rahal a été sacrifié pour avoir été considéré «officiellement» comme étant le plus vieux de l'institution militaire et à un moment où les pouvoirs se reconstituaient sous les effets d'une profonde crise. Que ce soit sa mise à la retraite ou sa disparition, elles se produiront, toutes deux, dans des périodes de grands tumultes.

    Ceci étant, il faut rappeler qu'il y a à peine quelques années, Bouteflika a signé une loi limitant l'âge de maintien en fonction des hauts responsables militaires, qui ne doit pas dépasser 60 ans. Mais en opérant de nombreux changements depuis son retour aux commandes du pays à ce jour, il ne semble pas s'être encombré de l'esprit de ce texte.

    Ses choix des hommes répondent incontestablement à une logique de pouvoir qu'il est le seul, pour l'instant, à en juger «l'efficacité». Il agit de la même manière que ceux qui l'ont précédé. Tous ont toujours fait en sorte de faire régénérer un système politique vieillissant dont l'archaïsme détruit plus qu'il ne construit. Les appels à un troisième mandat présidentiel en sa faveur l'obligeraient certainement à décider d'autres réajustements. Ceci au cas où il s'estime encore capable d'en assumer les charges et d'en rester le maître durant un autre quinquennat. Il semble que seuls le temps et la nature décideront de la suite à donner à une élection qui n'aura lieu qu'en avril 2009. Pour cette fois, les faiseurs de présidents, à l'exemple de Larbi Belkheir, Khaled Nezzar et autre Lamari se garderaient de faire des pronostics hâtifs.

    «Je ne savais pas que la France était toujours là»

    L'histoire retiendra à Yahia Rahal d'avoir été au centre de décisions importantes prises en hauts lieux dans les moments les plus difficiles que le pays a vécus. Un moment comme celui marqué par le départ de Chadli Bendjedid de la présidence de la République conséquemment aux événements tragiques du 5 octobre 1988. Rahal le connaissait pour avoir été un de ses proches collaborateurs lorsqu'il était en fonction à Oran. Il l'a accompagné dans l'avion qui l'amenait à Annaba pour l'enterrement de sa mère, dans un jour pas comme les autres. C'était quand le FIS avait raflé la mise aux élections législatives. Chadli s'était déplacé presque discrètement avec aussi à ses côtés Abdelhamid Mehri, secrétaire général du FLN. A cet instant, les pouvoirs en place ne savaient pas que l'ordre qu'ils avaient établi allait être profondément bouleversé par des forces dont ils ignoraient totalement la capacité de nuisance.

    L'épisode qui a marqué un peu plus Rahal est celui où Chadli alors président avait ordonné la fermeture de la base nucléaire de Oued Enamous. A cette époque, l'ambassadeur de France arpentait les couloirs d'El-Mouradia pour se faire renouveler le contrat qui a permis à son pays d'exploiter le site et ce, depuis l'indépendance de l'Algérie. La demande a été faite à Chadli juste après avoir été choisi pour remplacer le défunt Houari Boumèdiène. Sur un ton coléreux, il se serait exclamé «je ne savais pas que la France était toujours là, il est hors de question de renouveler ce contrat». Rahal a été chargé de transmettre cette décision aux autorités françaises.

    Tenus de quitter Oued Enamous «dans les plus brefs délais», les Français ont voulu faire don aux Algériens des matériels et équipements du site nucléaire. Le président Chadli ordonna à ce que «les Français ne doivent laisser aucun boulon, qu'ils partent en emportant tout ce qu'ils ont là-bas!»

    Ces lignes ne sont pas pour trahir la mémoire du défunt général à la retraite. Ce sont des faits de l'Histoire. Elles sont un hommage à Yahia Rahal.

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