Algeria.com Discussion Forum - Powered by vBulletin


+ Reply to Thread
Results 1 to 4 of 4
  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,634

    Le mystère De Gaulle : Son choix pour l'Algérie, de Benjamin Stora


  2. #2
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,634

    Mardi 8 Septembre 2009 -- La politique du général de Gaulle en Algérie vient d’être revisité récemment par l’historien Benjamin Stora, un spécialiste du Maghreb et de la colonisation française natif de Constantine. Dans son dernier livre Le Mystère de Gaulle - Son choix pour l’Algérie Stora livre au lecteur une face cachée de la décision qu’aurait prise De Gaulle en faveur de l’autodétermination de l’Algérie. Une occasion pour les lecteurs d’El Khabar de prendre connaissance de la profonde conviction de l’auteur que c’est bien la révolution armée qui a finalement chassé la France de l’Algérie.

    El Khabar : Comment De Gaulle a-t-il réussi à entretenir le mystère autour de l’Autodétermination ? Qui était dans la confidence ?

    Benjamin Stora : Il y a bien, en effet, un « mystère » dans cette proposition de l’autodétermination faite dans son discours du 16 septembre 1959. Le général de Gaulle avait arrêté sa position sur une sortie du statut quo colonial depuis plusieurs années. Je cite dans mon récent ouvrage les nombreuses confidences faites à des proches, de Jean Amrouche à François Mauriac, qui vont dans ce sens. Avant 1958, il n’évoque pas la nécessité du maintien de l’Algérie dans le giron de la France, et ne prononcera qu’une fois, le slogan colonial « vive l’Algérie française », à Mostaganem en juin 58. Mais, en fin politique, il sait qu’il faut manœuvrer, qu’il va devoir affronter les Européens d’Algérie et l’armée française. D’ou ses silences, sa prudence. Quelques rares personnes étaient dans la confidence, comme Bernard Tricot ou Edmond Michelet. Pour autant, De Gaulle n’était pas pour l’indépendance, comme le réclamaient les nationalistes du FLN. Mais il tentait de mettre en place une formule préservant les intérêts français, comme celle « l’association », sur le modèle du Commonwealth britannique. Le durcissement de la guerre et les revendications algériennes ont transformé « l’autodétermination » en « indépendance ».

    « L’Algérie restera dans ses fibres aussi française que la France est devenue gallo-romaine. » Cette prédiction attribuée au général De Gaulle semble s’inscrire en faux contre votre hypothèse selon laquelle ce dernier aurait estimé que l’Algérie, de par son islamité, restera toujours réfractaire à toute forme d’intégration avec la France. Qu’en pensez-vous ?

    De Gaulle a pu prononcer cette phrase, sur le « caractère français » de l’Algérie. Mais je cite dans mon ouvrage de nombreuses conversations privées, en particulier celles menées avec Alain Peyrrefite où il insiste, lourdement, sur l’incompatibilité entre l’Islam et la présence française. Le général de Gaulle était un homme de culture très classique, avec ses humanités latines et le caractère chrétien qu’il attribuait au nationalisme français. Il voyait le nationalisme algérien avec ces lunettes-là, celles du religieux et de la langue. En se prononçant pour l’autodétermination, il envisage une séparation au nom du de la défense du nationalisme français, et non de la reconnaissance des revendications de l’homme colonisé.

    Pourtant, l’immigration en direction de l’ancienne puissance coloniale ne cessera pas durant les premières années de l’indépendance et ce précisément sous le règne de De Gaulle. Comment expliquer, alors, qu’il n’ait pas pensé, à l’inverse, que l’Islam pouvait également être un obstacle à l’intégration des algériens en France ?

    Effectivement, l’immigration algérienne vers la France s’est poursuivie après l’indépendance, y compris pendant l’exercice du pouvoir de de Gaulle, jusqu’en 1969. Mais, à ce moment, ce qui domine dans les esprits, en France comme chez la plupart des immigrés, c’est la nécessité du « Retour » vers le pays d’origine. Personne n’envisage sérieusement une installation définitive, et donc ne réfléchit pas à la place et au rôle de l’Islam dans la société française.

    Peut-on considérer à partir de cette conviction de De Gaulle que c’est plutôt la France qui a pris son indépendance vis à vis de l’Algérie ?

    Sans le combat anticolonial livré par les nationalistes algériens, je crois que la France serait encore restée présente en Algérie. D’autant que la découverte et l’exploitation du gaz, et du pétrole, ont aiguisé les appétits des partisans de l’Algérie française. La conquête de souveraineté était devenue un mot d’ordre très populaire parmi les Algériens, et il fallait sortir de l’immobilisme. De Gaulle a donc accompli ce pas, qui, finalement, a abouti à l’indépendance.

    On dit que l’histoire se répète. Votre affirmation sera perçue probablement en Algérie comme une évidence tant l’Islam avait déjà effacé les traces de la romanisation, du judaïsme et du christianisme. Et puis De Gaulle s’était bien fait comprendre lorsqu’il est revenu au pouvoir en 1958. Pour le peuple algérien, il n’y avait aucune équivoque possible : l’indépendance de l’Algérie était, bel et bien, en ligne de mire. Ce sont les biographes Gaullistes (ou ce qui en reste) qui pourront, peut être, vous apporter la contradiction. En avez-vous eu des échos ?

    Mon livre vient juste de sortir en France (le 3 Septembre ndlr), et il y a peu d’échos. Mais je suppose, effectivement, qu’il peut y avoir des divergences de vue sur cette question.

  3. #3
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,634

    Samedi 5 Juin 2010 -- L’historien Benjamin Stora, auteur de plusieurs titres inhérents à l’histoire d’Algérie, effectue une visite à Alger pour présenter ses livres la Gangrène de l’oubli, le Mystère De Gaulle, édités par Sedia. Après les avoir dédicacés, aujourd’hui samedi 5 juin, à la librairie Tiers Monde, il animera, demain, une rencontre littéraire au Centre culturel français d’Alger autour de Le mystère de Gaulle : Son choix pour l’Algérie. Comment comprendre un tel choix ? Aujourd’hui encore, les raisons profondes de cette décision divisent et interrogent les historiens. En confrontant leurs points de vue, les témoignages contradictoires et les événements, Benjamin Stora tente d’éclaircir le mystère. Et ce faisant, il contribue à bousculer, pour mieux la redéfinir, notre appréhension du conflit et des rapports du général De Gaulle avec l’Algérie. L’Algérie est à feu et à sang depuis quatre ans, quand le général De Gaulle est rappelé à la tête du gouvernement en mai 1958. Porté au pouvoir par les partisans de l’Algérie française, il maintient un temps des positions équivoques et fait naître de grands espoirs. Mais le 16 septembre 1959, lors d’un discours télévisé, c’est la stupeur, le basculement décisif : il lâche le mot tabou «d’autodétermination» et c’est donc la volonté de la population algérienne musulmane, très largement majoritaire, qui l’emportera.

    Benjamin Stora, né le 2 décembre 1950 à Constantine (Algérie), est un historien français, spécialiste de l’Algérie contemporaine et de l’immigration algérienne en France. Il enseigne l’histoire du Maghreb à l’université de Villetaneuse (Paris XIII). Docteur en histoire (1978, EHESS) et en sociologie (Paris 7, 1984), puis docteur d’Etat es-lettres (Paris 12, 1991), il codirige l’Institut Maghreb-Europe à Paris VIII-St Denis depuis 1990. Il a également enseigné à l’INALCO. Il a poursuivi ses recherches à Hanoi (1996-1997), à New York (1998) et à Rabat au Centre Jacques Berque (1998-2002). Il s’est intéressé, notamment, à Messali Hadj, aux luttes entre indépendantistes algériens (Front de libération nationale contre Mouvement national algérien), à l’histoire des juifs d’Algérie, et à la mémoire de la guerre d’Algérie. Chercheur internationalement reconnu, il a su faire avancer la recherche sur la guerre d’Algérie en utilisant les sources orales, là où les archives n’étaient pas accessibles.

  4. #4
    Al-khiyal is online now Super Moderator
    Join Date
    Jan 2006
    Posts
    289,634

    Mardi 8 Juin 2010 -- Lors d’une rencontre à Alger, le dimanche 6 juin, au Centre culturel français, l’historien Benjamin Stora a affirmé que le discours du général de Gaulle du 16 septembre 1959 constitue un changement politique radical sur le dossier algérien. Venu à Alger au début du mois pour présenter deux de ces ouvrages, la Gangrène de l’oubli et le Mystère de Gaulle : Son choix pour l’Algérie, édités par Sedia, l’historien français Benjamin Stora a, lors d’une rencontre au Centre culturel français, le dimanche 6 juin, expliqué que le discours du 16 septembre 1959 du général de Gaulle constitue une rupture «radicale» dans le sens où «il a considéré que le dogme Algérie partie intégrante de la France n’est plus immuable». Le conférencier a noté que c’est la première fois qu’une «nouvelle conception» de la politique française autour de la question algérienne est alors proposée. M. Stora a ainsi relevé les trois choix proposés dans ce discours : l’intégration de l’Algérie à la France, un rapport d’association dans un cadre fédéral, soit une sorte d’autonomie, ou alors la «séparation», c’est-à-dire l’indépendance.

    Pour cet historien ayant de nombreux travaux sur la question algérienne, «la grande nouveauté contenue dans le discours de de Gaulle réside dans le fait que les Algériens (musulmans) ont la possibilité de s’exprimer sur ces trois choix». Il a expliqué ce revirement dans l’attitude du général de Gaulle face à la question algérienne par l’exacerbation de la bataille diplomatique, «celle des opinions publiques», et dans laquelle la France se trouve alors isolée. Cette bataille diplomatique, entamée à partir de la crise de Suez de 1956, «a fait que deux puissances mondiales ont opté pour une nouvelle doctrine politique favorisant les mouvements de libération nationale». Il a précisé qu’il s’agit de la position de l’ex-Union soviétique et celle des Etats-Unis d’Amérique qui, dès 1957, se sont prononcés, globalement, pour l’autodétermination des peuples en guerre de libération. Le conférencier a également estimé que «la question européenne est alors décisive», dans la mesure où de Gaulle a opté pour «le binôme France –Allemagne» pour une nouvelle politique européenne. Il a également soulevé la question relative au coût «très lourd» de la guerre d’Algérie, au moment où la France s’est engagée pour une opération de modernisation de son appareil économique.

    Dans ce contexte, «le général de Gaulle a en face de lui une présence politique des Algériens, représentée par le gouvernement provisoire de la République algérienne, l’armée des frontières qui est toujours présente, les maquis de l’intérieur qui continuent le combat malgré la puissance de feu déployée depuis janvier 1959, à travers le plan Challe, ainsi que la présence de l’immigration algérienne, par le biais de ce qui est appelé la 7e wilaya qu’il ne faut pas négliger». Pour Benjamin Stora, il y a aussi un autre front qui a menacé d’une guerre franco-française, faisant que de Gaulle avance dans une situation «périlleuse». Il a évoqué les difficultés auxquelles le général est alors confronté dans son propre gouvernement avec ses ministres, à l’instar de Jacques Soustelle qui va se positionner du côté des ultras et de Michel Debré, ainsi que ses rapports avec les chefs de l’armée française. Sa visite en décembre 1960 a coïncidé avec les manifestations en Algérie. Ces événements lui ont permis de constater «de visu et pour la dernière fois, les raisons qui vont le pousser à aller vers le processus qui se matérialisera par le référendum d’autodétermination».

Posting Permissions

  • You may not post new threads
  • You may not post replies
  • You may not post attachments
  • You may not edit your posts