Il faut « faire » les rues d’Oran ou y prendre le temps du spectacle gratuit pour commencer à y distinguer le « nouvel oranais », un parler flamboyant d’inventivité, vigoureusement syncrétique et d’une grande force d’absorption des langues « voisines » sans parler de cette force de fabrication de néologismes inattendus. La même veine avait un temps fait la poésie brute du raï avant son exportation et son « polissage » par les canaux de diffusion d’Etat et la pression du nouveau conservatisme populaire qui, en Algérie, remplace l’islamisme en acte. Des années plus tard, il n’en reste que ce corps mouvant qui pourrait fasciner le sociologue et cet humour d’une rare intelligence de synthèse et de sonorité. Premier constat : celui de la jeunesse de ces grammairiens du spontané. Pour beaucoup, le nouveau parler oranais est une démonstration d’intelligence, une façon d’être « in » et un moment de plaisir pour contourner soit le béton de l’arabe académique qui semble parler plus aux siècles qu’au voisin et qui signifie trop l’école, la cœrcition et la langue de bois, soit le français trop difficile et mal enseigné. Il s’agit aussi de démonter non seulement l’âge mais aussi la proximité avec une culture « française » insulaire, ses signes et sa maîtrise par jeu libre et indépendant des trouvailles. Le nouvel oranais sert de mode, d’affirmation de soi et du groupe, d’exercice de liberté et pour meubler l’espace et le réel autrement que par des conformismes et des hymnes.
Petite récolte de nouveaux mots, à défaut d’un new age algérien, dans les rues, les bus et les cafés :
« M’gelgel », signifiant à la fois le look d’un jeune qui a abusé du « gel » pour sa coiffure et se dit d’un look trop soigné, destiné à une « sortie » de couple de lycéens ou à une entreprise de sentinelle face à la sortie du lycée. « Anouche » ou « harara » désigne, selon nos confrères qui ont exploité le filon, un jeune « tendre » de la nouvelle petite bourgeoisie locale, nourri à la rente et visible dans le circuit fermé des rues riches, voitures jeune-look et des accoutrements choisis face aux salon de thé à la mode. On lui colle le portrait du crédule, naïf et fils à papa. Le nouveau dico, à fort étiquetage sociologique, rapporte aussi le cas de « s’hab ennakra », les « gens du coup » : les rusés, malins, débrouillards, peu soucieux des lois et prompts à saisir les occasions et à rentabiliser le hasard. La parfaite antithèse de la gent précédente. On parlera aussi, dans les rues oranaises, de la situation financière selon deux expressions extrêmes : « ch’kara », le sac de billets, « ettiki » ou « boucou tiki », lointain parent du français « le ticket » pour les riches qui jouissent d’une fortune qui ne doit rien au labeur et à l’effort face à « rani wiwou » (je ne possède rien, que du vent), « mazloute », c'est-à-dire nu. Les gens riches vivent « bel messak » ou « yaklouha bel messak », c'est-à-dire se nourrissent avec une cuillère d’or, mangent à la baguette - summum des manières de table pour un Algérien peut-être fasciné par l’usage des baguettes chinoises et japonaises lointain reliquat des films à la Bruce Lee - et peuvent subir le mauvais œil « lazer » de ceux qui n’ont pas droit à la même chance.
Ce new-parler possède aussi ses mots durs pour qualifier les sots : « m’gari », du verbe « se garer » ou « mefrini » du verbe « freiner » ou « s’maïri », qui fait du « S’mir », du tape à l’œil, du scandale, qui exagère ou attire trop les regards et l’attention. On relèvera aussi l’usage, plus sévère de « teqsah » et « t’arad » qui nous viennent de « kaasah », c'est-à-dire « dur » et « âarid », qui vient de l’arabe large. En gros, cela se rapporte à une attitude de « roulement d’épaules », de « regardez-moi », de snobisme et d’étalage de richesses ou de pouvoirs pour impressionner et marquer l’appartenance de classe, de clan. Mots d’usage chez le body-builder, les riches ou les chanceux. Cela va aussi avec un autre vocal : « el jahd », la force, celle de l’argent surtout. Les amis par contre sont classés dans la catégorie « chriki », mon associé et qui semble se répandre dans le reste du pays, converti au capitalisme affectif plus qu’à celui des SPA.
Pour le volet des nuances esthétiques, on retiendra l’usage très répandu à Oran des deux vocables « habba » c'est-à-dire « une graine » et de « film » pour signifier quelque chose d’époustouflant, d’inattendu et qui vous coupe le souffle. Se dit d’un film, d’une femme, d’une veste, d’une casquette ou d’une voiture ou même d’une aventure. TPS et l’entrée de la télécommande dans l’environnement de l’Algérien essentiellement spectateur, impose aussi le mot « zapper » pour exprimer l’attitude d’un mépris non négociable, un refus de s’intéresser ou la décision d’ignorer quelqu’un absolument. On zappe une personne, une ville, une jeune fille. Le nouveau dictionnaire vivant des rues de la ville fait aussi usage d’autres trouvailles qui laissent loin derrière les néologismes de la vieille génération trop proche du souvenir du colon ou de celui de la présence espagnole. Une coupe de cheveu se dit aujourd’hui pour un « m’gelgel » (voir plus haut) soit « mechaouka » c'est-à-dire en brosse, soit « harda » c'est-à-dire en « casserole », rasée sur les côtés. Parfaite antithèse des coiffures à la mode d’autrefois, c'est-à-dire de ceux de la génération Farid El Atrache pour lesquels les jeunes Oranais parlent de « machtate houbi » (la coupe de « mon amour » en référence aux films égyptiens). Un homme qui parle beaucoup, trop bavard à l’époque de la débrouillardise comme stratégie (d’où l’expression « ennavigui » du français naviguer) d’ascension sociale, est qualifié de « kâarar » du verbe nouveau « ettkâarir ».
En gros, cela donne une sorte de langage nouveau pour accompagner de nouveaux mouvements sociaux et une nouvelle grille de valorisation ou de dévalorisation. En laissant aux sociologues le soin de décrypter ce corpus, on retiendra l’essentiel : il s’agit d’un casting mouvant de trois personnages typiques. Le nouveau riche, le nouveau débrouillard et le nouveau sot de la nouvelle fable sociale.
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9th April 2008 20:48 #1
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Les Oranais créent une nouvelle langue
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9th April 2008 20:51 #2
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يجب أن "تدير" طرق وهران أو تأخذ وقتا للفرجة المجانية حتى تبدأ في تمييز "الوهرانية الجديدة"، كلام مدجج بالابتكارات وبه خليط كبير وله قدرة كبيرة على هضم اللغات "المجاورة"، ذلك دون الكلام عن قوة إنتاج تحويرات لغوية غير منتظرة. نفس التيار أدى في زمن ما إلى الشعر الخام للراي قبل تصديره و"تهذيبه" عبر قنوات بث الدولة وتأثير النزعة المحافظة الشعبية التي أصبحت اليوم تخلف الإسلاموية فعلا في الجزائر. سنوات من بعد لم يبق غير هذا الجسد المتحرك الذي قد يبهر عالم الاجتماع وروح الفكاهة هذه ات الذكاء النادر في خلاصاته وأصواته.
الملاحظة الأولى التي نميزها هي أن هؤلاء النحويون الجدد هم شباب. بالنسبة للكثير فإن الكلام الوهراني الجديد هو تعبير عن ذكاء وإظهار بأنك "إن" أي ابن عصرك ولحظة للمتعة لتجاوز إما إسمنت العربية الأكاديمية التي تبدو وكأنها تخاطب القرون وليس الجار والتي تذكر كثيرا بالمدرسة والإلزام ولغة الخشب وإما الفرنسية التي تبدو شديدة الصعوبة وليست مدرّسة جيدا في المدارس. وهي تعمل على إبراز ليس السن فحسب بل القرابة مع ثقافة "فرنسية" ورموزها والتحكم فيها باستعمال حر ومستقل للابتكارات. فالوهرانية الجديدة هي موضة وإبراز للذات وللجماعة وممارسة للحرية لملء المجال والواقع بأشياء أخرى غير القوالب والأناشيد.
وهذه بعض الكلمات الجديدة في الشوارع والحافلات والمقاهي:
المقلقل: وهو يعني في نفس الوقت مظهر الشاب الذي بالغ في استعمال جال (دهن الشعر). ويقال أيضا لشخص مبالغ في التهندم يوم خرجة مع رفيقة عند الثانويين أو محضرا نفسه ليرابط أمام ثانوية انتظارا للبنات.
عنوش، أو هرارا: وهو حسب زملاء الذين درسوا الموضوع هو شاب لين من البرجوازية الصغيرة المحلية الجديدة متغذ من الريع وبارز في الشبكة المغلقة للشوارع الغنية، والسيارات ذات المظهر الشبابي واللباس المختار على الموضة من قبالة قاعات الشاي ع. وتعطى له صورة المغفل الذي يصدق كل شيء "نية" ومدلل أبيه.
ويذكر القاموس الجديد المليء بالتصنيفات السوسيولوجية أيضا أصحاب النقرة (أصحاب الضربة) وهم المحتالون والشطار الذين لا يعبؤون بالقوانين ويعرفون كيف يستغلون الفرص وتثمين الصدف ، وهم المقابل التام لمن قبلهم.
وتتكلم الشوارع الوهرانية أيضا عن الأوضاع المالية وفق تعبيرين متناقضين: الشكارة، والتيكي أو بوكو تيكي. وهو تعبير قريب للتيكي باللغة الفرنسية الذي هو في حوزة الأغنياء الذين يملكون المال ولا يحتاجون للعمل وبذل الجهد. وفي المقابل "راني ويوو" يعني ليس لي شيئا غير الريح ، مزلوط (عار) فالأغنياء يعيشون "بالمساك" أو يأكلونها بالمساك أي يأكلون بملعقة ذهب، أو بالعصي وهو قمة التهذيب على الطاولة بالنسبة للجزائري المهووس بعصي الأكل اليابانية التي تعوّد على مشاهدتها في الأفلام القديمة لبروسلي. ويمكن أن تضربهم عين الحسود "اللازر" من طرف المعدَمين.
هذه الطريقة الجديدة في الكلام لها عباراتها القوية التي تصف الأغبياء: المغاري، أو المفريني، أو السمايري، ذلك الشخص الذي يتسبب في المشاكل ويبالغ ويجلب الأنظار والاهتمام. كما هناك استعما ل عبارة تقساح وتعرد التي تأتي من القسح والعريد، وهي في المجمل تتكلم عن سلوك من يهز أكتافه يعني التفتوا إلي مظهرا الثراء أو السلطة التي يملكها حتى يبهر أو يخيف، كما يظهر انتماءه الطبقي أو العصبي. وهي كلمات متداولة عند الرياضيين من حملة الأثقال لتربية عضلاتهم كما عند الأغنياء. كذلك الحال لعبارة الجهد، جهد القوة وجهد المال على الخصوص. كما صار الأصدقاء يصنفون في فئة شريكي وهي عبارة يبدو أنها توسعت في كل البلاد التي تحولت إلى الرأسمالية العاطفية بدل رأسمال الشركات ذات الأسهم.
بخصوص التصنيفات الجمالية هناك استعمال واسع في وهران لكلمات "الحبة" و"الفلم" للتعبير عن شيء مذهل، غير منتظر، يقطع النفس. وهو ينعت فيلما أو امرأة أو سترة أو حتى مغامرة. ودخول قنوات التي بي أس والريموت كونترول في محيط الجزائري الذي يتفرج كثيرا فرض كلمة انزابي للتعبير عن موقف احتقار غير قابل للتفاوض. أو رفض الاهتمام أو قرار بتجاهل أحدهم. فإننا نزابيو شخص أو مدينة أو فتاة.
والقاموس الحي الجديد لشوارع المدن له ابتكارات تترك بعيدا تحويرات الجيل القديم الذي كان قريبا من ذكرى الكولون أو وجود الأسبان، فتسريحة شعر تقال اليوم على المقلقل (انظر أعلى) أو مشاوكا (تسريحة عسكرية) أو الحردة (أي على شكل كسرولة) . وهي النقيض التام للتسريحات التي كانت موضة سابقا عند جيل فريد الأطرش الذي يقولون عنه الشباب الوهراني "مشطة حبي" في إشارة إلى الأفلام المصرية. والرجل الذي يتكلم كثيرا ويثرثر في وقت تكون فيه الناس تقفزـ حيث القفازة أصبحت استراتيجية وهي التي أعطت عبارة (اينافيغي)ـ يسمى كعرار من الفعل الجديد التكعرير.
وفي العموم هذا يعطي لغة جديدة لترافق حركيات اجتماعية جديدة وسلم جديد للتقييم والتحقير. في انتظار أن يقوم علماء الاجتماع بتفكيك هذا الخطاب يمكن استخلاص أمر أساسي: إنه تمثيل حركي لثلاث شخصيات نمطية الثري الجديد والقافز الجديد والغبي الجديد في الحدوتة الاجتماعية الجديدة.
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15th April 2008 17:26 #3
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pourquoi ne pas citer la source de l'article ? espritbavard.com
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15th April 2008 18:11 #4
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