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  1. #1
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    Journée en mémoire des condamnés à mort guillotinés pendant la guerre de Libération


    Mardi 17 Juin 2008 -- Par devoir de mémoire, les condamnés à mort se rencontrent, ce jeudi, devant la prison Serkadji. «Il s’agit de la Journée nationale commémorative des condamnés à mort guillotinés pendant la guerre de Libération», a déclaré, hier, à L’Expression, Mustapha Boudina, président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort. Lors de cette journée commémorative, un rassemblement des condamnés avec les moudjahidine aura lieu dans la matinée. «A 10h30, une autre rencontre avec la jeunesse aura lieu à la salle de cinéma l’Algéria», a expliqué M.Boudina. Ces rencontres se veulent une commémoration collective de tous les condamnés à mort. En termes plus clairs, notre source à précisé que «cette année, on compte élargir cette commémoration à tous les condamnés à mort guillotinés par le colonialisme français à compter de 1840».

    Lors de son passage au forum d’El Moudjahid, le président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort a clamé haut et fort, que «le 19 juin doit être une Journée nationale des condamnés à mort». Interrogé dans ce cadre, M.Boudina a souligné que «cela demeure une revendication». Dans sa déclaration, il a précisé qu’un appel est lancé aux autorités afin que soit instituée cette journée nationale par un décret exécutif. Initialement prévue à Sétif, cette journée aura lieu finalement à Alger. «Elle sera célébrée avec les moyens réduits de l’association», regrette M.Boudina. L’objectif, selon l’ex-sénateur, est de transmettre le message aux nouvelles générations.

    Dans ce cadre, il convient de rappeler que le 19 juin 1956 a eu lieu l’exécution d’Ahmed Zabana et de Abdelkader Ferradj à la prison de Serkadji (Alger), les premiers guillotinés de la guerre de Libération. «Depuis notre congrès, en 2004, nous avons décidé de sortir de l’anonymat les condamnés à mort qui ont échappé à la guillotine», avait rappelé M.Boudina. A ce sujet, un membre de l’Association avait fait savoir qu’un annuaire regroupant les noms de tous les condamnés à mort exécutés ou épargnés, de 1840 à 1962 était en projet. «Malheureusement, ceux qui nous ont promis de nous aider n’ont pas honoré leur engagement et se sont retirés sans raison valable», avait encore déploré M.Boudina.

    En termes de nombres, celui des condamnés à mort ayant survécu dépasserait les 1 800. En 2006, ils étaient encore environ 1 000 condamnés tandis qu’aujourd’hui ce chiffre est de 700. Quant au nombre de condamnés à mort guillotinés, il est de 199 dont 68 à Alger, 58 à Constantine, 51 à Oran et 22 en France. Etant l’invité du quotidien El Moudjahid, M.Boudina s’était montré inquiet de l’attitude de la jeunesse. «C’est un désastre! Aujourd’hui, nous voyons des jeunes âgés de 20 ans se jetant à la mer pour fuir ce pays, alors que moi, lorsque j’avais le même âge, j’étais condamné à mort», avait-il rappelé.

  2. #2
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    Mercredi 18 juin 2008 -- Un hommage aux moudjahidine et anciens condamnés à mort a été rendu hier par l’association Machaâl Echahid avec la collaboration du quotidien El Moudjahid. C’est sous le thème de «L’exécution entre la guillotine et les coups de feu» que se sont succédé les témoignages d’anciens condamnés à mort. Ils ont ainsi évoqué les derniers moments sur terre des martyrs qui, diront les intervenants, ont donné leur vie pour le pays. M. Boudina, président de l’Association des anciens condamnés à mort, évoquera ainsi la période vécue avec un condamné à mort exécuté dans une prison de Lyon en France. Il s’agit de Lekhlifi Abderahmane, exécuté le 30 juillet 1960. «Notre rôle est de faire parvenir un message. Notre association est composée de porteurs de mémoire à transmettre pour les générations futures. Nous évoquons ainsi le vécu de personnes qui ont donné leur vie pour l’Algérie et cela est le cas de Lekhlifi Abderrahmane», a déclaré M. Boudina. Les deux condamnés à mort se sont rencontrés en France à Fort-Mont-Luc à Lyon et M. Boudina évoquera le martyr Lekhlifi qui a été arrêté à 19 ans puis torturé et jugé par le tribunal militaire en France.

    Par bribes, M. Boudina relatera les derniers jours de Lekhlifi vécus dans le couloir de la mort. «Nous ne voulions pas céder à la solitude et au désespoir, au contraire nous utilisions à titre d’exemple l’instruction dans la prison comme moyen de lutte contre la mort… Nous vivions dans la crainte de nous endormir et de ne pas être éveillés au moment où les gardiens de prison viendraient nous chercher à l’aube pour l’exécution… Il est impossible qu’une personne dans le couloir de la mort trouve le sommeil», témoigne l’intervenant avec émotion. Il ne manquera pas, par ailleurs, de rapporter le témoignage d’un gardien de prison qui a rejoint le groupe après l’exécution de Lekhlifi. Ce dernier, selon son compagnon dans la prison de Lyon, n’a jamais cru qu’il allait être guillotiné : «A l’aube du jour de l’exécution de Lekhlifi, ce dernier, entendant la porte de la geôle grincer, a cru bon de m’avertir en criant. Mais en fait, ils étaient là pour lui… Il n’a résisté aux gardiens que pour s’approcher de ma cellule et me crier ses adieux pour sa mère et pour l’Algérie. Il les a suivis ensuite. Après son exécution, un gardien de la prison est venu nous apprendre que notre compagnon a été digne jusqu’au bout, refusant la cigarette de l’officier français et déclarant à l’imam venu pour la circonstance que s’il était un bon musulman il devrait plutôt être au maquis», relate M. Boudina qui ajoute que les derniers mots de Lekhlifi ont été les suivants : «C’est en bon combattant et en bon musulman que je donne ma tête pour l’Algérie». Une centaine de moudjahidine ont été condamnés à mort en France, 22 d’entre eux ont été exécutés dans les prisons françaises.

  3. #3
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    Samedi 21 Juin 2008 -- Moment de grande émotion avant-hier à la prison de Serkadji. La commémoration de l’exécution par l’administration pénitentiaire coloniale française du premier Algérien condamné à mort était une occasion pour les anciens moudjahidine et moudjahidate de la Zone autonome de rendre hommage «à tous ceux qui sont tombés au champ d’honneur pour que vive l’Algérie libre et indépendante ». Ils étaient très nombreux à se recueillir à la mémoire d’Ahmed Zabana, premier Algérien condamné à mort et exécuté, mais également à la mémoire des chouhada Saïd Touati, Radi H’mida, Rahal Boualem, Belamine Mohand, dit Moh Kebaïli, «tombés au champ d’honneur à l’aube du 20 juin 1957, entre 3h 25 mn et 3h 28 mn», sous le couperet de la guillotine de la tristement célèbre prison Barberousse. Une commémoration qui a rappelé aux compagnons d’armes «les forts moments vécus durant la guerre de Libération nationale».

    Un autre hommage a été rendu à Ahmed Zabana, dit H’mida, premier Algérien condamné à mort par la justice coloniale et exécuté à quatre heures du matin, dans la nuit du 19 au 20 juin 1956. Selon des témoignages, le martyr Zabana fut conduit de sa cellule vers la guillotine, alors qu'il répétait à voix haute : «Je suis très heureux d'être le premier Algérien à monter sur l'échafaud. Avec nous ou sans nous, l'Algérie vivra libre et indépendante. » Ensuite, il chargea son avocat de transmettre une lettre à sa mère où il écrit «Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu'il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n'est qu'un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l'être le plus cher. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi.» Et d‘ajouter : «Recevez les salutations d'un fils et d'un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu'à tous ceux qui partageront votre peine.»

    Connu sous le nom révolutionnaire de H'mida, Ahmed Zabana est né à El-Kasd, dans la localité de Jniène-Meskine, à 4 kilomètres de Zahana. C'est dans le quartier populaire d'El- Hamri qu'il grandira. Militant dès son jeune âge, il fut membre de l'aile militaire de l'Organisation secrète (OS). Fervent défenseur de la cause nationale, il s'orienta vers la formation de cellules de l'organisation. Il se distingua par sa participation à l'attaque de la poste d'Oran. Son engagement armé lui a valu plusieurs arrestations et incarcérations dans de nombreuses maisons d'arrêt. En 1954, il fut désigné par Larbi Ben M'hidi responsable de zone, chargé de préparer la révolution. Ayant dirigé plusieurs opérations militaires, Zabana a été arrêté après avoir été blessé dans la bataille de Ghar Boudjelida. Le 21 avril 1955, le martyr a été présenté devant le tribunal militaire d'Oran qui l'a condamné à mort. Il fut transféré vers la prison de Barberousse où il sera guillotiné le 19 juin 1956 à 4 heures du matin. Sa dernière lettre adressée à ses parents résume amplement la personnalité du chahid, qui a sacrifié sa vie pour l'honneur et l'indépendance du pays.

  4. #4
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    Dimanche 13 Juillet 2008 -- L’ouvrage Rescapé de la guillotine, préfacé par Me Ali Haroun et édité par l’ANEP a été présenté, hier, au centre de presse d’El Moudjahid, à Alger, par son auteur et président de l’Association des anciens condamnés à mort, M. Mustapha Boudina. En écartant toute fin commerciale, M. Boudina estime que l’ouvrage en question a une valeur inestimable du fait qu’il est porteur de mémoire et contient des témoignages vivants sur les tortures pratiquées sur les martyrs qui ont donné leurs vies pour que vive l’Algérie. «Mon objectif est de mettre à la disposition des jeunes lycéens et universitaires un document qui porte les derniers souhaits des condamnés à mort», a précisé M. Boudina. Pour ce qui est des projets de l’association, son président a indiqué qu’il a pour objectif, depuis la date de la création de cette association, en 2004, de sortir de l’oubli les héros condamnés par les forces coloniales. «Ceci restera la première préoccupation de l’association», a-t-il précisé.

    Abordant, par ailleurs, la journée commémorative du 19 Juin 1956, M. Boudina estime que l’ensemble des moudjahidine condamnés à mort durant la Guerre de libération ont le même mérite qu’Ahmed Zabana. «Chez nous, relève-t-il, les autorités ont toujours tendance à commémorer le 19 juin 1956, date de décès de Zabana sans compter les autres, morts aussi pour la même cause. Il a cité, à titre d’exemple, l’exécution, en cette même date, du chahid Ferredj. «Raison pour laquelle nous réclamons la date du 19 Juin 1956 date de tous les condamnés à mort guillotinés par la France coloniale afin de les faire sortir de l’oubli et de l’anonymat», propose-t-il. Pour ce faire, M. Boudina a fait savoir que l’association compte commémorer la date de l’exécution du moudjahid Khlifi Abderrahmane, militant pour la cause nationale à Mila, ce 30 juillet. «Il faudrait que notre jeunesse connaisse la biographie de nos héros», insiste-t-il en outre, avant d’appeler les hautes autorités ainsi que le peuple algérien à ne jamais pardonner à la France coloniale. Sur un autre volet, M. Boudina a dressé la situation sociale peu reluisante de quelques anciens condamnés toujours vivants ainsi que des descendants des moudjahidine.

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