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  1. #1
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    Aïn-Torki (Aïn-Defla) : La révolte des Righas


    Lundi 27 Avril 2009 -- Le 26 avril 1901 est une date qui a marqué l’histoire non seulement de la région de Aïn-Torki, ex- Marguerite, mais aussi la longue lutte du peuple algérien contre le système colonial français. Comme tout système colonial, le système français a été caractérisé par l’extermination de villages entiers, la dépossession des autochtone de leurs biens, l’expropriation au nom du pouvoir en place et par la force, la paupérisation de ceux que ce pouvoir appelait «les indigènes», en s’appuyant sur une armada de «lois» fallacieuses, des procès injustes intentés contre les propriétaires algériens, procès perdus d’avance pour eux au profit de colons installés. À titre d’exemple, l’histoire aura retenu le cas du colon Jenoudet qui a accaparé des terres fertiles sur une superficie estimée à plus de 1 600 ha. En fait, ces spoliations, expropriations, transferts de propriétés, extorsion des biens des Algériens ont commencé bien plus tôt, au lendemain de 1830, date du début de la colonisation, dès 1877. Selon certains documents, les colons européens qui se sont installés sur la terre algérienne se sont vu octroyer 1 040 ha dont 4 912 ha prélevés sur le régime forestier et 5 128 ha provenant des expropriations des Algériens de leurs terres.

    Face à cette vague d’expropriations, dépossession et redistribution des terres spoliées au profit des colons, les Algériens ne sont pas restés passifs. Au mois de juin 1896, 27 tribus se sont réunies et ont introduit un recours auprès du Conseil général d’Alger demandant à cette instance l’abrogation de l’application du «Senatus» Consulte, recueil de lois autorisant ces dépassements et légalisant toutes les injustices. Toute pression induisant l’explosion, principe connu même en sociologie, l’explosion a eu lieu et la révolte fut sous la forme d’une insurrection armée, menée, organisée et conduite par un groupe d’hommes dont les noms sont inscrits sur les pages de l’histoire, celle de la lutte du peuple algérien contre l’occupant, l'oppressant. L’insurrection a connu une phase préparatoire le 22 avril 1901. Tous les chefs de tributs ont tenu une réunion au sanctuaire de Sidi M’hamed Benyahia à quelque 3 km à l’est de Aïn-Torki, au lieu-dit Tizi-Ouchir. La révolte des opprimés a eu lieu le vendredi 26 avril 1901 dirigée contre les colons et a ciblé la petite garnison locale. Comme dans toute révolte, le bilan a été lourd, principalement pour les insurgés. Si on a dénombré 37 colons tués, du côté des opprimés, on a compté 68 Algériens massacrés avec l’appui des renforts venus de la garnison de Miliana, 187 insurgés arrêtés et jugés.

    Le procès des opprimés s’est déroulé à la cour d’assises de Montpellier. À l’issue du procès, 85 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie ont été ordonnées, à Cayenne. Parmi les déportés, figuraient 6 chefs de tribus, avec à leur tête Mohamed Yacoub, aux côtés de Bourbiza M’hamed, Othmane M’hamed, Talbi Miloud, Abdellah El Hirti et Hadj Benaïcha. Ce dernier s’est éteint au bagne en 1905 suivi en cela par Yacoub Mohamed. Les verdicts sont tombés après 46 audiences de la cour d’assises où s’est tenu le procès qui s’est ouvert le 11 décembre 1902 pour se terminer le 8 février 1903. Ce fut un procès prémonitoire, un avertissement du pouvoir colonial et de l’Etat français de l’époque qui avait entériné l’injustice en restant sourd aux cris de détresse des opprimés. À ce sujet, La Dépêche, un quotidien français, faisait paraître un article le 10 février 1903 soit 2 jours après l’annonce des verdicts et la clôture du «procès », article intitulé «La révolte des Righas». «La révolte des Righas a été une révolte de paysans, accablés d’impôts, persécutés et affamés... Si la France laisse subsister ce régime, il y aura fatalement des insurrections plus terribles et elle perdrait l’Algérie.»

    Des insurrections après celle des Righas il y en a eu, et la plus grande, celle qui a libéré l’Algérie du joug colonial, a débuté le 1er novembre 1954. Cet avertissement, non seulement n’avait pas été entendu, mais l’Etat colonial a fait pire puisque par le décret du 26 mars 1902 ont été érigés les tribunaux spéciaux pour «indigènes». Pour perpétuer le souvenir de ces hommes qui ont bravé la soldatesque coloniale, chaque année, population, autorités civiles et militaires, viennent se recueillir au pied de la stèle érigée à Tizi-Ouchir à la mémoire de tous les opprimés qui ont lutté pour la liberté au prix de tous les sacrifices même de leur vie. Dimanche 26 avril, la même cérémonie a eu lieu dans la matinée, au cours de laquelle, après le dépôt d’une gerbe de fleurs au pied de la stèle, un orateur a ouvert un livre d’histoire à la page retraçant l’épopée de la «révolte des Righas».

  2. #2
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    Mercredi 28 Avril 2010 -- Pour perpétuer le souvenir, afin que nul n'oublie, Aïn Torki ex-Marguerite, adossée au flanc Est du Zaccar, chaque année, le 26 avril commémore l'insurrection des Righas contre le pouvoir colonial en place de l'époque. Cette révolte fait date dans l'histoire de la lutte du peuple algérien qui a toujours refusé la soumission. Cette révolte n'a pas été la première ni la dernière. Le pouvoir colonial n'a jamais été en paix même en renforçant d'année en année le système qu'il avait mis en place, un système comme tout système colonial qui s'est caractérisé par l'extermination de villages entiers, par les enfumages des grottes du Dahra, la spoliation des autochtones de leurs biens, en les dépossédant de leurs terres par la force, par une juridiction fallacieuse, des procès truqués et gagnés d'avance par les colons, à l'issue desquels les Algériens se voyaient dépossédés, expropriés des terres de leurs aïeux, terres qui étaient transférées au profit des vagues de colons venus de différents pays d'Europe.

    On raconte à titre d'exemple le cas d'un colon qui profita de cette juridiction en s'accaparant des terres, les meilleures de la contrée, d'une superficie de 1600 Ha. Les textes de ces lois scélérates qui légalisaient tous les dépassements, toutes les injustices, étaient regroupés dans un recueil «le Sénatus Consulte». Le rythme des injustices n'a fait que s'accélérer et les expropriations ont continué induisant le refoulement des populations vers les zones arides ou montagneuses avec en plus l'objectif de mettre à l'abri les colons contre toute agression de la part des expropriés et éviter toute velléité de reprise des terres.

    Cette situation devenue très vite insupportable à l'Algérien comme tout homme épris de liberté et de justice, acculé par une paupérisation outrancière, il ne restait qu'une seule solution, une seule voie, le recours aux armes. Et le 22 avril 1901, tous les chefs des tribus tinrent une réunion au sanctuaire du «ouali» de Sidi Bouzar situé à quelque 3 km à l'Est de Aïn Torki sur le versant Est du Zaccar, à Tizi Ouchir. Le «conseil de la révolte» vota pour l'action armée pour le 26 avril, un vendredi après la prière. L'action armée a ciblé les colons et la petite garnison de Marguerite. Le combat, inégal s'est soldé par un bilan lourd : 68 Algériens massacrés avec les renforts venus de Miliana, 187 arrêtés et jugés tandis que du côté des colons on a dénombré 37 tués.

    Le procès des insurgés se déroula dans le département de l'Herault, à Monpellier, le 11 décembre 1902, a duré jusqu'au 8 février 1903 et a comporté 46 audiences. Le procès des opprimés fut sans appel, une sorte d'avertissement pour tous ceux qui par la suite y seraient tentés. La Cour d'assises de Montpellier a condamné 85 insurgés à la déportation à Cayenne en Nouvelle Calédonie. Parmi les condamnés figuraient 6 chefs de tribus Yagoub Mohamed, Bourbiza M'hamed, Hadj Benaïche, Othmane M'hamed, Talbi Miloud et Abdallah El Hirti. Yagoub et son lieutenant Benaïche n'ont pu supporter les conditions de vie imposées au bagne. Ils moururent à quelques semaines d'intervalle l'un de l'autre en 1905.

    Ce procès n'a pas laissé indifférent certains organes de presse dont La Dépêche dans son édition du 10 février 1903. Dans l'article paru, l'auteur a averti les tenants acharnés de la colonisation de l'Algérie, résumant le procès, l'auteur écrivait «Isurrection des Righas a été une révolte de paysans accablés d'impôts, persécutés et affamés… Si la France laisse subsister ce régime il y aura fatalement des insurrections plus terribles et elle perdrait l'Algérie». S'entêtant dans sa politique coloniale se résumant en 3 mots «oppression, répression, suppressions» le pouvoir de l'époque est resté sourd à ces avertissements prémonitoires puisque le 26 mars 1902 a été promulgué le décret portant création de tribunaux spéciaux pour «les indigènes» entérinant ainsi la répression et niant tout droit d'interjeter de quelconques appels.

    Ignorer ces avertissements a conduit au 1er novembre et à 1962, où les opprimés ont fini par recouvrer leur indépendance. Pour perpétuer le souvenir, Aïn Torki a organisé lundi 26 avril, comme chaque année à pareille date, une cérémonie de recueillement au lieu même où se sont réunis les chefs des tribus, le 22 avril 1901 qui ont bravé la soldatesque coloniale de l'époque. Une cérémonie en hommage à leur sacrifice, civils, militaires, moudjahidine, scouts ont assisté à la levée des couleurs et observé une minute de silence couronné par la lecture de la Fatiha par l'imam de Aïn Torki.

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