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    Mercredi 10 juin 2009 -- Cimetière d’El-Alia. Lieux de la plus grande concentration de morts du pays. Musulmans et chrétiens y sont enterrés. Des historiques, des personnalités ou de simples citoyens partagent la même terre. Des tombes chinoises ont fait leur apparition en 2000. Alors que, 70 ans auparavant, les premiers étrangers y sont déjà enterrés. Le carré anglais. Des Australiens, des Canadiens, des Anglais, des Américains et même des Pakistanais y reposent. Des soldats du contingent des alliés «tombés au champ d’honneur», après de rudes combats qui les ont opposés à l’armée nazie sur le sol algérien. À El- Alia, il n’ y a pas seulement que des morts. Des vivants y habitent également.

    Mardi 2 juin. Il est 9 h 30 min. Le calme est total dans ce cimetière de 78 hectares. Sous un soleil de plomb, une dizaine d’ouvriers appartenant à l’Etablissement de gestion des pompes funèbres EGPFC) de la wilaya d’Alger entament, depuis la veille, une opération de désherbage. Première étape : le carré n°1 réservé aux chrétiens. L’opération va certainement durer plusieurs jours. L’herbe est à la fois très fournie et dense rendant certaines tombes invisibles. «Il faut qu’on fasse vite avant les grandes chaleurs de l’été. Il nous reste beaucoup de travail à faire», nous explique le chef de groupe. Le carré n°2 sera la seconde étape des ouvriers de l’EGPFC. C’est à ce niveau que sont recensés les premières tombes chrétiennes d’El- Alia. Le carré date des années 1950. On y trouve les noms de familles connues sur la place d’Alger. Les tombes familiales des Dupont, des Toldini ou des Perol sont vite identifiées. Les premières tombes musulmanes sont situées, quant à elles, à l’entrée sud du cimetière. Elles datent de la fin des années 1950, début des années 1960. Avant cette époque, les «Algérois» enterraient leurs morts à El-Kettar, dans les cimetières dits «arabes». «Il a fallu qu’El- Alia fasse don de son immense lot de terrain, pour que les «autochtones » enterrent leurs morts dans ce qui est appelé aujourd’hui le cimetière d’El-Alia. Cette dame a lutté à sa manière pour l’indépendance de notre pays», témoigne Mustapha, la quarantaine passée, ayant vécu les trois quarts de sa vie au niveau de ce cimetière.

    Des vivants «bousculent» 250 000 morts

    Toutefois, le prénom El- Alia, la donatrice de ce vaste terrain, constitue une véritable énigme. Qui estelle ? «Elle descend d’une très riche famille algéroise. En héritant d’une colossale fortune, elle a décidé d’acheter ce vaste lot de terrain auprès d’un colon, offrant ainsi à ses concitoyens musulmans un espace pour enterrer leurs morts», témoigne-t-on. Sauf que notre interlocuteur n’a pu répondre à notre question de savoir si «El-Alia est toujours en vie ou enterrée dans ce cimetière ». «Récemment, j’ai lu dans un journal qu’El-Alia est décédée et enterrée dans un cimetière en Syrie. Mais personne ne peut te donner la véritable information », ajoute notre interlocuteur. Situé sur la RN 5 à la sortie est de la capitale, le cimetière n’est pas seulement un lieu réservé exclusivement aux morts. Des vivants y «reposent» également. D’autres y habitent depuis près d’une quarantaine d’années. «Le plus étonnant est que des gens viennent faire leur jogging à l’intérieur du cimetière. D’autres accompagnent leurs enfants pour jouer au football. Il y en a même qui viennent pour apprendre à conduire. C’est vraiment grave. Ils confondent jardin public et cimetière. Il n’y a que dans notre pays où les morts sont dérangés par les vivants. Ce sont des pratiques condamnables et cette situation ouvre la voie à toute forme de dérapage», souligne un visiteur rencontré sur les lieux, qui ajoute : «Vous savez qu’il y a des familles qui habitent à l’intérieur même du cimetière. Il y a bousculade contre les 250 000 morts». Des propos confirmés par le doyen des fossoyeurs du cimetière. Originaire de Sour-El-Ghozlane, ammi Ahmed nous a vite identifié. «Vous êtes journaliste ! Je vous ai reconnu. J’ai déjà parlé à vos collègues sur notre situation. Faites quelque chose pour nous. Transmettez notre détresse », s’est-il exclamé. Et pourtant à l’entrée du cimetière, une grande plaque est suspendue : «Visites permises de 8 h du matin à 16 h 30 mn».

    Les «résidents» d’El-Alia

    «On est sous la menace de l’expulsion. On risque du jour au lendemain de se retrouver sans domicile. Ils nous ont promis des maisons. Mais ce ne sont que des promesses. Nos enfants sont nés et élevés parmi les morts. Ce n’est pas de leur faute s’ils jouent entre les tombes. Ils n’ont pas une vie normale comme tous les autres enfants», tente de justifier notre interlocuteur. Qui sont les «résidents» du cimetière d’El-Alia ? À l’origine, ce sont des ouvriers de la wilaya et de l’Etablissement de gestion des pompes funèbres (EGPFC). Selon des témoignages, la plupart d’entre eux sont venus des wilayas de l’intérieur s’installer sur le périmètre limitrophe au cimetière. «Les autorités de l’époque, ayant pris conscience des conséquences que cela allait engendrer, ont attribué des lots de terrain à bâtir pour la première catégorie et des chalets pour la seconde. Contre toute attente, non seulement ces ouvriers n’ont pas quitté les lieux mais, en plus, profitant de la conjoncture de la décennie noire, ont ramené leurs familles pour carrément occuper une partie du cimetière en y construisant des mansardes», nous explique un responsable. Si l’on connaît le nombre des familles qui habitent ce bidonville et qui est de 102, selon l’EGPFC, on ne connaît pas celui des baraques, «car aucun recensement n’a été fait dans ce sens. Ce qui est certain, c’est que ce bidonville est en extension à une vitesse qui soulève des interrogations. Plus loin, à des centaines de mètres du bidonville, se trouve «Wembley».

    Le carré anglais : le Wembley d’El Alia

    Ce n’est pas le fameux stade anglais. C’est le carré anglais du cimetière. Ici on le surnomme le Wembley d’El Alia. La pelouse est bien entretenue. Le gazon est partout. Le carré Anglais, où sont enterrés près d’un millier de soldats originaires des pays du Commonwealth, est géré depuis Tunis. Le correspondant d’Alger en charge du carré s’appelle Tayeb. Il est chargé par son employeur d’entretenir et de veiller sur l’état du carré qui, aux yeux de tous les observateurs, est le meilleur carré d’El-Alia. D’où l’appellation Wembley. Tayeb a hérité ce métier de son père. Il était fossoyeur dans ce même cimetière et habitait lui aussi El-Alia. Il a d’ailleurs passé toute sa jeunesse parmi les tombes, parmi les morts. Son souhait ? «continuer à exercer ce métier. Mais je souhaite que mes enfants ne subissent pas ce que leur père a connu et vécu. Je prie Dieu pour que mes enfants disposent d’une véritable maison. Qu’ils ne recourent ni au piratage ni à la construction illicite. Nous voulons seulement une maison et libre à eux de choisir le métier qu’ils veulent».

    Les Français à la rescousse

    La direction de l’Etablissement de gestion des pompes funèbres compte prendre des mesures pour mettre fin à cette situation. Au niveau du cimetière, il n’y a plus de place pour les enterrements, et la solution réside dans la récupération des terres actuellement squattées par les «indus occupants ». Pour cela, un plan de réorganisation sera mis sur pied, prochainement, at- on appris. L’opération de rénovation occupe une place importante dans le processus. Le projet a été confié à un bureau d’étude français. Il est question de la réalisation d’une morgue d’une capacité de 500 cadavres, des salles de médecine légale et d’autopsie ainsi que des salles d’attente et d’orientation. Mais en attendant, à El- Alia, on considère que la priorité est au relogement des familles qui occupent une partie des assiettes devant servir aux projets d’extension. «Il faut redonner à ce cimetière sa véritable vocation. Les morts doivent reposer en paix. C’est le minimum pour eux», affirment des personnes rencontrées sur les lieux.

  2. #2
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    Mardi 15 Septembre 2009 -- Si tout le monde s’accorde à dire que ce cimetière qui s’étale sur plusieurs hectares porte le nom d’une donatrice, il n’en demeure pas moins qu’à ce jour, une véritable énigme entoure cette dame. Qui est-elle ? Pourquoi a-t-elle décidé de faire don de son bien ? À travers son geste, Hamza El-Alia a-t-elle bénéficié d’une contrepartie ? «Absolument pas», rétorque Aïssa, son neveu de troisième génération. Et d’ajouter : «À quelques jours de son départ vers les Lieux saints de l’islam pour accomplir son pèlerinage en compagnie de sa mère, elle a décidé de faire don de cet immense lot de terrain aux autorités locales pour en faire un cimetière». Selon notre interlocuteur, Hamza El-Alia, qui n’avait que 42 ans, devait, comme l’exige la chariâa, être accompagnée par un tuteur pour accomplir le cinquième pilier de l’Islam. N’ayant pu répondre à cette exigence, elle opte pour une autre solution. Veuve, elle décide de faire don de ses biens au profit de la religion musulmane. «C’était sur recommandation de oulémas qu’elle a décidé d’agir de la sorte. Suite à cela, elle cède à la structure en charge de la gestion des pompes funèbres son terrain se trouvant à la sortie est d’Alger, plus exactement au lieu-dit «Retour de la chasse», l’actuel Bab- Ezzouar. Cette étape franchie, Hamza El-Alia «décroche» son passeport spécial pèlerinage à la Mecque. Portant le n° 66, le document en question a été délivré par le préfet d’Alger en date du 30 avril 1928. Dans la copie intégrale de son acte de naissance, Hamza El-Alia avait déjà quatre ans — c’était en 1890 — lorsqu’elle est portée sur le registre de l’état civil de la municipalité d’Aumale. Fille de Mohamed et de Chaâbane Fatima, Hamza El-Alia avait une seule sœur. «Douée d’une grande intelligence et d’un sens des affaires, ma tante a également hérité des biens qui lui ont permis d’acheter plusieurs parcelles de terrain, dont une grande partie est située à l’est d’Alger, mais également à l’ouest. Ce qui est appelé aujourd’hui cimetière d’El-Alia constitue une des fortunes de ma tante. Elle a décidé d’acheter ce vaste lot de terrain auprès d’un colon, offrant ainsi à ses concitoyens musulmans un espace pour enterrer leurs morts», témoigne-t-on. Décédée le 17 novembre 1932, Hamza El-Alia est enterrée dans son village natal, à Sour-El-Ghozlane.

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