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Thread: Les révélations de Chadli
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1st December 2008 01:58 #8
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2nd December 2008 20:35 #9
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Sonia Lyes :
Mardi 2 Décembre 2008 -- Il va parler. Chadli Bendjedid qui a fait une sortie fracassante ce week-end lors d'un séminaire sur le fondateur de la base de l'est va une nouvelle se prononcer sur plusieurs dossiers via une contribution qui sera publiée dans deux quotidiens nationaux, Liberté et El Khabar, a appris toutsurlalgerie (tsa-algerie.com) auprès d'une source proche de l'ancien président.
Chadli Bendjedid, dont la sortie a donné lieu à moult supputations va, selon la même source, revenir sur le « complot des colonels », la question des DAF (déserteurs de l'armée française) ou encore le rôle de ce qui communément appelé les trois « B » (Boussouf, Bentobbal, et Belkacem Krim). L'ancien Président dont certaines révélations semblent avoir provoqué des « remous » en haut lieu reviendra également sur le procès controversé de Châabani et le mystérieux suicide de Saïd Abid. Chadli Bendjedid entend également apporter quelques « correctifs » à ce qu'il considère comme des déformations » de la part des médias.
Interrogé sur la question lors du sommet de l'alliance présidentielle, le secrétaire de l'instance exécutive du FLN, Abdelaziz Belkhadem s'est montré quelque peu gêné. « Chadli est un homme politique qui a dirigé le pays. Il a fait des jugements respectables, mais pour qu'il y'ait débat sur certaines questions soulevées, il faut que tout le monde se prononce » a estimé Belkhadem.
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3rd December 2008 13:02 #10
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Mercredi 3 decembre 2008 -- Le ministre des Moudjahidine a essayé, en marge d’une rencontre scientifique sur les travaux du docteur Yahia Bouaziz à Oran, de minimiser des déclarations virulentes lancées par l’ex Président, Chadli Ben Djedid, contre les officiers de l’armée Française qui ont rejoint la guerre. Mohamed Cherif Abbès a, après hésitation, déclaré à El Khabar : « le Président avait gouverné le pays pendant 13 ans, et il a le droit de faire des déclarations », avant d’enchaîner en disant : « Nous demandons au Président Chadli d’écrire ses mémoires …car sa participation dans la guerre de libération lui permet de contribuer à enrichir le débat sur l’histoire ».
Mais le ministre a refusé de s’immiscer dans le dossier des essais nucléaires et il s’est contenté de déclarer « je ne suis pas au courant du sujet », préférant éluder sa responsabilité vis-à-vis des milliers de victimes des essais nucléaires à Reggane, Adrar et à Ain Iker à Tamanrasset, qui attendent, depuis un demi siècle, un égard des parties officielles pour élaborer une liste nominative de ceux qui ont été exposés aux radiations, et les dossiers appuyés pour entreprendre des mesures judiciaires contre l’Etat Français. En particulier lorsqu’on sait que le gouvernement Français a élaboré un projet de loi portant indemnisation des militaires et des civils, exceptés les Algériens.
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3rd December 2008 20:38 #11
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Sonia Lyes :
Mercredi 3 decembre 2008 -- Dans une tribune à paraitre jeudi dans deux quotidiens nationaux, Liberté et El Khabar, l'ancien Président de la république Chadli Bendjedid réitère ses accusations contre l'ancien chef d‘état major de l'armée Khaled Nezzar et contre le premier président Ahmed Benbella. Il reproche également à la presse d'avoir déformé ses propos et se dit étonné par les réactions que ses déclarations ont suscité dans le pays.
« Je n'ai rien contre les gens qui avaient servis dans l'armée française mais contre ceux ayant fait partie de la promotion Lacoste (les DAF, déserteurs de l'armée française) qui n'était rien d'autre qu'une tentative de la puissance coloniale pour infiltrer la révolution », écrit l'ancien président dans sa tribune rédigée en langue arabe et que toutsurlalgerie (tsa-algerie.com) a pu consulter. « Khaled Nezzar a été envoyé par Krim Belkacem pour surveiller les maquisards de la base de l'Est qui avaient refusé de l'accepter. C'est moi-même qui avais intercédé auprès des amis pour le convaincre de respecter les décisions de la hiérarchie », ajoute Chadli.
Concernant l'affaire Chabani, l'ancien président persiste et signe : « Benbella a exigé du tribunal dont il avait fait partie la condamnation à mort de Chabani ». Chadli explique aussi que lui « et les autres membres du jury n'étaient pas convaincus par la justesse du verdict et ils comptaient intercéder auprès de Benbella pour commuer la peine de mort en un emprisonnement. C'est Saïd Abid qui était chargé de la mission. Il a été insulté par Benbella qui lui a interdit de ne plus jamais lui téléphoner, en lui raccrochant au nez ». Concernant la mort de Saïd Abid, Chadli assure dans sa tribune qu'il s'agit d'un suicide. « Il s'est suicidé à cause des pressions, selon sa femme », écrit l'ancien président.
Hormis ces affirmations sur des faits historiques que beaucoup d'Algériens notamment de la jeune génération ignorent, l'ex Président a fait l'impasse sur plusieurs dossiers : son départ en 1992, la question du régime parlementaire qu'il a affirmé vouloir instauré... Tout comme il n'a soufflé mot sur la révision constitutionnelle qu'il avait pourtant critiqué lors de sa première sortie jeudi dernier. Il s'est dit simplement étonné de la « virulence » de certaines réactions à ses déclarations faites à El Tarf. Selon lui, ses propos ont été mal interprétés et sortis de leur contexte, sans spécifier les passages qui auraient été, à ses yeux, déformés par les correspondants de presse.
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4th December 2008 00:59 #12
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Mercredi 3 decembre 2008 -- Le quotidien Liberté, dans son édition de jeudi 4 décembre, publie une contribution de l'ancien président Chadli Bendjedid. Toutsurlalgerie vous propose de la lire intégralement :
Il n'est pas dans mes habitudes de répondre à ce qui s'écrit sur moi et sur la période de ma gestion des affaires de l'État dans la presse nationale. J'ai sciemment opté pour le silence, non pas pour éviter de dire la vérité, mais en raison du sens de l'honneur d'être un moudjahid et ma perception de responsabilité, en tant qu'homme d'État, m'empêche d'entrer dans des débats autour de questions sensibles qui prennent, fort malheureusement, chez nous, dans la majorité des cas, le caractère d'un débat stérile, du verbiage de bas étage, d'un règlement de comptes et de l'insulte. Ce qui a été publié dans certains quotidiens nationaux comme articles et comptes rendus sur mon intervention à El-Tarf devant mes compagnons d'armes de la base Est et des étudiants du centre universitaire en est la meilleure preuve. Certes, je ne blâme pas les correspondants locaux pour les erreurs qu'ils ont commises dans la transcription des passages de mon intervention, et de les avoir sortis de leur contexte. C'est peut-être dû au fait qu'ils n'étaient pas assez informés sur les faits historiques de la révolution pour la libération. Mais je fus énormément surpris par la violence des attaques contenues dans certains articles sur ma personne et sur la période de gestion des affaires de l'État, donnant l'impression que des ficelles seraient tirées par des parties occultes qui n'ont pas intérêt à ce que Chadli Bendjedid parle. Et pour mettre un terme au débat à travers lequel certains voudraient faire croire que Chadli Bendjedid voudrait brouiller les cartes, ou qu'il voudrait influer sur les convulsions politiques actuelles, ou qu'il se proposerait comme une alternative à ce que certains appellent "la crise", j'estime qu'il est de mon devoir de préciser les principaux points contenus dans ma longue intervention à El-Tarf, corriger certaines erreurs et remettre les questions soulevées dans leur véritable contexte.
La base de l'est
Il n'y avait pas d'accord entre les commandants de la zone de Souk-Ahras, malgré les efforts louables entrepris par Amara Boukelaz pour concrétiser l'idée de création de la wilaya de Souk-Ahras sur le plan politique et organique. Les causes de l'échec étaient multiples, dont les divergences de vues sur les questions de la discipline, les critères d'accès aux postes de responsabilité et la guerre de leadership qui était nourrie par des considérations claniques et régionalistes. Cela a coïncidé avec les préparatifs qui étaient en cours, durant le premier semestre de 1956, pour la tenue du premier congrès de la Révolution pour évaluer son parcours et corriger les erreurs et, surtout, la doter d'un programme politique et d'une structure organique qui lui éviterait les dangers de la déviation. L'idée de tenir une rencontre entre les dirigeants de la Révolution était soumise à cette époque. C'est Ben Boulaïd qui en fut l'initiateur, mais sa mort en a voulu autrement. Après les attaques d'août 1955, il a été convenu de tenir la rencontre dans la zone II. Ali Kafi me l'a confirmé récemment. El-Mechrouha, dans les monts de Béni Salah, siège du commandement de Amara Boukelaz, fut choisie pour abriter le congrès, en raison du fait qu'elle est une zone sûre, au relief accidenté et au maquis dense, ce qui empêche l'armée française d'y accéder, mais aussi en raison de sa proximité avec la frontière tunisienne, ce qui permet aux responsables se trouvant à l'étranger d'y prendre part sans prendre de risques. Cependant, l'interruption de la communication en a voulu autrement. Les responsables de la révolution ont préféré tenir le congrès dans le village d'Ifri dans la vallée de la Soummam.
Notre délégation au congrès
Amara Boukelaz n'a pu se déplacer pour rencontrer les responsables de la révolution, en raison de la situation dangereuse vécue par la région. Il a alors délégué en juin 1956 Hafnaoui Ramdania et Amar Benzouda pour expliquer le point de vue des moudjahidine d'El-Kala et de Souk-Ahras et a envoyé avec eux un rapport détaillé sur la situation politique, militaire et économique dans la région. Il a demandé au congrès de s'abstenir de prendre la moindre décision au sujet de Souk-Ahras et l'envoi d'une délégation pour l'étude de la situation sur place qui a empiré après le blocus imposé par l'armée française depuis le début de 1955 et la multiplication des opérations de ratissage, ainsi que l'anarchie créée par les moudjahidine des Nememchas, après leur retrait vers les monts de Tébessa. Boukelaz a envoyé une seconde délégation pour prendre attache avec la direction de l'étranger et l'a chargée de la même mission. Et, lors du passage de Ramdania et Benzouda par le nord constantinois, ils ont rencontré Tahar Bouderbala et un autre responsable, qui pourrait être Ali Kafi. Lorsqu'ils ont su l'objet de leur mission, ils les ont informés que le congrès s'était tenu et leur ont demandé de leur délivrer les documents qui étaient en leur possession pour les transmettre à la direction de la révolution. Ramdania et Benzouda sont retournés à Souk-Ahras à la fin du mois de juin. Mais nous fûmes surpris de la tenue du congrès au mois d'août dans la vallée de la Soummam sans la participation de la wilaya I après la mort de son chef, Mustapha Ben Boulaïd, et l'absence de la délégation de l'étranger, ainsi que l'exclusion de la région de Souk-Ahras. Nous fûmes également surpris d'apprendre que d'importantes décisions concernant le devenir de la révolution et de la région de Souk-Ahras ont été prises par le congrès. Les congressistes n'ont pu prendre connaissance de notre rapport qui a probablement été caché ou déchiré.
Le congrès a maintenu Souk-Ahras sous la coupe de la zone II, devenue wilaya II. Le congrès avait, également, pris des résolutions qui n'avaient pas fait l'objet d'un consensus, notamment la primauté de l'intérieur sur l'extérieur et du politique sur le militaire.
Après notre refus des résolutions du congrès de la Soummam, nous fûmes accusés d'être des "perturbateurs". Cette étiquette nous restera collée longtemps durant. Le comité de coordination et d'exécution (CCE) a refusé de nous fournir la moindre assistance matérielle après la demande introduite par Amar Boukelaz. Un véritable blocus économique nous a été imposé. Les habitants de la région frontalière ont dû fuir en Tunisie et nous fûmes contraints de compter sur nous-mêmes pour approvisionner l'armée en nourriture. Nous avons passé six mois à manger de la souika, qui est un mélange de blé moulu et de caroube malaxé avec de l'eau fourni aux djounoud comme nourriture. Pour sortir de cette crise, le commandement a décidé d'exploiter les matières premières, notamment le lichen. Le commandement a réussi à réunir le matériel nécessaire pour couper le lichen en faisant appel aux moudjahidine qui avaient déjà travaillé dans ce secteur. La production était acheminée, ensuite stockée sur le sol tunisien. Pour être vendue sur les marchés tunisiens. Amara Boukelaz a réussi à vendre la cargaison de deux bateaux de lichen à l'Italie, comme il a contacté le ministre des finances tunisien pour nous exempter d'impôts ; mais le ministre a refusé. Ces revenus nous ont aidés à améliorer notre situation économique.
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4th December 2008 00:59 #13
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La rencontre avec Ouamrane
Après le congrès de la Soummam, Zighoud Youcef a délégué Amar Benaouda pour superviser les frontières et Brahim Mezhoudi pour mettre fin au mécontentement régnant à Tébessa. Mais les émissaires n'ont pas usé du dialogue et de la conviction et ont eu recours à la violence et aux armes pour imposer les résolutions du congrès de la Soummam. Ils ont échoué et sont entrés en Tunisie. Nous avons senti, après le congrès de la Soummam, l'exclusion et l'isolement, et la déception était grande au sein des mouadjahidine. Amara Boukelaz a entrepris une vaste opération de sensibilisation et repris le contact avec les responsables de l'ALN à Souk-Ahras, Sedrata, Khenchela et les Aurès qui ont tenu une rencontre en décembre 1956 et tenté, à nouveau, de créer une wilaya indépendante des wilayas I et II et qui s'appellerait Aïn El-Beïda. Ils rejetaient les résolutions du congrès de la Soummam en raison de la non-représentation de toutes les régions, sa contradiction avec la première trajectoire de la révolution et sa reconnaissance de la primauté du politique sur le militaire et l'omission de mentionner que l'Algérie est arabe et musulmane. En outre, ils ont demandé d'exclure les éléments qui ont continué à travailler en Tunisie, la création d'une commission composée de toutes les régions pour la communication et la coordination et l'extradition de Mezhoudi et de Benaouda de la Tunisie. Ils se sont engagés à transporter les armes aux régions intérieures et ont renouvelé leur confiance en Ali Mahsas, en tant que représentant politique et militaire de l'ALN à l'extérieur.
Durant cette période, nous avons contacté Ahmed Ben Bella qui n'avait pas accepté les résolutions du congrès de la Soummam. Il a dépêché Ahmed Mahsas pour prendre attache avec nous, et c'est la première fois que j'en fis connaissance. Nous lui avons expliqué les efforts que nous fournissions en matière d'organisation, de recrutement et d'entraînement avant la création de la base de l'est. Après l'échec de la mission de Mezhoudi et Benaouda, le comité de coordination et d'exécution a envoyé, à la fin de 1956, Omar Ouamrane - qui était désigné, à cette époque, responsable de l'organisation militaire de la délégation du FLN à l'étranger - en Tunisie pour tenter de remédier à la situation détériorée en Tunisie et évincer Ali Mahsas et ses partisans qui refusaient toujours les résolutions du congrès de la Soummam. Des affrontements ont eu lieu entre les deux clans, obligeant Bourguiba à intervenir pour mettre fin au conflit. Mahsas a fini par quitter la Tunisie. À cette époque, Ouamrane a rencontré Amara Boukelaz et ses lieutenants qui lui ont expliqué la position des moudjahidine de la région. Boukelaz lui a proposé de tenir une réunion avec les responsables des sections dans la région. C'est ainsi que nous avons pris la route, au début de 1957, de Souk Larbâa, dans la région de Baja et rencontré Ouamrane dans la ferme d'un des petits-fils d'El-Mokrani.
Amara Boukelaz nous a présenté Ouamrane comme étant délégué par le comité de coordination et d'exécution pour étudier la situation de Souk-Ahras sur le terrain. Boukelaz est sorti et n'a pas assisté à la réunion. Ouamrane nous a exposé les résolutions du congrès de la Soummam, insistant sur leur caractère national, et évoqué les grands défis qui attendent la révolution et la nécessité d'unir les rangs. Il a dit, à la fin, que la création d'une nouvelle wilaya contredit les résolutions de la Soummam. Après l'opposition rencontrée de notre part, il a tenté de nous convaincre de le choisir comme notre responsable, mais nous avons refusé et nous avons maintenu notre confiance en nos responsables. La réunion a pris fin la nuit et nous nous sommes séparés, chacun de son côté. Suite à cela, Ouamrane a présenté un exposé de sa mission au comité de coordination et d'exécution, proposant la création d'une organisation spécifique pour la région.
Boukelaz affirme, dans ses déclarations, qu'"il détient les documents qui le prouvent, parmi lesquels le document où le comité de coordination et d'exécution admet que la wilaya de Souk-Ahras devienne une base d'approvisionnement au statut de wilaya. Il porte la signature de Ben Khedda, Krim Belkacem et Sâad Dahleb". Bentobbal n'a pas signé le document pour une raison simple, qui est son refus de séparer la région de Souk-Ahras de la wilaya II et ses divergences profondes avec Amara Boukelaz. Les dirigeants de la wilaya II n'ont pas avalé l'idée de création de la base de l'est et certains d'entre eux ont continué jusqu'en 1962 à la considérer comme faisant partie de la wilaya II. Ainsi est née officiellement la base de l'est. Mais la décision du comité de coordination et d'exécution est venue consacrer une réalité qui existait depuis une année auparavant.
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4th December 2008 00:59 #14
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Le complot Lâamouri
Beaucoup a été dit et écrit au sujet de l'incident de Kef, ou comme l'appellent faussement certains le "complot des colonels", et parfois le "complot Lâamouri". Beaucoup, y compris ceux qui n'avaient rien à voir, ont donné leur avis sur ses causes et ses ramifications. Je dois préciser, de prime abord, que nous, dans la base de l'Est, n'avions jamais utilisé le mot "complot". Parce que ce mot, avec ses connotations péjoratives et ses utilisations politiques, pouvait donner une lecture erronée au sujet d'un épisode dramatique parmi les épisodes de notre lutte armée, ou qu'elle dénature l'image de notre Révolution, à travers sa présentation comme faisant partie des complots ou de renversements. Tout cela est complètement faux. Parce que j'ai vécu quelques parties de l'épisode du Kef, que j'ai rencontré quelques membres du gouvernement provisoire pour négocier avec eux sur le sort de Lâamouri et ses compagnons avant leur exécution, j'estime qu'il est de mon devoir d'apporter mon témoignage sur ce sujet.
En réalité, l'affaire n'était pas une lutte pour le pouvoir ou une lutte d'un clan contre un autre. L'affaire concernait des divergences profondes sur les méthodes de commandement de la lutte armée, la façon de gérer politiquement la Révolution et le choix des dirigeants, c'est-à-dire le sort de la Révolution de façon générale. Lâamouri, Aouachria et Nouaoura, ainsi que la majorité des officiers de la Wilaya I et de la base de l'Est étaient persuadés que la Révolution avait dévié de sa trajectoire d'origine et qu'il fallait bouger pour y remédier avant que la situation ne devienne incontrôlable. C'est ainsi qu'a germé l'idée d'user de la violence contre "les trois B" pour les amener à revenir sur les décisions prises à l'encontre de Amar Boukelaz et Lâamouri, après la dissolution du comité des opérations militaires. Il nous faut revenir, un peu en arrière, pour mettre l'incident de Kef dans son contexte véritable, en évoquant le sort de la base de l'Est et ce qui se tramait, à son sujet dans les coulisses. La base de l'Est, née dans la douleur et le sang, n'a pas vécu longtemps. Deux ans après sa naissance douloureuse, elle fut enterrée de façon atroce à la fin de 1958. Le rideau est tombé sur les hauts faits et sacrifices de ses dirigeants et de ses djounoud. Le sort réservé à certains de ses dirigeants a été dramatique, laissant des traces indélébiles dans les esprits des moudjahidine de la région et sur le cours de la Révolution. La base de l'Est était le poumon par lequel respirait la Révolution. C'était son cœur battant. Mais les enjeux qui l'ont entourée depuis sa création l'ont transformée en une source d'appétits aux politiciens, aux aventuriers et aux postulants au leadership.
L'année qui a vu le démantèlement de la base de l'Est était perturbée et dangereuse à plusieurs niveaux. Ainsi, au niveau de la direction du comité de coordination et d'exécution, les divergences se sont accentuées entre ses membres et ont influé, sur le terrain, sur les capacités de combat de l'armée. Ces divergences sont apparues au grand jour et sont devenues un secret de Polichinelle, après l'assassinat de Abane Ramdane à la fin de 1957. Au départ, nous avions cru ce qu'avait écrit le journal El Moudjahid sur sa mort au champ de bataille, mais nous fûmes surpris, après une brève période, par la réalité affligeante d'apprendre que ses compagnons d'armes l'ont entraîné au Maroc pour l'assassiner. Le choc était terrible dans les rangs des moudjahidine. Malgré ses divergences avec Abane, Boukelaz a dénoncé, dans une lettre virulente adressée au comité de coordination et d'exécution, ce lâche assassinat d'un des symboles de la Révolution et a organisé une journée de deuil et de protestation à la base de l'Est.
Pendant ce temps-là, le commandement de l'armée française poursuivait ses plans visant à isoler l'ALN et l'empêcher de bénéficier d'un soutien de l'extérieur. Il avait entamé l'application des plans du ministre de la Défense, André Maurice, et du général Salan. Sur le plan politique, la stratégie de la Ve République, qui est arrivée au pouvoir grâce à des extrémistes et une bonne partie des officiers supérieurs, consistait à faire le double jeu, en alliant les opérations militaires aux concessions partielles au profit des Algériens.
L'arrivée au pouvoir de De Gaulle constituera la plus dangereuse période vécue par la Révolution algérienne. Certains dirigeants politiques ont été trompés en croyant aux initiatives de De Gaulle, notamment après sa visite en Algérie en juin 1958, puis son annonce du plan de Constantine. Ce dernier constituait la carotte. Quant au plan Challes, visant à anéantir l'ALN à travers l'accentuation des opérations de contrôle et de ratissage des zones frontalières, il était le bâton. De Gaulle a couronné sa politique avec sa célèbre proposition de paix des braves que nous considérions comme une capitulation et l'exclusion de tout dialogue au sujet du devenir politique de l'Algérie. C'est dans ces conditions difficiles qu'a commencé la planification pour le démantèlement de la base de l'Est. La première étape fut franchie durant la première moitié de 1958 lorsque Krim Belkacem avait pris précipitamment la décision de créer le comité des opérations militaires aux frontières est et ouest.
Le but annoncé était de charger ce comité de diriger l'action armée à l'intérieur, mais ce fut, en réalité, le début du démantèlement de la base de l'Est et la liquidation de ses responsables. Les divergences entre "les 3 B" sont apparues, y compris pour constituer le Comité des opérations militaires (COM). Boussouf, Krim Belkacem et Bentoubal ont été contraints de trouver un compromis entre eux pour prendre en compte le principe de la représentation régionale et celui de la représentation de toutes les wilayas. Il est devenu clair que le principe de la collégialité du commandement, sur lequel s'est basée la Révolution depuis son déclenchement, avait pris les couleurs du terrain et est entré dans le jeu des équilibres.
Aux frontières ouest fut créé le Comité des opérations militaires dirigé par Houari Boumediene, imposé par Boussouf qui lui a désigné comme adjoint le colonel Sadek. Ils supervisaient la lutte armée dans les Wilayas IV et V. Quant au comité de l'Est, il était un véritable foyer de divergences et de contradictions annonciatrices d'une explosion à brève échéance. Rien ne laissait présager de l'existence des plus simples conditions de coordination et du travail collégial entre son commandant, Mohamedi Saïd (Wilaya III), Mohamed Lâamouri (Wilaya I), Amar Benaouda (Wilaya II) et Amara Boukelaz (base de l'Est ). Le conflit entre Boukelaz et Benaouda avait atteint son paroxysme. Ce dernier était en négociation avec Bentoubal pour isoler Boukelaz. En plus de cela, les troupes venues pour transporter les armes que le COM était chargé de faire rentrer sur le sol algérien n'étaient pas habituées à un commandement centralisé et ne prêtaient allégeance qu'à leurs chefs directs.







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