Mardi 23 Décembre 2008 -- Nacer Djabi est un sociologue et un intellectuel algérien sans cesse sur la brèche entre une recherche consacrée aux mouvements sociaux, aux élections et aux élites intellectuelles et syndicales. Il enseigne la sociologie politique à l’Université d’Alger et pratique la recherche en économie appliquée au sein du Cread. Il nous livre un nouvel essai de sociologie politique à l’intitulé évocateur : Algérie : État et élites. Paru aux éditions Chihab Internationale, l’ouvrage en question met la lumière sur plusieurs questions problématiques après une décennie de peur et de souffrances sur fond de violence extrême, mais aussi d’instabilité politique prégnante qui a induit une grande perturbation générale, sans oublier les conséquences économiques qui ont fondamentalement freiné l’appareil économique.

Il va sans dire qu’avec ces observations générales, le chercheur n’a pu que constater l’inertie culturelle et sociale qui en a résulté, donnant ainsi l’impression, ou plus grave du constat, d’une vie sociale, culturelle, paralysée, pour ne pas dire morte. Cet ouvrage, écrit comme un essai, est en fait une série de tentatives de réponses sur les causes et effets de cette crise récurrente qui caractérise et fait trembler les fondations d’une Algérie en éternels tressautements. Les problématiques se succèdent pour Nacer Djabi sur le pourquoi de ces frémissements perpétuels d’un pays en devenir, sur un plan tant individuel que collectif, et avec quelle acuité ce problème est vécu par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux algériens, et ce à la lumière des richesses naturelles abondantes, du caractère républicain algérien, pas plus dictatorial que d’autres nations, et sans être nécessairement plus touchée que d’autres nations par la corruption, par exemple. Et pourtant, le constat est éloquent sur la capacité ou non de l’Algérie à résister à ces aléas du temps et de l’histoire.

Nacer Djabi, en chercheur précis, nous décortique en amont et en aval les tressautements d’un pays qui se radicalise dans de nombreuses formes sociologiques qui sont, en fait, bien des indices d’une nouvelle forme d’histoire. En nous livrant une étude intéressante sur les élites algériennes, les partis politiques et les mouvements sociaux, avec une très belle préface du docteur Borhan Ghalioun, il est question de langages, autant politique qu’autre, de gestion politique mais également de ce nombre effarant de chefs de gouvernement passés dans un mode de gestion transitoire… en permanence (!), des partis politiques entre passé et perspective d’avenir, des élections politiques, des mouvements politiques et de la crise politique nationale ainsi que de la clochardisation de la société. Il est résumé ainsi au lecteur, dans une approche impeccable de la société civile et de la crise de l’alternance politique, sur une bibliographie très riche et sur quelque 160 pages, toute une phase importante de la politique et de la sociologie algériennes de bien efficace manière. Un ouvrage à découvrir d’ailleurs cet après- midi, dès 14 h, à la librairie Chihab Internationale, juste pour avoir un éclairage précis de ce qui nous arrive depuis dix ans.

Algérie : État et élites, de Nacer Djabi, Editions Chihab, Alger, 2008, 160 pages