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  1. #71
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Yasmina Khadra, Vendredi 4 Février 2011 :


    Aussi, les soulèvements qui s'opèrent dans ces trois pays répondent à une urgence capitale. Au Yémen, comme en Tunisie et en Egypte, les peuples réclament la liberté, l'honneur et la possibilité d'accéder à une vie décente. Les régimes honnis ont été, pour nos peuples, la principale cause du marasme et de la décomposition socio-économiques qui nous dénient le droit de nous élever dans le concert des nations. Mais il ne s'agit aucunement de révolutions. Il s'agit d'une réaction spontanée, incohérente et sans orientation précise dont l'objectif est de chasser le tyran sans prévoir ni se soucier de ce qu'il y aurait après. Une révolution est un acte réfléchi, mûrement articulé autour d'une feuille de route, d'une stratégie et porté par des acteurs identifiés et déterminés. Nous ne voyons pas de meneurs attitrés dans les rues du Caire, de Tunis ou d'Aden. Privés de catalyseurs efficaces, ces vastes mouvements protestataires vont devoir se poursuivre jusqu'au bout et déjouer toutes les ruses et les manœuvres de diversion que les gouvernements menacés vont multiplier pour retourner la situation en leur faveur. Nous sommes dans le doute sidéral, d'où l'impératif recours dans l'immédiat à des consciences intellectuelles ou politiques capables d'incarner la colère populaire et l'alternance salutaire exigée par le peuple. Il serait désastreux de continuer d'investir les places publiques sans y ériger des tribunes et trouver une voix forte et crédible pour supplanter les discours fallacieux et les appels à l'apaisement des régimes aux abois. Comme il serait désastreux de trouver un compromis, qui ne serait, de toute évidence, qu'un piège inespéré et une tentative de gagner du temps pour les Moubarak et leurs sbires. Nous avons commis la même maladresse en Algérie lors de la formidable insurrection d'octobre 1988. N'ayant pas de guides avertis pour nous éviter les nasses de la récupération et parer aux failles de notre inadvertance, nous avons applaudi la proclamation de la démocratie et du multipartisme pour déchanter quelques années plus tard sous le tsunami islamiste. Je ne souhaiterais pas que cette catastrophe s'opère en Tunisie et en Egypte. Voilà pourquoi il est d'une extrême importance, pour ces 2 pays, de choisir des hommes et des femmes aguerris, vigilants et déterminés à éradiquer toutes traces des anciens appareils répressifs de l'Etat et à empêcher les tentatives d'instrumentalisation et de déviations idéologiques qui réduiraient en poussière la mise en place d'une réelle démocratie laïque et républicaine.

    Cependant, si le cas Tunisien suscite la sympathie de l'Occident, celui de l'Egypte l'empêche de dormir. Parce qu'en Egypte, il ne s'agit pas du devenir du peuple égyptien mais de la reconfiguration des rapports de force dans la région. Si le régime Moubarak venait à s'effondrer, la «paix» au Moyen-Orient n'est plus garantie. Entendre par « paix » la stabilité d'Israël et son impunité. Les Etats-Unis vont peser de tout leur poids pour maintenir le régime, quitte à sacrifier Moubarak. Et les Egyptiens sont en train de vivre les heures les plus périlleuses de leur histoire républicaine. Ou accepter la «transition» ou la guerre civile. Personnellement, je ne suis pas optimiste du tout. Chaque jour qui passe est à l'avantage du régime qui a choisi la guerre d'usure. Ce n'est plus la rue qui gère le siège. L'économie est à l'arrêt, les gens ne perçoivent plus leurs salaires et les ventres commencent à crier famine. Le régime le sait et il va tenter de prolonger les rassemblements pacifiques pour se redéployer, rétablir ses réseaux de propagandes et de dissuasion et semer le doute dans les esprits. À l'heure où j'écris, Moubarak aurait déjà confié le destin de l'Egypte aux experts du Pentagone. Cette «transition» que réclame Washington est le piège mortel qui anéantira toute chance pour le peuple égyptien de recouvrer son honneur et son salut.

    Deux questions se posent :

    1- Ces soulèvements pourraient-ils s'étendre à la Lybie, l'Algérie, le Maroc et la Jordanie? Pour la Libye, la question ne se pose même pas. Pour les Libyens Kadhafi n'est pas un dictateur, mais un Leader éclairé. On ne verra pas de sitôt la rue de Tripoli sombrer dans la colère. Pour les trois autres pays, malgré la corruption généralisée, le chômage, la paupérisation galopante et le manque de perspectives pour la jeunesse et les nouveaux diplômés, il n'y aurait pas d'insurrections. Les gouvernements en place vont promettre d'introduire de vastes et urgentes réformes pour satisfaire les revendications de leur peuple et continueront de ne pas comprendre que c'est l'alternance que la nation exige. Le bras de fer sera flexible, mais personne ne pourrait prévoir la réaction populaire à court terme. Une chose est certaine, grâce à ce qui se passe en Tunisie et en Egypte, les peuples savent désormais où sont leurs vraies forces. Plus rien ne sera comme avant.

    2- Ces soulèvements changeraient-ils quelque chose ? Au Yémen, rien de probant. Il suffirait au régime d'opérer quelques concessions pour disperser la foule. Les alliances tribales sont trop corrompues pour renoncer à leurs acquis au profit de leurs communautés. La Tunisie pourrait s'en sortir. Elle a des chances réelles de mener à bien la transition, mais les apparatchiks évincés ne renonceront pas à leur part de gâteau. Quant à l'Egypte, c'est la veillée des armes - ou, pour rester dans la tradition musulmane, c'est «La nuit du doute». Ca passe ou ça casse. Et tout porte à croire que cela va surtout barder. Les enjeux géostratégiques sont tels qu'on sacrifierait volontiers quelques dizaines de milliers de morts.

  2. #72
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    Sonia Lyes :


    Samedi 5 Février 2011 -- Yasmine Khadra poursuit sa campagne de communication en faveur du pouvoir algérien en Europe. Après la France, l’écrivain algérien s’est exprimé dans la presse espagnole. Dans une tribune publiée vendredi 4 février par le quotidien El Pais il explique que les révoltes se sont produites en Tunisie, en Egypte et au Yemen. A aucun moment, il n’évoque les émeutes qui ont éclaté début janvier en Algérie ni la mobilisation actuelle de l’opposition et de la société civile pour exiger plus de démocratie.

    Concernant les événements qui ont secoué la Tunisie et l’Egypte, il relativise : «Il ne s'agit pas de révolutions». Avant d’agiter la menace islamiste pour ces deux pays : «nous avons commis la même maladresse en Algérie lors de la formidable insurrection d'octobre 1988. N'ayant pas de guides avertis pour nous éviter les nasses de la récupération et parer aux failles de notre inadvertance, nous avons applaudi la proclamation de la démocratie et du multipartisme pour déchanter quelques années plus tard sous le tsunami islamiste. Je ne souhaiterais pas que cette catastrophe s'opère en Tunisie et en Egypte». Comprendre : l’Occident ne doit pas trop soutenir les révolutions actuelles dans le monde arabe car elles risquent de déboucher sur une prise de pouvoir par les islamistes.

    Enfin, Yasmina Khadra exclut un soulèvement en Algérie. Selon lui, «malgré la corruption généralisée, le chômage, la paupérisation galopante et le manque de perspectives pour la jeunesse et les nouveaux diplômés, il n'y aura pas d'insurrections». Avant d’expliquer : «les gouvernements en place (ndlr : en Algérie, au Maroc et en Jordanie) vont promettre d'introduire de vastes et urgentes réformes pour satisfaire les revendications de leur peuple et continueront de ne pas comprendre que c'est l'alternance que la nation exige. Le bras de fer sera flexible, mais personne ne pourrait prévoir la réaction populaire à court terme. Une chose est certaine, grâce à ce qui se passe en Tunisie et en Egypte, les peuples savent désormais où sont leurs vraies forces. Plus rien ne sera comme avant».

  3. #73
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    Lamine Chikhi:


    ALGIERS, April 7, 2011 (Reuters) -- Algeria's rulers must respond to demands for change by launching a debate about where the country should go next after years of violence and missed opportunities, the country's biggest literary export said. Yasmina Khadra, the pseudonym of Algerian author Mohammed Moulessehoul, is an internationally renowned novelist whose work has been published in 33 languages with over four million copies sold around world. The novelist bases much of his fiction on contemporary themes in the Muslim world and said he chose a female name for his nom de plume as a sign of respect for Algerian women. Moulessehoul's past books have been about Iraq, Afghanistan and the Israeli-Palestinian conflict and he has strong views on what is happening in his own country. For much of the past two decades, Algeria was consumed by a conflict between Islamist militants and government forces, while critics say officialdom is corrupt, incompetent and does not allow true democratic freedoms.

    Anxious to prevent uprisings elsewhere in the Arab world reaching Algeria, President Abdelaziz Bouteflika has promised political reform. Khadra said for Algerians desperate for change, that was not enough. "The Algerian is in a hurry. He wants an immediate solution, and we can understand that," Moullesehoul, 56, said in written answers to questions submitted by Reuters. "His life has been a series of failures and disillusionments, and his faith has been hit. He demands an unconditional improvement in living conditions, decency and the right to have dreams," he said. "Yes, reforms have been undertaken, but nothing seems to change in the daily life of the citizen," he said.

    Moulessehoul, who served for three decades as an officer in the Algerian military, said 74-year-old Bouteflika should set out his vision. The president has not spoken in public for months, fuelling rumours - denied by officials - he is ill. "What they (the Algerian people) are demanding is not addressed to a dictator but rather to a president who should express himself," the author said. "Decision making circles must open up to the talented youngsters, and there are plenty of them in Algeria." "A national debate is needed on the aspirations of people and the legitimate proposals of the young. The misunderstanding resides in our inability to listen to each other," said Moulessehoul.

    As a military officer in Algeria, Moulessehoul witnessed many of the atrocities during the conflict with Islamists, which peaked in the 1990s. It was part of his job to write official reports on massacres carried out by militants. He adopted a pseudonym at the start of his writing career because as a serving officer he was not allowed to moonlight as an author. Now living in Paris, his novels - which he writes in French - include The Swallows of Kabul set in Afghanistan after the U.S.-led invasion, and The Attack, set against the backdrop of the Israeli-Palestinian conflict. He said his next novel, due for publication in September, will be about pirates in the Horn of Africa. "I have chosen the Horn of Africa to talk about the phenomenon of piracy. But it is rather a philosophical approach, about the concept of death for Europeans and for Africans." "For the first time, I will enter the skin of a European (a German) who will make a voyage of initiation through the clash of mentalities," he said. He said in his work he tried to "shed light on certain dark corners of our era and on the complexity of cultures. My novels are an invitation to discover the Other."

    Moulessehoul was part of an exodus of cultural figures and intellectuals from Algeria over the past two decades. Many fled the conflict and moved to France, the former colonial power. He said there was a tendency in Algeria to take against talented people. "We are allergic to success and we detest people who shine for their talent," he said. "While I am sought after in the entire world, Algerian official cultural organisations try to isolate me and often use the press to discredit me. As long as the artist and the intellectual continue to be seen with hatred and suspicion, our country will not attain culture," he said. Despite the criticism, he said he had built a house in Oran, Algeria's second biggest city. "That is the proof that I plan to return definitively to my country. My history, my people, my habits are there," he said. "We have a beautiful country, we have to deserve it. We have to make it a paradise after we succeeded in transforming it into a hell."

  4. #74
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    April 20, 2011 -- Spain's Cervantes Institute nominated Algerian writer Yasmina Khadra (real name Mohammed Moulessehoul) for its prestigious international literary award, ANSA reported on Tuesday (April 19th). The writer is under consideration for the "Prince of Asturias" prize for promoting inter-cultural dialogue. Previous winners include Amin Maalouf, Paul Auster, Gunter Grass and Arthur Miller.

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