Mardi 2 Février 2010 -- Publié à compte d’auteur il y a dix ans, Si Mohand Ou M’hand, errance et révolte, écrit par Younès Adli, demeure l’un des ouvrages phares sur ce poète «aux semelles de vent», qui représente sans aucun doute, et mieux que quiconque, la poésie kabyle du XIXe siècle. Le livre est constitué d’une centaine de poèmes inédits, transcrits en kabyle (caractère latin) et traduits en français. Ils sont répartis sur quatre chapitres thématiques : l’amour, la poésie paillarde, les récits de voyage et les maximes. C’est un travail de longue haleine initié par Si Amar Ben Saïd Boulifa et par Mouloud Mammeri, afin de sauver cette poésie richissime de l’oubli. Car, comme tout le monde le sait, Si Mohand Ou M’hand était un poète oral, dispersant son verbe au gré de ses voyages et laissant, partout où il posait brièvement ses bagages, un poème, une pensée ou une révolte. Younès Adli, s’aidant de cette recherche antérieure, a réussi, pour sa part, à recueillir une importante quantité de textes inédits. Ce qui fait de cet ouvrage un inestimable trésor littéraire et anthologique pour ce qui est de la sauvegarde du patrimoine mohandien. Mais l’auteur ne se contente pas de collecter ces poèmes rescapés de l’oubli, il entreprend aussi un travail analytique et historique de l’homme, du poète et de son époque. Il est en effet indispensable de connaître le contexte social et politique dans lequel a évolué Si Mohand pour mieux apprécier et comprendre son œuvre, qui n’en demeure pas moins intemporelle.

Un visionnaire, Si Mohand l’était par excellence. Il était également l’homme révolté contre l’occupation française, mais aussi contre toute sorte de conservatisme et de bigoterie frileuse. N’ayant autre croyance que celle de la liberté humaine, il n’a de cesse de déclamer, dans ses poèmes, la beauté de la femme et son rôle crucial dans la construction de la société kabyle. Mais il ne s’arrête pas là : il lui revendique une liberté bien méritée et rédige, à ce propos, des pamphlets incendiaires contre certaines coutumes faisant d’elle l’éternelle esclave soumise au bon vouloir des hommes. Cheikh Mohand est aussi l’anarchiste éclairé qui déplore l’inféodation aveugle et les excès de toute sorte d’autorité. Anar mais aussi spirituel jusqu’au bout du verbe. Il est difficile, en effet, de résister au charme incontestable de ses poèmes mystiques. Un mysticisme libéré des idées reçues, galvaudées et usées, ce qui confère à ses poèmes un aspect philosophique et soufi. Younès Adli est militant de longue date de la cause amazighe, de la démocratie et des droits de l’homme. Il a activement participé à la naissance de la presse libre en Algérie en tant que membre fondateur et directeur de la publication du journal Tamurt (le Pays) en 1991. Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Alger, il est aussi titulaire d’un DEA de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris. Dans Si Mohand Ou M’hand, errance et révolte, il effectue une traduction approximative, mais non moins intéressante, des textes du poète errant, permettant ainsi aux lecteurs ne maîtrisant pas le kabyle d’accéder à l’œuvre gigantesque du poète errant.