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  1. #1
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    La grève des étudiants de 1956


    Samedi 17 Mai 2008 -- Difficile d’intéresser les jeunes Algériens à l’histoire de la lutte de libération nationale. Les membres de l’Association nationale des moudjahidine de l’armement et des liaisons générales (ANMALG) en ont fait la pénible expérience jeudi dernier à l’occasion de la rencontre qu’ils ont organisée au profit des lycéens pour évoquer l’apport des étudiants au mouvement de libération : «Je suis désolé de dire que nos jeunes ne connaissent rien à l’histoire de l’Algérie», s’est indigné l’un des organisateurs en attribuant la responsabilité de cette ignorance à l’affligeante «mandhouma tarbaouia» utilisée par l’Etat algérien : «On se demande même s’il n’existe pas une volonté de garder l’histoire sous le boisseau. Comment expliquer sinon ce refus de la création d’un institut digne de ce nom bien que nous disposions de nombreux documents sur l’histoire de la lutte de libération nationale ?» s’est-il encore interrogé.

    La salle de conférences du musée du Moudjahid d’Oran était pourtant presque encombrée par les dizaines de lycéens, anciens moudjahidine, intellectuels et officiels venus recueillir les témoignages de ceux qui, lycéens ou universitaires en 1956, avaient décidé de répondre à l’appel à la grève illimitée des cours et des examens, lancé par la section l’Union générale des étudiants musulmans algériens d’Alger, le 19 mai de cette année-là : «[…] Notre devoir nous appelle à la souffrance quotidienne aux côtés de ceux qui luttent et meurent libres face à l’ennemi […] Il faut déserter les bancs de l’université pour le maquis. Il faut rejoindre en masse les rangs de l’Armée de libération nationale et son organisme politique, le FLN. Etudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats ?»

    Le ralliement massif des étudiants et lycéens algériens à l’ALN avait «renforcé les capacités opérationnelles de l’armée, a indiqué Daho Ould Kablia, président de l’ANMALG, dans son intervention. Dans un langage souvent difficilement accessible à ceux des lycéens qui témoignaient d’un certain intérêt, d’autres acteurs de la guerre de libération nationale ont apporté leurs témoignages sur les mesures prises par la France en réaction à la grève des étudiants, en dehors des assassinats ou de la torture : «Je me souviens, a rapporté Mahi Bahi, qu’il nous avait été offert de poursuivre nos études dans des lycées français si nous renoncions à répondre à l’appel de cette grève…» Une moudjahida a rappelé que des lycéennes, ayant ignoré l’appel, avaient été récompensées par le baccalauréat : «Qu’elles l’eussent mérité ou non, elles l’ont eu pour leur refus de déserter les bancs. Mais j’insiste sur le fait qu’elles étaient peu nombreuses et que la majorité avait décidé de répondre à l’appel du devoir.»

    Devant le peu d’intérêt de la majorité des lycéens présents, certains des acteurs ou témoins de cette période cruciale de l’histoire algérienne ont exhorté les jeunes Algériens à accorder plus d’intérêt et à comprendre «les sacrifices consentis pendant sept ans pour que l’Algérie» se débarrasse du joug colonial. Il reste que cet autre appel aux jeunes Algériens a peu de chances d’être entendu en raison de «la médiocrité que nous vivons depuis des années», comme l’a expliqué un universitaire lors des débats. «Vous avez beaucoup fait pour la patrie mais la médiocrité s’est installée et a pris de grandes dimensions», a-t-il déploré.

  2. #2
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    Dimanche 18 Mai 2008 -- «La révolution n’a pas combattu les intellectuels», tranche M. Abderrezak Bouhara, ancien ministre, sénateur et vice-président du Conseil de la nation, en sa qualité d’officier de l’ALN, pour répondre aux rumeurs lancées par le colonisateur qui tentait de discréditer le mouvement de libération. «Les Français faisaient circuler l’idée que l’ALN égorgeait les intellectuels dans les maquis. Cela a, d’ailleurs, conforté certains compatriotes qui ont refusé de rejoindre l’armée de libération», dénonce-t-il. «Bien au contraire, les étudiants et intellectuels qui ont rejoint le mouvement de libération étaient désignés aux commandes des troupes. Et nous ne faisions pas de distinction entre les arabisants et les francophones», soutient l’invité du forum d’El Moudjahid tenu hier, à la veille de la célébration du 52e anniversaire de la grève des étudiants et lycéens du 19 mai 1956. «La plus grande école de formation est l’ALN. Elle a produit des pilotes, des techniciens dans la transmission, des navigateurs et des politiciens chevronnés», poursuit-il.

    Pour étayer ses propos, l’intervenant raconte sa rencontre avec Claude Chayet, ancien ambassadeur français au Vietnam et l’un des participants aux accords d’Evian, au lendemain des négociations. Le diplomate français s’est dit surpris par l’éloquence et la maturité des Bentobal, Krim Belkacem et Saad Dahleb. Pour mettre en valeur l’éloquence et l’esprit nationaliste, l’orateur raconte l’histoire de feu Boukadoum, un moudjahid emprisonné à la maison d’arrêt de Bossuet. Sous un soleil de plomb, dans la cour de la maison d’arrêt, ce dernier s’abrite à l’ombre du mat du fanion français. Un officier français, le connaissant comme étant un révolutionnaire et un fervent opposant de la France, lui lança : «Finalement, tu as fini par te ranger sous le drapeau français.» Le moudjahid répondit : «Il fut un temps où ce drapeau couvrait des continents. Aujourd’hui, c’est à peine s’il arrive à couvrir ma petite personne.»

    Revenant sur la grève des étudiants et lycéens, l’ancien élève du lycée d’Aumale (Constantine) où il arrêta ses études en classe terminale, explique les circonstances qui ont abouti à l’événement. «En 1955, les étudiants et lycéens de l’époque avaient la vingtaine. Ils ont assisté aux événements du 8 mai 1945. Ils ont connu les années de crise durant la Deuxième Guerre mondiale et surtout assisté à la naissance des différents mouvements nationalistes qui ont émergé de par le monde et aussi en Algérie.» De là, selon M. Bouhara, un travail d’organisation a commencé. A Constantine, le mouvement nationaliste a fait un travail organisationnel dans les lycées et l’université, ce qui a conduit à la naissance de «l’essor estudiantin», une organisation qui n’a pas duré longtemps mais qui a toutefois réussi à organiser et cadrer les intellectuels d’alors pour les sensibiliser à la lutte armée. Une véritable préparation dans les établissements scolaires s’est engagée. Ce travail a fini par attirer la frange intellectuelle de la société et lui faire embrasser l’idée de la révolution. Beaucoup de lycéens et étudiants qui ont observé la grève du 19 mai 1956 ont rejoint les rangs de l’ALN par la suite. Sans compter ceux qui étaient déjà au maquis avant le mouvement. «Ce mouvement a donné un nouvel élan à la résistance», poursuit M. Bouhara.

  3. #3
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    Lundi 19 Mai 2008 -- Le président Bouteflika a souligné hier à Alger le rôle de l’élite intellectuelle algérienne dans la réussite de l’étape de modernisation que vit l’Algérie, à travers sa mobilisation “intelligente et efficiente”. “En évoquant ce jour mémorable du 19 Mai 1956, nous voulons affirmer la nécessité d’aborder une nouvelle étape de notre révolution nationale, portant sur la réindustrialisation ainsi que sur le développement de l’agriculture et la modernisation des institutions de l’État et de leur fonctionnement”, a affirmé le président Bouteflika, dans un message adressé aux étudiants à l’occasion de leur Journée nationale. Le chef de l’État a expliqué que la réussite de cette nouvelle étape passe par la “mobilisation intelligente et efficiente de notre élite intellectuelle formée sur les bancs de nos universités”, estimant qu’“une telle réussite représente un défi pacifique certes, mais peut-être encore plus difficile et plus exigeant que celui qu’eurent à relever les pionniers du 19 Mai 1956”. Le président Bouteflika a souligné que le sacrifice de ces jeunes étudiantes et étudiants n’a pas été vain. “Il n’a pas seulement été utile à la reconquête de notre indépendance, il a aussi insufflé à notre peuple la volonté irrépressible de généraliser l’instruction et de permettre à notre jeunesse d’accéder à la connaissance scientifique et technique dont le colonialisme nous fermait les portes pour l’essentiel”, a-t-il précisé. Il a ajouté que les Algériens d’aujourd’hui doivent être conscients de la formidable mutation qui s’est produite en Algérie au cours du demi-siècle qui a suivi l’ébranlement du 19 Mai 1956.

  4. #4
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    Lundi 19 Mai 2008 -- Il y a cinquante-deux ans, le 19 mai 1956, les étudiants algériens avaient répondu à l’appel du Front de libération nationale de quitter les bancs des universités et des lycées pour rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale. Plus d’un demi-siècle plus tard, l’épopée de ces révolutionnaires de la plume enchante toujours les Algériens, tout comme cela a été le cas pour d’autres catégories de militants de l’époque, notamment les footballeurs de la prestigieuse équipe du FLN.

    Le 19 mai 1956, les Belaïd Abdesselam, Taleb Abderrahmane et des milliers d’autres étudiants décident de déposer les stylos et prendre les armes pour lutter contre un colonialisme des plus barbares. Ils décident de rejoindre le maquis, car au moment où ils poursuivaient leurs études à l’université, leurs frères combattaient, les armes à la main, l’armée coloniale. «Nos diplômes ne feront pas de nous de meilleurs cadavres.» Ce slogan a été entendu partout. Pour son encadrement, la révolution avait besoin de militants dévoués, mais surtout instruits.

    Dans la foulée, la «révolte» a donné naissance à l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) affiliée au FLN. L’organisation estudiantine était présidée par Salah Laouanchi. Après son arrestation, la présidence revenait à Ahmed Taleb-Ibrahimi.

    Au-delà du contexte de l’époque qui fait que prendre part à la révolution est avant tout un devoir, l’adhésion des étudiants et autres lycéens au combat libérateur avait donné des résultats inestimables. Car, en plus des soins prodigués aux moudjahidine et autres fonctions administratives accomplies par les nouvelles recrues, cette élite a servi de socle également à l’Algérie indépendante.

    Ce sont, en effet, des centaines de ces étudiants déserteurs qui ont assumé de hautes fonctions après l’indépendance. On retrouvera des politiques mais aussi des cadres d’entreprises et d’administrations. Même l’université de l’Algérie indépendante a été encadrée par une bonne partie de ces militants qui, pour certains d’entre eux, avaient également servi d’enseignants dans les cycles inférieurs.

    Il est évident qu’avec l’indépendance, le visage de l’université change. Durant les années 1960, mais surtout 1970, des milliers de cadres ont été formés, essentiellement pour faire face à une politique d’industrialisation massive et d’autres réformes, à l’image de la révolution agraire. Seulement, même si tout le monde reconnaît aujourd’hui la qualité de ces cadres, il n’en demeure pas moins que la réussite ou non de cette période reste très discutable. Pas en ce qui concerne la valeur des diplômés de l’époque, mais surtout sur la politique suivie.

    Mais ce qui est établi est que cette période qui a suivi l’indépendance était nettement meilleure que celle qui a suivi l’avènement de l’école fondamentale. Reflétant parfaitement la situation chaotique du pays, l’université des années 1990-2000 a accéléré la décadence, résumée dans «l’école sinistrée». A cela il faut ajouter la dégringolade de la situation sociale des étudiants d’aujourd’hui, même si des réformes sont tentées, à l’image de ce système LMD proposé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui ne fait toujours pas l’unanimité et dont les résultats ne sont toujours pas connus.

    La seule satisfaction que tirent, a contrario, les pouvoirs publics, est celle de l’arithmétique. Chaque année, on annonce le nombre de réalisations accomplies et le nombre d’étudiants qui fréquentent les amphithéâtres. Quant à la qualité, cinquante-deux ans après mai 1956, l’université algérienne stagne au bas du tableau, derrière des établissements de pays beaucoup moins avancés et bien plus pauvres que l’Algérie. A méditer…

  5. #5
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    Lundi 19 Mai 2008 -- «En évoquant ce jour mémorable du 19 mai 1956, nous voulons affirmer la nécessité d’aborder une nouvelle étape de notre révolution nationale, portant sur la réindustrialisation ainsi que sur le développement de l’agriculture et la modernisation des institutions de l’Etat et de leur fonctionnement», a déclaré hier le chef de l’Etat, M. Abdelaziz Bouteflika, dans un message adressé aux étudiants à l’occasion de leur journée nationale.

    Le chef de l’Etat a estimé que la réussite de cette nouvelle étape passe par la «mobilisation intelligente et efficiente de notre élite intellectuelle formée sur les bancs de nos universités», notant qu’«une telle réussite représente un défi pacifique certes mais peut-être encore plus difficile et plus exigeant que celui qu’eurent à relever les pionniers du 19 mai 1956». Le chef de l’Etat a par ailleurs rappelé que, le 19 mai 1956, l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) prenait la décision historique en mobilisant les étudiants à la grève générale et à rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale et du Front de libération nationale.

    Le président de la République ajoute que «nous voulons aujourd’hui rendre un vibrant hommage au courage national des étudiantes et étudiants qui se mirent au service de leur peuple en lutte depuis le 1er novembre 1954 pour sa libération et son indépendance». Il a noté également que «des centaines de jeunes garçons et de jeunes filles contribuèrent par leur formation intellectuelle et leur savoir à transformer notre guerre pour l’indépendance politique en une véritable révolution nationale visant à moderniser en profondeur notre société qui, en recouvrant sa liberté, devra également épouser son siècle».

    Estimant que le sacrifice de ces jeunes étudiantes et étudiants n’a pas été vain, Bouteflika a déclaré qu’«il [le sacrifice] n’a pas seulement été utile à la reconquête de notre indépendance, il a aussi insufflé à notre peuple la volonté irrépressible de généraliser l’instruction et de permettre à notre jeunesse d’accéder à la connaissance scientifique et technique dont le colonialisme nous fermait les portes pour l’essentiel». A l’adresse de la jeunesse actuelle, Bouteflika insiste à ce que les Algériens d’aujourd’hui soient conscients de la formidable mutation qui s’est produite en Algérie au cours du demi-siècle qui a suivi le 19 mai 1956.

  6. #6
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    Lundi 19 Mai 2008 -- Le 19 mai est une date historique. En 1956, les étudiants et lycéens algériens ont manifesté, à travers la désertion des bancs d’école, leur soutien et scellé leur adhésion au mouvement révolutionnaire. Cette frange dite intellectuelle a été nombreuse à monter au maquis. Ils avaient à peine vingt ans à l’époque et déjà une conscience politique et un esprit nationaliste dignes des grands hommes. Pleins d’ambition, d’espoir et de volonté, les étudiants algériens d’alors avaient tout d’une génération engagée, fertile (intellectuellement), insoumise et active. 52 ans plus tard, qui sont les descendants de cette génération et quelles sont leurs aspirations ? Qu’est-ce qui les motive et en quoi croient-ils ? Qu’évoque le 19 mai pour les étudiants algériens du XXIe siècle ?

    Pour tenter de répondre à ces questions, une virée dans les deux universités les plus importante (USTHAB de Bab Ezzouar et l’université de Bouzaréah) de l’Algérois s’impose. Dans la première, mis à part la grande affiche placardée par une organisation estudiantine, rien ne laisse penser qu’aujourd’hui les étudiants sont en fête. «Je peux vous assurer que plus de 80% des étudiants, ici, ne savent pas ce que représente le 19 mai», se désole Djamel, étudiant et représentant de l’organisation. «En dehors des étudiants adhérents dans les différentes organisations, les autres sont insensibles. Ils sont ce qu’on appelle la majorité silencieuse», poursuit-il.

    Par «majorité silencieuse», le jeune étudiant désigne cette catégorie d’étudiants qui ne s’impliquent pas dans la vie estudiantine. «On a l’impression que rien ne les intéresse, sauf leurs notes de fin d’année», déplore Djamel. Fuyant la pluie, un groupe d’étudiants s’est réfugié dans les couloirs du bloc dit «les 400». Habillés à la «fashion victime», ils semblent préoccupés par un problème existentiel d’après le ton de la discussion et les mines déconfites. En nous approchant, nous nous rendons compte qu’il est simplement question de médisance. En engageant la conversation, on reste pantois devant le pessimisme, la désinvolture et le détachement de ces adolescents par rapport à la vie politique et sociale du pays. «La fac actuellement, on y vient pour chercher son âme sœur ou fuir le service militaire», ironise Reda, étudiant en génie civil.

    Interrogés sur leurs ambitions et quels postes ils veulent occuper une fois le cursus terminé, ils répondent unanimement : «Tenter de poursuivre nos études à l’étranger ou travailler dans une entreprise étrangère installée en Algérie.» Sur la vie politique, ces jeunes sont incapables de citer les noms des ministres, pas même celui de l’Enseignement supérieur. «Cela ne nous intéresse pas. Pour nous, c’est un autre monde, la politique» répondent-ils et, sur la raison de leur non-adhésion aux organismes estudiantins, «ils ne servent à rien. Ils sont là pour organiser des fêtes, se partagent l’argent et combinent avec l’administration pour avoir des privilèges pour eux et leurs copains», poursuit Reda.

    A l’université de Bouzaréah, section Histoire, une conférence a été tenue ce matin pour commémorer la journée du 19 mai. Accostant un duo d’étudiantes en hidjab, on pose les mêmes questions. «Je crois qu’avec une licence en histoire, on n’a pas le choix. On ne peut que se diriger vers l’enseignement», déplore une des jeunes filles. Comme si être enseignant était une tare ! Pourquoi pas écrire l’histoire de notre pays ? Et pourquoi pas faire de la politique ? Les deux jeunes filles éclatent de rire. «L’histoire du pays, c’est à nos aînés de l’écrire. Et puis, faire de la politique, pour quoi faire ?» répondent-elles, amusées.

    Quelles sont les raisons de ce désintérêt et de cette désinvolture ? Djamel évoque le mal-vivre des étudiants. «Les professeurs sabotent les étudiants. Nous sommes mal hébergés, mal nourris, à l’USTHB, nous n’avons même pas de cyberespace, le seul qui existe est réservé aux étudiants en fin de cursus. La bourse est de 2 700 DA par trimestre et le versement n’est pas régulier…» Des exigences, certes, indispensables, mais la volonté et la conscience sont-elles tributaires de moyens financiers et de confort. Si tel est le cas, comment expliquer l’engagement et la maturité de l’ancienne génération dont les conditions de vie étaient aux antipodes de celles d’aujourd’hui ?

  7. #7
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    Chafaa Bouaiche :


    Lundi 19 Mai 2008 -- L’Algérie célèbre aujourd’hui le 52ème anniversaire de la grève des étudiants du 19 mai 1956. 52 ans après cette date historique, où des étudiants et lycéens ont décidé de rejoindre le combat libérateur, l’université algérienne vit au rythme d’une grève générale des enseignants à chaque rentrée universitaire. Outre la mauvaise qualité de l’enseignement, les étudiants souffrent des conditions de vie lamentables. En effet, la vie dans les résidences universitaires est devenue infernale. Les chambres surchargées, les salles de lecture absentes, les moyens de divertissement inexistants, les activités culturelles et sportives sont rares, la restauration est qualifiée, par les étudiants, d’infecte… Avec une bourse trimestrielle de 2 700 DA (30 DA/jour), l’étudiant algérien ne peut faire face aux besoins quotidiens de la vie.

    Il n’a pas le droit d’acheter un livre, de voir un film au cinéma, d’assister à un spectacle ou encore de voyager. L’étudiant est pris en charge par ses parents, et cela le réduit au statut de mineur. «Il est malheureux de constater que la date du 19 mai ne signifie presque rien pour l’étudiant algérien. D’ailleurs, au lieu de célébrer cette date historique, l’administration universitaire a préféré consacrer cette journée aux examens», regrette Sofiane Khaldi, président de l’Union générale des étudiants algériens (UGEA).

    La situation de l’université algérienne, selon M. Khaldi, est en dégradation sur les plans pédagogique et social. Au plan pédagogique, l’enseignement supérieur a connu des réformes, depuis trois ans, notamment le système LMD. «L’UGEA a déclaré son opposition à ce système dès le début de son application, car nous considérons que le problème de l’enseignement supérieur dans notre pays ne réside pas dans le nombre d’années d’études», explique le président de l’UGEA. Selon lui, le véritable problème est la qualité de la formation des enseignants, l’encadrement des étudiants ainsi que le fond du programme qui est obsolète.

    Le nombre d’étudiants en Algérie est de l’ordre de 1 million. Ce nombre important impose plus d’efforts à consentir. «Le règlement du problème ne se limite pas à la réalisation d’infrastructures [amphithéâtres, salles d’études…], l’université a besoin d’un système d’aide pour les enseignants et les étudiants en difficulté : le tutorat», ajoute M. Khaldi. Ce système favorise la formation accélérée des enseignants, les étudiants ayant connu un échec bénéficient également de cours supplémentaires. «Le système LMD a connu un taux d’échec de 40%», précise M. Khaldi.

    Pour sa part, Brahim Boulegane, secrétaire général de l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA), déclare que, 46 ans après l’indépendance, l’Etat a pu régler le problème de la quantité (construction de nombreuses villes universitaires, des résidences…), mais pas le problème de la qualité, notamment de l’enseignement. «La qualité de l’enseignement et de l’encadrement est déplorable», regrette M. Boulegane. Concernant la réforme de l’université et le système LMD, le SG de l’UNEA revendique une évaluation de ce système après trois ans d’application.

    La situation sociale de l’étudiant laisse à désirer

    Actuellement, l’Algérie compte 41 villes universitaires. L’Etat réserve des enveloppes budgétaires conséquentes aux œuvres universitaires (transport, restauration, hébergement). En dépit des sommes faramineuses dépensées, l’étudiant n’est pas satisfait par la qualité de services. Les pouvoirs publics sont également loin d’être satisfaits. Afin de contribuer à l’amélioration de la situation sociale des étudiants, l’UGEA a élaboré une plate-forme de 100 + 1 revendications, dont la principale est de libéraliser les deux chapitres : le transport et la restauration. «On ne comprend pas comment on peut continuer à payer le prix d’un repas 1,20 DA, alors même que la pièce de 20 centimes n’existe plus», s’interroge M. Khaldi. Selon lui, l’Etat doit octroyer à l’étudiant un présalaire de pas moins de 12 000 DA. «D’après des statistiques que nous avons établies, l’Etat dépense une somme de 22 000 DA par mois pour chaque étudiant», indique le premier responsable de l’UGEA. La libéralisation des deux chapitres signifie-t-elle désengagement de l’Etat ? «L’Etat doit continuer à assumer sa responsabilité dans l’hébergement, l’aménagement des résidences, l’animation des campus… », rétorque notre interlocuteur.«Nous constatons que l’étudiant est le seul citoyen privé de ses libertés. Avec 10 080 DA par an, l’étudiant est privé de tous les besoins de la vie», affirme M. Khaldi.

    Abondant dans le même sens, le SG de l’UNEA déclare que la bourse n’a pas connu d’augmentation depuis 1991. «Pourtant, l’argent existe», souligne M. Boulegane. L’UNEA, par la voix de son SG, revendique une bourse pédagogique de 8 000 DA/mois. «Sur les plans du transport universitaire et de l’hébergement, la situation s’est améliorée. La restauration a connu, au contraire, une dégradation», affirme le SG de l’UNEA qui demande une révision du système des œuvres universitaires. «Nous revendiquons la dissolution de l’Office national des œuvres universitaires (ONOU). C’est un organe instable qui a connu 11 DG en l’espace de 12 ans. Il faut procéder à la création de 4 offices régionaux qui auront pour charge de gérer les œuvres universitaires.» Au sujet de la violence au niveau des universités, M. Khaldi reconnaît qu’elle est le résultat du vide qui règne au niveau des résidences universitaires. «Les services culturels ne fonctionnent plus. Les activités culturelles sont inexistantes. Ajoutons à cela la dernière décision prise par l’ONOU d’interdire l’organisation de galas artistiques au niveau des résidences. Il faut reconnaître aussi que l’orientation des étudiants au niveau des résidences se fait sur des bases régionalistes. Tout cela ne peut engendrer que violence et agressivité», regrette le président de l’UGEA.

    Ouvrir un dialogue

    «Il faut ouvrir un débat sur les œuvres universitaires et la situation de notre université», déclare M. Boulegane. «Nous demandons l’ouverture d’un vrai dialogue, la mise en place d’ateliers de réflexion autour des réformes. A cet effet, il faut associer tous les acteurs de l’université», déclare, pour sa part, le président de l’UGEA. Le ministère chargé du secteur organise aujourd’hui et demain des Assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique au palais des Nations. A cette occasion, le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, prononcera un discours d’ouverture. Il s’exprimera certainement sur des questions liées à l’université, mais également sur des questions d’actualité nationale.

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