Mardi 2 Novembre 2010 -- Collecter le plus grand nombre possible de témoignages vivants et de récitals entonnés par les femmes durant la guerre de Libération, approfondir les sujets traitant de la situation de la femme algérienne, classifier et éditer les travaux de recherche se rapportant à la guerre de Libération, faciliter aux chercheurs et historiens l’accès aux archives nationales, rehausser le niveau pédagogique et scientifique des classes d’histoire dans les universités algériennes. Telles sont les principales recommandations du 5e Colloque international sur la Révolution algérienne, qui s’est tenu les 25 et 26 octobre à la salle des conférences de la Bibliothèque centrale de l’université 20-Août-1955, et ayant pour thème «le rôle de la femme durant la guerre de Libération».
Le 5e Colloque international aura eu le mérite, entre autres, d’éditer les actes de bravoure de la femme durant la lutte contre le colonialisme français, un fait inédit dans la bibliographie des publications historiques. Un détail qui a son importance, puisque, comme l’a relevé l’historien Mahmoud El Korso, «il faut mettre en valeur le rôle de la femme durant la guerre de Libération. Il y a beaucoup à dire dans ce domaine. Skikda peut se prévaloir d’être la première à avoir relevé cela, même dans la capitale, ce thème n’a pas été abordé». Abondant dans le même sens, le chercheur Sid-Ahmed Messaoud, université de M’sila, a abordé «la société et la femme algérienne au regard du 1er et 2e programme de Tripoli et du Conseil de la révolution». «Il y a eu une vision très machiste de l’Histoire. Même les grands historiens, tel Mohammed Harbi, ont tous et de tout temps occulté le fait que la guerre de Libération a été menée conjointement par les deux sexes. On ne voulait en aucun cas qu’une combattante soit citée dans les opérations guerrières, les discussions ayant cristallisé le Congrès de la Soummam, les décisions issues des réunions du Conseil de la révolution. Dans le cadre de mes recherches, je n’ai trouvé point de révélation sur la contribution de la femme durant la guerre de Libération. Même les postes de responsabilité n’ont jamais été, conservatisme oblige, confiés aux femmes.» Ce qui n’est pas de l’avis de la moudjahida Laâribi, «il y a comme une exception dans la Wilaya IV, quelques femmes ont pu accéder à des postes hiérarchiques de responsabilité».
Plus détaillée est la communication de Leïla Fayçal, maître-assistante classe 1, Faculté des sciences sociales et islamiques, université Hadj-Lakhdar de Batna, sur «les formes du militantisme féminin durant la guerre de Libération». Selon l’intervenante, les archives historiques nationales ne font que rarement référence à la mention de la femme ou à un lexique s’y rapportant, et ce, depuis le début du mouvement national. Une première fois dans la batterie de doléances de l’Etoile nord-africaine, du 20 juin 1936, adressée au gouvernement du front populaire. On y trouve la demande de création de «centre de maternité dans la ville et les grandes agglomérations». En revanche, aucune charte et aucun programme de l’ENA et du PPA (Parti populaire algérien) n’abordent la condition de la femme. La promotion de la femme s’en trouve, par contre, honorée dans le rapport du comité central du MTLD, en 1953, qui a insisté sur l’importance de la problématique de la femme, qu’il faut «étudier considérément car la nécessaire participation de la femme dans la lutte est devenue plus qu’imminente». Une demande réitérée lors de l’appel du 10 octobre 1953, adressée aux forces nationales afin de constituer un congrès national algérien, formulée, cette fois-ci, de la manière suivante : «Promotion de la femme algérienne en vue de la faire participer dans la lutte nationale.» Bien avant cette date, soit en 1947, la création de l’association des femmes musulmanes algériennes s’inscrivait dans le souci de prendre en charge le cas des familles des emprisonnés et de répandre les idées indépendantistes. Messali Hadj a également instruit les congressistes de Hornu, Belgique, en 1954, d’impliquer la femme dans la lutte armée, tout en les exhortant à agir avec ce «dossier avec précaution et sérénité du fait de sa complexité et de son acuité». En revanche, ni l’appel du 1er Novembre, ni la charte de Tripoli, un peu moins le congrès d’entre ces deux là, à savoir le Congrès de la Soummam, n’auraient jugé impartial de voir figurer la femme aux côtés de l’homme. Dans le Congrès de la Soummam, chapitre «mouvement féminin», relevant de la partie «moyens de lutte et de propagande», la femme a été classée en termes d’importance de ses missions en sixième position, soit derrière les fellahs, les employés, les artisans, les commerçants et les détenteurs de fonctions libérales !
Il n’y a pas meilleure manière de valoriser le combat autre que masculin que d’étayer les interventions par le rapport des faits de combat. Ou des histoires de tortures. C’est l’option du recteur de l’université de Skikda, le Dr Ali Kouadria. Dans son allocution d’ouverture, il retrace les itinéraires héroïques des deux Djamila, Bouhired et Boubacha. Si la première n’est plus à présenter (comparée à Jésus-Christ par Nezzar Kebbani et décrite comme une personne qui fait peur à la mort par le poète irakien Badr Chakker Sayeb), la deuxième, en revanche, est une inconnue pour le commun des mortels. Pourtant, elle a mérité le plaidoyer historique de l’avocate Gisèle Halimi et l’écrit dénonciateur de Simone de Beauvoir, l’égérie de Jean-Paul Sartre. De grands noms, le peintre Pablo Picasso, le philosophe Jean-Paul Sartre, le poète Louis Aragon et l’ethnologue et résistante Germaine Tillon lui ont également manifesté leur soutien et leur dévouement. Et comment ! Sa torture, alors qu’elle n’était âgée que de 22 ans, en 1960, par des Paras survoltés, est un exemple de sauvagerie. Et de résistance toute féminine au revers de la virilité. Elle a été violée à l’aide d’une bouteille de vin rouge ! Sa résistance restera comme un emblème à brandir dans la honteuse histoire hexagonale : durant 33 jours, elle a subi toutes les formes du masochisme : torture à l’aide de fils électriques et de bassines d’eau, empiétée et frappée sauvagement jusqu'à avoir beaucoup de ses membres cassés et des seins brûlés. Le summum de la sauvagerie ! Il y a aussi les autres. Les femmes anonymes que la postérité n’a pas encore daigné leur rendre hommage. Et dont la mémoire ne s’est pas encore prosternée devant leur gloire. Celles qui ont peuplé les villages et les mechtats, apportant munitions et approvisionnements aux hommes (la Kabyle Saâdia Ben Abdallah rapporte qu’elle donnait des figues et des galettes aux moudjahidine, qui mangeaient avec les membres de sa famille dans la même assiette, souvent du même plat, le couscous. Elle racontait également qu’elle avait interdit à un homme de manger une orange durant le Ramadan, du fait qu’il leur donnait, à elles, les femmes, le mauvais exemple.
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2nd November 2010 01:18 #1
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Zaïd Zoheir :
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2nd November 2010 01:19 #2
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continued.....
Pour El Akri Lounis, de la région de Dellys, une veuve et mère de 7 enfants, les moudjahidine ont été approvisionnés par ses soins en melon, pommes de terre, poulets, semoules, huile…) ; soignant parmi eux les blessés, lavant leur linge, transmettant les courriers d’une région à une autre, couvrant le positionnement des guerriers par leur occultation de la vérité, même lors des tortures. «Le combat de la femme a été dédaigné au profit de celui de la femme citadine, la poseuse de bombe», rapporte Riad Boudelaâ dans son intervention, «le rôle de la femme rurale durant la guerre de Libération». Parmi les actions rapportées par le même intervenant, celle de la famille Deneche, habitant dans un endroit fortement boisé entre les régions de Skikda et El Milia, à 4 km de cette dernière. Un code ingénieux a été conçu par cette famille pour éviter aux combattants algériens de tomber dans les pièges des convois ennemis. Il s’agissait de planter un drapeau blanc sur la maison, lorsque le site était sécurisé, et de l’enlever lorsque le danger du passage des militaires français devenait évident. Cela a permis, durant une longue période, à la nécrophilie nationale d’être épargnée des listes de rallongement.
Pour sa part, Abdelmalek Bouaârioua, de l’université d’Adrar, a abordé le sujet de la femme infirmière. Le chercheur, citant les propos de Mohammed Toumi, soulignera que le rôle de l’infirmière, dans le cadre de l’instauration de l’organisation sanitaire durant la guerre de Libération, a précédé celui du médecin. «Lors du déclenchement de la lutte armée, on ne disposait d’aucun médecin. Ce manque a été plus au moins comblé, du moins jusqu'à la grève des étudiants, le 19 mai 1956, qui a vu un nombre important d’étudiants de la Faculté de médecine, d’une part, quelques médecins humanitaires français, et d’autre part, par les infirmières et les infirmiers, ainsi que les secouristes formés par les Scouts algériens», rappelle le médecin de la Wilaya historique II. Selon la moudjahida Meriem Belmihoub, l’intégration de jeunes filles dans un milieu maquisard constitué essentiellement d’hommes pouvait, de l’avis des responsables algériens de l’époque, donner des pensées malveillantes à l’ogre colonialiste, qui ne cherchait qu’à souiller l’honneur de la femme algérienne. D’où le mécanisme tout trouvé par la Wilaya historique II, qui était de créer le poste organique de l’infirmière, dont la mission était de dispenser les soins dans les hôpitaux militaires et hors de ces derniers pour les civils. N’en parlons pas de sa contribution multiservice à caractère social et politique, tels la sensibilisation, l’orientation, la restauration, le ménage…
Abdelmalek Bouaârioua relève, par ailleurs, que l’implication de la femme dans la guerre de Libération était effectuée bien avant l’avènement du profil infirmière. Il s’en tient à deux éléments. Le premier, 49 sur les 1010 premières personnes ayant brandi les armes le 1er Novembre étaient de sexe féminin, soit 0,5 % du taux global. Le deuxième, 2 sur les 7 membres du bureau de la ville d’Alger de l’Ugema (Union générale des étudiants musulmans algériens) étaient des femmes (Hafsa Beskar et Zoulikha Bakdour), ayant assisté à la réunion du 25 mai 1956, soit le 7e jour de la grève des étudiants. Terminons par ce passage : «En raison de son rôle pionnier qu’elle joua pleinement à travers sa participation active à la Révolution du 1er Novembre 1954, dans les villes comme dans les campagnes, la femme algérienne aura donné une forte impulsion au mouvement de libération du pays. De fait, elle fit face à de lourdes responsabilités, depuis les montagnes, les villages ou les patelins (madâshir). Sans compter les inestimables services rendus à la Révolution algérienne, à un moment crucial. De même, elle soutint puissamment les fidayîn (commandos) et les moussabilin. Ce qui lui valut un héroïsme hors du commun : détermination à frapper la cible des groupes de colons ; leurs lieux de commerce ; ou leurs structures commerciales, etc. De la sorte, la femme algérienne fit figure de combattante (mudjâhida), de (fidâ’iyya) et de mussabila. Qu’elles aient été militantes au sein d’organisations civiles, ou qu’elles fussent mobilisées au sein de l’Armée de libération nationale, toutes ces femmes assumèrent consciencieusement leurs responsabilités envers la Révolution, afin de sauvegarder sa cohésion sociale. De telles missions les ont exposées à maints risques dont les poursuites policières, l’emprisonnement, la répression, voire la torture. Malheureusement, ces pratiques sauvages ne pouvaient qu’induire des effets néfastes autant au niveau personnel que collectif. »







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