Parfois la poésie et la lutte s'associent et ne peuvent plus se séparer jusqu'à la mort. Surtout quand il s'agit de se battre pour tout un pays. Exécuté à la fleur de l'âge, le jour de ses trente ans, Mustapha Bekkouche laisse un journal fort et émouvant. C'est à Batna que Mustapha Bekkouche voit le jour le 2 novembre 1930. Tout jeune, il fait partie de l'OS, l'Organisation spéciale qui préparait déjà le soulèvement armé. Après le déclenchement de la guerre de libération, Mustapha Bekkouche est torturé par les colonialistes français. Il est alors incarcéré dans les prisons de Constantine, de Barberousse et de Berrouaghia. Une fois libéré, il prend le maquis dans la région d'Annaba. Blessé, il est arrêté et interné dans un camp à El Milia.
Ecrit en 1955, à la prison de Constantine, Journal d'un oublié est le texte d'un rebelle mais c'est aussi celui d'un poète, d'un homme de lettres, d'un écrivain qui était passionné de philosophie quand il faisait ses études au lycée. "Aujourd'hui part mon cahier à l'aventure. Il faut qu'il sorte. J'en ferai un autre", écrit Mustapha Bekkouche, le dimanche 8 mai 1955, à 16 heures. Bien des années plus tard, ce journal peut être lu par les Algériens. "Rien de plus grossier que de répondre à une grossièreté par une autre. Les mots les plus vulgaires et les expressions les plus grossières sont les plus faciles à retenir et les plus utilisées dans le langage humain. Ce qui manque le plus aux hommes, dans le langage ou dans tout ce qu'ils font, c'est le sens de la mesure", estime Mustapha Bekkouche en prison, un milieu connu pour ses exactions multiples.
Privé de sa liberté, l'auteur se pose des questions. "Nous sommes des fous, internés parce qu'un peu plus fou que les autres. Mais notre folie a un sens: c'est vouloir sortir les autres de leur propre folie", confie Mustapha Bekkouche le lundi 28 février 1955. "La porte vient de se refermer sur nous. C'est curieux, mais ne me sens moins prisonnier dans la salle que dans la cour où je marche toujours seul", écrit le rebelle le dimanche 6 mars 1955. "Un camarade a reçu un télégramme lui annonçant la naissance d'une fille. Etre père pour la première fois et ne pas assister à cet événement imprime au coeur une marque indélébile", raconte Mustapha Bekkouche.
Préfacé par la fille de l'auteur, Journal d'un oublié est à lire car il donne une idée précise de la condition humaine: même dans les moments, les plus durs, l'homme continue à espérer pour lui et surtout pour les autres. Des tas de souffrances et des tas d'injustice ne réussissent pas à détruire Mustapha Bekkouche jusqu'à cette journée maudite du 2 novembre 1960 où il est exécuté. Mort pour que l'Algérie devienne indépendante. Presque cinquante ans après, l’Algérie aspire à devenir libre. Tout simplement…
Journal d'un oublié de Mustapha Bekkouche, éditions Anep
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17th March 2011 11:05 #1
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Youcef Zirem, Jeudi 17 Mars 2011 :







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