Dimanche 15 Février 2009 -- Dans un roman paru chez Alpha Editions, Nassira Belloula, journaliste, née dans les Aurès, nous lance en pleine face un texte très incisif et fulgurant. On pourrait se sentir gênés de lire une histoire de l’intérieur et, pourtant, l’alchimie opère. Dans Visa pour la haine, l’incipit est clair et dynamique : «Octobre 2004, New York, la rue s’allonge dans une blancheur effrayante, s’étirant dans le néant. Je ne sais plus où j’en suis. Je sens que la mort rôde, collée à moi comme du vomi. Cette violence que le vent fait naître comme une douleur compulse mes sens. Voilà des heures que je promène un regard obstiné, qui se dilate comme un œil progressif devant les feux des voitures qui éclaboussent mon espace…» ; «L’odeur du fiel, brusquement sur ma bouche. La haine me gagnerait-elle ?»
La scène se passe à New York, elle est le prélude à un attentat kamikaze ou presque, il s’agit de Noune, l’héroïne de ce roman, qui des Etats-Unis à Kandahar et Falloudja nous mène dans un flash-back lancinant à Bab El-Oued, Ouled Allal et Sidi Moussa. L’auteure nous entraîne dans une curieuse aventure méandreuse au fin fond de la spirale terroriste. Le procédé est usité, fortement ancré dans ce que fût et dans ce qui reste de la décennie noire. Dans une chronique amère, Nassira Belloula raconte un peu ce que la spirale terroriste a induit comme mouvements et innombrables destructions dans les sphères familiales les plus profondes et dans toutes les composantes de la société.
À la première lecture, dans ce roman original traduit d’une poésie assez gênante, il est clair que l’extrême violence des sujets abordés et la manière dont ils le sont laisse chez cette écrivaine une sensation étrange de malaise. Pourquoi ! ? dirions-nous. Parce que Nassira écrit dans un style simple, épuré de toute ostentation, mais pourtant de la poésie se dégage de ses phrases. Elle raconte la trop rapide dérive d’une famille modeste de Bab El-Oued avec une association in vitro de toutes les phases qui ont mené au sang et aux cendres. Noune est belle, pimpante, elle aime la vie et les livres. Et puis, elle voit le tourbillon algérien se lover brutalement autour d’elle. Et c’est alors que sa famille se délite dans de nouvelles valeurs qui la meneront à sa perte. Elle s’évapore dans les cendres de l’actualité sanguinaire. Et Noune, la belle égérie des écrivains et des livres, se fera happer par l’œil du cyclone, passant ainsi d’une résidence surveillée de quartier à ce fameux visa pour la haine qui la mènera, comme cité plus haut, d’Ouled Allal à Kandahar, en passant par Falloudja avec pour escale finale New York.
Mais dans ce délire turbulent au texte souvent très beau, Nassira impose sa touche de femme, n’hésitant pas à user du mot pour nous livrer un texte humaniste et surprenant par son attitude de rejet de toute forme de violence. Transgression suprême, Nassira Belloula arrive à intégrer dans son livre une romance franchement insolite. Mais la romance qui existe entre Noune et Issam, l’instructeur en armement, met du baume au cœur, car elle est finalement le nœud gordien de cette intrigue sous-tendue par le destin féroce de cette jeune femme qui en a vu des vertes et des pas mûres.
La fin de cette aventure quasi filmique ouvre la voie vers d’autres horizons. Nous n’en dirons pas plus, contentons-nous d’affirmer que ce roman remue le couteau dans la plaie. On peut probablement lui reprocher un certain allant vers le manichéisme d’une sorte de pardon stimulé par une sorte de «il faut comprendre quelque part les terroristes, et ce qui les a menés là». Mais Nassira Belloula, qui n’est pas née de la dernière pluie, arrive à se dépêtrer élégamment de cet allant en démystifiant les monstres. Visa pour la haine est à lire en urgence, juste pour la romance qu’il couve dans ses pages, mais aussi pour sa fin délicieuse.
Visa pour la haine, Alpha Editions, Alger, 2008, 136 pp
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15th February 2009 04:16 #1
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Jaoudet Gassouma :







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