To resume it: It says that despite the existence of regional dialects Tamazight is the common denominator throughout North Africa, accross 7 or so countries.

Tamazight : langue ou langues ?

CONTRIBUTION
La culture traditionnelle n'est plus, depuis bien longtemps, la seule source de référence idéologique des amazighophones et leur sentiment d'être un seul peuple se développe de plus en plus.


LA culture traditionnelle n'est plus, depuis bien longtemps, la seule source de référence idéologique des amazighophones et leur sentiment d'être un seul peuple se développe de plus en plus. La langue berbère se présente actuellement sous la forme d'un nombre élevé de dialectes et de parlers répartis sur un itinéraire géographique immense et souvent très éloignés les uns des autres. Son éclatement en dialectes est une conséquence de : 1 - la faiblesse des échanges linguistiques entre les différents groupes berbérophones due à la distance et à la rupture du contact depuis plusieurs siècles. 2 - l'inexistence dans le monde berbère d'instance de normalisation et d'unification de la langue et son corollaire, l'inexistence d'une norme instituée de cette langue. Chaque groupe emploie son ou ses parlers locaux qui ne sont guère utilisés que pour la communication régionale. Il est de tradition chez les berbérisants de reconnaître une hiérarchie à trois niveaux : 1- la langue amazighe, est, dans ses structures fondamentales, une abstraction linguistique et non une réalité sociolinguistique identifiable et localisable. Cette notion représente en quelque sorte l'ensemble des éléments structuraux communs et unifiants. 2- les dialectes correspondant aux aires d'inter-compréhension immédiate, traditionnellement identifiés par une dénomination interne et qui sont, par voie de conséquence, collectifs (tqbaylite, techelhit, tamazight…). Les dialectes représentent la réalité sociolinguistique, c'est-à-dire les usages effectifs par lesquels s'exprime la langue amazighe. 3- les parlers locaux, qui recouvrent les usages particuliers d'unités tribales ou confédérales. Ils sont caractérisés par des particularités phonétiques, lexicales, parfois grammaticales, qui n'affectent jamais l'incompréhension à l'intérieur de l'aire dialectale, mais qui permettent une identification géolinguistique immédiate des locuteurs. Malgré cette hiérarchie, il n'existe pas de différenciation nette et tranchée entre les dialectes et c'est à juste titre d'ailleurs que Chaker parle(1991) d'enchevêtrement interdialectal, de variabilité interdialectale et de transition douce au niveau des isologlosses. En fait, si l'on excepte le touareg et les parlers les plus périphériques (Libye, Egypte, Mauritanie), qui présentent un ensemble de caractères linguistiques spécifiques éventuellement susceptible de justifier qu'on les considère comme des systèmes autonomes, et donc comme des "langues particulières". La langue amazighe est caractérisée par une unité profonde et une diversité de surface. C'est autrement dire, que la langue amazighe est une dans ses structures profondes mais aussi diverse dans ses réalisations (Boukous 1991). Alors que la tradition berbérisante reconnaît l'unité de la langue amazighe, certains berbérisants (Galand notamment) parlent tout récemment de "langues amazighes" (au pluriel). Pour confronter les deux thèses langue amazighe ou langues amazighes, on peut réfléchir à deux niveaux : celui des données internes (facteurs intrinsèques = données linguistiques) et celui des données externes (facteurs sociolinguistiques).

1. Les données internes de la langue : La tradition berbérisante a donc toujours insisté sur l'unité de la langue amazighe et les travaux récents n'ont fait que confirmer ce constat : enchevêtrement interdialectal (ressemblances infinies entre des dialectes éloignés les uns des autres) et variabilité intradialectale (variations importantes au sein de chaque dialecte). Ceci est d''autant plus valable que toutes les tentatives de classification des dialectes sur la base de la structure interne ont abouti à un simple classement géographique. De ce point de vue, à moins de redéfinir le degré d'identité des réalisations régionales pour que celles-ci s'autonomisent en langues particulières, la langue amazighe est foncièrement une. En ce sens que, partant des deux constats (enchevêtrement interdialectal et variabilité interdialectale), si on décidait un jour de standardiser les dialectes pris séparément sur la base de critères linguistiques consensuels, il n'est pas impossible que les "normes dialectales" soient "la norme linguistique" amazighe. Cette thèse est confortée par les données de la structure linguistique à tous les niveaux de celle-ci : le système phonologique (prononciation), la syntaxe (organisation de la phrase), le lexique (vocabulaire). Le système vocalique berbère, très simple, est fondamentalement ternaire, c'est-à-dire réduit au triangle vocalique : i/u/a/. Les phonèmes d'aperture (ouverture) moyenne é/o/) qui existent en touareg, proviennent manifestement de la phonologisation d'anciennes variantes contextuellement conditionnées. Le système phonologique (consonantique) fondamental du berbère a été dégagé depuis longtemps par A. Basset (1936). Ce système, constitué d'une vingtaine de consonnes (b/, m/, w/, f/, t/, d/, v/, n/, s/, z/, c/, j/, l/, e/, k/, g/, y/, s/, primitif, est fondé sur la comparaison interdialectale et constitue de ce fait le noyau commun à tous les dialectes. Sur ce système phonologique de base se sont greffées les unités phoniques qui peuvent être plus ou moins des phonèmes (unités phoniques distinctives) et qui contribuent donc à donner à chaque parler une identité phonétique, voire phonologique, particulière. Ces unités phoniques, qui sont néanmoins plus des réalisations phonétiques, sont la conséquence du phénomènes tels que : l'emprunt de phonème à l'arabe, la tendance à la spirantisation, la labio-vélarisation, l'assourdissement, par tension ou non. Etant réguliers, ces phénomènes s'intègrent dans des correspondances interdialectales systématiques qui permettent leur analyse en terme de variantes régionales. La langue amazighe est une langue à opposition verbo-nominale : le nom et le verbe s'opposent tant au niveau des latitudes combinatoires qu'à celui des lattitudes fonctionnelles. Et du point de vue des formes, de l'est à l'ouest et du nord au sud, la structure profonde est la même. Le syntagme verbal est constitué partout du thème verbal avec les mêmes déterminations aspectuelles et les mêmes indices de personne. Le prédicat nominal à auxiliaire de prédication spécifique "d" est attesté partout à l'exception du touareg (où il y a simple juxtaposition des deux nominaux)à et du tachelhit (où la prédica-on est assurée par le verbe "eg" conjugué et attesté dans certains emplois en touareg et en Kabyle) où ce prédicateur n'est attesté qu'à 'l'état de travers (on retrouve néanmoins à l'état vivant le prédicateur "d" en énoncé négatif en tachelhit). Il est vrai, en matière de lexique, que la divergence entre les dialectes berbères est plus marquée et fait de ceux-ci des "langues" distinctes en apparence : en apparence seulement, car lorsqu'il y a divergence entre deux dialectes cela ne signifie pas qu'un mot usité dans l'un, soit réellement absent dans l'autre. La comparaison interdialectale du lexique montre que les mots d'usage courant dans un dialecte, qui semble inexistant dans un autre y sont le plus souvent attestés avec une signification légèrement différente, plus spécialisée ou en tant qu'archaïsme ou carrément sous une autre forme (verbale ou nominale). Ceci démontre que globalement la divergence lexicale est nettement secondaire quand elle n'est pas superficielle. 2. Les critères sociolinguistiques C'est à ce niveau, celui des données externes à la langue, que le débat autour de l'unité et de la diversité de Tamazight est complexe et c'est là, par conséquent, qu'il peut y avoir divergence d'appréciation car empreinte de subjectivité et/ou l'idéologie. En matière sociolinguistique, le débat peut se situer à trois niveaux : • L'intercompréhension entre les locuteurs des différents dialectes. Sur ce plan, celui d l'intercompréhension immédiate, les portions de la pluralité peuvent avoir gain de cause. Ils le peuvent seulement, car le phénomène de l'intercompréhension est une donnée dynamique, qui dépend des échanges et de l'intercommunication. •Le niveau de la conscience collective, autrement dit la perception des bérbérophones d'eux-mêmes : y a-t-il une conscience "amazighe" ou simplement une conscience "kabyle", "chleuh"… ? Il est vrai que sur le plan de la culture traditionnelle, les "amazighs" ne se perçoivent qu'en tant que groupes indépendants mais il est vrai aussi que la conscience collective étant une évolution permanente et la culture traditionnelle n'est plus depuis bien longtemps, la seule source de référence idéologique des amazighophones et leur sentiment d'être un seul peuple se développe de plus en plus. • Les données géopolitiques, c'est-à-dire l'appartenance des amazighophones à des états distincts. C'est une réalité des plus objective que l'amazighophonie soit répartie dans des Etats distincts (Algérie, Maroc, Niger, Mali), à régimes politique différents (républiques, monarchie), et à des situations socioculturelles et économiques diversifiées. On pourrait donc admettre, qu'à terme, il se constituera autant de "langues amazighes (au sens de normes instituées) qu'il y a de contextes géopolitiques (à l'instar du Niger et du Mali). Mais dans un domaine aussi complexe que celui des rapports des amazighs à leur langue, de leur rapport aux pouvoirs centraux, que ce soit pour un monde aussi éclaté que celui des touaregs (territorialement, sur 5 états-Nations), pour les amazighophones d'Algérie et du Maroc appartenant à des régimes différents) rien ne dit que les frontières et les découpages actuels soient immuables ni que 'l'avenir ne soit entre les mains des populations. En guise de conclusion, contentons-nous de reprendre Chaker (1991-141) : "En définitif, aucun argument décisif pour rompre avec la vision classique unitaire de la langue bérbère ne se dégage, ni du point de vue de la sociolinguistique, ni de celui de la linguistique. Mieux vaut donc rester fidèle à la tradition berbérisante et continuer à parler de la "langue", de ces "dialectes et de ces parlers. Et sur ce point, la vision classique française rejoint celle de la tradition arabe qui a toujours perçu et présenté les berbères, malgré leur segmentation tribale extraordinairement complexe, comme un seul peuple, comme une nation unique et qui continue de parler, elle aussi, d'une (seule) langue berbère". Allaoua Rabhi (linguiste) Bibliographie Basset A. (1951), La langue berbère, Londres. Boukous A. (1991), Unité profonde et diversité de surface de la phonologie du tamazight, FNACA, Alger Chaker S. (1991), Unité et divergence de la langue amazighe. FNCA Alger Galand (1985), La langue bérbère existe-t-elle ? Guethner, Paris.