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  1. #1
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    Journée d’étude «amazighité et histoire»


    Samedi 20 decembre 2008 -- Le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) a organisé jeudi et mercredi derniers à Zeralda deux journées d’étude sur la thématique «amazighité et histoire : onomastique et identité (Antiquité, période médiévale, XIXe siècle). À cette occasion, des chercheurs et des universitaires algériens en histoire, en linguistique, en anthropologie, en géographie, en sociologie et en sciences juridiques ont présenté des conférences autour de la thématique de l’onomastique qui est l’étude des noms propres à travers l’étude des noms des individus (anthroponymie) et à travers l’étude des noms de lieux (toponymie).

    Les organisateurs ont précisé que «les questions des nominations des lieux et de leurs habitants, des tribus et de leurs territoires, des personnes et de leur généalogie sont des domaines à la fois spécifiques et complémentaires, sensibles et cruciaux, objet de légitimation historique dans le passé et au présent». Foudil Cheriguen, professeur à l’université de Béjaïa, a ouvert le bal des conférences avec son intervention intitulée «onomastique et généalogie : deux domaines, une seule science». Pour rappel, M. Cheriguen avait déjà effectué des travaux sur l’onomastique, où il écrivait : «Sous-jacent caractéristique aujourd’hui des motivations profondes de l’onomastique algérienne, voire maghrébine, et qui peut se résumer par la question : Qui suis-je dans le rapport de nomination/dénomination de tel ou tel territoire et/ou sous-territoire déterminé par tel ou tel autre nom ? Questionnement essentiel, au fondement de la relation anthropo-toponymique qui, en Algérie, présente un intérêt particulier et dont bon nombre d’études en font une problématique majeure.»

    L’ampleur de la tâche de l’onomastique algérienne

    Farid Benramdane de l’université de Mostaganem et chef de projet au CRASC a présenté la conférence intitulée «amazighité et histoire. Eléments pour une historiographie de l’onomastique algérienne». Il a d’emblée présenté les principaux points abordés dans son intervention dont la présentation d’un essai de bilan bibliographique le plus complet possible, un regard critique sur la manière dont l’onomastique a été écrite, l’interrogation de l’histoire et, enfin, mieux comprendre la société algérienne en se penchant sur la manière dont ont été étudiés ses noms propres et les rapports que les acteurs sociaux ont eus avec eux. Il a ainsi souligné que «le savoir onomastique renvoie à des représentations collectives du passé et à des projets et attentes collectifs, privés ou institutionnels». Enchaînant, il mettra en exergue le fait que, depuis la formation du libyque et du berbère et de leurs contacts avec le punique, le grec, le latin, l’arabe, l’espagnol, le turc, le français… et du point de vue de la linguistique historique et même pré historique, certaines dénominations soulèvent des questions très complexes et dépassent largement le territoire d’une région, d’une ou de plusieurs religions, d’une couche historique ou d’une catégorie onomastique. Concernant le domaine des publications spécialisées, il a expliqué qu’il y avait deux relevés bibliographiques. Le premier dans le domaine berbère, où l’onomastique ne représente que 5% dans la répartition thématique de la recherche linguistique au cours de la dernière décennie, citant Salem Chaker.

    Le second, celui du CRASC où il est effectué un recensement systématique de toutes les données ayant trait, de près ou de loin, aux domaines algérien d’abord, maghrébin ensuite. Concernant le type de questionnement des travaux algériens sur l’onomastique, il a expliqué qu’il y avait celle influencée par les études onomastiques françaises orientées vers respectivement la microtoponymie pour des raisons d’approfondissement de l’investigation historique, et l’attachement au terroir. Et celle par les études canadiennes déterminées par des impératifs de peuplement. Concernant la caractéristique des travaux en onomastiques algérienne et maghrébine, il dira que «les documents sur l’onomastique algérienne se caractérisent par leur rareté, leur dissémination à travers des revues de disciplines différentes».

    D’après M. Cheriguen, trois raisons peuvent expliquer la presque inexistence d’études systématiques en onomastique (et/ou en toponymie) maghrébine : l’influence ethnologique dans les études lexicologiques françaises du Maghreb et dont l’onomastique a été perçue comme un appendice, le statut de la langue berbère et de l’arabe algérien (ou maghrébin) exclus de l’institution algérienne et, enfin, la dernière cause qui est d’origine politico-idéologique : les études coloniales privilégiaient des
    interprétations sujettes à des visions historiques plus ou moins arbitraires, justifiant la thèse «latiniste» de l’Algérie. Farid Benramdane avait rappelé qu’en 2005 il avait déjà soulevé que, par conséquent, «il ne s’agit ni plus ni moins que de dresser une historiographie de l’onomastique algérienne; c’est dire l’ampleur de la tâche et la difficulté de l’entreprise, eu égard aux présupposés historiques, culturels et idéologiques qui tressent les démonstrations et soulèvent les argumentaires des uns et des autres, et à toutes les époques».

    M. Benramdane a aussi mis en exergue les discours de légitimation idéologique, en estimant que les exemples de la sorte pullulent dans le discours de légitimation coloniale et post-coloniale, par l’usage de l’onomastique et surtout de la toponymie, allant jusqu’à rattacher des formes linguistiques relevant de la toponymie berbère à un peuplement primitif européen de l’Afrique du Nord. Et nier ainsi la dimension berbère dans le paysage national (loi de 1980 sur les lexiques des noms des villes et villages d’Algérie). Il a précisé toutefois que l’intérêt du domaine onomastique proprement dit, toponymique et ethnonymique surtout, émergent de manière singulière dès les débuts de la colonisation, et cela, pour des raisons évidentes de stratégie militaire. À notre époque, les travaux sont menés de front sur les trois couches linguistiques dominantes de l’onomastique locale : berbère, arabe, française...

  2. #2
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    continued.....

    L’enjeu d’un inventaire de la toponymie national

    Le chercheur de l’université de Mostaganem à soulevé la nécessité d’un inventaire de la toponymie algérienne répartie à travers la territoire national à partir d’un fichier toponymique à mettre en place, en fonction des différents génériques et spécifiques qui sont variables d’une région à une autre. Ce fichier aura des entrées linguistiques, historiques, géographiques, sociologiques, ethnologiques, etc. ; il se réalisera à partir des toponymes figurant sur les cartes de l’INC et IGN/France. Benramadane a déclaré à ce propos que, pour la première fois en Algérie, on crée une base de données toponymiques contenant tous les toponymes figurant sur la cartographie algérienne dans ses différentes échelles. Il y a environ 300 000 toponymes déjà saisis. Le nombre de toponymes à saisir est estimé à plus de 600 000. Cette base de données contribuera à l’élaboration d’une politique nationale de normalisation des noms de lieux en Algérie, à une possibilité d’analyse systématique des pratiques d’écriture (transcriptions graphiques) des noms propres algériens et à la mise en place d’un système de transcription/translittération des noms propres algériens de lieux et de personnes et à mettre sur pied une banque de données en onomastique.

    D’autres conférences étaient au menu de ces journées, dont celle de Ouerdia Yermeche, qui a abordé «l’état civil et le système patronymique en Algérie : entre rupture généalogique et modernité». Le duo Amina Maghlaoui et Mahi qui ont présenté l’intervention intitulée «1875-885 : une période fatidique dans la formation anthroponymique en Algérie». Il y avait aussi la communication présentée par Mansour Margouma sur la thématique du «fractionnement territorial et onomastique dans les stratégies du Sénatus-consulte (1863), celle de Djamel Nahali sur «les noms de famille d’origine toponymique dans les Aurès» et, enfin, celle du juriste Hammou Debouz qui a présenté un essai sur l’origine du toponyme Tzaïr/Dzaïr (Aldzaïr), capitale de l’Algérie.

    Saïd Toudji, doctorant à Paris et chercheur associé au CRASC a, quant à lui, abordé la thématique de «l’anthroponymie libyque antique». Il a expliqué que «le patronyme est à la fois un signe d’identification à l’espace de référence du groupe, la marque d’appartenance à une lignée et l’inscription de cette lignée dans cet espace de référence. Il est souvent le témoin du vécu de toute une collectivité, transporteur d’un profond message culturel, fossilisé dans les noms propres». Dès lors, le patronyme sous-tend à la fois un champ parental et un champ territorial. Il a aussi présenté les deux systèmes de parenté berbère. Le premier, un système méditerranéen au Nord, caractérisé par une nomenclature égocentrique de la parenté, une filiation en ligne exclusivement masculine, avec tout le pouvoir dévolu au père. Le second, un système saharien, chez les Touareg, celui des nomenclatures non pas égocentriques mais classificatoires, d’où la filiation matrilinéaire. Un Targui matrilinéaire est ainsi «frère de droit» des parents maternels, mais frère d’éducation ou «frère de fait» des parents paternels.

    Toutefois, Saïd Toudji a émis une nouvelle théorie décelée à travers la survivance dans la majorité des parlers berbères, à travers certains noms de parenté, des formules de filiation, se rapportant à la branche matrilinéaire à l’exemple de mon frère, en amazight gu’ma (ag + ma), fils de ma mère, et aussi de la présence quasi absolue de l’élément féminin (ma = ma mère) qui sous-entend un système de filiation matrilinéaire (en concurrence avec le système patrilinéaire) au Nord. Il a conclu son intervention en soulignant que «l’anthroponymie libyque a été le vecteur d’une dimension symbolique qui a grandement contribué au processus de cristallisation de l’identité berbère».

  3. #3
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    Sihem Ammour :


    Dimanche 21 Décembre 2008 -- Dans le cadre des deux journée d’étude intitulées «Amazighité et histoire : Onomastique et identité» organisées récemment par le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), Ouerdia Yermeche, maître de conférences à l’ENS de Bouzaréah et chercheur associé au CRASC, a présenté une conférence intitulé «Le système patronymique : histoire d’une fracture généalogique». Dans son intervention, elle a posé la problématique de la patronymie et de l’état civil algérien, qui, tout en s’inscrivant dans la modernité, est le fruit d’une acculturation instaurée par les institutions coloniales. Ainsi, «l’état civil et son corollaire le système patronymique sont, dans le cas de l’Algérie, le fait d’une conjoncture historique de colonisation», dira-t-elle. Elle a rappelé que, traditionnellement, le système de nomination en Algérie est le mode essentiellement oral, de nature concentrique et fondé sur l’affiliation au groupe communautaire et lignager. L’identification de l’individu s’effectuait habituellement au sein de la famille restreinte par une désignation individuelle à base de surnoms et de sobriquets. Les gens étaient par ailleurs représentés par la désignation filiative, de type agnatique ou patrilinéaire. À l’extérieur du clan, d’une tribu à une autre, l’individu est identifié par une désignation collective qui précise l’appartenance à un groupe ethnique.

    La chercheuse a ensuite expliqué que le système dénominatif algérien a connu une évolution liée aux perturbations historiques ponctuées par les incessantes intrusions coloniales et à l’occupation du terrain. À titre d’exemple, les Romains n’ont pas eu une grande influence sur le système anthroponymique local du fait qu’ils n’avaient pas des intentions d’acculturation. La latinisation des noms berbères serait le fait des Berbères eux-mêmes, qui voulaient accéder à la citoyenneté romaine. Les Arabes, eux non plus, n’ont pas eu une grande influence pour la simple raison qu’ils avaient un mode similaire de nomination selon un mode agnatique et patrilinéaire (X fils de Y). La nouveauté avec les Arabes, c’est l’intégration de noms individuels et de particules filiatives arabes dans le système anthroponymique local. Il y avait également la cristallisation de formes nominatives relatives à l’islam et d’un vocabulaire religieux.

    L’influence des Espagnols et des Turcs est, quant à elle, très peu perceptible. L’apport des Turcs consiste en un lexique nominal à base de noms de métiers, de fonctions et d’origine géographique et en la transmission du nom patronymique par les Andalous, par l’intermédiaire des Turcs, suite aux mariages mixtes entre la population autochtone, les émigrés andalous et les mercenaires kouroughlis. Elle a précisé que la véritable grande fracture anthroponymique en Algérie est marquée par la loi du 23 mars 1882, qui a engendré l’institution de «la fonction d’identification individuelle au détriment de l’identification sociale». Cette loi est marquée par la logique coloniale qui ne prend pas en compte des paradigmes fondateurs de l’anthroponymie autochtone avec pour conséquence la redéfinition de l’organisation sociale et l’identité nationale des Algériens.

    Cela a constitué, au niveau des représentations mentales, une véritable violence symbolique de la nomination, opérant une rupture épistémologique dans l’enchaînement chronologique de la filiation et dans le continuum historique et symbolique des modes traditionnels de nomination, provoquant ainsi une perte de la continuité généalogique, le gommage des repères identitaires onomastiques et le brouillage des lignages et des liens généalogiques. Il y a également l’altération, la dénaturation et la déstructuration du système anthroponymique traditionnel par une transcription française et francisée plus qu’approximative. Ouerdia Yermeche a également mis en exergue le fait que l’état civil algérien post-indépendance continue la représentation symbolique de la non-filiation, de la non-généalogie installées par la France. Ainsi, c’est «le résultat d’une filiation falsifiée, tronquée de l’héritage culturel et des racines onomastiques, vecteurs indispensables et nécessaires de l’identité nominative. Il est également marqué du sceau de l’acculturation par le nom».

    Par ailleurs, elle a noté le fait que l’état civil est un facteur de modernité qui consacre l’«emprise du national sur le nominal». Cela a permis d’asseoir un Etat algérien central, structuré et ouvert sur la modernité, plaçant définitivement l’individu algérien dans un cadre institutionnel et juridique stable. Par conséquent, cela a obligé l’Algérien à acquérir de nouveaux réflexes fondés non plus sur la notion de tribu mais sur celle d’individu et de famille restreinte. Ouerdia Yermeche conclut en soulignant que l’état civil «confère à l’individu le statut de citoyen en lui reconnaissant une identité officielle. Instaurant ainsi le lien entre l’individu et le pouvoir central qu’est l’État, en le définissant comme personne civique».

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