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    Le congrès de la Soummam, tournant historique de la révolution


    Mercredi 20 Août 2008 -- Le congrès de la Soummam fait figure de jour historique de la révolution algérienne ; il a été déterminant pour sa réussite. La charte adoptée à son issue a doté la révolution des structures qui lui manquaient -division de l’Algérie en six wilayas ou états-majors-, consacré le FLN comme seul représentant du peuple algérien et, surtout, le fondement de «la primauté du politique sur le militaire». Il a également consacré la mise en place d’une administration civile (mariage, règlement des conflits personnels, enregistrement des naissances, collecte d’impôts, etc.).

    Le congrès a eu lieu le 20 août 1956 dans la maison forestière d’Ighbal, à Ifri, commune d’Ouzellaguen, sur la rive gauche de la Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou. Les prémices du congrès avaient commencé au lendemain des attaques dans le Nord-Constantinois, selon les contributions d’historiens (voir Ali Cherif Deroua, ancien responsable au MALG). Au lendemain des événements du 20 août 1955, dont il n’avait aucune information, Abane avait entamé un échange épistolaire avec les dirigeants des différentes zones et des responsables à l’extérieur, au Caire, pour la tenue d’une réunion des responsables de la révolution. Zighoud Youcef donna son accord, se proposant même de l’organiser dans sa zone et d’en assurer la sécurité. Cette réunion est la suite logique de celle prévue pour janvier 1955 par les six pères de la révolution avant même son déclenchement. Elle devait permettre de faire le bilan des opérations et de coordonner leurs actions.

    Organisé principalement par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, ce congrès a débuté le lundi 20 août 1956 à 8h avec six personnes, selon le procès-verbal de la première séance. Ben M’hidi, représentant de l’Oranie (président de séance), Abane Ramdane, représentant le FLN (secrétaire de séance), Omar Ouamrane, représentant l’Algérois, Krim Belkacem, représentant la Kabylie, ayant assuré la prise en charge logistique et la sécurité du congrès dont il était l’hôte, Zighoud Youcef, représentant le Nord-Constantinois, Lakhdar Bentobbal, adjoint de Zighoud. En dehors des séances, les six membres présents se retrouvaient chacun avec d’autres membres de sa zone : Ali Kafi et Mostefa Ben Aouda avec Zighoud et Bentobbal, Saïd Mohammedi et Aït Hamouda Amirouche avec Krim (zone 3), Dehiles, si M’hammed Bouguerra et Ali Mellah avec Ouamrane. (Source fondation Ben Khedda).

    Le congrès comptait aussi des absents, dont les représentants de l’Ouest algérien, de l’Aurès (Mustapha Ben Boulaïd), du Sud algérien (Si Cherif, excusé après avoir adressé son rapport à la réunion). L’absence du représentant des Aurès est due au fait qu’avec la mort de Ben Boulaïd, la zone 1 traversait une crise de pouvoir entre Abbas Laghrour, Adjel Adjoul et Omar Ben Boulaïd, chacun prétendant succéder à Mustapha Ben Boulaïd. Omar Ben Boulaïd, ayant reçu l’invitation, s’est présenté début de juin 1956 en zone 3 où il a rencontré Krim sans le mettre au courant de la mort de son frère ni de la crise dans la zone.

    En ce qui concerne l’Oranie, Larbi Ben M’hidi était revenu au Maroc venant du Caire le 21 avril 1956. Après un séjour de dix jours à Oujda et des réunions quotidiennes avec Boussouf, il avait quitté le Maroc en franchissant à pied la frontière pour prendre le train Tlemcen-Oran. Le 6 mai, il prenait le train de nuit Oran-Alger dans un wagon couchette pour arriver dans la capitale le lundi 7 mai 1956 à 7h, avec en poche une somme de 300 000 francs avec laquelle il pouvait, en cas de contrôle, justifier son standing de commerçant et pourquoi pas acheter le silence d’un contrôle d’identité imprévu. A sa descente du train, à la gare de l’Agha, il était attendu par un monsieur à lunettes, portant un manteau noir et un chapeau sur la tête : Benyoucef Ben Khedda sous la fausse identité de M. Albert Molina, juif et commerçant, habitant Alger. Il avait choisi cette identité de juif pour deux raisons : son accent qui pouvait le trahir, en cas de fouille au corps et la circoncision. Ben M’hidi avait donc remplacé Boussouf qui était prévu à cette réunion.

    Parmi les absents, on comptait également les délégués de l’extérieur. Aït Ahmed ayant déclaré tout ignorer de ce congrès, parce qu’il était aux Etats-Unis. «Personnellement, j’ignorais qu’un congrès s’était tenu à la Soummam. J’étais aux Etats-Unis. Convoqué à Madrid [octobre 1956], je pensais surtout aux questions de logistique […] Khider et Ben Bella étaient, eux, au courant de la tenue du congrès, mais nous n’avions pas eu l’occasion d’en parler», dira-t-il. Interview rapportée par Mohamed Harbi dans le FLN, mirage et réalité, page 189. Selon cette contribution, Aït Ahmed aurait déclaré que les représentants du FLN à l’extérieur ne croyaient plus en cette rencontre ou du moins n’avaient aucune envie d’y assister.

    La même source ajoute que «Abane, multipliant les itinéraires, les rendez-vous manqués, entretenant les incertitudes sur la tenue, puis, enfin, allant à cette réunion sans les avertir, leur signifiait de la sorte qu’il ne voyait aucune utilité à leur présence, ou, du moins, qu’il pouvait s’en passer». L’absence des délégués de l’extérieur et l’adoption du fondement de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur avaient fini par provoquer une crise au sein de la direction de la révolution. Certains voyaient d’un bon œil cette absence, en ce sens qu’elle avait diminué les antagonismes entre les membres réunis à la Soummam. On relève en outre que Lakhdar Bentobbal n’aurait assisté à cette réunion qu’à titre exceptionnel (Mabrouk Belhocine - Courrier Alger Le Caire, page 51 et Mahfoud Kaddache, Et l’Algérie se libéra 1954-1962, page 48) alors qu’il est cité comme membre de plein droit en tant qu’adjoint de Zighoud dans la correspondance de Abane en date du 3 avril 1956.

    En revanche, Ouamrane n’était pas prévu parmi les invités. La discussion de sa participation demandée par Krim a créé une friction entre Abane, qui était pour, et Bentobbal, qui était contre. Ce premier incident a été pour beaucoup dans l’animosité future entre les deux hommes. Aussi, il n’était en aucun cas question de la participation de Ali Mellah (Cherif) puisqu’il n’avait aucune existence légale ou reconnue de cette zone avant la réunion. Elle n’a été intégrée dans la structuration officielle de la révolution qu’après le congrès de la Soummam. Cette partie du territoire occupée par les forces de Bellounis, se revendiquant du Mouvement national algérien de Messali Hadj et bénéficiant de l’appui officiel des autorités françaises et de leurs troupes, était à cheval sur les 3 zones (wilayas I, III et IV). Aussi, des forces de l’ALN des zones 3 et 4 ont été dépêchées pour détruire ces maquis ennemis. La zone 1, confrontée elle-même à des problèmes, n’avait pas envoyé de troupes. La participation de la Fédération de France n’était pas prévue, puisqu’elle était elle-même l’objet d’un litige de responsabilité entre Abane et Boudiaf.

    D’autres chefs de la révolution, notamment les «Six», qui se sont donné rendez-vous, n’ont pas pu se rencontrer. Didouche Mourad meurt le 12 janvier dans un combat face à l’ennemi. Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la frontière tuniso-libyenne en se rendant au Caire afin d’activer l’entrée des armes promises. Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter les armes et d’organiser leur acheminement en Algérie. Rabah Bitat est arrêté en mars 1955. Ouamrane lui succède à la tête de la zone 4 et confie, en accord avec Krim Belkacem, la responsabilité d’Alger à Abane.

    La réunion a débuté le lundi 20 août 1956 à 8h. Dès le début des discussions, des «accrochages» et des récriminations mutuelles surgirent entre les membres. La première mise au point a été faite par Larbi Ben M’hidi suite à une introduction de Abane le présentant comme le mandataire de l’extérieur étant donné qu’il venait juste de quitter les frères du Caire : «Je ne suis pas mandaté par les frères du Caire, je suis uniquement le responsable de la zone 5.» Une ambiance sereine s’étant établie le deuxième jour, chaque chef de zone présenta un état de la situation : effectif des moudjahidine, armement, état d’esprit des combattants et de la population. Lors de leur séparation, le 11 septembre, les 6 délégués ont entériné les grandes lignes du texte de la plate-forme ainsi que la composante humaine des membres du CNRA.

  2. #2
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    Mercredi 20 Août 2008 -- La charte issue du congrès du 20 août 1956 est l’un des textes fondateurs de la République algérienne. Beaucoup datent à partir de cet événement la constitution du premier embryon de l’État. Son grand artisan, Abane Ramdane, est la tête politique du FLN qui a négocié le ralliement au Front de tous les courants nationalistes. C’est lui surtout qui, avec l’appui de Krim Belkacem et de Larbi Ben M’hidi, marquera de son empreinte le «programme» adopté lors de ce congrès. Selon Ali Cherif Deroua, ancien responsable du MALG, Abane Ramdane avait préparé la plate-forme du congrès du 20 août 1956 bien avant sa tenue. Ali Cherif Deroua parle d’une lettre de Abane datée du 14 mai 1956 adressée aux responsables du FLN au Caire dans laquelle il annonce la rencontre de la Soummam en invitant la délégation de l’extérieur à envoyer ses représentants : «Elle [la plate-forme politique, ndlr] sera envoyée incessamment dans plusieurs lettres». Elle fait 30 pages, selon Cherif Deroua.

    Dans cette trentaine de pages rédigées par cet acteur principal de la révolution algérienne tous les problèmes ont été abordés : la situation politique, le rôle de l’ALN, les perspectives politiques du FLN, la faillite des anciennes formations politiques, le rôle négatif des messalistes, l’absence d’engagement des communistes, la stratégie impérialiste française, le rôle du mouvement paysan, du mouvement ouvrier, du mouvement des jeunes, des intellectuels et professions libérales, des réformes sociales, du rôle de la femme, le droit des minorités, etc. Mais son point le plus important reste les conditions des négociations avec la France, la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur.

    La plate-forme du congrès de la Soummam, telle qu’elle a été présentée au peuple, deux années après sa rédaction, par le CEE est divisée en trois parties : la situation politique actuelle, les perspectives générales, les moyens d’action et de propagande. En premier lieu, il est fait état du succès de la résistance armée : «En une période relativement courte, l’Armée de libération nationale, localisée dans l’Aurès et la Kabylie, a subi avec succès l’épreuve du feu» ; du soutien indéfectible du peuple : «Elle bénéficie pleinement de l’amour du peuple algérien, de son soutien enthousiaste, de sa solidarité agissante, morale et matérielle, totale et indéfectible.» Conclusion : «En dépit des incessants renforts, jugés aussitôt insuffisants, malgré le quadrillage ou autre technique aussi inopérante que les déluges de feu, les généraux français sont obligés de reconnaître que la solution militaire est impossible pour résoudre le problème algérien», est-il précisé dans le texte de la charte.

    Dans ce dernier, il est également reconnu que l’action de l’ALN a bouleversé le climat politique en Algérie et a provoqué un choc psychologique qui a libéré le peuple de sa torpeur de la peur, de son scepticisme. Elle a également déterminé une union psycho-politique de tous les Algériens, cette unanimité nationale qui féconde la lutte armée et rend inéluctable la victoire de la liberté. Revenant sur l’organisation politique, il est souligné que «le FLN, malgré son activité clandestine, est devenu aujourd’hui l’unique organisation véritablement nationale» qui a réussi le «tour de force de supplanter tous les partis politiques existant depuis des dizaines d’années». La raison ? Une doctrine claire : un but à atteindre, c’est l’indépendance nationale, le moyen, c’est la révolution par la destruction du régime colonialiste.

    L’importante de l’union du peuple avec un FLN décidé à lutter «contre les aventuriers, les mouchards, les valets de l’administration, indicateurs ou policiers» est alors soulignée. La charte a donc reconnu à la nation algérienne son indivisibilité. Une clause est
    destinée à faire disparaître la fiction de «l’Algérie française». Elle lui a reconnu son indépendance et sa souveraineté dans tous les domaines jusque et y compris la défense nationale et la diplomatie. Elle a évoqué la libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954. Elle a reconnu le FLN comme seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation.

    En contrepartie, le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien. La charte a confirmé l’appel du 1er Novembre : pas de cessez-le-feu avant la reconnaissance de l’indépendance, de l’intégrité du territoire, Sahara compris, et pas de double citoyenneté pour les pieds-noirs. Elle a confirmé la collégialité de la direction à tous les niveaux. «Une administration révolutionnaire avec des djemaas clandestines et des organismes s’occupant du ravitaillement, de la perception d’impôts, de la justice, du recrutement de moudjahidine, des services de sécurité et de renseignements. L’administration du FLN prendra un nouveau virage avec l’institution des assemblées du peuple qui seront élues par les populations rurales avant le deuxième anniversaire de notre révolution.»

    La charte du 20 août a instauré deux principes considérés alors comme cardinaux, à savoir la prééminence du «politique sur le militaire» et de «l’intérieur sur l’extérieur» dans ses paragraphes III et IV, objet, après coup, de tous les malentendus et de toutes les interprétations. Ces deux paragraphes ne figurent plus dans les extraits de la charte actuellement publiée dans les sites officiels mais dans la première version, publiée dans El Moudjahid en 1956, on peut lire : «Dans les PC, le chef politico-militaire devra veiller à maintenir l’équilibre entre toutes les branches de la révolution.»

    Le texte de la charte a évoqué enfin les perspectives politiques : avoir une doctrine politique claire ; développer la lutte armée d’une façon incessante jusqu’à l’insurrection générale et engager une action politique de grande envergure. Dans ces volets, les buts de la guerre, le cessez-le-feu et les négociations pour la paix sont détaillés. La diplomatie algérienne post-indépendante n’est pas en reste, ainsi que les moyens de l’intensification de la propagande pour l’internationalisation du problème algérien.

    Le congrès de la Soummam a tracé les grandes lignes d’une doctrine de combat, a affiné le découpage territorial du pays en six wilayas au lieu des zones initiales, a créé la zone autonome d’Alger (ZAA), a esquissé les contours de la forme du gouvernement futur. Les Congressistes avaient pris leur décision après avoir procédé à une évaluation de la situation du pays sur divers plans : militaire, politique, organique et diplomatique. Nonobstant les problèmes politiques auxquels il donna naissance, le congrès de la Soummam fut l’un des moments suprêmes de l’histoire de la révolution, mais aussi de l’Algérie.

  3. #3
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    Mercredi 20 Août 2008 -- Au lendemain du déclenchement de la révolution de Novembre 1954, des lacunes organisationnelles et structurelles sont apparues. Pis, mis à part le soulèvement du Nord-Constantinois le 20 août 1955, la majeure partie des attaques de l’ALN avait beaucoup plus un caractère improvisé. Chose tout a fait normale, puisque ni le FLN ni son aile armée, l’ALN, ne disposaient de véritables structures. Hormis le message envoyé au peuple algérien la veille du 1er novembre 1954, la révolution manquait de référent idéologique et de cap lui permettant de réussir.

    C’est dans cette optique que Abane Ramdane, aidé notamment par Larbi Ben M’hidi, après avoir réussi à rassembler le maximum de tendances politiques autour de la lutte pour l’indépendance, avait pensé organiser un congrès qui donnerait à la révolution des institutions à la hauteur du noble objectif que les révolutionnaires s’étaient fixé, à savoir l’indépendance de l’Algérie. En dehors du fait que le rassemblement avait pu se dérouler –ce qui n’était pas du tout évident dans un contexte de guerre et vu la supériorité de l’armée coloniale - et des polémiques déclenchées sur les absents au rendez-vous, le congrès de la Soummam avait réussi cet incroyable défi de doter la révolution de structures, d’abord, et de projets à la fois idéologiques et politiques ensuite.

    Sur le plan structurel, l’Armée de libération nationale avait donc, grâce au congrès de la Soummam, ses propres structures : géographiques, avec la division du territoire en six wilayas ; locales avec le partage des wilayas en régions et zones. A la tête de chaque wilaya, il y avait un colonel. Mais le progrès le plus important était réalisé sur le plan politique qui ne pouvait être dissocié de l’action militaire. Abane Ramdane – qui avait d’énormes problèmes avec le commandement militaire et la délégation extérieure - avait compris que toute lutte armée, si acharnée et sincère soit-elle, ne pouvait être menée à bien sans une véritable action politique. C’est ainsi que naquit le principe de la primauté du civil sur le militaire. Car, pensaient les concepteurs du congrès de la Soummam, le militaire doit dépendre des ordres de l’autorité civile de sorte que le pays, une fois indépendant, devra se doter d’un gouvernement démocratique.

    L’autre principe retenu, et qui avait soulevé un énorme mécontentement, était la primauté de l’intérieur sur l’extérieur. Chose tout à fait naturelle dans la mesure où les éléments qui luttaient à l’intérieur du pays étaient mieux au fait de la situation que les éléments établis à l’étranger. Surtout à une époque où une simple lettre pouvait mettre des mois à arriver à destination. D’autre part, le FLN était doté, grâce au congrès de la Soummam, de nouvelles institutions. D’abord, le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) qui avait une sorte de pouvoir législatif et le Conseil de coordination et d’exécution (CCE) chargé de l’Exécutif. Mais la direction était collégiale.

    Ces nouvelles structures, avec certainement des limites liées à un soulèvement armé, avaient donc permis à la révolution d’opérer un nouveau souffle et de gagner de nouvelles batailles. C’est d’ailleurs à cette période-là que la lutte était beaucoup plus organisée et plus efficace. Sur le plan idéologique, et c’était sans conteste une des avancées les plus marquantes, le congrès de la Soummam avait défini d’une manière on ne peut plus claire les objectifs mais aussi les moyens de la lutte et fixé les règles du jeu en imposant le FLN comme seul interlocuteur des autorités coloniales au moment où le MNA tentait de brouiller les pistes. Cela, en plus du fait que le congrès de la Soummam avait, outre la réaffirmation de la nécessité de la lutte armée, appelé les autorités coloniales à ouvrir des négociations sans condition avec le FLN.

    De plus, et dans un esprit d’ouverture sans égal, le FLN avait tenté de rassurer les Européens d’Algérie, mais surtout la «minorité juive» auquel un appel, signé Abane Ramdane, avait été envoyé plus tard. Ce sont donc d’ambitieux et importants socles que le congrès de la Soummam avait mis au service de la révolution. Cependant, beaucoup des esprits de ce congrès avaient vite été délaissés et même violés. Si certains comportements regrettables étaient à mettre sur le dos des erreurs de la guerre, d’autres étaient plus délibérés. L’assassinat de l’architecte du congrès de la Soummam et sans doute de la révolution en est un exemple édifiant. Confronté d’abord à l’opposition de plusieurs autres responsables, notamment les militaires et la délégation extérieure qui n’avaient pas apprécié les articles de la charte du congrès qui leur étaient consacrés, Abane avait fini par être exécuté le 27 décembre 1958.

    C’est dans la même foulée que le principe de la direction collégiale avait été abandonné avec la création, en septembre 1958, du Gouvernement provisoire de la révolution algérienne (GPRA) en réponse au retour du général de Gaulle au pouvoir à Paris après le soulèvement du mois de mai de la même année des officiers français à Alger. L’esprit du congrès de la Soummam a été dévié de sa trajectoire également après l’indépendance. Malgré ces offenses répétées, la charte du congrès de la Soummam est l’élément fondateur d’une République algérienne républicaine, moderne et respectueuse de tous les courants politiques et des libertés. Pourtant, c’était la guerre…

  4. #4
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    Mercredi 20 Août 2008 -- Dans à peine une vingtaine de mètres carrés a été déterminé le sort de 2,3 millions de kilomètres carrés. A Ifri Ouzellaguen, dans la vallée de la Soummam, à quelque 11 km du chef-lieu de la commune d’Ighzer Amokrane, se dresse humblement et glorieusement la maison qui accueillit le congrès du 20 août 1956. Bien conservée, la demeure typique de la région semble observer et jauger les fruits de son hospitalité. Dominant la vallée à plus de 800 mètres d’altitude, elle est le témoin neutre et solide d’une phase décisive dans la naissance d’une Algérie libre et indépendante. Si ses murs pouvaient s’exprimer, ils diraient ce qu’était la révolution nationale. Si son toit avait le droit à la parole, il renseignerait sur les hommes qu’il a abrités. Mais l’Histoire est racontée par une créature au sang chaud, l’être humain, avec ses qualités et ses défauts. Malheureusement, la science n’a pas encore atteint le stade de comprendre la langue des objets. Même si la matière a une mémoire propre (théorie de Henri Bergson, ou le cas des alliages à mémoire de forme), les seuls messages que peut transmettre le «gourbi» frappent l’œil et interpellent l’imagination.

    Construite par les mains des hommes avec de la terre glaise, de la bouse de vache et des feuillages, la demeure renseigne sur la condition de vie des frères Bahnous, de Mohand Amokrane (martyrs de la révolution) et de Mohand Ameziane (moudjahid décédé après l’indépendance). Deux chambres séparées, non communicantes, d’une dizaine de mètres carrés chacune, accueillaient deux familles. Identiques, basiques, sans aménagements particuliers, en dehors d’un petit muret d’une cinquantaine de centimètres accolé à la cloison de fond et qui devait servir en même temps d’étagère et de banc pour s’asseoir, les deux salles expriment la misère. «C’est dans la salle de droite que s’est tenu le congrès», indique Hakim, le responsable du musée d’Ifri. Dès les premiers pas à l’intérieur, une sensation plus violente que la fraîcheur d’une journée torride, l’«aura» (atmosphère immatérielle) des lieux, fait baisser la tête en signe de recueillement et de reconnaissance. La salle semble vouloir saisir le visiteur à bras-le-corps et raconter, des jours durant, les événements qu’elle a vécus. Comme à un sourd, elle lui présente ses murs recouverts à la main, son sol dénudé et ses meubles rudimentaires, à lui de faire l’effort de comprendre.

    Au milieu, six tabourets rapidement confectionnés avec quelques planches de bois d’une vingtaine de centimètres de haut entourent une «meida» (table basse) de la même hauteur. Juste assez pour se poser mais pas assez pour se reposer. Qui a dit que les grandes décisions se prenaient dans les grands palaces ? «Regardez bien les lieux. C’est ici que de grands hommes de la guerre d’indépendance se sont réunis pour décider du sort de l’Algérie. Ils se sont assis sur des tabourets que des enfants de 7 ans n’accepteraient pas d’utiliser. C’est la preuve de l’humilité de ces gens», nous dit un septuagénaire assis à l’intérieur de la chambre comme pour traduire dans la langue des hommes l’histoire que veut raconter le gourbi. Ancien moudjahid, le vétéran a tenu à garder le secret sur son identité et ses faits d’armes. En pèlerin, il dit venir souvent s’y recueillir.

    La maison de la Soummam n’a pas changé et n’a pas dénoncé. Elle a été une maison de la révolution. En plus de sacrifier ses propriétaires à la juste cause, elle a su protéger les congressistes. Elle n’a pas trahi comme la mule d’Ighil Ali. Chargé de documents top-secret concernant l’organisation du congrès censé avoir lieu dans le village précédemment cité, par le colonel Amirouche, l’animal se dirige vers une caserne de l’armée coloniale. Les militaires français, au courant du projet, ratissent la région et resserrent l’étau. Devant l’imminence de l’arrivée des congressistes, il fallait faire vite pour trouver l’endroit idoine. La demeure des frères Bahnous a donc, en raison de sa discrétion, de sa modestie, de son parti pris pour le FLN et de son voisinage acquis à l’esprit révolutionnaire, attiré les moudjahidine qui s’y réunirent.

    Avant de porter son choix définitif sur la maison, plusieurs villages de la région ont été sollicités. Plus de 3 000 moudjahid ine ont été mobilisés pour sécuriser la région, dont certains étaient chargés d’effectuer des attaques sporadiques pour détourner l’attention de l’ennemi. Dans le secret le plus total, «personnes ne savait à l’époque ce qui se passait à l’intérieur», témoigne Da Idir, 79 ans, habitant du village, le congrès durera 14 jours. «Toute la région était surveillée par les moudjahidine. Les habitants du village n’avaient pas le droit de se déplacer, sauf autorisation. Seuls les officiers de l’ALN pouvaient savoir ce qu’on faisait dans la maison. Même les djounoud l’ignoraient», affirme le vieil homme. Sa mauvaise vue l’empêchant d’être enrôlé dans l’ALN, Da Idir dit avoir aidé les révolutionnaires comme il le pouvait. «Je contribuais avec le peu de moyens que j’avais, en donnant “rabiine dourou” [200 anciens francs] à chaque collecte d’argent.»

    Abane Ramdane (représentant du FLN), Larbi Ben M’hidi (Oranie), Krim Belkacem (Kabylie), Amar Ouamrane (Algérois), Zighoud Youcef (Nord-Constantinois), Ben Tobal (adjoint de Zighoud) se sont réfugiés dans la maison de la Soummam pour donner le «la» à la marche à suivre vers l’indépendance du pays. Organiser la lutte nationale pour «détruire le régime anarchique de la colonisation, pour la renaissance d’un Etat algérien sous la forme dune république démocratique et sociale», est-il noté dans la plate-forme entérinée par les six. Une plate-forme qui a cerné, structuré et charpenté tous les volets inhérents à la lutte d’indépendance. Les aspects organisationnels, politiques, militaires, jusqu’aux conditions et comportements des chefs en cas de négociations avec l’ennemi, ont été tracés.

    «Nous avons souffert des conséquences du congrès», témoigne Da Idir. Moins d’un mois après la tenue de l’événement, l’armée coloniale, dans toute sa sauvagerie, a bombardé la région par avions. Le bombardement a fait plus de 17 morts en une journée. La brutalité du colonisateur a été sans limite. Plus de 30 000 soldats français ont ratissé les lieux. «On vous a fait confiance mais vous êtes tous des fellagas», disait un officier français aux gens du village. «Nous avons caché les congressistes, donc nous étions complices et nous devions payer», poursuit Da Idir. «En 1958-59, il n’y avait plus personne dans le village. Tous les habitants ont été déplacés. C’est ce qu’on avait appelé l’opération Jumelles». Sur l’après-indépendance, le vieil homme a un regard clair malgré sa mauvaise vision. «C’est mieux. Mais ma vie n’a pas tellement changé. Même si je n’ai pas porté les armes, je suis quand même un résistant, à l’image de tout mon village. On a tout donné et rien reçu. D’autres ont bénéficié à notre place. Je perçois à peine 1 000 DA par mois d’“el doula” [l’Etat]. Je ne suis ni moudjahid ni rien», se lamente Da Idir devant la statue en pierre de Abane Ramdane.

    Aujourd’hui, la maison de la Soummam et le chemin tortueux qui mène à l’entrée de la bâtisse sont bien entretenus. Maintenant, on y accède par de longs escaliers qui traversent des gradins destinés à accueillir les spectateurs et les écoliers qui viennent assister à des spectacles organisés aux dates historiques. Un musée construit récemment a aussi ouvert ses portes depuis 2006, racontant à sa manière la guerre de l’indépendance nationale. Des photos de chouhada, de personnalités importantes du FLN et de l’ALN, des événements importants, et l’attraction du musée «le treillis du colonel Amirouche Aït Hamouda» y sont exposés. A côté de la galerie sont entreposés des débris d’avions, de camions de guerre et d’obus.

    Malgré une chaleur suffocante en cette journée d’août, des familles sont venues visiter le site. «J’ai appris par cœur ce qu’on m’a enseigné à l’école sur le congrès de la Soummam, mais, aujourd’hui, je suis incapable de vous dire quels ont été les points les plus importants», déplore un adolescent descendant d’une famille de révolutionnaires et de martyrs, les frères Ouddak. Venu en compagnie de son père habitué des lieux, de sa mère, de son frère et de sa sœur, l’adolescent se réjouit à la vue des portraits de son grand-père et de ses oncles affichés dans le musée.

    «On a beaucoup de visiteurs. Des étrangers, des immigrés et des concitoyens venus des quatre coins du pays viennent voir la maison du congrès et le musée», témoigne Hakim, le responsable du musée. Sous la tutelle du ministère des Moudjahidine, l’accès à cet endroit historique reste gratuit.Une fausse note reste quand même à souligner : la signalisation et l’annonce du musée sont pratiquement inexistantes. En dehors d’une pancarte mal positionnée au niveau du village d’Ighzer Amokane, rien n’indique l’endroit. Par ailleurs, avec le temps, l’accès au site y voit érigées de nouvelles bâtisses qui font de l’ombre aux quelques habitations typiques d’antan ayant résisté au vent et au temps mais contrastant avec le nouveau mode de construction sous l’œil observateur de la maison de la Soummam qui, un jour, peut-être grâce à la science, racontera son histoire.

  5. #5
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    Mercredi 20 Août 2008 -- «Sans Ben M’hidi le congrès de la Soummam n’aurait pas réussi, et Abane n’aurait pu faire triompher ses thèses», écrivait le défunt Benyoucef Benkhedda, président de la fondation qui porte son nom. Ce témoignage illustre à lui seul le poids de celui qui, le jour de son arrestation par les parachutistes de Bigeard, le 23 février 1957, a arboré un sourire triomphant et une posture de la plus haute dignité. Mains et poings liés, l’air des plus défiants, cette image marquera à jamais l’imaginaire des Algériens et collera au personnage pour l’éternité.

    Son activisme et sa bravoure donnaient tellement de peines aux stratèges français que son arrestation fut saluée comme une grande victoire. Il aura fallu 24 heures à ces derniers pour réaliser que celui qui fut arrêté tout à fait par hasard la veille était l’une des «têtes» les plus recherchées de la capitale pour avoir été l’un des artisans de «la bataille d’Alger». «Je me suis ordonné de ne rien vous dire ! » serait vraisemblablement la dernière phrase qu’il prononça, tenant ainsi son engagement moral de ne pas succomber à l’avilissement de la trahison et de la faiblesse.

    Quitte à rendre l’âme sous la torture dans la sinistre villa Susini à Clos Salembier (El Madania), au bout de dix jours de détention dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. «Donnez-nous vos avions et vos bombardiers, nous vous donnerons nos couffins !» avait-il osé rétorquer à la suite de son arrestation lorsque les Français lui reprochèrent le recours à la méthode de lutte qui consistait à poser des couffins piégés dans des lieux publics qu’ils fréquentaient exclusivement.

    Si Abane Ramdane fut surnommé, à juste titre, «l’architecte de la révolution», Ben M’hidi en aura assurément été l’un de ses maîtres d’œuvre. «Ils se sont complétés l’un l’autre dans la tâche gigantesque de consolidation du mouvement de libération à un moment crucial de son histoire : quand il fallut, à partir du printemps 1956, gérer avec audace et maîtrise, son passage du stade insurrectionnel initial à la phase révolutionnaire proprement dite. Et là, leur apport, stratégiquement parlant, a été à la fois immense et décisif», témoigne encore Benyoucef Benkhedda, l’unes des figures historiques ayant le mieux connu les deux martyrs de la révolution.

    En ce 20 août 1956, il est président de séance, et l’un des grands stratèges de la fameuse réunion aux côtés d’Abane Ramdane, de Krim Belkacem, de Zighoud Youcef et d’Ouamrane. Ce qui fera sans doute aussi bien d’Abane que de Ben M’hidi des dirigeants hors pair, c’est leur conviction que la révolution n’atteindrait jamais son ultime objectif si les Algériens ne sont pas soudés. D’où le souci de doter la révolution d’une direction politique homogène en impliquant les plus nationalistes parmi les responsables.

    Le congrès de la Soummam devait servir à la mise au point d’une stratégie à même de permettre de tenir tête à l’une des armées les plus puissantes de l’époque. Les initiateurs de la rencontre l’avaient compris. Mais lors des débats ayant animé le congrès, des divergences sont apparues quant à la présence de certaines personnalités politiques d’avant le 1er novembre 1954, dont les militaires se méfiaient. Le colonel Ouamrane avait, témoigne-t-on, osé exprimer tout haut ces divergences que d’aucuns pensaient tout bas.

    Il a fallu tout le talent de Ben M’hidi, écrit Y. Courrière, pour convaincre le colonel en invoquant la recherche par les Français d’une troisième force : «A aucun moment, nous ne devons laisser se constituer une troisième force, une tendance qui pourrait négocier avec la France en dehors du FLN», expliquait le bras droit et compagnon d’Abane. Celui qui disait aussi : «Mettez la révolution dans la rue et vous la verrez reprise par douze millions d’hommes», lui qui était, d’après Benkhedda, le type même du militant du PPA qui s’est profondément nourri de nationalisme et de religion. Une religiosité si solide qu’elle battait aisément en brèche la thèse galvaudée par les Français selon laquelle il a lui-même mis fin à ses jours. Pour ceux qui ont bien côtoyé, le «Jean-Moulin algérien», cette thèse a valeur de sacrilège pour un révolutionnaire de sa trempe…

  6. #6
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    Jeudi 20 Août 2009 -- La commune d’Ouzellaguen, située sur la rive gauche de l’oued Soummam, à 20 km d’Akbou et à 60 km de Béjaïa, est en effervescence depuis quelques jours, dans l’attente de la commémoration du Congrès de la Soummam, tenu dans l’un de ses villages de haute montagne, à Ifri, un certain 20 août 1956. Un programme riche et varié à été concocté pour la célébration du 53e anniversaire du Congrès de la Soummam, lors duquel une véritable plate-forme de restructuration de la Révolution algérienne a été adoptée. Ainsi, seront accueillies des délégations d’officiels et de représentants de la société civile, qui se rendront au village d’Ifri, sur le lieu même où le congrès s’était tenu et où un musée et un mémorial ont été édifiés. Cela étant, peut-on parler du Congrès de la Soummam sans citer le nom de son concepteur, Abane Ramdane, qui, comme ses compagnons de lutte, a été un moudjahid de la première heure et un digne fils de l’Algérie combattante. Des hommes malheureusement méconnus d’une grande partie du peuple, notamment les jeunes, en mal de repères mais avides de connaître l’histoire de leur pays. Et l’on ne peut évoquer la mémoire de ce grand homme et celle de ses compagnons de lutte sans citer les résolutions principales, de véritables assises données à la Révolution algérienne lors de ce congrès. Mais ce qui manque le plus, c’est «le débat», seul à même de faire connaître aux générations post-indépendance l’importance d’un tel événement, qualifié par plus d’un d’acte fondateur de l’Etat algérien, notamment à travers ce principe fondamental : la primauté du politique sur le militaire. Une résolution qui se veut un enracinement des bases fondamentales de la démocratie dans une nation qui s’acheminait vers son indépendance. Une indépendance acquise chèrement après une guerre de plus de 7 ans et qui a fait 1,5 million de martyrs. Depuis 53 ans, les commémorations de ce congrès se suivent sans se départir d’un certain folklorisme ponctué de discours de circonstance. Au programme de la manifestation, cette année, des concours de chants patriotiques et des séquences de films anciens se rapportant à la guerre de libération nationale. Du déjà vu… et revu ! La journée sera marquée, comme à l’accoutumée, par la présence d’officiels et de représentants de la société civile, dans un décor de guirlandes, de fanions et de drapeaux flottant aux quatre vents. Enfin, il convient de noter que dans la même journée, il sera également célébré le 20 Août 55, date anniversaire de la grande offensive dans le Nord constantinois.

  7. #7
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    Jeudi 20 Août 2009 -- Les organisateurs du congrès de la Soummam ont beaucoup compté sur lui en lui confiant le volet sécuritaire, qu’il a assuré avec dévouement car sachant l’importance de la mission qui lui était confiée. Dans la vallée de la Soummam, on ne peut parler de la guerre de libération nationale sans évoquer la mémoire d’un moudjahid authentique, entièrement dévoué à la patrie. Dès son jeune âge, il s’imprègne de la fibre nationaliste. De son vrai nom Fedal Ahmed mais plus connu sous son nom de guerre, «commandant Si H’mimi», il nous a quittés le 26 mars 2004. Il a été inhumé au Carré des Martyrs d’El-Alia, aux côtés de ses compagnons d’armes. Sa famille et ses proches parmi les révolutionnaires, en guise de vibrant hommage à un grand patriote au parcours exemplaire, ont érigé une stèle à sa mémoire au cimetière des chouhada de la commune de Beni Maouche, sur cette terre qui l’a vu naître, grandir et mourir. Né en 1923 au village d’Aguemoune, dépendant de la daïra de Beni Maouche, dans la wilaya de Béjaïa, il est élevé dans une modeste famille paysanne. Dès son jeune âge, il milite dans le Mouvement national. À 22 ans, il participe au soulèvement du 8 mai 1945 où, repéré par les soldats français, il est incorporé d’office au service militaire. Affecté au 19e bataillon de la caserne d’Hussein Dey, à Alger, il noue des contacts avec de jeunes Algériens, nationalistes, qui partagent les mêmes convictions. Il est libéré avant terme, le 17 octobre 1946, après la victoire des Alliés sur l’Allemagne. Quelques mois après, en mars 1947, il rejoint le PPA/MTLD. Et depuis, il ne cesse de sensibiliser les citoyens de la région pour qu’ils rejoignent ce parti. Le 18 août 1954, il prend part avec 11 de ses compagnons à une réunion à Ighil Ouadhou, à 2 km de son village natal, où il est décidé de la formation de groupes de moudjahiddine de 4 éléments chacun. Son groupe aura à son actif plusieurs embuscades tendues à l’ennemi, toujours jalonnées de succès. Il jouit d’une grande estime auprès du colonel Amirouche, qui fit de lui l’homme de confiance dans la vallée de la Soummam. Si H’mimi accède ensuite au grade de commandant, grâce à son héroïsme et à son amour de la patrie. Le 18 juillet 1955, il va à une rencontre avec le colonel Amirouche, à Ath Amar Ouzegane, où il est décidé de la refondation du groupe. Si Hamimi est désigné comme adjoint. Le 18 août 1955, sur renseignements fournis par la population, le groupe de Si H’mimi tend une embuscade à une personnalité française et son cortège, au lieudit Delaga. Dans l’accrochage, deux moudjahiddine trouvent la mort. Malgré ces pertes, le colonel Amirouche félicite le deux chefs du groupe pour leur bravoure. Le 17/09/1955, le groupe attaque un convoi de la gendarmerie au lieudit Sahel, près de Seddouk. Le 15/02/1956, dans la région de Bordj Bou Arréridj, le groupe, aux côtés de 130 moudjahiddine, tend une embuscade à une importante unité de soldats français. L’ennemi subit des pertes humaines et matérielles importantes : beaucoup de parachutistes sont tués, 18 armes de guerre récupérées et 3 soldats français capturés. Lors de l’organisation du congrès de la Soummam, le colonel Amirouche fait appel à ce groupe pour assurer la sécurité des congressistes. Le 17/08/1957, Si H’mimi est blessé dans un accrochage avec les soldats français à Iamourene, dans la région d’Akbou. Lors de l’opération «Jumelles» où toute la Kabylie est passée au peigne fin par les forces armées françaises, son groupe arrive à passer entre les mailles du filet du général Massu. Le 07/08/1959, son groupe donne du fil à retordre aux paras français sur un champ de bataille entre Tansaout et Bouhamza. À l’indépendance, Si H’mimi répondra toujours présent à chaque sollicitation pour des conférences sur notre glorieuse révolution.

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