Mardi 20 Octobre 2009 -- On connaissait Omar Zelig, immense être aux allures longilignes, casquette éternelle vissée sur deux yeux fixes qui scrutent un peu à la Clint Eastwood les lignes d’horizon, mais il se trouve que ce drôle de Zelig, homme de radio et parrain de la bande de «Réaction en chaîne», ait acquis quelque sagesse africaine en rendant hommage à celui qui nous a fait rire sous les traits corrosifs de son personnage fétiche de Zid ya Bouzid. Avec son ouvrage Slim, le Gatt et Moi, paru chez Dalimen, Omar Zelig nous fait, sur quelque 120 pages, une sorte de panoramique éclairé sur le parcours de Menouar Merabtène, petit trublion à lunettes qui pousse son premier cri dans le doux village de Chanzy, lequel reprend son nom d’avant Sid-Ali Benyoub. Le livre consacre ainsi un long parcours de fan, qui trouve les mots justes pour offrir au lecteur une biographie sur Slim, père du célébrissime Bouzid, digne enfant populaire d’Oued El-Besbès, contrée des révolutionnaires de bon aloi. Slim a donc aujourd’hui sa biographie officielle, écrite par un fan de la première heure, animateur et producteur de radio, mais surtout cinéphile averti et bédéphile pur et dur. Omar Zelig nous précise que ce qui lui vient à l’esprit, c’est d’abord « les dessins de Slim(...) Des dessins en noir et blanc, des dessins drôles et lisibles, au lettrage si particulier, des dessins identifiables au premier regard, des dessins imprimés sur du mauvais papier journal, qui lui parlaient, nous parlaient au second degré, de notre actualité sévèrement formatée, entre pieux mensonges et demi-vérités, comme un mode d’emploi pour décrypter l’époque de notre socialisme ô combien spécifique. En guise d’huile de foie de morue, le bon docteur Slim nous a administré un traitement de base de «petits mickeys» quotidiens, une fenêtre s’ouvrant enfin sur l’imaginaire en ces temps lointains, déjà, de l’édification nationale…» Une délicate mise en appétit de Zelig, le fan, qui laisse la place à Zelig le journaliste pour nous livrer une biographie sympathique de ce dessinateur qui continue à sévir encore et encore, modeste et génial, dans la même carapace de tortue timide. Il est toujours là, signant ainsi, dans une tente qui lui a été consacrée pour une exposition à lui seul, le premier livre d’Omar Zelig, mais aussi son dernier album paru fraîchement chez Dalimen, sous le titre Walou à l’horizon, et dont la maison d’édition s’est fait le principe de sortir, pour un second festival, quelques bonnes cuvées de bédéistes délicieux à croquer. Pour Slim, le Gatt et Moi, l’auteur nous mène, par le bout de la plume dans un état général (sans mauvais jeu de mots !!!) de ce que fut et ce qu’est toujours le parcours atypique de Slim, mais aussi ce qu’a été la bande dessinée algérienne des années 1960 à nos jours, et ce à travers le parcours de Slim, au trait si particulier et à la verve fugace mais puissante, passant à travers quelques mailles de sécurité qui nous ont donné de bien belles notes dessinées et artistiques, à travers ce truculent «ovni» dessiné que demeure Bouzid. Tout le parcours de cet «aîné» de la caricature algérienne est partagé avec nous avec la générosité du fan qui, de temps à autre, se laisse porter par un aspect quelque peu sérieux du parcours de Menouar. Mais le résultat nous donne une bien belle lecture des choses, un peu acide, très humaniste, et surtout farouchement sincère. Omar Zelig nous livre un très bon petit bouquin à garder sous les aisselles et à prendre comme une bonne limonade fraîche Vérigoud, comme au bon vieux temps des galeries algériennes et des souk el-fellah.

Slim, le Gatt, et Moi, d’Omar Zelig, Editions Dalimen, Alger, octobre 2009. 120 pages. Prix conseillé : 500 DA