Mardi 11 Août 2009 -- Les films sur les harraga se suivent mais ne se ressemblent pas. On a eu plusieurs versions avec, pour chacune d’entre elles, un point de vue particulier. Il y a la vision réaliste et frontale avec le fameux Harraga de Merzak Allouache, la vision poétique avec le séduisant Gabbla, de Tarik Téguia, et maintenant le film documentaire de Christian Zerbib, En terre étrangère. Etonnante attitude, ce dernier qui sort un film à la sensibilité à fleur de peau avec, sans nul doute, le point de vue le plus inattendu concernant cette délicate question du flux migratoire en plein mois d’août. Il est à croire que la canicule aidant, le public sera ainsi plus sensible à la question des harraga. Pour ainsi dire, le réalisateur, scénariste et dramaturge Christian Zerbib apporte un regard nouveau problématique et complexe de ces sans-papiers qui partent à la quête d’un eldorado impossible, ressemblant à la cité de l’or du Machu Pichu, une montagne utopique dont l’escalade s’avère en fait bien dangereuse et traîtresse. Ces sans-papiers sont sans voix aussi. Le réalisateur accompagne ses antihéros par des voix illustres, celles de Charles Berling, Emmanuelle Béart, Josiane Balasko, Azouz Begag et le styliste Imane Ayissi, lui-même ancien sans-papier, qui se mettent au diapason d’un artiste qui filme, par ricochet, l’inhumanité d’un pays face à cette nouvelle migration, devenue aujourd’hui bien apparente et qui fait «désordre» dans les arcanes des grandes villes. Christian Zerbib, dans ce long film documentaire, a osé ce qui est difficile à imaginer : ouvrir les frontières. Le débat s’est posé avec le sénateur Rebsamen, qui monte la mayonnaise avec l’argumentaire de ne point se limiter à garantir la circulation aux riches, sachant en fait que les migrants clandestins peuvent retourner chez eux s’ils le souhaitent, si les frontières sont ouvertes ; un fait évident, simple et bien pensé.

Le film documentaire est filmé dans les conditions de mise en abyme dans les profondeurs de l’être humain, la caméra scrute le regard effaré et désespéré de Seydou Togola de retour au Mali, doté de son passeport, une sorte de trophée obtenu de haute lutte pour revenir enfin constater que, dans son village, l’acculturation fait rage et détruit tout ce qu’elle touche. On suit ainsi, en étant très mal à l’aise, ces gens qui veulent briser les chaînes de la pauvreté massive, casser les balises rouges de l’intolérance pour avoir, sans mauvais jeux de mot, une place au soleil. Et les portraits se succèdent à l’image avec Seydou Togola, qui obtient ses papiers après une grève collective de la faim ; Imane Ayissi, qui finit par voir son rêve de réussite sociale réalisé ; Fouad Boukenal qui, le regard triomphant, est fier de pouvoir enfin montrer ses papiers après plus de dix ans de parcours clandestin. Ce sont des hommes fiers que Zerbib nous montre simplement, mais ils sont cependant l’exception que confirment aussi bien la règle que d’autres intervenants : dans l’hostilité ambiante, c’est un parcours du combattant où on laisse des plumes. Le film est donc une vision croisée de cette question fondamentale des flux migratoires qui, pendant longtemps, se sont réalisés intracontinent entre les Africains eux-mêmes sans que jamais personne y ait à redire, contribuant, au contraire, à cimenter et à enrichir les Africains par les différents apports mis en place, comme dans un immense réservoir culturel où chacun met du sien pour y puiser, à chaque fois, ce que l’on a comme besoin. Il n’en demeure pas moins que la vision courageuse et sincère de Christian Zerbib fera mouche dès le 19 août prochain… à la sortie du film.