Jeudi 1 Juillet 2010 -- Durant le cinquième colloque consacré à la Kahina sous le slogan «Notre culture, pensée et identité», qui s’est déroulé au centre du loisir scientifique Houha-Belaid, à Khenchela, les 21 et 22 juin dernier, la réflexion est notamment inhérente au nom de la reine des Amazighs. Connue sous le nom d’El-Kahina, il est avancé que le véritable nom de la reine des Amazighs fait l’objet de nombreuses interprétations idéologiques. Elle s’appelerait Kahena, Kahya, Dihya (Dihya bent Matya bent Tifane), ou Damya. Le surnom de Kahina signifierait en un sens «sorcière», car décrite comme un personnage haïssable par certains historiens musulmans, comme Ibn Ben Attir. À l’origine, ce terme dérive de l’hébreu Cahen, Cohen, qui signifie prêtresse, et du grec être pur, sachant qu’en Afrique du Nord, les prêtres et les prêtresses subissaient un rituel de purification qui semble être une tradition d’origine animiste. Dihya a donc des qualités de reine et de prêtresse. D’autant que les anciens Aghellid, les rois, ont également un pouvoir spirituel. Ces mêmes historiens rapportent que son vrai nom serait Dihya. De même, le surnom Damya, dérivé du verbe amazigh edmy, signifie devineresse, prophétesse. Dihya en berbère signifie la belle, souvent appelée reine Dihya Tadmayt/Tadmut (la belle reine gazelle). Chaque année, l’Association culturelle et scientifique de Khenchela (ACSK) consacre à cette figure historique ayant résisté à l’expansion islamique en Afrique du Nord, au VIIe siècle, un colloque pour approfondir la réflexion et élargir la connaissance sur un pan de l’histoire.

Avant l’arrivée des musulmans en Afrique du Nord, l’unité politique et administrative de la Berbérie orientale et centrale (les Aurès, actuelle Algérie) est en grande partie réalisée par Kusayla (chef de la tribu des Awarbas). À son décès en 688, Dihya prend la tête de la résistance. Issue de la tribu des Djawara, une tribu zénète implantée dans les Aurès, elle est élue ou nommée à cette fonction par le conseil de la confédération des tribus. Dihya procède alors à la réunification de nombreuses tribus de l’Afrique du Nord orientale et du Sud. Quels sont donc ses origines ? Sa date de naissance demeure inconnue, mais elle est originaire de la tribu Djawara (ou Jeroua), donc une tribu Zénata, dont le mode de vie est pastoral et semi-nomade. Elle est probablement la fille de Mélag, roi des Aurès. Selon Ibn Khaldoun, elle serait une Zénata de la branche Madaghis (ou Badaghis). Elle serait selon d’autres auteurs descendante de Matiya et Tifan, des chrétiens. Elle est sans doute descendante d’une très ancienne lignée amazighe et serait d’une grande beauté, ou alors comme toute figure importante, ses caractéristiques seraient glorifiées. Elle aurait combattu les musulmans, alors qu’elle avait entre cinquante ou soixante ans. Pour l’Association culturelle et scientifique de Khenchela, qui s’est donné comme mission de faire sortir El-Kahina de la marginalisation et de prendre en charge son histoire, il s’agira de créer une stèle à Alger, un musée historique, d’initier un festival international annuel, des fouilles archéologiques dans le site de Baghai, de classer ce dernier comme patrimoine international et d’intégrer l’histoire de cette reine dans le système scolaire. Une œuvre bien laborieuse à réaliser.