La défunte cheikha Remiti, la véritable diva de la chanson oranaise en particulier et de la chanson algérienne en général sera honorée le 19 du mois en cours par l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris. Cet hommage entre dans le cadre des manifestations culturelles de la Méditerranée en musique qui se tient depuis le mois d’octobre dernier et dont les activités se poursuivront jusqu’au mois de juin prochain.

Ainsi, un concert de raï authentique aura lieu en cette soirée du 19 et sera animé par la chanteuse cheikha Rabia, considérée comme la digne héritière de cheikha Remiti, qui s’est éteinte en mai dernier à l’âge de 83 ans suite à une crise cardiaque.

Ella a été inhumée à Oran. Née à Tessala, près de la ville de Sidi Bel Abbès, le 8 mai 1923, cheikha Remiti, de son vrai nom Saâdia Bediaf, était l’une des grandes figures de la chanson raï. En 1952, elle a enregistré son premier disque et a sorti Charrak Gatta, son premier succès, en 1954.

Elle a reçu, entre-temps, le grand prix du Disque 2000 de l’académie Charles-Gros. Son dernier album, sorti il y a quelques mois, s’intitule Nta Goudem et est un prolongement de Nouar (2000). Outre cette soirée, la chanson algérienne sera également présente à l’occasion de la Méditerranée en musique, et ce à travers la musique arabo-andalouse avec, notamment, les noubas algériennes.

Ainsi, une soirée sera animée le 20 du même mois par l’ensemble El-Mawsili dirigé par Farid Bensarsa. Le public de l’IMA aura la possibilité d’apprécier à sa juste valeur cette musique qui fait partie également du patrimoine musical national.

L’Institut du monde arabe rendra hommage à cheikha Remiti : Le répertoire de la diva du raï authentique revisité





C’est au début du xxe siècle que des poètes nommés fahsi (inversion du mot arabe fassih, « éloquent ») donnent naissance à la musique dite gharbi (ouest). Accompagnés par une flûte de roseau, gasba, et par une percussion, guellal, ils déclament leurs textes finement ciselés au cours de bastas (« soirées » en oranais), de leur passage dans les souks ou de festivités organisées par les autorités coloniales.

Dans les années 1930, le gharbi, futur raï alors encore estampillé folklore oranais, devient le style le plus apprécié du petit peuple, jusqu’à ce que les Cheikhâtes se l’approprient et y mêlent les prosodies des meddahâtes (louanges à Allah et au Prophète chantées par des femmes à un auditoire exclusivement féminin) à des airs plus libres, témoins de leur condition.

Accusées d’encourager le relâchement des moeurs, ce sont néanmoins les Cheikhâtes qui créeront la part la plus spontanée du raï. Cheikha Rabia, née il y a une cinquantaine d’années à Relizane, une ville moyenne de la plaine oranaise, tient ses premières notions de raï traditionnel de sa famille maternelle. A Alger, elle séduit un public pourtant acquis au chaâbi (populaire) de la casbah d’Alger. Arrivée à Paris en 1977, elle ne fera reparler d’elle que bien plus tard, lorsqu’elle se produit au Bédjaïa Club, haut lieu de la chanson maghrébine populaire du 18e arrondissement.

La Cheikha est une digne héritière des mères et pères fondateurs du gharbi. Sans jamais céder à une quelconque dérive, elle est restée telle qu’en elle-même : naturelle, émouvante, talentueuse… et forte de son raï qui fait aimer le raï.

Hommage à Cheikha Remitti, le raï des racines

janvier 19, 20h30 à l'Auditorium:

L'Institut du Monde Arabe