Samedi 29 novembre 2008 -- Malgré son étendue, l’amphithéâtre du centre universitaire d’El-Tarf s’est avéré exigu pour contenir l’assistance nombreuse venue prendre part à la 1re rencontre sur la base de l’Est où pêle-mêle se retrouvaient des responsables locaux dont le wali, les maires et autres élus ainsi que le S/G de l’organisation des Moudjahidines et l’ex-président de la République, Chadli Bendjedid auquel un accueil chaleureux a été réservé.
Si les intervenants ont été succincts dans leurs interventions à l’image de Saïd Abadou qui a évoqué le rôle de la base de l’Est durant la guerre de Libération, en tant que lieu de transit des vivres et de l’armement, celle de Chadli Bendjedid aura été la plus longue, plus de deux heures. Composée essentiellement de la famille révolutionnaire, l’assistance a écouté avec attention l’intervention de celui qui a été président de la République pendant douze ans.
A propos de la création de la base de l’Est Chadli dira: «il est temps de dire quelques vérités. La base de l’Est est née à la suite de dissensions et d’une crise des fidayine de la zone de Souk Ahras avec le CCE (Comité de coordination et d’exécution du FLN avant le congrès de la Soummam). Nous étions taxés de perturbateurs et cela aurait pu nous porter préjudice et même nous coûter une condamnation à mort. Amara Bouglez a alors contacté Krim Belkacem qui a envoyé Amar Ouamrane. La réunion a eu lieu en Tunisie. La base de l’Est a toujours été en conflit avec les «3B» (Krim Belkacem, Bentoubal, Abdehafid Boussouf). Et d’ajouter: «ce n’est pas le CCE qui commandait la Révolution, ce sont les «3B». La direction de la Révolution a toujours été divisée à cause des conflits internes, des dissensions, des rivalités des dirigeants pour des intérêts étroits, pour la responsabilité. Je dis qu’il faut en parler et en témoigner. Les rivalités entre les chefs ont mené à des crises très graves qui ont mis en danger le cours de la Révolution».
Chadli cite des cas où ces rivalités entre chefs ont manqué de provoquer un affrontement entre les fédayine de la base de l’Est et l’armée tunisienne. «Ils ont même fomenté un complot contre Bourguiba pour le remplacer par Salah Benyoucef». Les conflits avec le CCE étaient tels «qu’ils nous ont envoyé des conseillers militaires de la «promotion Lacoste» pour nous espionner». Les tensions étaient telles que le CEE a rencontré des difficultés avec les 3 zones de la base de l’Est pour contrer les projets des lignes Challe et Morice. Il y avait une défiance des uns à l’égard des autres. Ceci va mener à une crise profonde qui sera le motif de «la rencontre des commandants» avec Boumediène.
Chadli va ainsi, de témoignages en anecdotes, passer en revue plusieurs épisodes de la guerre de Libération, en soulignant que les rivalités étaient omniprésentes et contribuaient au cours donné à la Révolution jusqu’à la réunion de Tripoli, de juin 1962. Il dira à ce sujet: «j’étais d’accord pour le coup de force militaire car les rivalités, les appétits, les conflits entre les chefs étaient si forts que j’étais convaincu que seule la force pouvait apporter le répit et je l’ai dit à Boumediène. A ce propos, je tiens à rendre hommage ici à Mohand Oulhadj qui a oeuvré, en grand patriote, pour réduire la confrontation». «Le premier président devait être Boudiaf qui sortait de prison, Ben Bella était hésitant», ajoute Chadli.
«Je jure que ce que je rapporte est la vérité car ces faits je les ai vécus et ne m’ont pas été rapportés. J’appelle les historiens à être neutres et objectifs pour que personne ne puisse se prévaloir d’une légitimité aux dépends de ses frères de combat, surtout ceux tombés au champ d’honneur. Je jure que durant toute cette période, je n’ai jamais cherché à être chef. Toutes les responsabilités que j’ai exercées m’ont été imposées».
«Sur son lit de mort en Russie, Boumediène a délégué une personne dont je ne citerai pas le nom pour me dire «Chadli doit me remplacer à la tête de l’Etat», mais ce délégué est allé voir d’autres personnes avant de venir m’apporter le message. En ma qualité de membre du Conseil de la Révolution et chef de la 2e Région militaire, je n’ai jamais dit aux militaires de me porter à la présidence mais il est vrai qu’ils ont dit vous avez le choix entre Chadli et Bendjedid»
Concernant Ben-Bella, il dira qu’il n’avait pas le souci d’écrire l’histoire telle qu’elle devait être écrite. Il rapporte l’histoire de Larbi Berredjem qui, en faisant remarquer à Ben-Bella la nécessité d’écrire l’histoire pour les générations futures s’est vu rabroué et répondre «les générations futures n’ont pas besoin de l’histoire».
Concernant l’affaire Chaâbani, Chadli dira: «nous avons tout fait pour que le président (Ben Bella) revienne sur sa décision de l’exécuter et nous n’avons pas compris l’acharnement et l’empressement pour le mettre à mort».
«Je n’ai pas parlé depuis que j’ai quitté le pouvoir et je n’ai pas répondu à toutes les accusations et mensonges qu’on a racontés. Je trouve que le moment est venu de dire certaines choses pour rétablir la vérité mais aussi pour l’histoire».
Continuant ces révélations, il dira: «Tahar est un ami. Je l’ai connu bien avant de connaître Boumédiène. Je lui ai dit que je n’utiliserai pas la force et je n’ai envoyé que les «bazoukistes» contre ses chars. C’est un ami mais Zbiri, à la tête de l’Etat, aurait été un désastre».
Et Chadli Bendjedid de conclure: «à la veille d’octobre 88, au bout de 12 ans à la présidence, je suis arrivé à la conclusion que le régime était condamné à disparaître et les réformes que j’ai annoncées ont soulevé des résistances dans le sérail. Je voulais aller vers un régime parlementaire. Depuis on fait le serment sur le Coran de respecter la constitution et on fait autre chose. Je ne suis pas de ceux là!!!
En marge de la rencontre le S/G de l’ONM dira à la presse que les Algériens ne sont pas concernés par les indemnisations prévues par la France concernant les essais nucléaires de Reggane ou les mines. Les indemnisations iront aux soldats français et aux Algériens enrôlés dans leur armée.
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29th November 2008 20:14 #1
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Les révélations de Chadli
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29th November 2008 20:45 #2
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Samedi 29 novembre 2008 -- L’ex Président Chadli Ben Djedid a expliqué, implicitement, les méfaits du système présidentiel et sa préférence du système parlementaire qu’il voulait consacrer parmi les reformes durant les derniers moments de la période de sa gouvernance qui ont été empêchées par les événements du 5 octobre, et il dit « ils n’étaient pas spontanés. » L’allocution de l’ex Président de la République, Chadli Ben Djedid, a duré près de trois heures, lors de son intervention dans les travaux de la rencontre historique sur la base Est, qui a été organisée avant-hier à El Taref. Il est revenu sur les événements historiques de cette région de par ses héros et ses combats militaires politiques. Concernant la période de sa gouvernance qui a duré 12 ans, Chadli Ben Djedid a déclaré que sa gouvernance « l’a convaincu de la nécessité de changer le système de gouvernance et de faire passer le flambeau aux jeunes ». Il a ajouté que ces reformes « menacent les intérêts des personnes dans les rouages du pouvoir qui était derrière les événements du 5 octobre 1988 qui n’étaient pas spontanés ». Il a aussi promis de révéler ses détails prochainement, faisant allusion à ses mémoires qu’il est en train de rédiger. Au sujet de la révision de la Constitution, Chadli a énuméré les méfaits de la gouvernance du système présidentiel qui réduit le rôle des députés, et il a émis des réserves sur les modifications perpétuelles de la constitution.
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29th November 2008 20:54 #3
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30th November 2008 17:39 #4
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Dimanche 30 Novembre 2008 -- « À la veille d'Octobre 88, au bout de 12 ans à la présidence, je suis arrivé à la conclusion que le régime était condamné à disparaître et les réformes que j'ai annoncées ont soulevé des résistances dans le sérail. Je voulais aller vers un régime parlementaire. Depuis, on fait le serment sur le Coran, de respecter la Constitution, et on fait autre chose. Je ne suis pas de ceux-là !!!».
L'ancien président Chadli Bendjedid ne va pas manquer de déplaire à la suite de propos tenus à l'amphithéâtre du Centre universitaire d'El-Tarf, en s'attaquant de manière directe à ce qui est au coeur de la pratique politique actuelle : la dévitalisation totale de l'institution parlementaire. Ce qu'il a dit en matière d'histoire ne manque pas d'importance et devrait susciter quelques répliques de l'ancien président Ahmed Ben Bella. Mais, il est évident que c'est son incursion dans le domaine politique - où le débat est totalement absent - qui risque de lui attirer les foudres. Ce dont il est question, c'est le respect de la Constitution, de la confiance à rétablir entre les citoyens et les dirigeants, de la souveraineté populaire et du rôle du Parlement. En se prononçant, même de manière concise, sur ces questions, Chadli Bendjedid se pose bien en contradicteur du cours actuel des choses, dans le système et en politique.
Un message à l'ensemble du régime
C'est d'autant plus intéressant que Chadli Bendjedid - pas plus que Liamine Zeroual d'ailleurs, n'en déplaise à ceux qui veulent inventer une «animation» politique qui n'existe pas - n'est plus candidat à la présidence. Il sera également difficile de l'accuser - sans forcer sur l'argument - d'être animé par une opposition personnelle à Bouteflika. C'est plutôt dans une allure très présidentielle que Chadli Bendjedid s'adresse au système politique dans tous ses compartiments. Le message pourrait être résumé de manière simple : moi, Chadli Bendjedid, ancien président de la République, je ne suis pas d'accord et je me démarque... Et pour des raisons de fond. On objectera sans doute à Chadli Bendjedid de rejeter, aujourd'hui, un système où tout est centré sur la personne du président après en avoir usé pendant sa propre gouvernance. Mais la réponse est connue. A la veille d'Octobre 1988 et après Octobre 1988, Chadli Bendjedid défendait l'idée que l'Algérie avait un problème de «système» pas un problème d'hommes. Il vient de le redire à Tarf : le régime était arrivé à bout de souffle et il fallait en finir avec la légitimité historique et «remettre le pays entre les mains des jeunes». Sa volonté de réforme a été contrariée au sein du sérail et cela a débouché sur les événements d'Octobre 1988. Voilà donc une question où Chadli Bendjedid reste constant et refuse les relectures a posteriori qui font des événements d'Octobre, une simple manoeuvre au sein du régime voire une jacquerie sociale qui ne se revendiquait pas de la démocratie. Comment sortir du système ? En créant les conditions de la politique et de la compétition politique. De ce point de vue, sa défense de l'institution parlementaire n'en prend que plus de relief à une période où elle est réduite à un rôle de faire-valoir, adoptant sans discussion des dispositions qui minent son propre pouvoir.
Une preuve écrite : la Constitution de février 1989
Le président Chadli Bendjedid peut apporter la preuve écrite et signée par lui-même qu'il a poussé vers l'institution d'un Parlement fort pouvant devenir le vrai «lieu» de la politique. Cette preuve, c'est, bien entendu, la Constitution du 23 février 1989, où le rôle du Parlement est essentiel, puisque pouvant censurer et démettre un Chef de gouvernement. Le poids de l'institution parlementaire était tel que l'hypothèse d'une cohabitation entre un président, élu au suffrage universel, et un Chef de gouvernement, représentant une majorité parlementaire, était envisagée. Pour ceux qui l'oublient, la Constitution du 23 février 1989 ne prévoyait pas une limitation de mandats, mais elle était organisée dans une logique d'institutions élues fortes et de compétition politique ouverte. C'est la Constitution de 1996 - celle de Zeroual pour schématiser - qui a institué la limitation de mandats avec, pour objectif, de justifier une démarche de limitation de l'importance de l'Assemblée populaire à travers l'institution d'un Conseil de la Nation. Aujourd'hui, par rapport à la Constitution de février 1989 - celle de Chadli pour schématiser - l'Algérie n'a plus de limitation de mandats présidentiels, elle n'a pas non plus de Parlement fort. C'est, apparemment, ce retour à la situation qu'il avait connue en tant que président sous le parti unique que Chadli Bendjedid n'apprécie pas. Il a de bonnes raisons pour cela. Son intervention a le mérite de soulever un débat politique de fond.
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30th November 2008 20:21 #5
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Mekioussa Chekir :
Dimanche 30 Novembre 2008 -- Rompant avec le coutumier silence dans lequel il a choisi de se confiner depuis la «fin» de sa carrière politique, l’ancien président de la République, Chadli Bendjedid vient de faire parler de lui à travers son intervention devant une nombreuse assistance, jeudi dernier à Tarf, au colloque organisé en hommage au moudjahid Amara Laskri. Devant des centaines de personnes, essentiellement des moudjahidine, il est revenu sur certaines «vérités» qui sont les siennes. Comme un devoir moral qu’il s’était engagé à accomplir pour avoir bonne conscience, il s’est livré à des appréciations quant à certaines questions en liaison avec le devenir de la nation. «Pendant 12 ans, j’ai exercé le pouvoir. Je suis arrivé à la conviction que le système n’est plus valable et qu’il faut le changer pour ouvrir les portes à la jeunesse, et ce, pour qu’elle prenne les rênes du pouvoir et prenne son destin en main et non par la grâce de la légitimité historique», a-t-il lâché après avoir rectifié quelques déclarations et autres faits historiques liés à la révolution dans la région de l’Est algérien.
Sur les événements du 5 octobre 1988, période où il était aux commandes de l’Etat, Chadli Bendjedid se défendra des thèses ayant expliqué l’origine de ce qui avait été qualifié au départ comme «un chahut de gamins» avant d’atteindre les proportions que l’on connaît. «Il faut savoir que j’ai engagé des réformes pour mettre en place un autre système. Des gens ont eu peur à cause des élections en perspective. J’ai été insulté et accusé à tort. J’ai dit la vérité. Je défie quiconque de dire le contraire. Les générations futures doivent connaître la vérité», dira-t-il avant de promettre d’autres «vérités» sur ce dossier sensible. «Je voulais instaurer un système parlementaire pour le retour à la souveraineté nationale et le rétablissement de la confiance entre gouvernés et gouvernants. Je dois dire la vérité devant vouspour les générations futures !» ajoutera-t-il.
Sur son accession au pouvoir en 1979, il étonnera plus d’un en avouant que «toutes les responsabilités» lui ont été imposées : «Boumediene, sentant sa fin approcher, a demandé à ses proches et à certains membres du gouvernement de me confier la direction du pays. Auparavant, il m’avait demandé d’assurer la sécurité de l’Etat. Il faut savoir qu’il y avait 7 postulants à sa succession, dont 3 membres du Conseil de la révolution. Ce que je sais, c’est qu’une réunion des chefs militaires a eu lieu dans une école et que l’armée a décidé que moi seul devait succéder à Boumediene». L’invité du colloque de Tarf reviendra, par ailleurs, sur l’épisode de la tentative de coup d’Etat de Tahar Zbiri pour évincer Boumediene.
Sentant arriver les événements, il dira s’être rendu au domicile de Zbiri pour lui signifier son refus de la violence. En vain. Deux jours plus tard, la tentative de putsch eut lieu et il dut intervenir en plaçant deux sections de «bazookistes» à El Affroun (Blida) pour arrêter la progression des chars en provenance de Chlef. «Tahar Zbiri au pouvoir, cela aurait été une vraie catastrophe !» ponctuera-t-il avant de relever l’assassinat de Saïd Abid, complice de Zbiri. Il reviendra aussi sur la rébellion de Chaabani contre le pouvoir de Ben Bella, laquelle rébellion avait été résolue «pacifiquement» walors que ce dernier avait exigé l’exécution du frondeur, fera-t-il savoir. Revenant sur la période post-indépendance, il justifiera son choix pour les armes pour la prise du pouvoir par des «dissensions inconciliables entre les responsables politiques». Fort heureusement, dira-t-il, cela ne s’est pas fait avec effusion du sang.
Bendjedid saluera, à ce propos, la sagesse de Mohand Oulhadj qui avait permis d’«éviter le pire» lorsque les wilayas 3 et 4 ont voulu prendre les armes pour les empêcher, lui et Boumediene, d’entrer dans la capitale. «Nous avons en premier lieu contacté Boudiaf pour qu’il devienne le premier président de l’Algérie indépendante. Ce dernier a refusé au motif qu’il ne voulait pas être sous la tutelle de l’armée. Nous avons alors choisi Ben Bella. Tous les problèmes se sont déroulés dans l’Est algérien. À l’Ouest, il n’y avait rien», lâchera-t-il. Ces vérités lâchées et ces confessions faites, il reste à savoir pourquoi Chadli Bendjedid a choisi un tel moment pour briser son silence ?
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1st December 2008 00:16 #6
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1st December 2008 00:51 #7
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Dimanche 30 Novembre 2008 -- Que veut-il, que vise-t-il? Quels sont les mystères de cette sortie largement relayée par les quotidiens de la presse nationale après un si long silence d’un homme connu pour ne pas avoir la faconde facile? Il n’ y avait pas que la presse indépendante qui a fait écho des propos de l’ancien président. Même la Télévision nationale s’est crue obligée de souligner sa présence sans pour autant lui accorder plus d’intérêt. Le timing de cette sortie médiatique est trop flagrant dans un contexte politique particulier. Cette sortie n’est-elle pas à relier avec les rumeurs qui circulent au niveau de la capitale, faisant état d’une probable candidature à la présidentielle d’avril prochain, de l’ancien président Liamine Zeroual?
Les propos tenus par l’ancien président Chadli sont en réalité à recadrer dans un contexte non d’ambition politique, sa carrière étant derrière lui, mais d’ordre purement éditorial. L’on a appris, en effet, qu’il est en train de mettre les dernières retouches à ses «Mémoires» relatant «les péripéties» des 12 années qu’il avait passées à la tête de la présidence de la République. La sortie de Chadli n’est, selon les observateurs avertis de la scène politique algérienne, qu’un effet d’annonce pour son ouvrage auquel il espère voir le public réserver un très large succès. Une «oeuvre» ou un essai politique que certains n’hésitent pas à ériger en promesse de best-seller.
Pour cette tâche historique, Chadli a recours à ce que tous les hommes politiques dans le monde font quand ils «écrivent». Se faire assister, ni plus ni moins, par des «nègres». A savoir les scribes, ces collaborateurs qui ont la fibre de l’écriture et dont nous préférons taire les noms. C’est l’une des rares fois où il s’exprime depuis son départ de la tête de l’Etat en 1992. Il a choisi d’observer un mutisme total aussi bien sur la vie politique nationale et ses aléas que sur les véritables conditions qui l’ont conduit à abandonner le pouvoir à un moment très particulier de l’histoire de l’Algérie indépendante. C’était le moment où le FIS dissous, qu’il avait agréé, avait gagné les élections législatives et était à deux doigts d’installer un Etat islamique.
Un quotidien national arabophone a même titré: «Je jure par Dieu que je dévoilerai toutes les vérités.» Quels secrets donc va-t-il dévoiler 12 ans après avoir quitté le pouvoir? Profitant du Colloque national sur Amara Bouglez, fondateur de la Base de l’Est, qui s’est déroulé jeudi dernier au centre universitaire d’El Tarf, l’ancien président de la République de 1979 à 1992, Chadli Bendjedid, a retrouvé sa «verve» d’orateur et s’en est donné à coeur joie pendant plus de deux heures pour sortir d’un long mutisme. Il affirme avoir compris, à la veille d’Octobre 1988, que «le régime était arrivé à sa fin». Aussi fallait-il se défaire de la «légitimité historique» et remettre le pays entre les mains de jeunes. Il dit qu’il préférait un régime parlementaire et tout le reste. Mais la question qui taraude les esprits est de savoir pourquoi l’ancien président a choisi de parler maintenant et à partir d’El Tarf au milieu de ses anciens compagnons d’armes? Il faut reconnaître que Chadli Bendjedid a réussi la prouesse médiatique de faire la promotion de son livre.




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