Feu et sang à Sava Flumen
Mais des obstacles dressés contre les troupes berbères activant dans le front ouest, commencèrent à causer de sérieuses pertes, surtout lors d’une contre-attaque lancée par une armée romaine assiégée à Tipassa (Tipasa) . La défection des tribus de la rivière de Sira et de la rivière Tassacura (respectivement oued Sig et oued Habra) dans leur tentative de prendre d’assaut les camps de Regia (Arbal non loin de Sidi Bel Abbès) et Castra Nova (Mohammadia), allait engendrer une démobilisation générale chez les tribus Sorai entourant Portus Magnus (Oran) et aussi chez les Taladousii de Pomaria et Ad Fratres (respectivement Tlemcen et Ghazaouet). Ces défections s’ajoutent à une grande défaite à Sertei à mi-chemin entre Borj Bou-Arréridj et Sétif où le frère de Firmus, Gildon, était Parmi les dirigeants de l’armée régulière. La trahison d’une partie de la confédération Iubileni marqua le début du déclin de l’odyssée Firmus.
En Effet, Igmazen, un autre frère de Firmus et grâce à d’obscures intrigues, se rallia à l’ennemi et mobilisa une grande partie des habitants de la vallée de Serbe (oued Yesser) au moment où Flavius Théodosius (On l’appelle aussi Théodose l’ancien père de Théodose Le Grand) débarqua au port d’Igilgili (Jijel) à la tête d’une puissante armée de cavalerie. La trahison des petites tribus de L’Amsaga (oued El Kebir) non loin de Sidi Abdelaziz (Jijel) allait faciliter le débarquement. A mesure que le temps passait, l’enthousiasme de l’année 372 fit place chez les insurgés à la lassitude et voilà qu’en 373 la résistance s’effrita. Firmus ne se sentait pas vaincu par la troisième trahison familiale, celle d’Agmazen et décida malgré tout d’aller rencontrer Théodose dans une bataille dans la Sava Flumen (Oued Soummam) et dans les Bibans, c’est-à-dire la région comprise entre Ighil Ali et Théniat Ansar au nord de Borj Bou-Arréridj.
Pour une seule opération, Firmus engagea sur le terrain jusqu’a 30 mille hommes, toutes les tribus qui lui étaient restées fidèles. Ammien Marcellin la présente comme une guerre difficile où les troupes romaines, réduites à la défensive, devaient disposer leurs groupes en ordre de bataille circulaire (acies in rotundo figurata) pour résister aux puissants assauts de combattants déferlant en centaines des Ferratus Mons (le Djurdjura). Mais Théodose, fort de la complicité de Gildon et d’Igmazen, allait remporter la victoire. Firmus fut contraint à l’abandon et laissa le champ de bataille en allant se cacher à Zabi non loin de M’sila. A partir de cette ville, il tenta de négocier, mais le général romain exigeait de lui une capitulation sans condition. En 375, alors que Kyria la sœur, sombra dans la folie, Agmazen prit l’engagement d’aller capturer son frère Firmus.
Ce dernier prit l’exemple de son autre frère Mazuca, mort à Castelum Tinginatum (Aïn Defla) , en se donnant courageusement la mort. C’est un cadavre sur un dos de chameau qui arriva au camp d’Equizeto non loin de Ras El-Oued. La fin de Firmus fut aussi la fin de l’autonomisme africain où cet héritier amazigh voulait consolider, comme son père le fit, le pouvoir de la dynastie des Nubel en devenant le chef le plus puissant des confédérations maures (per nationes mauricas potentissimus). En 386, Gildon l’opportuniste fut nommé compte d’Afrique et maître des deux milices (ministre de la Défense), assumant le commandement de toutes les troupes d’Afrique.
L’empereur Théodose jugea opportun d’établir des liens entre les familles. Il maria Salvina la fille de Gildon à un neveu de l’impératrice Aelia Flaccilia, sa propre épouse. Animé d’une volonté de souverainisme amazigh dans lequel cet usurpateur ne rêvait que de devenir Président avec un manteau de pourpre et sur sa tête une couronne en or, Gildon entra en 397 en guerre contre Rome. L’indiscipline, l’absence de tactique, les divisions et les trahisons allaient marquer l’histoire de l’Algérie ancienne, et ironie du sort, de l’Algérie actuelle aussi. C’est malheureusement un fait des leçons mal comprises de l’histoire de notre peuple. Et voilà, Gildon qui déraisonne à son tour, tuant ses deux neveux (fils de son frère Mascezel), car il s’est vu à ce moment trahi par ce frère aux ambitions douteuses. Gildon engagea des batailles dans l’est algérien, et ce, en voulant aller décapiter le siège de Carthage à Tunis. Il enregistra quelques percées jusqu’a ce que Mascezel prit la tête d’une expédition romaine et lui infligea une défaite à Ammaedera à 14 km D’El Kouif (Tébessa). Gildon prit la direction vers l’est et tenta de s’enfuir par voie de mer, mais il fut capturé à Thacap (Gabès en Tunisie). Pris et jeté en prison, il fut étranglé. Igmazen, quant à lui, mourra dans une bataille tribale à Sitifis (Sétif).
Ces évènements se déroulèrent en 398 après J.-C. Mesczel n’eut pas le loisir de renouveler pour son compte les entreprises de Gildon et Firmus. En effet, fort opportunément, le nouveau chef amazigh mourait bientôt des suites d’une mystérieuse noyade. Ce fut la fin de la dynastie des Nubel et l’échec de l’Algérie amazighe. Mille six cent six années après, la région où se déroulèrent ces épopées, c’est-à-dire la Kabylie, est plongée à nouveau dans les divisions. Trahisons, coups bas, retournements, bavardages stériles et proliférations de leaders, l’Algérie amazighe a-t-elle au moins la capacité de finir un combat, une union ou une réunion ? Les scissions font partie désormais de notre passé et de notre présent, et nous poursuivons notre vie dans de nouveaux mondes, mondes aux hégémonies naissantes qui sont là et que nous subissons pour toujours.
Note au lecteur
Cet article n’est pas un document purement Historique .
- Texte narratif. El Hadj M.-L.Z.
- Sources : T. Kotula : Livre en polonais résumé en francais : Les sources du séparatisme africain - 1961.
- T. Kotula : Firmus fils de Nubel, usurpateur ou roi des Maures - 1970.
- GW Clarke : Barbarian disturbances in North Africa -1970.
- G. Camps : Les Bavares, peuples de la Mauritanie césarienne - 1955.
- Francois Decret : Histoire de L’Afrique du Nord - 1981.
-T. Kotula : Résumé fait en 1967 à partir du livre L’Afrique du nord aux IVe et Ve siècles présenté en 1961 en Russe à Moscou par G. Diliguenski.
-L. Harmand : Premiers mouvements nationaux en Afrique du Nord. document non daté.
-HJ Diesner : Gildos Herrschaft und die Niederlage bei Thevest (Tébessa) - 1962.
-A. Demandt : Die Feldzüg des älteren Theodosius 1972. Consulté au Goethe Institute de Washington.
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12th August 2003 04:24 #1YourMan Guest







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