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Zohra Drif dénonce le révisionnisme historique
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Zohra Drif, Mercredi 1 Juillet 2009 :
Nous sommes à la veille du 5 Juillet, la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse. Pourtant, j’ai un goût amer qui n’arrive pas à disparaître. Cauchemar. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en ouvrant un hebdomadaire algérien. J’ai mis du temps à réaliser que je ne rêvais pas. En 2009, dans la presse de mon pays, des journalistes ont présenté un article avec un grand titre infamant barrant toute la page : “Djamila Bouhired n’a jamais été torturée”. Peut-on se taire devant un tel sacrilège ? Si je me tais, si nous nous taisons, bientôt on écrira en Algérie, comme Massu, que Larbi Ben M’hidi s’est suicidé dans sa cellule, qu’il y a eu très peu de victimes le 8 Mai 1945 ou encore, pourquoi pas, que de 1830 au 5 juillet 1962, la France coloniale n’a fait qu’essayer de pacifier et civiliser notre peuple barbare. Ailleurs, on appelle cela du révisionnisme. Je ne prends pas la parole pour défendre l’honneur de Djamila, elle est vivante et n’a pas besoin de moi pour décider ou non de répondre à de telles insanités. Je prends la parole pour témoigner de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu et de ce que je sais. Ni le journaliste qui a commis l’article ni la personne qu’il a rencontrée pour justifier ses mensonges n’étaient à ce moment-là présents. J’étais présente au moment de l’accrochage. Djamila a été blessée par balle et elle a été arrêtée, seule. À partir de ce moment, plus aucun combattant n’a eu accès à elle jusqu’à son incarcération. Elle était seule, entre les mains des tortionnaires de la 10e Division parachutiste du général Massu dont tous les Algérois connaissaient les méthodes d’interrogatoire. Nos ennemis savaient à l’époque qui était Djamila Bouhired, à quel niveau de l’organisation elle se trouvait, ce qu’elle faisait et avec quelles personnes elle était en relation permanente, c'est-à-dire Larbi Ben M’hidi, Yacef Saâdi et Ali La Pointe, qui étaient encore en vie et en activité à l’époque. Les parachutistes savaient qu’ils venaient de faire “une prise” de première importance. Dès son arrestation, le travail “psychologique” de l’armée en direction du peuple algérien a commencé. Tout de suite, Djamila, comme tous les militants arrêtés, a été salie et dénigrée pour démoraliser la population et la couper des militants. C’est avec tristesse que je constate que ce travail continue. C’est lors du procès de Djamila Bouhired que les informations ont commencé à sortir. Les débats sur la torture ont alors pris une dimension internationale parce que Djamila a décidé de faire de son procès celui de la France coloniale et de ses méthodes. Rarement dans l’histoire de notre nation, une personne a si haut porté la voix des souffrances et du combat du peuple algérien. Elle l’a fait devant le Tribunal permanent des forces armées. Elle l’a fait devant une foule de pieds-noirs haineuse qui éructait et hurlait : “à mort, à mort la fellaga !” Si Djamila Bouhired est devenue le symbole qu’elle est, c’est parce que toute la presse internationale a relayé le courage et la dignité d’une femme seule devant ses bourreaux, d’une femme qui a choisi de s’habiller ostensiblement dans les trois couleurs de notre emblème pour dire sereinement à ses ennemis : “Parce que je suis algérienne, vous n’avez pas la compétence pour me juger. Oui, j’assume tout ce que j’ai fait ; oui, je suis prête à mourir ; oui, je reprendrai les armes pour refaire ce que j’ai fait dès que je serai libre.” Et c’est la tête haute, en chantant Min Djibalina avec Abdelghani Marsali et Abderahmane Taleb, qu’elle a reçu le verdict du tribunal la condamnant à mort sous les hourras de la foule des pieds-noirs. En ce mois de juillet 1957, les exécutions capitales allaient bon train dans les prisons d’Alger, d’Oran et de Constantine. Comme son peuple, c’est droite, debout, qu’elle a accepté la mort pour libérer son pays. Ce procès suivi dans La Casbah et dans tout le pays a fait date, c’est comme cela qu’elle est devenue un symbole. Symbole du chemin à suivre pour les Algériens, symbole de l’ennemi à abattre pour la France coloniale et symbole du combat à soutenir pour le reste du monde. Rappelez-vous qu’à l’époque, dans le Maghreb, dans le monde arabe, dans le monde musulman, en Occident et dans le tiers monde, de nouvelles-nées ont été prénommées Djamila en hommage à la lutte du peuple algérien pour sa dignité. En Égypte, Youcef Chahine, alors jeune réalisateur, a décidé de faire un film, Djamila l’Algérienne, pour marquer, face à l’Occident, l’honneur retrouvé que les Arabes pensaient avoir définitivement perdu depuis Salaheddine el Ayoubi. C’est cela qu’en 2009, avec légèreté et désinvolture, un journaliste algérien reproche à Djamila Bouhired et à Youcef Chahine. Le mensonge et l’insulte ont commencé dans la presse coloniale. Je suis atterrée de lire aujourd’hui dans mon pays, sous la plume d’un compatriote, ce que nous n’avons eu cesse de combattre. Certains compagnons sont morts, ils ne peuvent plus se défendre. Nous sommes encore en vie alors que le travail de révisionnisme a déjà commencé. Nous allons nous aussi disparaître. Que lira-t-on dans cinquante ans dans la presse algérienne ? Cette question, au-delà des mensonges sur Djamila Bouhired, nous interpelle tous. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme : notre société est gangrenée. Comme peuple, comme nation, comme État, l’avenir de l’Algérie est gravement compromis si on ne revient pas à la vérité historique pour mettre un terme à cette infâme entreprise de dénigrement et de destruction de nos symboles. J’ai foi en la nouvelle génération. Elle est plus instruite. J’ai foi aussi parce que depuis des années, j’ai pu mesurer sa curiosité et sa volonté de mieux connaître l’histoire de son pays. Elle est fière d’appartenir à ce peuple, elle doit rester vigilante. Zohra Drif
Moudjahida, vice-présidente du Sénat
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Mohamed Zaâf :
Jeudi 2 Juillet 2009 -- Lorsqu'on s’en était pris à la personne de M. Benhenni et tenté de semer le doute sur son passé de moudjahid, la glorieuse Wilaya IV historique ne manqua pas de réagir pour rétablir la vérité. Son communiqué déclarait solennellement qu’à son niveau le calomniateur était un illustre inconnu durant la guerre de libération. Le 17 juin dernier, un hebdomadaire local faisait dire à une ancienne «bombiste» de la zone autonome d’Alger (Z.A.A.) que Djamila Bouhired, cette icône de la Bataille d’Alger, n’a pas été torturée comme de tradition dans les geôles de la France coloniale. Tout ce qui a été dit, tout ce qui a été écrit en prose et en vers à ce propos ne seraient donc que des bobards. On inclinerait presque à traiter l’une de nos grandes Djamilate d’ingrate pour être partie sans remercier ses tortionnaires de lui avoir épargné de payer de sa poche le coût… de la gégène. Et c’est Mme Zohra Drif, une autre figure de la Bataille d’Alger, qui a dû se résoudre à rétablir la vérité à la place de la Z.A.A. historique dont le chef respire encore comme le commandant Si Hassan. Donc, grand merci à notre admirable sénatrice, cette dame qui, de nos jours, ose défendre encore une épopée abîmée consciemment ou inconsciemment par les siens à un degré jamais rêvé par les propagandistes de l’armée coloniale eux-mêmes. Quel intérêt a-t-on à réduire aux yeux des générations la grandeur d’une révolution reconnue libératrice par les amis et les ennemis ? La modestie des Drif et autre Bouhired, effacées et plus méconnues chez elles que Tzipi Livni, font que nos jeunes méconnaissent lamentablement la valeur de leurs aînés. Des héros qu’on se plaît aujourd’hui à tant dévaloriser dans nos journaux, notre pays étant le seul au monde à ternir ses grands noms. Alors qu’ailleurs on les immortalise par des stèles, les responsables algériens, qu’ils soient morts ou vifs, font tous ou presque l’objet de dénigrements, quels que furent leurs sacrifices. L’Etat algérien se contenterait-il de regarder en spectateur descendre en flammes celles et ceux qui ont contribué à sa naissance ? Est-il normal que son premier président se fasse allégrement cogner par une presse qui n’hésite plus à recourir au sensationnel pour des raisons pas très claires ? Est-il innocent et surtout est-il acceptable qu’on puisse polluer impunément les figures repères de la nation ?
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sur un point vous et moi on est d´accord, le journaliste en question ne connaît pas bien l´histoire de son pays.
Car depuis 1962 la vrai histoire a ete occultée par le pouvoir Algerien, représenté par ben bella, boukharouba, bitat et autres chadli il a fallu attendre 1992 Pour que Monsieur Boudiaf vienne et dise que Salah Bouakouir était un traitre á la cause nationale et ainsi la rue porte depuis le nom d´un vrai militant á la cause nationale Monsieur Krim Belkacem assassiné par boukarouba comme Monsieur Khider . Jusqu´a 1992 on nous a fait croire que les traitres étaient des heros et les vrais militants des traitres… le journaliste n´est qu´une victime du système mis en place par des opportunistes , pour rappel……. En 1967boukarouba assassine Monsieur Khider , Rabah bitat est son ministre d´état. En 1970 boukarouba assassine Monsieur Krim belkacem bitat est son ministre de s transports et ministre d´état….. C´est vrai Madame Bouhired a ete torturée, mais pas vous , car vous le revendiquez… vos deux lettres écrites á Madame Hassiba Ben bouali á qui vous demandez de manière indirecte de se rendre et lui éviter de mourir BETEMENT…….ouvrage de Harbi et Meynier "LE FLN DOCUMENTS ET HISTOIRES" Les paras de massu pour des raisons qui me sont inconnus vous ont récompensé vous et votre ami yacef sadi en vous transférant á la prison de la sante á paris……. Ce privilège n´a pas ete accorde á Monsieur LARBI BEN M´HIDI ni á Monsieur Boumendjel DEUX LETTRES DE ZOHRA DRIFF A HASSIBA Bent BOUALI plausiblement fin -septembre 1957 Chère Hassiba, Voici plusieurs jours que je suis arrêtée; et je ne cesse de penser à vous tous, Ali, Omar et surtout toi. Chère Hassiba, tu me connais assez pour savoir que je ne trahirais jamais et préfère mourir que de te causer un mal quelconque. Je t'avoue cela sans aucune contrainte et devant Oukhiti que l'on m'a emmenée, que je n'ai pas été torturée. J'ai été bien traitée, ainsi que le frère. Il va très bien, et comme moi, je te l'affirme, très bien traité. Arrivons en au fait. Voici ce que je voudrais que tu fasses. Bien sûr, c'est à toi de décider. Tu es avec Ali, en cas de grabbuge [sic], vous sautez tous. Omar et toi et Ali. Je voudrais t'éviter de mourir bêtement. Réfléchis. Si cette lettre te parvient, envoies la bien discrètement à Oukhiti. Là elle t'expliquera et il faut qu'elle aille te voir. Si tu acceptes, tu verras quelqu'un. Je te garantis que tu ne seras pas « jouée ». Accepte au ; moins de discuter. Tu ne trahis personne et moi-même je ne trahis personne, je te le jure. D´ailleurs, je pense qu'il est inutile de faire des professions de foi. Chère soeur, je voudrais t'éviter la mort, c'est tout. Je t'embrasse. Je n'ai pas changé, crois-moi. Ta soeur, Zohra. Bien sûr, mes amitiés et mes saluts fraternelles au frère Ali. Fais-lui prendre raison. courage. ( Lettre ci-dessous vraisemblablement un peu postérieure à la précédente) Chere Hassiba, Les jeux sont faits. Tu le comprendras par la suite. Je ne puis te le dire. Voici ce il fau¬drait (souligné = rature) que je te propose. Je voudrais t'empêcher de mourir bêtement, ainsi que Omar. Tu me connais assez pour savoir que si j'agis ainsi, c'est qu'il y a beaucoup de raisons. Je suppose que le frère Ali ne marchera pas. D'ailleurs je le comprends. Veux-tu aller discuter avec une personne ? Je te promets que tu pourras repartir sans crainte aucune, ou d'être gardée, ou d'être suivie. Des paroles sont engagées. Réfléchis bien. Je t'embrasse, chère soeur, ne pense pas que je t'ai trahie. Loin de là. Tu comprendras toi-même plus tard. Je vous embrasse tous bien affectueusement. Ta soeur, Zohra (source : SHAT .1H1612-1) |
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