Mercredi 2 Décembre 2009 -- Le Miroir des aveugles, d’Aïssa Hirèche, est une bien belle production des éditions Alpha. L’auteur nous y emmène par la main dans bien des contrées imaginaires à travers une série de contes qu’il a compilés dans un ouvrage généreux. Né à Aïn Mlila, dans l’Est algérien, en 1954, il étudie sur place et continue son cursus universitaire avant de rallier la Roumanie, où il obtient un doctorat en économie de l’Académie des études économiques de Bucarest. Après avoir occupé de hautes fonctions au sein du ministère de la Jeunesse et des Sports, puis de la Communication, il est actuellement professeur à l’université de Biskra. Parlant de son ouvrage, Aïssa Hirèche déclare que les contes lui ont été rapportés pour certains, comme le Miroir des aveugles, et inspirés pour d’autres, comme les Roses de Ba Guemou : «Par le silence des vieillards qui sont abandonnés sur les bord des chemins difficiles, les pleurs sans larmes des vieilles femmes impuissantes devant le cours infernal de la vie, le sourire éteint d’une génération qui cherche, en vain, la ligne de l’horizon. Il a ainsi tenu à les partager avec d’autres avant que le sourire ne disparaisse à jamais et avant que les yeux des hommes ne tarissent, c’est-à-dire avant que l’on ne trouve plus de larmes pour pleurer le paradis perdu.» C’est alors que sur quelques 220 pages, l’écrivain vient partager le monde avec nous et considérer la condition humaine dans toute sa diversité et la palette de ses sentiments les plus profonds, qu’ils soient bien sûr joyeux et positifs ou tristes et porteurs de leçons de vie.

Dans le préambule présenté par l’ami Aïssa, il est dit que : «Il arrive à chacun d’entre nous de vouloir, de temps à autre, s’élever, de se défaire du lest du quotidien, de se délier des contraintes, souvent étouffantes, d’une vie devenue trop matérielle, et de détourner les yeux de ces nourritures, qui lorsqu’on y plonge le regard attentif, s’avèrent nauséabondes et répugnantes. Mais il suffit, parfois, que l’on y pense simplement pour que vienne se planquer, là en face de nous, un rétenteur. Un de ces individus dont la préoccupation essentielle est d’empêcher les autres de se hisser…» Le fondement de ces contes est finalement enraciné dans la pudeur, la justice et la sagesse. Elles sont, semble-t-il, les piliers du pouvoir des hommes parce que la pudeur apporte la sincérité et l’honnêteté, la justice empêche les abus et la sagesse procure la compétence et l’intégrité. Le voyage à travers les sens et dans l’essence de l’âme humaine se fait sur quinze histoires originales, dont les titres sont : le Miroir des aveugles, les Roses de Ba Guemou, Tayeh, ou l’histoire du lait qui ne se vendait pas, le Vizirat de Sey Bene, Ichemoul, la Crête du cœur, Inji et les monstres de Laho, l’Agnelle, la Poule et les Cochons, le Loup et l’Ane Nio, Porcelet, Lèche-mains qui monte, Magouri, le lapin de mer, les Vieux Maîtres et le Roi, Yamra, la femme sauvage, l’Appel de la mer, le Roi et les Trois bédouins, le Cordonnier d’El-Moudawwarah. Il nous font voyager entre l’Europe et l’Asie et l’Afrique et le lointain Orient avec ces délicieuses notes levantines, dont l’auteur nous fait montre sur des contes écrits sur de courtes escales qui ne manquent pas d’humour avec des jeux de mots et des clins d’œil, par exemple, à Mouloud Feraoun et aux Mille et Une Nuits. Il n’en demeure pas moins qu’Aïssa Hirèche possède une maîtrise du verbe et des sentiments qui fait plaisir à lire. Le voyage nous mène même dans les sentiers escarpés des montagnes de Papouasie et des contrées les plus inattendues avec quelques petites perles comme cette petite ode contre la morosité : «Ils ont volé l’arc-en-ciel et l’abeille et son doux miel. Ils ont peint de noir le ciel pour que tout leur ressemble.» Ainsi écrit-il, nous abreuvant de notes subtiles et de mots éclairés pour le plus grand plaisir des grands et des petits.

Le Miroir des aveugles, d’Aïssa Hirèche, Contes : Editions Alpha Alger, 2009, 220 pages