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  1. #1
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    Décès de Charles-Robert Ageron


    Samedi 6 Septembre 2008 -- Charles-Robert Ageron, considéré comme le plus grand historien de l’Algérie colonisée, est décédé mercredi dernier à l’âge de 85 ans après une longue maladie alors qu’il était pris en charge à l’hôpital Kremlin-Bicêtre de la banlieue parisienne. L’anticolonialiste obstiné, l’érudit consciencieux et «le chercheur infatigable», comme aimait à le qualifier l’un de ses confrères, Daniel Rivet, s’en est donc allé après bien des années de vie consacrées à la conquête de ces vérités du passé qu’il voulait faire résister à l’oubli et au passage dévastateur du temps.

    De l’Algérie de 1947 qu’il découvre pour la première fois, c’est l’image noire de la réalité coloniale qu’il gardera dans son esprit alerte. L’image d’une société musulmane algérienne anéantie par le joug de l’administration coloniale. Il se plaira à analyser cette réalité qui a certainement dû le bouleverse humainement. Mais il n’en transparaîtra rien dans son œuvre. Dans son travail d’historien, point de lyrisme ou de critique doctrinaire mais seulement rigueur et objectivité pour la mise en valeur de la vérité. Retour sur le parcours de celui qui voulait lever le voile sur la vie de l’Algérie au temps des Français, de l’opinion française et de la question coloniale.

    Né en 1923 à Lyon, Charles-Robert Ageron a fait des études d’histoire. Jeune agrégé, il est nommé en 1947 au lycée Théophile-Gautier à Alger. En 1957, il devient professeur au lycée Lakanal de Sceaux, puis de 1959 à 1961 attaché de recherches au CNRS. En 1961, il obtient le poste d’assistant puis de maître-assistant à la Sorbonne, où il enseigne jusqu’en 1969. En 1968, il soutient sa thèse d’Etat intitulée les Algériens musulmans et la France 1871-1919, sous la direction de Charles André Julien, un autre historien qui a su marquer la recherche sur l’histoire de l’Algérie durant l’époque coloniale.

    Maître de conférences, puis professeur à l’université de Tours de 1969 à 1981, puis à l’université Paris XII dont il a été longtemps professeur émérite, Charles-Robert Ageron s’est retiré, ces dernières années, du fait de sa maladie, de la vie intellectuelle et universitaire française après avoir également présidé la société et la revue françaises d’histoire d’outre-mer. En 2000, un colloque réunissant à la Sorbonne plusieurs dizaines d’historiens des quatre coins du monde avait rendu hommage à l’érudition et à l’esprit méthodique de l’historien incontournable qu’il a été. Ses obsèques auront lieu la matinée de mardi prochain à l’église Saint Leonard à l’Hay-les-Roses.

    Parmi ses nombreuses publications figurent les Algériens musulmans et la France 1871-1919, le Gouvernement du général Berthezène à Alger (1831), Histoire de l’Algérie contemporaine (1830-1988), Gambetta et la Reprise de l’expansion coloniale, Politiques coloniales au Maghreb, l’Anticolonialisme en France de 1871 à 1914, France coloniale ou parti colonial ? Histoire de l’Algérie contemporaine (1871-1954) et l’Algérie algérienne de Napoléon III à de Gaulle.

  2. #2
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    Benjamin Stora :


    Samedi 6 septembre 2008 -- Hasard de l'agenda éditorial, le professeur Charles Robert Ageron est décédé à la veille de la sortie en librairie du dernier livre de Benjamin Stora, «Les guerres sans fin» (Editions Stock). L'historien, dont la thèse de doctorat a été dirigée par le défunt, exprime sa reconnaissance au professeur. Extraits publiés avec l'autorisation de l'auteur.

    « J'ai commencé à m'intéresser à l'histoire algérienne en préparant ma thèse, en 1974, sur Messali Hadj, l'homme qui avait construit les premières organisations nationalistes algériennes, puis avait été vaincu par le FLN pendant la guerre d'Algérie. Le choix d'un directeur de recherches était délicat, peu de professeurs d'universités s'intéressaient dans le début des années 1970 à l'histoire algérienne. Un nom cependant s'imposait, celui de Charles Robert Ageron, auteur d'une monumentale thèse sur les Algériens musulmans en France soutenue en 1968 (...) il était constamment à l'écoute de ses étudiants ou d'autres universitaires, et de sa voix calme s'attachait à révéler, par des expressions simples, les fissures et les ombres de l'histoire. Affable, souriant, il ne laissait rien paraître de ses désaccords intérieurs, sans pour autant renoncer à n'en faire qu'à sa tête, bref il était à l'opposé des tribuns, des orateurs aux voix assurées et puissantes que je pouvais entendre du haut les tribunes des meetings de l'époque.

    Né en 1923 à Lyon, Charles Robert Ageron, agrégé d'histoire, avait rencontré l'Algérie en pleine guerre, au moment de la fameuse « Bataille d'Alger » en 1957, alors qu'il enseignait au lycée de cette ville. Il appartenait au groupe des « libéraux », ces hommes et ces femmes qui avaient cru possible une réconciliation des communautés en Algérie, et, qui, sans se prononcer de manière explicite pour l'indépendance de l'Algérie, se battaient pour la paix. Sa position, à la charnière des camps qui se déchiraient, complexe et ambiguë, m'intriguait rétrospectivement. J'étais convaincu que l'indépendance algérienne était inéluctable, et que cette idée d'une conciliation sans rupture avec la France, manquait de réalisme. Cette position était toujours sévèrement jugée par les historiens de l'après indépendance. Les questions qu'Ageron soulevaient alors, celles des « occasions perdues » et des « bifurcations échouées » dans l'Algérie coloniale, m'apparaissaient plus pertinentes, à l'époque, que les certitudes définitives de ceux qui regardaient l'histoire déjà accomplie. En procédant de la sorte, il donnait plus d'épaisseur humaine aux situations historiques, en mouvement, en devenir, loin des victoires spectaculaires données d'avance. C'est lui que j'ai choisi pour commencer mes recherches, il était alors professeur d'histoire contemporaine dans une université de province, à Tours, n'ayant pas pu imposer un enseignement d'histoire de la colonisation à la Sorbonne où il avait été assistant (..) Le professeur Ageron m'a montré comment dissocier l'écriture de l'histoire de ses enjeux idéologiques. J'étais alors profondément marqué par mes engagements politiques à l'extrême gauche, dans la période toujours bouillonnante de l'après 1968. Il m'a appris à traquer les faits, à me défier des idéologies simples et « totalisantes », à chercher et croiser des sources, à ne pas me laisser séduire par les discours enthousiastes des acteurs-militants. Bref, à aller à la recherche du réel, à écrire l'histoire, à m'éloigner des rivages de la pure idéologie ».


  3. #3
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  4. #4
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