Jeudi 11 Février 2010 -- L’écrivain Yamilé Ghebalou-Haraoui, édité par Chihab en 2009, nous renvoie au Liban des années 1970, non sans poésie et grandeur humaine. L’ écrivain n’était pas trentenaire lors du déclenchement de la guerre civile au pays du Cèdre en 1975. Yamilé Ghebalou-Haraoui narre quand même cette situation de violence dans un pays qu’elle a malheureusement connu à travers la guerre et les médias. Durant la présentation de son Liban, le 9 janvier dernier à la librairie Chihab Internationale de Bab El- Oued, Alger, l’auteur a expliqué : «Je me suis documenté sur Beyrouth, une ville que je ne connaissais pas, en lisant beaucoup et en visualisant les espaces à partir de cartes postales et de cartes géographiques, afin de donner une certaine réalité au roman.» Qu’est ce qui l’a motivée pour s’attaquer donc à la problématique de la violence ? Elle a alors confié : «Le personnage de Kamal Joumblatt m’avait fascinée. J’avais lu certaines de ses poésies et j’ai rencontré des gens qui l’avaient connu. J’ai mémorisé tout cela. Quand il y a eu ces événements des années 1990 en Algérie, cela a réactivé en moi ce souvenir.» Kamal le Libanais dans l’histoire romancée, Kamal Joumblatt dans l’histoire d’un pays dont le peuple fait face à diverses divisions, au conflit israélo-arabe, à la situation des réfugiés palestiniens, à la présence militaire syrienne et à une guerre sans isssue. Kamel J. le Druze libanais, le fondateur du Parti socialiste progressiste en 1949, assassiné en 1977, et son fils Walid sera son successeur. Kamal, le personnage de Y. G-Haraoui, rencontre Omar l’Algérien, lui aussi marqué par la violence dans son enfance.

Dans son livre scindé en deux parties sans titres, l’auteur fait entrer directement le lecteur dans le vif du sujet. «La balle siffla en passant près de lui ; il eut l’impression qu’elle était passée à quelques millimètres de son oreille (…) Il se ressaisit et se tourna vers Abdelhalim, il était blanc ; un vague sourire passa entre eux ; puis ils reprirent leur marche dans la rue crevée de toutes parts. On entendait au loin le ravage des armes et le vacarme des voix s’interpellant. Le matin même Kamal était assassiné : à l’instant même où la nouvelle s’était répandue, des milliers de gens étaient rassemblés dans les rues et Omar... Ce dernier doit rencontrer Schéhadé et s’habiller convenablement pour la circonstance. Il doit plaire et Abdelhamid lui dit : «D’ici là évite de plaire à la mort». Omar «vérifia rapidement son arme dans sa poche» et … «il se souvenait de Kamal le tribun, qui s’isolait un instant avant chaque discours et priait lentement et distinctement, tirant sa force de sa foi, sans que jamais celle-ci n’apparaisse aux yeux des étrangers. Omar et Kamal étaient liés par le savoir de ces pratiques et de ces fidélités. Puis Kamal devenait cette voix que chacun dans les foules rassemblées, attendait… Je suis Kamal ; j’erre sur les terres d’Algérie et j’y reconnais Omar, qui m’est venu de là-bas pour me défendre, mais il fera comme les autres et me laissera mourir… Je suis Omar ; Kamal est atteint très profondément de vie. C’est un homme solaire : il est mon frère, l’ombre de mon père, la mémoire heureuse de ce pays qui s’en va. Kamal est l’homme de ma terre intérieure (…).» À force d’errance, Omar nous révèle que le personnage central du roman n’est autre que le Liban, avec ses hommes et ses femmes témoins d’une tragédie sans frontières. Tout en usant de poésie, l’auteur met en évidence les sentiments et les sensations de ses personnages, que ce soit dans la maison de Schéhadé ou dans les rues tumultueuses du pays bouleversé. À Beyrouth, «comme un autre pays … Beyrouth, comme c’est lent, quand la vie revient. Comme c’est étrange quand on sait que l’on peut enfin partir». Tout réside dans la dimension humaine de personnes subissant sans cesse des évènements. Des personnes que nous pouvons retrouver aussi bien à Alger qu’à Grenade ou Melilla.

Liban de Yamilé Ghebalou-Haraoui
Chihab Editions 2009
Genre roman
180 pages
Du même auteur : Demeure du bleu (poésie, Ed. Hibr 2008),
Grenade (nouvelles, Ed. Chihab 2007), Kawn (poésie, Ed. Dahlab 2006)