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  1. #1
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Les heures de braise, de Reda Beckhechi



    Les heures de braise de Reda Beckhechi

    Une cité saturée par les bruits de bottes des militaires. Des foules hypnotisées par les sermons des imams. Des laissés-pour-compte rompus à toutes les ruses de la survie. Des gamins révoltés au cœur d'émeutes sporadiques. Dans ce climat oppressant, Yamine l'anarchiste tente de soulever les habitants par ses harangues enflammées, tandis qu'aux portes des consulats se pressent les candidats à l'émigration, toujours éconduits. Une véritable armée subversive se met en place dans le capharnaüm de cette ville écrasée de misère. Armée d'insoumis, de rêveurs, d'agitateurs d'espoir qui mènera aux heures de braise.
    Né en Algérie, Reda Beckhechi passe une partie de son enfance au Maroc, à Sidi Boubeker, dans une cité minière. Après un retour dans son pays natal, il exerce le métier de journaliste. Il achève ses études de médecine en Suisse où il travaille à la prise en charge d'enfants et d'adultes en difficulté psychologique. Il anime en parallèle une association humanitaire. Les Heures de braise est son premier roman.

  2. #2
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Jeudi 24 janvier 2008 -- Des romans qui se déroulent à Oran il y en a très peu, voire quasiment pas, depuis le plus grand, à savoir la Peste, d’Albert Camus. Mais c’était une autre époque une autre dimension, une autre symbolique. C’était une œuvre unique. Et voilà que nous arrive un roman, écrit par un Oranais expatrié en Suisse depuis les années 1970 : les Heures de braise de Rédha Bekhechi, journaliste (la République) puis médecin et homme actif dans les actions humanitaires.

    Les heures de braise est un roman, un vrai, dans la mesure où il va vers la fiction avec des personnages réels, même sommairement campés. On y trouve aussi par moments de la poésie. Pourtant, ni l’Algérie, ni Oran, ni ses lieux ne sont nommés.

    Mais pour un initié, la ville est reconnaissable à travers des repères et des indices. Le pays également. En tout cas, cette absence de noms existant réellement permet à l’imaginaire de voyager. Trois personnages principaux occupent l’espace du texte : Dalila, une danseuse insaisissable qui est partout et nulle part à la fois ; Babor, un poète errant dans la ville, fou amoureux de celle-ci, et Yamine, un agitateur anarchiste rescapé d’une autre époque.

    Autour d’eux, des personnages du bas peuple, excentriques et baroques (ça rappelle un peu Affreux, sales et méchants, le film d’Ettore Scola) que sont le Nabot, l’Illusionniste, le Patriarche, Si Lahcène le conteur… C’est un roman sans dialogue qui se déroule dans les marges (très larges d’ailleurs) d’une ville gangrenée par une détérioration multiforme, rongée par la misère et la saleté, en proie à une ébullition chaotique.

    Elle est prise d’assaut par les islamistes qui font tache d’huile : «Le retour impromptu des prédicateurs qui drainent des foules extasiées pour maudire les mécréants retarde l’heure de l’insurrection.» (p.7). Nous sommes au printemps, à la veille d’élections, et l’allusion à un parti est claire.

    Les militaires aussi sont là. C’est dans ce climat étouffant, préinsurrectionnel, qu’évoluent Yamine et Babor, qui sautent d’un lieu à l’autre, avec un don d’ubiquité. Chacun des deux vit son utopie, l’une libertaire, l’autre amoureuse, dans un contexte difficile où, aussi bien eux-mêmes que leurs valeurs jouissives sont réprimées et n’ont plus leur place.

    Ils sont menacés. Ils sont entre deux feux. L’avenir est plus qu’incertain : «Vers où dérive cette cité secouée par les émeutes sporadiques, chauffée à blanc par les haines et le mal vivre, enivrée de vents de sables ?» (p 80). De manière surprenante, le roman se clôt avec une note d’espoir virtuel.

    Ce roman, qui ne contient pas vraiment d’intrigues, est fait d’images et de souvenirs de l’auteur, sur son pays, sur sa ville et sur ses propres souvenirs. Quoique soutenu par une certaine vision, il arrive à échapper au discours idéologique, même si, par endroits, celui-ci réussit à percer.

    Quoique hésitant dans sa construction, il est globalement bien écrit. Dans le contexte des productions littéraires algériennes de ces dernières années, les Heures de braise est un bon roman.

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