Lundi 12 Octobre 2009 -- Un grand nom de la Révolution algérienne vient de nous quitter : c’est Rabah Bouaziz dit Saïd. Il était rien de moins que l’un des cerveaux de la guerre d’Algérie en France. Il s’est éteint hier à la clinique El Azhar, à Alger, à l’âge de 81 ans. En cette triste circonstance, l’aîné de ses quatre enfants, son fils Arezki qui nous a rendu visite hier à la rédaction, a eu à son sujet des mots dignes, décrivant un « homme de conviction », « un dur à cuire », déterminé, engagé, pétri de courage et habité par la cause nationaliste depuis son plus jeune âge. Pour ceux qui ne le connaissent pas, les jeunes surtout, Saïd Bouaziz était une figure de proue de la Fédération de France du FLN qu’il avait rejoint à la demande de Abane Ramdane. Il était ainsi l’un des cinq « fédéraux » qui présidaient aux destinées de la Wilaya VII historique et siégeaient au Comité fédéral. Les autres étaient Omar Bouadoud, Ali Haroun, Kaddour Ladlani et Abdelkrim Souici. Il avait hérité de la mission ô combien sensible de l’organisation des groupes armés et du renseignement. «À ce titre, il était chargé de porter la guerre de libération au cœur de la France au lieu qu’elle soit un phénomène extra-muros », explique son fils. Saïd Bouaziz s’occupait ainsi des sabotages, des faux papiers, de l’organisation de l’évasion de détenus nationalistes. Il coordonnait également avec le Réseau Jeanson et autres réseaux de « porteurs de valises» la levée des fonds et des armes et leur acheminement vers le territoire national.
Bref : un vrai baroudeur. Saïd Bouaziz est né en 1928 à Tizi Rached, en Kabylie. Il a été mineur de fond dans les mines du nord de la France où il fourbit ses premières armes de militant. « Il s’engouffra très tôt dans les luttes syndicales avant de s’engager dans la cause indépendantiste. Il avait des prédispositions naturelles à porter le combat nationaliste », raconte Arezki. Dès le déclenchement de la Guerre de libération nationale, il est dans le maquis, exactement dans la Wilaya IV. Ses qualités guerrières et son mental de fer lui vaudront de grimper très vite dans la hiérarchie. Il devient ainsi membre du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA). L’homme est repéré par Abane Ramdane qui le charge donc de rejoindre la France pour y prolonger la guerre d’indépendance. Ce qu’il fit avec brio. « Il était d’ailleurs condamné à mort avec ordre de tirer à vue. Si bien que moi-même je suis né en Allemagne, sous un nom d’emprunt. J’étais inscrit sous le prénom de Halim, citoyen marocain », relate Arezki, qui souligne dans la foulée le rôle de premier plan qu’a joué sa mère aux côtés de son mari. Après 1962, Rabah Bouaziz est nommé préfet d’Alger (wali) par le président Ben Bella. On le verra d’ailleurs sur une photo d’époque à la tête de la délégation qui a accueilli le Che à l’aéroport d’Alger en 1965. Plus tard, il prendra en main les tanneries de la Sonipec.
« Mon père est entré ensuite en mésentente avec la politique de Belaïd Abdeslam et a démissionné. Il faisait partie de ces vieux baroudeurs qui étaient considérés comme des personnages gênants, car trop regardants sur la conduite des affaires de notre pays », confie Arezki, avant d’ajouter : « Comme il était un autodidacte chevronné, il s’est inscrit à la fac de droit et en est sorti major de sa promotion. Il a préparé son capa et s’est inscrit au barreau. Il avait même lié de solides amitiés avec des ténors du barreau comme Maître Benabdallah. » Si Saïd était miné de voir le pays pour lequel il s’était voué avec un sens aigu du devoir, livré en pâture à tous les déchirements, surtout durant les noires années du terrorisme : « Il était chagriné de voir le spectre de la division menacer l’Algérie, que ce soit sous les coups de boutoirs de l’intégrisme ou bien au nom de la partition de la Kabylie. D’ailleurs, il avait échappé à un attentat en 1963 », révèle Arezki. L’enterrement de feu Rabah Bouaziz aura lieu aujourd’hui au carré des Martyrs du cimetière El Alia, après la prière du dohr. En cette pénible circonstance, le président de l’Association des moudjahidine de la Fédération de France du FLN, Mohand Akli Benyounes dit Daniel, fait part dans un communiqué de sa profonde émotion ainsi que celle des membres de la Fédération, à la suite de cette triste nouvelle, et présente ses sincères condoléances à la famille du défunt.
+ Reply to Thread
Results 1 to 2 of 2
-
12th October 2009 01:35 #1
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
-
13th October 2009 01:10 #2
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 266,388
À la mémoire de Rabah Bouaziz dit Saïd, responsable de l’OS du FLN en France
par Daho Djerbal & Mohamed Harbi
Mardi 13 Octobre 2009 -- Nous venons d’apprendre le décès de Rabah Bouaziz (Si Saïd), un des membres du comité fédéral du FLN en France, qui avait directement en charge la mise en place de l’Organisation spéciale (OS), une structure chargée d’ouvrir un second front de lutte armée en France. De ce militant de la première heure, nous ne savons pas tout ; la recherche historique prendra certainement sur elle de combler ces lacunes. Nous osions cependant espérer que lui-même y contribuerait par la publication de ses propres mémoires. Il s’était bien mis à l’œuvre, mais voilà que la maladie l’emporte avant qu’il n’arrive au bout de son projet. Ce que nous savons, c’est qu’ancien militant du MTLD puis syndicaliste en France, il est arrêté et transféré à la prison Barberousse, à Alger. Après six mois de détention, il est libéré. Il rejoint alors les maquis de la Wilaya IV où il devient commissaire politique sous les ordres du colonel Sadek (Dhilès). Ce dernier, probablement en accord avec Abane Ramdane, le fait muter en France avec pour mission de restructurer l’Organisation spéciale en vue d’une prochaine offensive sur le territoire français. C’est bien lui qui reçoit, par délégation de pouvoir, le commandement des premières cellules clandestines mises sur pied entre 1956 et 1957 par Abdelkrim Souici, Ahmed Doum et Moussa Kebaïli. Après la vague d’arrestations qui touche les premiers responsables de la Fédération de France du FLN durant les trois premiers mois de 1957, Tayeb Boulahrouf, avec l’aval de Krim Belkacem, assure la direction provisoire du comité fédéral en attendant la réunion du Comité de coordination et d’exécution (CCE). Ce nouveau comité fédéral va être constitué de Kaddour Ladlani, Ahmed Boumendjel, Zine El Abidine Moumdji, Abdelkrim Souici et Rabah Bouaziz.
En 1957, la mission de Bouaziz semble être le renforcement d’un comité fédéral amoindri par les arrestations de ses cadres, mais plus spécialement de mettre sur pied un véritable organe paramilitaire. En réalité, sa présence sera surtout d’appliquer sur le territoire français la stratégie militaire que le CCE, avec Abane et Ben M’hidi, développe en Algérie. En ce début d’année 1957, on assiste en effet à une radicalisation de la lutte armée en Algérie et les grèves spectaculaires destinées à consacrer la représentativité du FLN ouvrent la voie à une offensive sans précédent des forces de répression coloniales. Pendant les débats de l’ONU sur la question algérienne, trente condamnés à mort sont exécutés ; des centaines d’arrestations ont lieu, suivies de tortures et d’exécutions sommaires. Larbi Ben M’hidi en est l’une des plus célèbres victimes. C’est dans ce contexte que Bouaziz est envoyé en France. Il va prendre en charge les « groupes de choc » et l’embryon d’organisation paramilitaire qu’Ahmed Doum et Abdelkrim Souici avaient mise en place en 1956 pour en faire des unités de combat. Son objectif principal est de développer en France les actions armées destinées à amener le gouvernement français à négocier avec le seul FLN.
Au printemps 1957, lorsque Moussa Kebaïli rencontre Bouaziz en présence de Kaddour Ladlani, il comprend que l’objectif fixé par la direction politique est, cette fois, la mise sur pied d’une véritable structure militaire tout à fait différente de la première « Spéciale ». Au sommet de la pyramide, le seul répondant de « Madjid » Aït Mokhtar dans l’organisation est désormais « Saïd » Bouaziz. Dès lors, tous les ponts entre l’organisation politique et la Spéciale sont rompus aux niveaux intermédiaires et subalternes. L’OS devient une branche de l’ALN en France. Les témoignages recueillis auprès des membres actifs de l’OS qui en font mention insistent tous sur sa rigueur morale, sa sévérité et son sens très élevé du secret. Parlant des moments qui avaient précédé le déclenchement de l’offensive d’août 1958 sur le territoire français, certains acteurs restent très marqués par l’intransigeance extrême de leur responsable. À cette intransigeance dans le respect des règles de la clandestinité s’ajoute, chez Bouaziz, une sorte de rigueur morale très puritaine qui a aussi marqué la mémoire des hommes de la Spéciale. Un peu plus tard, alors que la guerre tire à sa fin, Bouaziz charge son épouse Salima Sahraoui de la prise en charge des militantes recherchées par la Fédération de France du FLN. Beaucoup d’entre elles ont trouvé secours auprès de l’organisation et en ont témoigné. Une fois la guerre terminée et l’indépendance proclamée, Rabah Bouaziz est nommé préfet d’Alger. Parmi les actes qui peuvent être mis à son actif, il faut rappeler la décision qu’il avait prise de rétrocéder aux anciens militants de la Fédération de France du FLN et à toutes les petites gens les petits commerces qu’ils avaient acquis et dont ils avaient été dépossédés par une décision bureaucratique du pouvoir exécutif de l’époque.







LinkBack URL
About LinkBacks
Reply With Quote
Bangladesh
Ecuador
Morocco
Nepal
Nicaragua
Puerto Rico
Russia
Scotland
South Africa
Ukraine
Virtual Countries