Mercredi 14 mai 2008 -- Le Docteur Mohamed Rahal fait partie de ces Algériens qui ont compris très tôt, l'enjeu de l'accession à la science sous le joug colonial. Il compte parmi ceux qui se sont employés à briser le stéréotype colonialiste, considérant l'indigène incapable d'assimiler le savoir et exceller dans les études les plus pointues.
Né en 1923 à Nédroma, M. Rahal accomplira ses études primaires et secondaires avec brio. Comme tous les enfants de son époque, il fera ses premières classes à l'école coranique. Il suivra le cycle primaire dans sa ville natale et les études secondaires à Tlemcen au collège Slam, grâce à une bourse qui lui a été octroyée pour son mérite. Il décrochera son bac série B et, une année après, la seconde partie du Bac série Mathématiques. Il se déplacera à Alger pour entamer des études en médecine entre 1945 et 1947. Durant son séjour dans la capitale, il participera à une présentation théâtrale anticolonialiste à l'opéra d'Alger en présence de Cheikh El-Ibrahimi. En 1947, il ira à Montpellier, en France, pour terminer ses études de médecine. Il se joindra à l'Association des musulmans nord-africains (AEMNA) étant donné qu'à cette époque, la spécialité des maladies infectieuses n'était pas encore née, il préparera un certificat sur les maladies tropicales. Contrairement à certains de ses concitoyens et amis maghrébins, il décide de rejoindre son pays et s'installa en tant que médecin à Sig, le 20 juin 1954.
Dès le déclenchement de la guerre de Libération nationale, il concoctera avec son ami Hadj Mokhtar Tayeb Brahim, propriétaire d'une ferme, un stratagème pour alimenter le maquis de la région de Mascara en médicaments pour premiers soins. Sa participation à l'effort de guerre prendra dans un premier temps cette forme, puisqu'il approvisionnait régulièrement M. Elagag en différents produits pharmaceutiques destinés au soin des combattants. Par la suite, il va courir le risque de se déplacer en dehors de Sig pour soigner les blessés de guerre. Il prodiguera des soins et des calmants à Ahmed Bensadoune, blessé et devant être évacué sur le Maroc. Soulevant les soupçons des autorités françaises, il décida de quitter Sig et de s'installer à Oran en août 1958. Entre 1958 et 1963, il louera un petit appartement à M'dina Jdida, dont une partie lui servira de cabinet. Avec son ami Benharrat Ali Chérif, ils mettront en place une stratégie pour délivrer des congés de maladie à des travailleurs craignant les exactions de la sinistre OAS. Il a confectionné des ordonnances et des cachets humides pour donner un caractère sérieux à ces documents.
Mais à Oran, il sera contacté par Saâdia Bendoukha (une des martyres connues sous le nom des soeurs Benslimane). Quand cette dernière rejoint le maquis, elle lui envoya un autre contact pour récupérer les médicaments et les petits instruments de prise en charge. Sentant son heure arrivée, elle va le prier de veiller sur ses enfants. Sa fille, Samira, reconnaît qu'il s'est chargé de la fourniture des affaires scolaires à son frère, sa soeur et à elle tout au long de leur scolarité. Aussi, il leur a assuré le suivi médical jusqu'à leur maturité. « Le seul parmi tous les compagnons de ma mère et ma tante qui s'est occupé de nous », tient elle à souligner. Parmi les meilleurs cadeaux dont il se souvient toujours est l'emblème national que lui a remis un responsable de l'ALN. Sollicité d'urgence, il quittera son cabinet pour se retrouver dans une grange où il y avait des djounouds blessés. Il les soignera et sera obligé de passer la nuit sur place. Pour le récompenser, on lui offre un cadeau qui a une grande valeur symbolique à ses yeux et qu'il conserve jalousement jusqu'à présent. Parmi les événements dont il se souvient est l'explosion de la voiture piégée, attentat commis par l'OAS à M'dina Jdida. En tant que médecin, il participera au secours des blessés. Concernant cette période, il se remémore encore une explosion d'une bombe, alors qu'il se trouvait chez son coiffeur. Suite à la panique conséquente à la déflagration, le coiffeur décide de baisser le rideau de son salon. Ainsi, le Docteur Rahal sera obligé de rejoindre son foyer avec juste la moitié de son crâne rasé, ce qui ne manquera de provoquer le rire de ses voisins.
A l'indépendance, notre médecin sera partagé entre son cabinet transféré à la place Karguentah et les structures sanitaires publiques désertées par les médecins français. Il exercera dans plusieurs dispensaires de la ville d'Oran et ses environs immédiats. De même, il mettra avec son ami Medjbeur les premiers jalons de la médecine légale au CHU Oran. Il était médecin assermenté auprès de la Cour d'Oran à partir de 1963. Dans son cabinet, selon plusieurs témoins, il n'a jamais refusé d'ausculter et d'offrir des médicaments à un malade désargenté qui se présentait à lui. Réalisant son déclassement politique, il se tournera vers le mouvement associatif. Avec son ami de toujours, il ressuscitera la ligue de l'aviron, la voile, la plongée sous-marine et l'automobile club. Aussi, il sera parmi les membres fondateurs de la société de géographie et d'archéologie d'Oran, issue de la société de géographie, une des plus vieilles sociétés savantes de toute l'Afrique. Evoquant son passé militant, le Docteur Rahal a juste un papier certifiant son appartenance à l'Organisation civile du FLN (OCFLN). Pourtant, il garde tout un dossier sur l'état des services qu'il a rendu à la cause nationale, à commencer par les bons de ses cotisations.
Le Docteur Rahal fait partie de cette élite qui a été déclassée politiquement au lendemain de l'indépendance parce qu'exerçant une fonction libérale et acquise au libéralisme. Démunie de la légitimité des armes, elle ne pouvait pas faire valoir celle de la compétence scientifique. Déjà, le Docteur Rahal aura toutes les peines du monde pour garder son cabinet d'où des quantités appréciables de médicaments et d'instruments de chirurgie, collectés çà et là, ont été acheminées vers les maquis de la région. Pour compenser ce manque de reconnaissance, il tiendra à assurer le meilleur avenir à ses enfants. L'un d'eux, médecin spécialiste en ORL, occupe son cabinet. Mais son père, malgré son âge très avancé et des soucis de santé, continue de se rendre à son lieu de travail. Son fils dira de lui : « quand mon père ne lit pas, il bricole ». Dans ce sens, il nous confie qu'actuellement, il lit le livre autobiographique de Mohamed Harbi. Dans les milieux médicaux, Mohamed Rahal est connu pour sa grande culture. Durant son séjour en France, en tant que cruciverbiste, il publiait des grilles des mots croisés au journal Le Monde. Ce qui n'est pas à la portée du premier venu...
+ Reply to Thread
Results 1 to 1 of 1
-
14th May 2008 15:13 #1
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
Docteur Mohamed Rahal : l'humaniste au service de la guerre de Libération nationale







LinkBack URL
About LinkBacks
Reply With Quote
Bangladesh
Ecuador
Morocco
Nepal
Nicaragua
Puerto Rico
Russia
Scotland
South Africa
Ukraine
Virtual Countries