Mardi 4 Mars 2008 -- Répondant à l’appel de leur association, les enseignants de tamazight ont observé, hier, un sit-in devant le siège de la Direction de l’éducation de Tizi Ouzou. Ils étaient fort nombreux à manifester contre le mépris de la tutelle devant les doléances maintes fois réitérées. C’est le cas par exemple de l’introduction de tamazight dans le cycle primaire ainsi que l’ouverture de plusieurs dizaines de postes budgétaires.
Des points qui ont fait l’objet de circulaires ministérielles en novembre 2006 et juillet 2007. Mais voilà que ces acquis sont remis en cause par la Direction de l’éducation, dénonce, dans une déclaration rendue publique, l’association des enseignants de tamazight de la wilaya de Tizi Ouzou. Selon le document en question, le dossier du primaire “est géré d’une façon opaque et anarchique”.
De plus, l’attitude “autoritaire et hautaine” de plusieurs inspecteurs zélés des circonscriptions du primaire, qui “refusent arbitrairement l’application des circulaires du MEN”, n’est pas faite pour arranger les choses. “Malgré l’ouverture de plusieurs dizaines de postes budgétaires, la généralisation de l’enseignement de tamazight telle que promise par le ministère tarde toujours à voir le jour”, constate l’association.
Depuis l’introduction, en 1995, de l’enseignement de la langue de Mammeri dans le système éducatif, le nombre de postes ouverts dans les lycées n’a pas changé d’un iota, feront remarquer les enseignants de tamazight. Une situation qui se répercute négativement sur les collégiens qui passent en seconde et qui se retrouvent “privés” ainsi de l’enseignement de cette matière.
L’association n’arrive pas à s’expliquer le fait que le DE, suite à une correspondance de l’ambassade de Palestine, ait intimé l’ordre au directeur du collège Amar-Ath-Cheikh de Aïn El-Hammam de dispenser une élève palestinienne de la matière de tamazight. Pourtant, cette élève ne s’est pas plainte et a toujours été brillante, selon les enseignants de tamazight.
Les manifestants ont dénoncé également la programmation de l’enseignement de tamazight de midi à 13h dans certains établissements. Pour l’association, les responsables de la DE n’ont jamais donné suite aux différentes revendications. Pour preuve, “à ce jour, la situation financière et administrative de la majorité des enseignants de tamazight reste pendante”, relève-t-on.
Hier, les enseignants ont tenté vainement de voir le DE. Aucun responsable n’a daigné recevoir les délégués de l’association des enseignants de tamazight. Devant ce mépris, ces derniers ont convoqué, illico presto, une AG au siège des œuvres sociales de l’éducation pour les suites à donner.
Jeudi 6 Mars 2008 -- Abdenour Abdeslam, consultant à la Bibliothèque nationale, animera désormais des rendez-vous littéraires et scientifiques avec des écrivains et des chercheurs en linguistique et en sociologie dans le domaine amazigh. Ce rendez-vous sera mensuel et interviendra le dernier lundi de chaque mois. Le premier rendez-vous sera un hommage au doyen des écrivains amazighs, Abdallah Haman, qui vit actuellement à Oran.
Mercredi 23 Avril 2008 -- Un centre national spécialisé en linguistique amazigh sera créé prochainement, a annoncé, hier, à Tizi Ouzou, le secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), M. Youcef Merahi. Ce centre sera prochainement créé dans l’attente de la concrétisation, à l’avenir, du projet d’une académie et d’un conseil supérieur de tamazight, a-t-il précisé, indiquant que 138 000 élèves apprennent la langue amazigh dans des établissements scolaires de 15 wilayas du pays. Intervenant au titre de la présentation du bilan de l’enseignement de cette langue à travers le pays, M. Merahi a signalé que l’encadrement de cet effectif est assuré par 700 enseignants, soulignant qu’une grande majorité, soit 95%, de ces apprenants est recensée dans les wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira. L’introduction de la langue amazigh dans le système éducatif remonte à 1995 avec un volume horaire de 3 heures/semaine, a précisé ce responsable qui souligne sa “généralisation actuelle à tous les paliers de l’enseignement avec un cœfficient 2”, outre son “introduction depuis l’année scolaire écoulée dans les examens du BEM, dans l’attente de figurer cette année au baccalauréat juin 2008”, a-t-il assuré. S’agissant du volet formation, M. Merahi a fait état de la tenue de pas moins de 5 sessions qualificatives (depuis le début de cette année scolaire) au profit des enseignants et inspecteurs de cette langue.
Mardi 13 mai 2008 -- C'est devant une assistance peu nombreuse que des membres du Haut Conseil de l'amazighité et des universitaires ont animé plusieurs conférences inscrites au programme des deux journées d'études qui ont lieu, depuis hier, au Palais de la culture et des arts d'Oran (PACO). L'objectif assigné à cette rencontre est d'avoir une meilleure visibilité sur l'introduction de tamazight dans les institutions publiques depuis la création du HCA et la reconnaissance officielle de la dimension amazighe. Le premier à intervenir en guise d'introduction au débat a été Youcef Merahi, secrétaire général du HCA, qui d'emblée a souligné que «beaucoup d'acquis ont été enregistrés, mais beaucoup reste à faire et certaines défaillances méritent toute l'attention». A ce titre, l'intervenant dira que «tant que l'enseignement de tamazight demeure facultatif, les progrès ne peuvent être que limités». M. Merahi relèvera, à cet effet, l'existence de deux courants développant deux thèses opposées car si pour le premier, il s'agit de réunir toutes les conditions matérielles pour une meilleure introduction de tamazight, le second, en revanche, estime que cela se fera de soi après qu'une volonté réelle d'officialisation soit affichée afin de la constitutionnaliser». Dans ce contexte, pour l'intervenant, un audit s'impose et doit être fait par tous les acteurs concernés par la question. Reprenant des exemples de dysfonctionnements, M. Merahi s'est interrogé sur le fait que hormis le HCA, aucune institution n'a introduit tamazight. Aussi, il a relevé qu'en matière d'état civil, le lexique national des prénoms qui devrait être réactualisé chaque année, ne l'a pas été depuis 1981, en dépit d'un article d'un décret officiel régissant l'état civil. A ce titre, il a relevé qu'à Oran une fillette est restée durant 4 ans sans prénom et par conséquent non inscrite dans le registre de l'état civil, et ce pour la simple raison que son père lui a choisi un prénom berbère, ne figurant pas dans la liste officielle. Approché sur le choix d'Oran pour cette rencontre, M. Merahi a estimé que cette option a été retenue par les organisateurs qui tablent sur un meilleur rayonnement des recommandations qui seront arrêtées à l'issue de cette rencontre. Par ailleurs, le SG du HCA a fait savoir qu'une autre rencontre sera organisée probablement en juin prochain à la Bibliothèque nationale et traitera de tamazight et les médias. Quant à Ali Mokrane, également membre du HCA, il a révélé que l'enseignement de tamazight a enregistré des résultats encourageants, comme c'est le cas au département de tamazight de l'université de Tizi Ouzou, où le nombre d'inscrits en première année est passé en l'espace de quelques années de 11 à 500 étudiants.
Jeudi 29 Mai 2008 -- Le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET) et l’Observatoire national de l’éducation et de la formation (Onef), en partenariat avec la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord, l’Université Paris 8 (France) et l’UFC (Algérie) organisent le 1er workshop sur la numérisation de l’enseignement de tamazight à la Bibliothèque numérique berbère (BNB) et le e-Learning au niveau du complexe touristique Corne d’Or Tipaza. Le développement de l’information numérique aura permis à un grand nombre de pays de se lancer dans l’enseignement numérique à distance et à l’enseignement en ligne. Bibliothèque numérique, valorisation des patrimoines numérisés, la bibliothèque virtuelle et ses usages optimisés, le développement des plateformes d’enseignement, l’état des lieux du e-Learning et sa pratique en Algérie, numérisation des documents et les techniques de numérisation, tels sont quelques objectifs inscrits dans ce workshop. La présence de l’Algérie au sein des instances internationales de normalisation (ISO-IEC 36) est un autre atout selon un intervenant. Par conséquent, l’innovation, la réorganisation des formations s’imposent pour s’adapter au perpétuel développement de la technologie, dans le but de rendre plus efficace les échanges entre les systèmes du e-Learning déjà mis en place. Ces nouvelles technologies de l’information et de la communication favorisent l’actualisation de l’environnement documentaire, tout en préservant les patrimoines identitaires. Durant deux jours, les scientifiques et universitaires algériens et français s’étaleront et animeront les débats relatifs à la mise en place et les perspectives de ces techniques. L’ouverture du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée vers la fin de l’année 2012, à Marseille, constituera un apport pour enrichir les valeurs des civilisations, grâce à la multiplication des échanges par internet.